Clearstream pour ceux qui ont oublié le début (et pour les nuls)

Il était une fois un informaticien, un corbeau, un ex-Premier ministre, un Président et Laetitia Casta : affaire d'Etat, mode d'emploi.

Photos : Nicolas Sarkozy en avril 2007 et Dominique de Villepin en mars 2007 (Reuters)

Le procès de l'affaire Clearstream débute lundi à Paris. Avec quelques stars en tête d'affiche : Nicolas Sarkozy qui accuse, Dominique de Villepin qui se défend, et une brochette de personnages plus fous encore, et parfois plus incongrus (on y croise même Laetitia Casta).

A leur décharge, il est difficile de se plonger dans les méandres de cette affaire sans le devenir (fou). Pour ceux qui préfèrent rester sains d'esprit et avoir une vision à peu près claire de l'affaire, il est temps de lire cet « explicateur ».

1Le coeur de l'affaire : une fausse liste de corrompus

Une liste de personnes, prétendument sortie des fichiers informatiques de l'établissement financier luxembourgeois Clearstream, a été transmise à la justice par une lettre anonyme au printemps 2004. Il y en aura d'autres : en tout, six courriers de ce type.

« Je vous écris pour vous informer de l'existence d'un groupe mafieux », commence la lettre adressée au juge Renaud Van Ruymbeke. Selon ce « corbeau », des personnalités françaises, en cheville avec des oligarques russes, seraient rémunérées pour faciliter le blanchiment d'argent sale, à travers des comptes occultes de Clearstream.

Ce club de mafieux serait, toujours selon le corbeau, responsable de la mort de Jean-Luc Lagardère, ancien patron de Matra, entreprise intégrée depuis dans EADS, le grand groupe aéronautique.

Les Français auraient reçu, sur ces comptes bancaires, des « rétrocommissions » (ou pots de vin) pour la vente de frégates à Taïwan en 1991.

La liste, envoyée en mai, est complétée dans une seconde lettre en juin 2004 et des CD-Rom. Près de 900 comptes bancaires sont signalés. Y figurent les noms de personnalités très connues :

  • Nicolas Sarkozy, alors ministre des Finances. Plus précisément, les noms de « Paul Nagy » et « Stéphane de Bosca » apparaissent, référence au patronyme complet « Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa »
  • Brice Hortefeux
  • Jean-Pierre Chevènement
  • Dominique Strauss-Kahn
  • Alain Minc (consultant)
  • Edwy Plenel (alors au Monde)
  • Laurent Fabius
  • Alain Madelin
  • Philippe Delmas, vice-président d'EADS
  • Alain Gomez, ancien président de Thomson-CSF
  • Alizée, chanteuse
  • Laetitia Casta, actrice

Toutes ces personnalités se sont interrogées sur la présence de leur nom dans ces listings.

La manipulation est découverte, reste à trouver les auteurs

Le juge Van Ruymbeke enquête, mais se rend bientôt compte qu'il s'agit d'une manipulation. Dès l'automne 2004, il a des doutes. Il finit par s'apercevoir que les noms de personnalités ont été rajoutés, parfois grossièrement, aux listes de Clearstream.

Qui a fabriqué ces faux listings, basés sur un document authentique de la banque ? Une nouvelle enquête est ouverte, dès juillet 2004, après le dépôt d'une plainte pour dénonciation calomnieuse par certaines des personnalités visées. Elle est confiée aux juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons. Le procès de cette semaine en est l'aboutissement.

L'affaire devient alors publique : c'est Le Point qui la révèle. Mais à ce moment et jusqu'à le fin 2005, la situation reste floue. Au printemps 2006, des investigations menées en Italie apportent la preuve que les listes sont des faux, et Nicolas Sarkozy se décide à porter plainte.

« Un jour, je finirai par retrouver le salopard qui a monté cette affaire et il finira sur un crochet de boucher », aurait déclaré Nicolas Sarkozy, selon Franz-Olivier Giesbert (« La Tragédie du Président », 2006).

La suite : le contexte, avec l'affaire Clearstream 1 et les frégates de Taïwan

Photos : Nicolas Sarkozy en avril 2007 et Dominique de Villepin en mars 2007 (Reuters)

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Chimulus

De Chimulus

Dessinateur de presse | 11H22 | 21/09/2009 | Permalien

Portrait de rrrobotom

De rrrobotom

Echec et Mat | 16H20 | 21/09/2009 | Permalien

Je ne cesse de le répéter chercher le bénéficiaire et vous trouverez le cerveau de l'affaire. Il y'avait deux candidats possibles de l'UMP : DDV et Sarko. dans le temps Michelle Alliot marie n'était pas pro-Sarko et pourtant après avoir découvert que son nom était sur la liste, elle s'est ralliée à lui. d'autres personnalités avait changé de cap quand ils avaient découvert que leurs noms y figuraient aussi. La liste avec les noms rajoutés a été émise dans un seul but ; celui de nuire à DDV et sûrement pas pour nuire à Sarko & Co. Pour moi la seule faute de DDV est de ne pas en avoir informé les concernés ou à la limite ne pas leur avoir demandé des comptes puisqu'il était quand même le 1er ministre. Cette affaire est comparable au piège que font les méchants gosses : ils mettent un gros cailloux sur le trottoir qu'il cache avec une boite en Carton, celui qui passe en ayant envie de la chouter comme un ballon se casse les orteils. C'est Lahoud qui a posé le cailloux et c'est Sarko qui l'a couvert.

Portrait de jkz

De jkz

entrepreneur | 23H29 | 21/09/2009 | Permalien

Il y a quelque chose de terrible dans ce feuilleton et de très malsin.
A ma connaissance, une loi a été votée (par la gauche ! ) qui protège
le président de toute poursuite pendant l'exercice de son mandat pour
des faits qu'il aurait commis avant ou pendant son mandat présidentiel.
C'est compréhensible jusque là. Mais voilà… ce qui me gêne dans cette
histoire de faux listing c'est que le président puisse être autorisé,
pendant son mandat, d'ester en justice contre les personnes qu'il
considère comme ayant porté préjudice à sa personne,
pour des faits qui se seront produits avant ou pendant l'exercice de
son mandat présidentiel. Le président serait-il au dessus de lois ?
ou aurait-il un privilège dans ce domaine ? Je veux qu'on m'explique
comment le premier magistrat peut-il être à la fois juge et partie ? Le droit serait-il au service des plus forts aujourd'hui ? Aidez-moi à comprendre mes chers avocats des parties civiles, du président je veux dire… Merci

Portrait de marchenchuches

De marchenchuches

Ouvreur d'huitres au Niger | 08H12 | 22/09/2009 | Permalien

Mais mon cher, c'est fort simple, c'est un conflit entre aristos réglé à la mode aristo.

Monsieur de Nagy Bocsa ayant été offensé par Monsieur de Villepin, il le provoque en duel. Jusqu'ici rien de plus normal.

Monsieur de Nagy Bocsa étant l'offensé, il a le choix des armes. Jusqu'ici, rien de plus normal.

Monsieur de Nagy Bocsa choisit pour Monsieur de Villepin un arc et une flèche. Pour lui même, Monsieur de Nagy Bosca a retenu la mitrailleuse, très certainement pour l'image moderniste.

Monsieur de Nagy Bocsa craignant quelques fourberies de dernière minute, il a choisi pour les deux camps des témoins de sa famille, là encore, et on doit lui en rendre hommage, pour préserver la notion de justice.

Rendez vous dans un mois dans les fossés de Vincennes.

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