Comment a-t-on découvert l'eau de Lune ?

Confirmant une vieille intuition, la découverte d'eau par la Nasa pourrait ouvrir la voie à une future colonisation de la Lune.

Reconstitution d'artiste (Nasa)

Cela fait longtemps que les scientifiques qui passent leur temps à observer la Lune (mazette, beau métier ! ) soupçonnent l'existence d'eau à sa surface. C'est, comme pour la découverte de la tarte Tatin, un accident -mais organisé, celui là- qui aura permis d'en apporter la preuve. Explications.

D'abord, pourquoi toute cette excitation ?

« Oui, c'est vrai, nous avons trouvé de l'eau », a déclaré vendredi Anthony Colaprete, responsable des recherches du programme « Lunar Crater Observation and Sensing Satellite » (Lcross), lors d'une conférence de presse. « Et on n'en a pas trouvé qu'un peu » (là, il se vante : la Lune n'est pas encore mouillée). L'émotion a été telle que Google en a changé illico son logo dans le monde entier : Logo Google célébrant la découverte d'eau

Pourquoi nous passionnons-nous tant pour cette histoire d'eau ? Pour une raison simple : dans l'eau, il y a de l'oxygène (le O de H²O). Donc, l'eau permet
de respirer, et pas seulement aux carpes et aux mérous. Il suffit d'extraire le O de H²O. Pour cela, il faut de l'énergie. Sur la Lune, des panneaux solaires
peuvent la fournir.

Avec un peu d'eau, mettons un milliard de tonnes, il est donc possible non seulement de boire, mais encore de dégager de l'oxygène et de l'hydrogène (cette dernière pouvant être transformée en carburant). Donc de rendre possible une colonisation permanente de la Lune.

Pourquoi soupçonnait-on la Lune de contenir de l'eau ?

La Lune, c'est vrai, n'a pas l'air, comme ça, très aqueuse. Elle est du genre sèche et sans atmosphère. Il y fait très chaud, sauf aux pôles. Mais on a repéré des traces d'hydrogène. Et qui dit « H » dit soupçon de H²O.

Deux sondes s'étaient déjà attelées aux recherches d'eau. Le site du CNRS raconte leurs tentatives :

En 1994, une sonde franco-américaine, dotée d'un radar, envoie des échos qui renforcent le soupçon d'une présence de glace au fond de cratères, au niveau des pôles (où il fait 40° au dessous de zéro). On imaginait alors d'immenses lacs gelés. Las :

« Quelques mois plus tard, des images radar obtenues depuis la Terre grâce à un puissant radiotélescope rendaient cette interprétation caduque : les signaux radar réfléchis par des régions trop ensoleillées pour renfermer de l'eau étaient en effet semblables à ceux renvoyés par les pôles… »

En janvier 1998, une
deuxième sonde, « Lunar Prospector » bardée d'équipements voués à la recherche d'eau, fait un petit tour de Lune. Les scientifiques
américains sont tout excités :

« Ils avaient détecté suffisamment d'hydrogène pour en déduire qu'il y avait de la glace d'eau sur la Lune. Et cette glace
d'eau était concentrée aux deux pôles, principalement localisée au fond
des cratères. »

Cette eau, pensaient-ils, était mêlée à de la poussière.
Ce qui n'interdisait pas pour autant de rêver à l'exploitation de notre astre voisin, à partir de ces quelques milliards de tonnes d'eau.

En juillet 1999, « Lunar Prospector » ayant achevé tout ce qu'il pouvait faire, la Nasa le projette contre le sol lunaire. On choisit le fond d'un petit cratère du pôle sud de la Lune. L'idée : créer une gerbe de poussière que l'on pourrait analyser grâce aux télescopes situés sur notre plancher des vaches. Pardon ? Des vaches terrestres, oui. Suivez, bon Dieu !

Ce fut un échec cuisant : aucun nuage ne put être observé. Pas une seule molécule de vapeur d'eau. La sonde était trop petite. L'astre sélène gardait son secret (j'adore « astre sélène »).

Comment cette fois-ci a-t-on démontré l'existence d'eau ?

Un autre engin, Lcross (prononcer L-Cross), donc, a de nouveau été dépêché par la Nasa autour de la Lune. Une mission à 79 millions de dollars. L'expérience du crash a été renouvelée le mois dernier. Mais là, le truc était bien plus chiadé.

