07/12/2009 à 00h35

Cinq clés pour comprendre les enjeux de Copenhague

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89

Qui négocie quoi ? Quels sont les principaux clivages ? Quelles conséquences en cas d'échec des négociations sur le climat ?


Bienvenue à Copenhague (Lardon)

Le geste de dernière minute d'Obama qui a décidé de venir non à l'ouverture mais à la clôture de la conférence sur le climat de Copenhague est-il un signe d'espoir ? Qui négocie quoi lors de ce grand raout politique sur le climat qui s'ouvre ce lundi, s'achève le 18 décembre, et dont les ONG ne cessent de nous répéter que s'y joue l'« avenir de notre planète ». Pour y voir plus clair, voici les cinq enjeux à retenir.



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De quoi vient-on discuter à Copenhague ?

Il faut savoir que si le sommet de Copenhague est surnommé Cop15 c'est qu'il est le quinzième du genre, depuis le sommet de Rio en 1992 qui inaugurait la première Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques.

Le réchauffement de la planète dû aux activités humaines date des années 70 et sa prise de conscience de la fin des années 80, avec la création du groupe international d'experts sur l'évolution du climat. C'est sur les rapports de ce fameux Giec, dont le dernier date de 2007 et prédit que la terre ne pourrait supporter un réchauffement de la température mondiale supérieur à 2° d'ici la fin du siècle, que se basent les actuelles négociations.

Les 192 pays qui ont rendez-vous à Copenhague doivent donc négocier une nouvelle convention-cadre, puisque les objectifs fixés lors de la dernière, à Kyoto en 1997 s'achèvent en 2012.

Si l'on entend souvent citer le protocole de Kyoto comme un contre-exemple, c'est parce que la non ratification par le Sénat américain avait rendu caduque quasiment tous les autres engagements, chacun pouvant se dire « puisque le principal signataire se dédie, je peux bien le faire aussi... »

Autre lacune, contenue cette fois dans le texte lui-même : les pays émergents comme la Chine, l'Inde ou le Brésil ne s'étaient pas engagés à réduire leurs émissions de gaz à effets de serre. Douze ans plus tard, eux dont les émissions ont explosé, sont au coeur des discussions de Copenhague.

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Pourquoi les pays riches ont-ils une responsabilité particulière ?

Le problème avec l'atmosphère, c'est qu'il n'y en a qu'une et que lorsqu'une famille américaine roule en 4x4 et possède cinq télés, c'est le paysan Burkinabé qui risque de trinquer... le climat est en cela ce que les économistes appellent un « bien public mondial » dont nous sommes tous co-responsables. Sauf que dans le réchauffement actuel, dont les plus pauvres subissent plus gravement les conséquences, nous n'avons pas tous la même responsabilité.

Puisque les gaz à effets de serre (résumés sous un « équivalent en tonne de CO2 ») ont cette particularité de rester des centaines d'années dans l'atmosphère, les pays développés qui sont à l'origine de 77% des émissions cumulées ont une « responsabilité historique » vis à vis des pays en développement, à qui il ne s'agit pas de tenir un discours moraliste en les obligeant à passer directement à une croissance verte plus coûteuse ou en freinant leur croissance faute d'accès aux énergies.

Mais si on laissait les pays en développement se développer au rythme actuel, leurs émissions de gaz à effet de serre pourraient croître de 84% en quinze ans, selon les prévisions de l'Agence internationale à l'énergie. Insoutenable.

Pour « faire de la place » aux nouveaux venus dans l'atmosphère, il sera donc indispensable que les pays développés se serrent la ceinture plus que les autres. La Chine émet aujourd'hui juste un peu plus de CO2 que les Etats-Unis... mais pour quatre fois plus d'habitants. La terre ne peut se permettre que demain tous les Chinois se comportent comme les Américains.

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Comment vont se dérouler les négociations ?

Durant ces douze jours de négociations, on risque d'assister à de drôles de jeu, où le bluff aura toute sa part. Comme l'expliquent Eloi Laurent et Jacques Le Cacheux dans la lettre de l'OFCE :

« Au centre du jeu, les trois plus grands émetteurs, Chine, Etats-Unis, Europe, qui représentaient respectivement en 2007 21-20-14% des émissions mondiales. Si une seule de ces trois puissances se tenait à l'écart d'un éventuel accord à Copenhague, celui-ci serait privé de toute portée réelle.

