
Pourquoi l'Irlande a finalement dit oui au Traité européen
Seize mois après un premier référendum sur la ratification du Traité de Lisbonne, conclu par un retentissant non, les Irlandais étaient appelés vendredi à une nouvelle consultation populaire. Résultat très différent cette fois : les deux tiers des électeurs ont voté oui à la ratification.
Malgré de très fortes pressions, les Irlandais avaient osé défier, en juin 2008, les autres pays de l'Union européenne en votant non à 53,4%. Ils bloquaient ainsi l'ensemble du processus imaginé par les 27 pour tenter d'améliorer le fonctionnement de l'Union.
Leur vote avait soulevé l'indignation des ouistes d'autres pays, qui les accusaient d'ingratitude, leur pays étant celui qui a le plus profité des aides européennes.
Avec un taux de participation de 59%, contre 53% en 2008, le Premier ministre Brian Cowen peut cette fois se vanter d'un soutien « franc et massif » :
« Le peuple irlandais a fait un pas décisif pour une Irlande plus forte, plus juste et plus performante, et pour une Europe plus juste et performante. »
De plus, le oui irlandais pourrait faciliter les deux dernières ratifications manquantes, celles de la République Tchèque et celle de la Pologne. Le traité pourra alors s'appliquer.

Dans les grandes lignes, le traité approuvé par les Irlandais prévoit une plus grande permanence pour le Président du Conseil européen, un renforcement des pouvoirs du Parlement européen, des moyens renforcés pour la politique étrangère et davantage de décisions à la majorité.
Reste une question : pourquoi les Irlandais ont-ils ainsi changé d'avis ?
Un besoin de bouée de sauvetage après l'effondrement de l'économie
Il y a un an et demi, l'économie irlandaise n'était pas trop pimpante : le taux de croissance avait chuté (de 5,3% en 2007, il est passé à -2,3% en 2008, et devrait être de -8% en 2009 ! ) et le nombre de chômeurs a atteint son plus haut niveau depuis dix ans…
A l'époque, on expliquait en partie le non par la mauvaise humeur des Irlandais, liée à l'économie. Mais avec la crise financière, le pays s'est brutalement enfoncé. Et les difficultés économiques, très sévères, sont aujourd'hui invoquées pour expliquer… le oui.

Le taux de chômage (12,5 % de la population active) a triplé en deux ans. Le PIB a reculé de plus de 7% ! 
Les entreprises, petites ou grandes (y compris Intel et Microsoft, gros pourvoyeurs d'emplois), et les syndicats ont soutenu le camp du oui, estimant que la crise était devenue trop grave pour se passer du soutien de l'Europe.
Dans les années 1990, avant que le pays ne se mue en « tigre celte » au début des années 1990, les aides euopéennes représentaient jusqu'à 3% du PIB.
Des garanties sur des points clefs du Traité
Les nonistes avaient plusieurs raisons de s'en prendre au Traité de Lisbonne :
- Démocratie : le traité est abscons, personne ne peut comprendre ses enjeux, il est donc antidémocratique.
- Avortement : il est interdit par la Constitution Irlandaise. Selon les opposants àl'avortement, la Charte des droits fondamentaux du traité risquait (ce qui était très discutable) d'affecter cette disposition constitutionnelle qui » reconnaît le droit à la vie de l'enfant à naître » . Le traité de Lisbonne reconnaît le droit à la vie des » personnes » , et confie à la
Cour européenne de Justice le droit d'interpréter cet article.
- Place de l'Irlande dans l'UE : avec la limitation du nombre de commissaires européens, il n'y aurait de commissaire irlandais que pendant 5 ans tous les 15 ans.
- Neutralité : l'Irlande est un pays traditionnellement neutre, pour des raisons historiques (la proximité avec la Grande Bretagne). Les partisans du non mettent en garde contre un rapprochement de l'UE et de l'Otan, contraire selon eux aux intérêts de l'Irlande. L'Irlande a toujours eu une réticence vis à vis d'une trop grande intégration européenne en matière de défense ou de
sécurité.
- Fiscalité : selon les nonistes, une plus grande intégration de l'Europe risque de nuire à l'Irlande : l'UE ne manquera pas selon eux de chercher à harmoniser les fiscalités. Or le pays a profité du faible niveau de son impôt sur les entreprises (12,5% des bénéfices). Le traité de Lisbonne ne dit pas un mot sur le sujet.