Lcross était composé de deux parties : une partie fusée, pour lui donner le plus de vitesse possible, et une partie sonde, pour analyser les conséquences de l'impact. La sonde devant s'écraser quatre minutes après la fusée, le temps d'envoyer ses observations « live ». Un cratère de 100 kilomètres de large, Cabeus, près du pôle sud, a été retenu pour l'expérience, qui a eu lieu le 9 octobre. (Voir la vidéo : une reconsitution de l'opération).


Et cette fois ci, miracle, un beau nuage a pu être analysé.

Les Américains expliquaient avec passion vendredi que l'impact de « 5,600 miles par heure » a créé un trou de « 60 à 100 pieds de large » et dégagé au moins « 26 gallons d'eau ». Et là, on se dit : mais, sa race, quand-est-ce qu'il passent au système métrique ? (Bon, bonne poire, j'ai fait pour vous les conversions : plus de 9000 km/h, un trou de 18 à 30 mètres de large, près de 100 litres d'eau).

Voici la meilleure image du « nuage » créé par la collision ; on l'aperçoit, il me semble, au centre de la loupe carrée :

Nuage créé par Lcross (Nasa)

Les images ont été analysées. Les molécules d'eau ont été repérées par l'étude des longueurs d'ondes de la lumière qu'elles reflétaient. Les scientifiques ont également détecté sur les images du spectromètre certaines couleurs associées à des molécules d'hydroxyl (OH), qui seraient issues de molécules d'eau brisées au moment de l'impact. Exemple d'une courbe, tirée des données du spectromètre à ultraviolets, qui « parle » aux chercheurs :

analyses des données (Nasa)

D'où vient cette eau ?

C'est le grand mystère. De comètes ? On les soupçonne fortement. De la Lune elle même, qui aurait évolué ? Ce serait le scénario le plus extraordinaire : la Lune serait par exemple un morceau de la terre, qui se serait détaché par la force centrifuge ; ou alors un agglomérat de particules générées par la collision entre la Terre et Théia, un énorme astéroïde…

Mais l'eau peut aussi venir plus simplement du « vent solaire ». Le soleil bombarde la surface de l'astre de protons (noyaux d'hydrogène). Ces ions H+ interagiraient avec l'O(xygène) des minéraux lunaires, pour créer du H2O.

10 commentaires sélectionnés

Portrait de Pibole

De Pibole

auteur | 17H57 | 14/11/2009 | Permalien

Bah, on le savait depuis longtemps... C'était déjà dans "on a marché sur la lune" de Hergé... ;-)

Portrait de spleenlancien

De spleenlancien

manant, de passage sous le soleil. | 17H58 | 14/11/2009 | Permalien

Peut-être suis je complètement hors du coup, mais l'experience prouve qu'à la veille de discussions concernant son budget, la NASA a toujours des déclarations fracassantes et/ou spectaculaires à faire pour bien faire comprendre à Washington qu'il ne la subventionne pas en vain.

Portrait de Pseudo

De Pseudo

Aimer la vie, aimer les fleurs, aim... | 18H09 | 14/11/2009 | Permalien

"Oui, c'est vrai, nous avons trouvé de l'eau "

Ben oui, on le savait déjà : la mer de la tranquillité, la mer de la sérénité, la mer de la fécondité... :-))

Portrait de Pascal Riché

De Pascal Riché (auteur) 7

Rue89 | 18H26 | 14/11/2009 | Permalien

En fait, on le sait depuis Méliès: ses astronautes allaient sur la lune avec des parapluies:

Portrait de Unglorious worker

De Unglorious worker

sceptique à temps partiel | 18H30 | 14/11/2009 | Permalien

L'autre question serai: Pourquoi s'implanter sur la lune?
A part une résurgence des sentiments impérialistes américains des années 60, quel est l'intérêt d'y rester en permanence?
Dans un but d'étude scientifique: mettons, mais pourquoi vouloir y envoyer des hommes et des femmes, les robots d'exploration posent beaucoup moins de problèmes que les êtres humains dans ces conditions et ils ne sont déjà pas légion sur la lune. Ce ne serai pas non plus pour faire une base en vue de conquérir d'autres corps du système solaire: la lune est très proche de la terre et y envoyer quelque chose coute de l'énergie à l'aller pour vaincre l'attraction terrestre, à l'atterrissage pour vaincre l'attraction lunaire, et à nouveau au décollage pour encore vaincre l'attraction lunaire, pour finalement repartir ailleurs. C'est du gâchis énergétique.
Et ne parlons pas du problème posé par la régalite , poussière lunaire extrêmement abrasive qui limite la durée de vie d'un scaphandre à quelques heures...
Je crois que le rêve de l'espace habité appartiens au passé ou à un futur plus lointain, que la nasa s'accroche aux vieux rêves pour justifier son existence.
De l'eau sur la lune, scientifiquement c'est effectivement un exploit, mais elle ne sert à rien...