Dans cette partie en triangle, un joueur aura l'avantage d'abattre ses cartes en dernier : la Chine. La séquence idéale de négociations est la suivante : les Etats-Unis et l'Union européenne donnent l'exemple de politiques ambitieuses pour ouvrir la voie à un accord proche du consensus scientifique, fédèrent autour de cet accord les pays développés pour finalement convaincre la Chine et les pays émergents d'accepter un mode durable de développement économique garanti par des cibles contraignantes de réduction des gaz à effet de serre.

C'est ici que les Etats-Unis et l'UE sont tentés de bluffer (...) et de pousser leur avantage l'un au détriment de l'autre. D'autant qu'ils ont chacun des arguments convaincants à faire valoir : l'UE peut se prévaloir de sa position de leader mondial contre le changement climatique (elle s'est engagée fin 2008 à réduire ses émissions de 20% en 2020 par rapport à 1990, ndlr) pour relâcher son effort, et l'administration Obama de vouloir rompre avec l'aveuglement obscurantiste de l'administration Bush et réclamer la mansuétude européenne dans un contexte politique intérieur fragilisé par les affrontements partisans et la multiplicité des chantiers engagés. »

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Comment laisser le temps aux plus pauvres de s'adapter ?

Preuve de leur bonne volonté, les grandes puissances émergentes ont déjà annoncé spontanément des engagements volontaires de réductions d'émissions de gaz carbonique :

  • Le Brésil propose moins 36 à 39% par rapport à ses prévisions de 2020
  • L'Inde propose pour 2020 moins 20% à 25% par rapport aux niveaux de 2005
  • La Chine avance une réduction de 40% à 45% sur la même période.

Mais pour y parvenir, ces pays exigeront une aide financière et technologique qui pourra passer par :

  • Un fonds d'adaptation comme il a été prévu à Kyoto : une taxe de 2% sur les projets de baisse des émissions dans les pays en développement
  • Un transfert de technologie à travers notamment une aide à l'implantation d'énergies renouvelables.
  • Une taxe carbone mondiale. Quand on voit que l'Europe n'est pas parvenue à l'instaurer à son échelle, on peut douter de la faisabilité mondiale...
  • Un marché des droits à polluer comme il en existe déjà un au niveau européen. D'autres sont en création aux Etats-Unis, en Australie et au Mexique. L'idée est que chaque pays, selon les quotas d'émissions qui lui sont alloués par l'autorité régulatrice, reçoit des droits à polluer : les plus gros émetteurs auront ainsi besoin d'acheter des droits à polluer à ceux qui sont plus vertueux. Problème, le prix de la tonne équivalent CO2 est celui fixé par le marché, il peut être trop bas pour être incitatif, comme c'est le cas depuis la crise économique : en Europe, le prix de la tonne est passé de 20 à 15 euros environ.
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Quelles seraient les conséquences d'un échec ?

Certains vont même jusqu'à souhaiter l'échec des négociations, comme James Hansen, climatologue de la Nasa, qui a estimé que « sur ce genre de problèmes, vous ne pouvez pas faire de compromis ». En clair il pense qu'en l'absence de mécanismes contraignants, un accord politique comprenant des chiffres d'émissions sur le long terme n'est pas à la hauteur du problème.

Car il y aura sans doute un accord « politiquement contraignant », mais comme le rappelle le Réseau action climat « juridiquement, ce terme n'existe pas ». Pour ce réseau, mieux vaudrait un traité juridiquement contraignant et assorti de sanctions financières en cas de manquements. Une radicalité que ne partage pas Pierre Radanne, ancien président de l'Ademe, dans une note de l'institut Terra Nova :

« Un bon accord à Copenhague est un accord universel, au contenu d'engagements le plus élevé, quitte à lâcher du lest sur la nature juridique, et dont la crédibilité sera assise sur la qualité d'élaboration, de financement et de suivi des plans d'action nationaux de mise en œuvre.