Pour répondre à ces craintes, plusieurs garanties ont été apportées, uniquement sur les points qui inquiétaient la droite souverainiste : le Traité de lisbonne n'affectera pas la souveraineté irlandaise, notamment sur les questions de fiscalité, de neutralité militaire et d'affaires familiales telles que l'avortement.
Mais ces garanties n'ont pas encore été incorporées dans le Traité. Dublin a promis un autre vote de confirmation, une fois que ces garanties seront vissées dans le marbre juridique européen.
Des pressions très fortes sur les Irlandais
Amers, les nonistes dénoncent une « démocratie au forceps ». Déjà, en France et aux Pays-Bas, les gouvernements ont ratifié le Traité de Lisbonne par un vote parlementaire, de peur que leurs citoyens ne votent « non », comme ils l'avaient fait sur le Traité constitutionnel européen, voisin du traité de Lisbonne. Selon Attac, cette fois :
« Tous les moyens ont été mis en œuvre pour tenter de faire changer d'avis les Irlandais. A commencer par les moyens de communication, à coup de campagnes largement financées par les grandes entreprises comme Ryanair et Intel, qui ont donné des sommes énormes pour la cause du oui. »
Selon l'organisation, le oui de vendredi ne traduit pas une adhésion enthousiaste à la façon dont est construite aujourd'hui l'Union européenne : C'est avant tout un un « oui » obtenu « par la peur et l'insécurité provoquées par la gravité de la crise ».

Dessins de Rémy Cattelain, Mykaia et Large
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De mixture fait maison
instable | 10H41 | 04/10/2009 |
Le désengagement est tel que à 59 % de participation, on parle de soutien « franc et massif »… Attendons de voir l'abstention aux régionales en France (51% prévu d'après un sondage)
De Arnaud Aubron
Rue89 | 10H51 | 04/10/2009 |
C'est tout de même en hausse : le taux de participation au précédent référendum irlandais était de 53%…
De Contestatairieux
(un de ces fameux travailleurs pauv... | 10H51 | 04/10/2009 |
Une économie basée aussi sur la finance disant non par arrogance et maintenant oui pour faire jouer la solidarité inter-européenne… Les pays comme l'Irlande ont fait partir des entreprises du continent à leur profit (cf la fiscalité+effet d'aubaine pour celles-ci) et en aucun cas n'ont contribué à l'effort européen.
C'était, je pense, un non pour ne pas partager sa croissance, aujourd'hui, c'est un oui pour le partage de la crise. Bel esprit.
Le non de l'Irlande était un non au partage et non pas au libéralisme, contrairement a ce qui c'était passé en France en 2005.
C'est bien que l'Irlande ai dit oui, encore que, je ne suis pas certain, finalement. (comprendre : le traité de Lisbonne est vraiment pas bien).
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 12H24 | 04/10/2009 |
C'est irrationnel.
L'Irlande n'avait pas eu besoin du traité de Lisbonne pour bénéficier de l'aide de l'Europe et être dans l'Europe. Et qu'elle dise oui ou non, l'Irlande intégrera toujours l'Europe et sera traité à égal d'un autre pays européen.
Il n'y aura pas d'Europe à deux vitesses, ceux qui ont accepté le Traité et les autres qui restent derrière avec les vieux textes… C'est tous ensemble dans la même galère.
Alors pourquoi ont-ils eu peur ?
edit : Il est donc légitime de se poser la question de cette irrationalité en considérant que le texte de Lisbonne qui, bien que défendant les droits fondamentaux du citoyen européen, édicte de façon floue une mise en concurrence des services d'intérêt général, concept qui laisse la porte ouverte à une financiarisation de ces derniers. Si le profit s'installe ad vitam eternam dans la locomotive des besoins primaires, bloquant ainsi la spiritualité dans les wagons 2ème classe, on aura une aggravation de la crise.
Mise à part ces considérations un peu trop spéculatives, la défaite du non réside non pas dans la victoire au pilori du oui, mais dans le manquement des forces progressistes du non à se réunir autour d'un texte alternatif, clair et porté sur l'homme. C'est normal que la peur l'emporte si le courage politique fait défaut.
De Liger
liger.amsud.net | 11H13 | 04/10/2009 |
Petit calcul de probabilités :
Un peuple a 50% de chances de voter OUI, et 50% de chances de voter NON.
Mais s'il vote NON, on fait revoter une fois.
Les chances du OUI sont donc 0,5 + 0,5x0,5 = 0,75 (75%)
Les chances du NON sont 0,5x0,5 = 0,25 (25%)
On a donc organisé le scrutin de telle manière que le OUI a 3 fois plus de chances de l'emporter que le NON.