Portrait de SimonYNT

De SimonYNT

Djeun's | 14H51 | 15/11/2009 | Permalien

Cette annonce est à prendre avec de grosses pincettes...

Il y a quelque années, quand Mars était à la mode, la Nasa a aussi annoncé avoir découvert de l'eau à la surface de Mars, comme par hasard quelques temps avant que son budget soit voté...

Depuis ? la fameuse "eau" martienne était du dixoyde de carbone (le fameux CO2) liquide, qui apres avoir suinte depuis les profondeurs, avait jailli gele en surface... Mais ça, la nasa a été moins pressée de l'annoncer...
Et encore plus tard (l'an dernier), les Chinois ont envoyé une sonde photographier la Lune en détails, la remettant au gout du jour, et relançant la course à l'espace entre les "grands"... Du coup, j'ai franchement du mal à croire aux "preuves" de la nasa, trouvées et analysées par elle-même et non confirmées par d'autres agences...

Alors, attendons un peu de voir si cette n'eau n'est pas qu'un écran de fumée qui se dissipera une fois que la nasa aura touché ses milliards...

Portrait de Spool

De Spool

ici | 20H53 | 14/11/2009 | Permalien

Et là, on se dit : mais, sa race, quand-est-ce qu'il passent au système métrique ?

et pourtant, y aurait de quoi :-)

23 septembre 1999, la sonde Mars Climate Orbiter de la NASA s'écrase sur la planète rouge. Très vite après l'accident, on découvre les faits : au sein du groupe projet une première équipe d'ingénieurs utilisait le système métrique, alors qu'une seconde a fait ses calculs avec le système anglo-saxon. Des pouces et des livres au lieu de cm et de kilogrammes. Une erreur de communication interne, 120 millions de dollars partent en poussière dans le vide spatial.

( résumé de l'article publié dans Veille )

Portrait de Nootilus

De Nootilus

dans la Marmite | 21H47 | 14/11/2009 | Permalien

L'évènement est passionnant pour une partie de la communauté scientifique et pour les inconditionnels de la conquête spatiale comme moi, mais je ne comprend pas pourquoi un "journaliste" se permet de truffer son texte de petites blagounettes ("Vaches terrestres"), d'appartés auto-suffisantes ("j'adore « astre sélène »") ou carrément de vulgarité déplacée ("mais, sa race, quand-est-ce qu'il passent au système métrique ?").

Peut-être devriez-vous vous recycler sur des potins pseudo-mondains TF1esques plus à même de justifier ce genre d'écriture, mais là ça m'a foncièrement gâché le plaisir.

Portrait de Jalex78

De Jalex78

chercheur | 23H02 | 14/11/2009 | Permalien

"dans l'eau, il y a de l'oxygène (le O de H²O). Donc, l'eau permet
de respirer, et pas seulement aux carpes et aux mérous. Il suffit d'extraire le O de H²O."

Attention vous allez faire croire aux profanes que les poissons récupèrent le O de H2O. Non... les poissons ne savent pas encore faire de l'hydrolyse, ils récupèrent l'oxygène (O2) dissous dans l'eau (H2O) et pas le O de H2O =)

Portrait de sarkophage_xyz

De sarkophage_xyz

07H12 | 15/11/2009 | Permalien

Ce n'est pas un évènement, mais juste de la comm, à preuve, les unités (gallons, mph...) alors que la Nasa impose l'usage du système métrique (pas fous), c'est donc clairement à l'usage du bon peuple et au congrés américains qu'ils s'adressent. Aucune révélation puisqu'on savait déja qu'il y avait des traces d'eau sur la lune grace aux sondes russes, indiennes et japonaise. Ici les étazuniens n'en trouvent pas plus: 1OO litres d'eau dégagés (et même pas récupérés) aprés un impact d'une énergie approximative de 60 Giga Watt heure soit la production d'une chiée de tranches nucléaires pendant une heure.
L'intérêt, et la plupart d'entre nous l'on compris était de trouver une ressorce en eau exploitable pour qu'une base lunaire puisse se passer d'importation d'eau terrestre dont le coût estimé serait de 50000$ par litre était jugé prohibitif. A 600 Méga Wh le litre, pas de progrès...

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