En tout état de cause, un accord à tout prix à Copenhague, au prix d'un vidage de sa substance, ne servirait pas l'intérêt général : on sacrifierait l'avenir de la planète contre le gain politique éphémère d'un succès diplomatique en trompe-l'œil. »

Prudents, pas mal d'observateurs estiment que Copenhague risque d'être une première étape, l'issue des négociations aboutira peut-être à Mexico en 2010. Pour Arnaud Gossement, porte-parole de France Nature Environnement, c'est peut-être le format même de ce type de conférence qu'il faut remettre en question :

« L'enjeu n'est donc peut être pas de se mettre d'accord sur des engagements qui seront aussi peu respectés que ceux de Kyoto. L'enjeu préalable est peut êre de définir un nouveau cadre institutionnel qui pourait être une Organisation mondiale de l'environnement : tout dépend bien sûr du contenu de cette idée qui n'est pas récente !

Il nous faudrait sans doute réfléchir à l'émergence d'une démocratie écologique mondiale qui soit continue (et non agitée de spasmes), qui soit un forum non pas seulement des exécutifs nationaux mais aussi des corps intermédiaires qui sont aujourd'hui largement écartés des négociations. »


Hervé Baudry

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  • TienTien
    TienTien
    très très sceptique...
    • Posté à 07h14 le 07/12/2009
    • Internaute
      très très sceptique...

    Grand barnum médiatique !
    Prenons par exemple le Canada qui ne fait pas partie des « méchants » habituellement dénoncés. En ratifiant le Protocole de Kyoto, le Canada s'était engagé à réduire, au plus tard en 2012, ses émissions de GES de 6% par rapport à 1990, l'année de référence. Objectif modeste, reconnaissons le. En 2002, ses émissions totales de GES avait en fait augmenté de 24% depuis 1990 ! ! En conséquence, le Canada déclara que l'objectif fixé à Kyoto n'était simplement pas atteignable...

    Source : les sables bitumineux de l'Athabasca

  • Peureux anonyme
    • Posté à 10h35 le 07/12/2009

    Je me demande si l'enjeu de Copenhague n'est pas plutôt de convaincre un maximum d'occidentaux de se serrer davantage la ceinture au profit de l'oligarchie.

    On nous raconte que les déplacements des ministres, gourous d'associations et autres journalistes seront « compensés » en termes d'empreinte carbone : comprendre par là que des dépenses supplémentaires seront engagées.

    Ces dépenses ne seront pas financées en vendant les patrimoines personnels de ces ministres, gourous ou journalistes. Mais elles seront facturées aux contribuables, donateurs ou consommateurs occidentaux.

    Vous devrez vous serrer la ceinture, vous paierez les voyages de ces messieurs dames et en sus vous paierez la « compensation ».

    Les couillonnés, comptez vous !

  • ideme
    ideme
    énervé
    • Posté à 10h54 le 07/12/2009
    • Internaute
      énervé

    Le seul lucide dans cette affaire serait-il M James Hansen ? On va discuter des modalités, de ce que l'on peut faire, lâcher ici pour récupérer là, opposer les pauvres et les riches etc. En fait on va parler une fois de plus de nous et non du monde lui même. A mettre en rapport avec la volonté de nos gouvernants de minimiser l'intérêt de la géo au lycée..
    L'équation est simpliste. On peut (voir le dessous des cartes de la semaine dernière) balancer 13 milliards de tonnes d'équivalent CO2 dans l'atmosphère sans trop de danger. Aprés un calcul simple, on peut alors estimer que chaque habitant de la planète peut balancer 2 tonnes « de CO2 » par an. Certains parlent de 500kg max/an. Je consomme 50l de gasoil par mois pour aller bosser...soit 600litres par an : 2 tonnes, cela représente à peu prés 800l de fioul, en gros. N'arrivant pas à me faire à l'idée que j'ai droit à plus de vie qu'un habitant du Sahel, que l'entreprise qui m'emploie n'a pas vraiment le droit pour produire plus de polluer plus qu'un autre, j'en viens à l'idée que si les décroissants n'ont peut être pas tout à fait tort, il leur manque surtout des chiffres : « décroître » d'accord, mais jusqu'où ?
    Les Britanniques ont eu le même genre de problème à résoudre lorsqu'ils ont pondu les « common law » qui remplaçait une gestion communautaire des pâturages par une gestion privée. Résultat : on a alloué des terres et les riches, notables ont eu leur part, les petits sont aller fournir des bras à la révolution industrielle naissante. Un prés, c'est du local. La gestion locale du bien commun local peut donc se traduire par une égalité totale où bien une éviction de certains, le local laissant le reste du monde à la disposition des infortunés. Mais nous n'avons pas d'ailleurs. Comment puis-je prétendre user de l'atmosphère plus que mon voisin ? Quel droit à un état de décider de polluer parce qu'il à beaucoup de bombes atomiques ?
    Je ne vois que deux solutions à cette question :
    1-Chacun d'entre nous doit pouvoir avoir sa part « d'atmosphère » à polluer. Si le riche veut polluer plus, il doit assurer une rente à celui qui pollue moins en lui achetant des droits négociables annuellement, les états pourraient aussi décider de ponctionner une quotte part de ses droits à chaque citoyen pour fonctionner, et les entreprises ne pourraient polluer plus que ce que leur permet le nombre d'employé ( pas mal contre le chômage) qui leur céderait une part de droit à l'embauche.
    2- Il faut augmenter l'efficacité énergétique : Si chacun a une part d'atmosphère, le regroupement et l'entente permettrait une mutualisation de la ressource pour améliorer le rendement non pas des stock options, mais de l'efficacité énergétique. Ou bien peut-on enfin décider de créer des moyens de transport plus doux. Le produit tempsxénergie permet des déplacements plus doux avec une consommation moindre. Deux où trois jours pour aller aux états unis en dirigeable au lieu de 10h, De gros bateaux au lieu de petits avions, c'est peut être ça l'avenir.