De survivant
12H03 | 04/10/2009 |
Les Irlandais comme il est écrit en fin de texte ont voté oui par crainte de se retrouver isolés financièrement face à la gravité de la crise. Certes ceci peut-être un argument, de là à faire croire aux Irlandais comme à de vulgaires arriérés mentaux qu'ils pourront ajouter leur petite touche finale relative aux coutumes du pays telle que : « le droit à la vie » ou encore garder leur neutralité et rester à l'écart de l'OTAN. Là les Irlandais auraient dû lire le traité à la loupe car celui-ci le stipule noir sur blanc. Les 27 pays de l'UE feront partis de l'OTAN par ce traité. Nous voilà rassurés par ce traité les 27 pourront envoyer de la chaire à canon toute fraîche pour régler le conflit Afghan. Quant à leur faire croire qu'ils garderont leur souveraineté là c'est le pompon. Enfin, les Irlandais comme les corses voudraient garder leur indépendance tout en gardant les aides Européennes. Ce qui risque de faire beaucoup d'émules nationalistes au sein des 27. Les marchands de cagoules vont pouvoir se refaire.
De Tita
oiseau | 13H12 | 04/10/2009 |
Bel argumentaire concernant le « besoin de bouée de sauvetage après l'effondrement de l'économie », mais n'est-ce pas un trompe-l'œil à l'image de ce que le FMI et la banque mondiale servent aux pays pauvres ?
Je crois savoir que les aides européennes s'accompagnent de contreparties telles que le libre échange entre pays, etc.
Évidemment, la plus grande facilité d'échange des capitaux, l'ouverture des marché, etc, cela permet d'avoir des entreprises fortes, capables de concurrencer les entreprises américaines, japonaises, ou chinoises. C'est le credo qu'on nous sert.
« Mais » (car il y a un mais), si on regarde la chose au niveau intra-européen, ce sont les entreprises survivantes qui sont fortes. Les autres ont été mangé par le jeu de la concurrence, des opa et d'autres joyeusetés. Et c'est autant de chômeurs en plus.
Ne vaudrait-il pas mieux deux, trois ou quatre entreprises, petites, mais qui donnent du travail à moult gens qu'une seule grosse entreprise, fut-elle forte, qui donne moult dividendes à ses actionnaires ?
En Bref, le choix irlandais sacrifie-t-il sa santé à long-terme pour un court-terme qui parait alléchant ?
De Patrick_C
12H49 | 04/10/2009 |
J'aime le point 3 relevé par Attac alors que les mêmes n'ont pas relevé l'origine du financement de la campagne de Libertas pour obtenir le non lors du premier référendum…
De Fiona
Enseignant | 14H17 | 04/10/2009 |
« C'était, je pense, un non pour ne pas partager sa croissance »
Vous n'avez vraisemblablement pas suivi le débat en Irlande. Tout comme en France (en 2005), le camp de ceux qui appelaient à voter contre ce traité était divisé entre d'un côté, les ultra conservateurs et les xénophobes et, de l'autre, des gens de gauche qui voient ce traité comme un danger non seulement pour l'Irlande, mais pour toute l'Europe !
De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 15H26 | 04/10/2009 |
J'ai écouté hier soir sur France-Culture un reportage réalisé à Limerick peu avant le référendum. L'une des raisons à ce vote positif des Irlandais semble bien être aussi le flot d'argent qui a été déversé sur l'Irlande depuis le début de la crise. Disons-le crûment, cela ressemble beaucoup à un achat de vote.
De STEFFEN Louis
ancien enseignant réformateur | 16H39 | 04/10/2009 |
Très curieux. Quand le NON l'emporte, il est le reflet d'un sens aigu de la démocratie, il témoigne de la maturité politique d'un peuple. Et, quand ce même peuple, par un revirement complet, donne la victoire au OUI, on enterprète ce vote comme une régression infantile liée à la peur de la crise.
Il ne vient pas à l'esprit des analystes que ce peuple, après réflexion, a jugé autrement des arguments des uns et des autres, qu'il a pris le temps de mesurer la compexité de la question posée et que, tout compte fait, il a choisi la proposition qui, sans être parfaite, ouvre des perspectives d'avenir au lieu de se replier frileusement sur le maintien de choses en l'état. Le rentier nationaliste ressasssant le proverbe « un tiens vaut mieux que tu l'auras » s'est mué en homme d'action ouvert qui veut construire l'Europe, sachant bien que la tâche n'est pas simple, que rien n'est gagné, mais qu'il n'y a pas d'autre voie.