Pourquoi le dimanche est-il un jour chômé ?

L'ancien ministre du Travail, Xavier Bertrand, promeut le travail dominical à Marseille en avril 2009 (J.-P. Pelissier/Reuters).

Le texte sur l'ouverture des magasins le dimanche revient devant les députés le 7 juillet, soulevant comme toujours de multiples passions socio-religieuses. Ce débat n'est pas neuf, il se poursuit en réalité depuis plusieurs siècles.

L'attachement particulier au jour chômé est, à l'origine, religieux. Dans la Genèse, Dieu décide de se reposer le septième jour. Il ne se contente pas de lambiner 24 heures, il décide de bénir et sanctifier ce jour particulier. D'où le sabbat.

Avec les premiers chrétiens, cela se complique. Ceux-ci respectent le sabbat, mais célèbrent aussi le dimanche (de « dies dominicus », jour du seigneur), qui commémore la résurrection du Christ.

En 321, l'empereur Constantin introduit le repos du dimanche dans les villes de l'Empire, le couplant au jour du dieu solaire romain (on retrouve cette étymologie dans le mot anglais « sunday » ou allemand « sonntag »).

L'oisiveté dominicale remise en cause par les Lumières

Au début du XVIIIe siècle, la quasi-totalité des Français se rend à la messe le dimanche. C'est au cours de ce siècle que la tradition dominicale évolue au profit d'une dimension festive. « Le jour du Seigneur devient jour de fête », souligne Robert Beck, maître de conférence en histoire contemporaine à l'université de Tours.

Les Lumières critiquent le caractère oisif de ce jour et estiment que le travail doit être rétabli pour des raisons sociales et morales. « Les élites considéraient le temps libre populaire comme un temps gaspillé dans les cabarets », explique Robert Beck.

Il sera supprimé en 1792 avec l'apparition du calendrier révolutionnaire. Dans les années 1830, l'industrialisation accroît le travail dominical. A la fin du XIXe siècle, des manifestations sont organisées dans plusieurs villes par les travailleurs privés de repos hebdomadaire, garçons-coiffeurs et employés de grands magasins essentiellement. Elles conduisent le législateur à agir : la loi de 1906, encore en vigueur aujourd'hui, instaure un repos de 24 heures le dimanche après six jours de travail.

Ce texte s'inscrit dans une série de lois sociales, à l'initiative de la gauche politique et syndicale, comme la journée de 8 heures en 1919. Il constitue la base de notre organisation sociale du temps de travail. Robert Beck précise :

« Cette loi reste en vigueur parce qu'elle est fondée autour de deux valeurs : le repos et la famille. »

Le dimanche a changé de nature au cours XXe siècle, comme le rappelait récemment, dans l'Express, le sociologue Paul Yonnet :

« Longtemps, il fut une journée remplie d'obligations sociales (messes, fêtes et réunions familiales). Parallèlement à l'urbanisation et à la déchristianisation de la société française, le septième jour, libéré de ces contraintes, est entré dans l'ère du temps libre. »

C'est pourquoi le repos dominical est toujours « sacré », et ses défenseurs sont les mêmes qu'au XIXe siècle : l'Eglise et les syndicats. Ses détracteurs également : les libéraux (au nom de l'efficacité économique) et le patronat.

De même, l'argument pour le travail dominical est identique : la productivité, la concurrence internationale et « les vœux de la clientèle ». De multiples dérogations sont instaurées hier comme aujourd'hui, pour certaines professions. C'est l'objet du débat à l'Assemblée nationale sur le travail du dimanche ce mardi. En 1993, on avait déjà autorisé l'ouverture des magasins spécialisés dans les produits culturels et dans certaines zones touristiques. (Voir la vidéo).

Photo : l'ancien ministre du Travail, Xavier Bertrand, promeut le travail dominical à Marseille en avril 2009 (J.-P. Pelissier/Reuters).

3 commentaires sélectionnés

Portrait de philippe.edmond

De philippe.edmond

unvoyageauliban.bafweb.com | 20H10 | 06/07/2009 | Permalien

Le calendrier révolutionnaire est une idée géniale qui permet avec un repos tous les dix jours au lieu de sept d'augmenter le temps de travail de 30%

Le dimanche est une (re)conquête sociale qui rétablit un privilège des pauvres établi par l'Ancien Régime et supprimé par l'ultra-libéralisme révolutionnaire.
http://www.lesbonsdocs.com/loilechapelieroriginesliberalisme.htm

La défense du dimanche est une lutte sociale du monde réel contre l'idéologie utilitariste
http://unvoyageauliban.bafweb.com/index.php ? 2008/10/19/323-vive-le-diman…

Le dimanche est un jour pour contempler la beauté du monde, pour passer de l'action à l'admiration, et pour se livrer à la joie du sacrifice religieux
http://unvoyageauliban.bafweb.com/index.php ? 2008/05/25/240-rendre-un-cul…

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 21H13 | 06/07/2009 | Permalien

En bon laïc, j'ai toujours défendu l'idée de respecter les 3 grandes religions monothéistes sans faire de hiérarchie entre elles.

Je propose donc que le dimanche reste férié, mais que le samedi et le vendredi aussi !

Et puis, pourquoi ne pas reconnaitre d'autres fêtes religieuses que les catholiques comme fériées ?

Non mais !

http://kprodukt.blogspot.com

Portrait de Keldan

De Keldan

Polytoxicomane à temps partiel | 10H30 | 07/07/2009 | Permalien

Ça me rassure, un instant j'ai eu peur que toutes mes convictions s'écroulaient et que le sacro-saint Dimanche n'était pas d'ordre religieux et traditionnel.

Travailler le dimanche, pourquoi pas, c'est juste un jour comme les autres, juste que le tabac en bas de chez moi et le supermarché sont fermé.
L'important, c'est d'avoir deux jours consécutifs de repos, peu importe quand. Que ce soit le week-end ou n'importe quels autres jours, cela ne change rien.

En plus, cela permet d'étaler la quantité de gens dans les transports, les magasins, etc. sur toute la semaine.

Et la grosse minorité qui bosse déjà le week-end se sentira moins seul en semaine pour faire la teuf
Enfin minorité pour le commun des mortels, vu que je connais plus de monde qui bosse le samedi, que ce soit à l'usine, dans un magasin, un bar, un métro ou un ciné, que de gens qui ne bossent pas ce jour-là.

Et justement, pourquoi tout le monde parle du travail le dimanche, mais on n'entend personne à propos du travail le samedi ?
Ha oui c'est vrai, la religion et la tradition sont encore profondément implantée dans l'esprit étriqué de cette nation…

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