    Évidemment cette idée n'est qu'une utopie, mais toute décision qui négligerait le principal acteur de l'affaire... le monde, sera, si l'histoire du réchauffement est vraie, sanctionnée. La voiture humanité a beau s'équiper d'airbags, si elle ne change pas de direction, elle se prendra quand même le mur. Or pour le moment, elle ne met aucun airbag en place ( et c'est là un point où M Allègre n'a pas tort). Le but n'est pas la survie du monde, ni celle de la bourse, mais de notre espèce, parce que la bourse est au vol ce que la lapidation est au meurtre, que son élimination serait à mon avis positive, et que le monde en a connu bien d'autres.
    Comme le dit Y Cochet sur le nucléaire : peut-être sommes nous trop cons pour vivre sur la terre.

  • Psylo
    • Posté à 12h16 le 07/12/2009

    Lienpar Lien

  • triptyk-
    triptyk- répond à alaixih
    • Posté à 13h23 le 07/12/2009

    la priorite des priorites si l'on veut vraiment faire quelque chose d'utile c'est de reduire drastiquement le taux de natalite a l'echelle mondiale. Dans l'absolue, reduire la population mondiale de moitie aurait bien plus d'effet sur le changement climatique que n'importe quelle autre action. Evidemment cela nous obligerait a n'autoriser qu'un enfant par famille, comme en Chine. Mais allez faire comprendre ca a toute une planete... Ce sujet est tabou et on prefere faire dans la petite action du dimanche (trie, co voiturage, ethanol dans le moteur, taxes sur emissions, eolinennes etc...). tout cela est certes tres bien mais il aurait fallut le faire il y a 50 ans ! ! Aujourd'hui, il faut des mesures bien plus contraignantes (et continuer a trier ! ).

  • Madiran
    • Posté à 15h00 le 07/12/2009

    Copenhague... La Planète !

    S'agit-il des enjeux de Copenhague... ?

    Ou bien s'agit-il d'enjeux pour la planète ? Et si on parlait un peu de la planète bleue ?

    Ce qui m'importe sont les enjeux pour notre planète, ceux de notre planète bleue !

    L'important pour la planète, n'est pas la mise en place de la bourse carbone...

    La bourse carbone est instaurée dans la constitution, puis dans le traité de Lisbonne... Mais, est-ce là le plus important pour notre planète ?

    L'important est de distribuer « l'eau potable » et les terres arables afin que chacun puisse manger.

    C'est ensuite que chacun pourra, par là, vivre et travailler décemment... ! !

    La diminution du carbone dans ce cas devient une conséquence…

    Notre planète comporte l'Est et l'Ouest...Certes...
    Mais il y a aussi le Nord et le Sud !

    Copenhague ne doit pas devenir une condition à l'instauration d'une seule évolution technologique entre l'Est et l'Ouest et une répartition du monde entre le Nord et le Sud…

    Il faudrait que Copenhague se souviennne que l'objectif de la réunion est « la planète »…. Pas la mise en palce de la bourse carbone !