
Au Xinjiang, les Ouïgours résistent à la « colonisation »
La coexistence ethnique au sein de l'ensemble chinois est fragile. L'histoire des Ouïgours en est emblématique.

Urumqi, la capitale du Xinjiang dans le nord-ouest de la Chine, a connu dimanche une journée sanglante : 156 morts et plus de 800 blessés, lors de manifestations de Ouïgours protestant contre des violences éthniques à l'autre bout du pays, dans une usine du Guangdong, violemment reprimées par les forces de l'ordre. Selon les premiers témoignages de journalistes étrangers, une majorité de victimes seraient des Han, le groupe dominant en Chine, ce qui rappelle l'explosion de violence au Tibet l'an dernier, suivie d'une grande répression.
Le Xinjiang est peu présent dans l'actualité, bien moins que le Tibet : c'est pourtant un enjeu déterminant pour la Chine et le test de la capacité de ses dirigeants à gérer la diversité ethnique dans l'ensemble du pays.
Grand comme trois fois la France, riche en pétrole et en gaz, le Xinjiang est situé, comme le Tibet, aux marches de l'empire chinois, et a un peuplement différent de la majorité Han qui constitue le socle de la Chine. Située aux confins de l'Asie centrale, cette province, aussi appelée Turkestan oriental à certains moments de son histoire, est au coeur de la route de la soie, la grande voie de commerce et de circulation du premier millénaire, et, à ce titre, objet de convoitises.
La route de la soie, convoitée et disputée
Lorsque les touristes venus du reste de la Chine arrivent à Kashgar, la ville la plus à l'ouest du Xinjiang, ils vont systématiquement visiter le mémorial de Ban Chao (32-102), « maréchal » de la dynastie des Han, qui conquit la région en l'an 94 de notre ère (voir la photo ci-dessous). Une manière de se renforcer dans l'idée qu'ils sont ici chez eux depuis près de deux millénaires, malgré un environnement qui peut leur sembler bien loin de leur monde de Pékin et Shanghaï…

L'histoire est évidemment un peu plus compliquée et, depuis l'an 94, la route de la soie a vu défiler conquérants et marchands, prophètes et soldats à un rythme accéléré. Ce qui est assuré, c'est que la Chine, impériale ou communiste, a toujours voulu faire main basse sur cette région stratégique, qui détient les principales réserves de pétrole et de gaz de la Chine, et lui donne un accès à l'Asie centrale ex-soviétique, au Pakistan (voir la photo ci-dessous, prise à Tashkorgan, près de la frontière pakistanaise) ou à l'Afghanistan.

Comme pour le Tibet, lorsque le pouvoir central chinois était faible, la région reprenait le large vis-à-vis de ces ambitions chinoises. Le Xinjiang fut solidement arrimé à l'empire chinois sous le règne conquérant de l'empereur Qianlong, qui marqua l'apogée des Qing, mais il lui échappa lorsque l'empire se délita.
Comme le Tibet, le Turkestan oriental était indépendant lorsque la guerre civile chinoise faisait rage dans la première moitié du XXe siècle, jusqu'à ce que les troupes de Mao Zedong fassent leur entrée à Pékin, en 1949. Pékin n'exerçait plus aucune autorité sur le grand ouest, où avait été proclamée une république démocratique du Turkestan oriental.
Dans la confusion de cette époque, alors que s'affrontaient dans cette région des courants nationalistes, des islamistes, des prochinois et des prosoviétiques, la victoire de Mao mit fin à l'incertitude. Le Grand Timonier fit ce qu'il fallait pour reprendre le contrôle du Tibet comme du Xinjiang.
Mao fit venir à Pékin pour des négociations les dirigeants nationalistes qui tentaient de préserver leur république indépendante. Accident ou traquenard ? Toujours est-il que leur avion s'écrasa le 27 août 1947, et l'ensemble du leadership nationaliste ouïgour fut décimé. Trois mois plus tard, les troupes de l'armée populaire de libération (APL) chinoise faisaient leur entrée dans la capitale, Urumqi.
Objectif peuplement
Depuis 1949, le Xinjiang est fermement entre les mains du pouvoir central pékinois, malgré son appellation officielle de République autonome. Dès 1950, une politique d'émigration massive de Hans de l'est de la Chine fut lancée, et un corps militaire, le Bingtuan, fut créé pour allier les tâches de défense à celles de mise en valeur et de peuplement du Xinjiang. Un demi-million de soldats-paysans furent ainsi acheminés vers le Xinjiang au cours des cinq premières années de la République populaire. Ce corps existe encore et assure l'ossature du peuplement de la région, face à une Asie centrale devenue périlleuse.

Cette politique a surtout pris son essor avec la construction, dans les années 90, de la voie de chemin de fer Urumqi-Kashgar, reliée au réseau ferré chinois. Aujourd'hui, sur ce train, se croisent quotidiennement des militaires en permission, des Ouïgours en voyage et de nouveaux immigrants venus de l'est de la Chine, balluchon sur l'épaule, en route vers ces nouvelles terres de conquête de l'Ouest (voir photo ci-dessus).
C'est évidemment la principale source de tension entre une population locale qui se voit progressivement marginaliser, démographiquement, économiquement et politiquement. Officiellement, les Ouïgours et les autres « nationalités » du Xinjiang (Kazakhs, Kirghizes, etc.) sont toujours majoritaires, mais les Han, le groupe dominant en Chine, constituent plus de 40% des quelque 20 millions d'habitants du Xinjiang.
Cette installation fait coexister deux sociétés aux valeurs contradictoires. Ainsi, à Kashgar, la ville nouvelle chinoise a été bâtie en tournant le dos au bazar ouïgour qui tombe en ruine. Entre les deux, une sculpture géante de Mao, l'une des rares construites après sa mort où que ce soit en Chine… Dans le quartier Han, on vit exactement comme dans l'est de la Chine, loin de l'islam de plus en plus rigoriste qui devient le refuge croissant des Ouïgours marginalisés. Car la question nationale et identitaire ouïgour se double de plus en plus d'un combat religieux comme dans l'ensemble de cette zone d'Asie centrale instable et agitée.
Quelques centaines de mètres seulement séparent les lieux des deux photos ci-dessous. La première est en marge d'un défile de mode pour robes de mariées côté Han, la seconde est dans le bazar Ouïgour de la ville, beaucoup plus conservateur. Les deux mondes se croisent, s'ignorent, et parfois s'affrontent.


Urumqi, où se sont déroulées les sanglantes émeutes de dimanche, présente la situation paradoxale d'être la seule ville du Xinjiang où les Han sont majoritaires. Là aussi, un sérieux contraste entre le quartier Han et le quartier Ouïgour ; d'un côté le business chinois, de l'autre le bazar et les vendeurs dans la rue. Entre les deux, là aussi, la méfiance, l'incompréhension, l'hostilité, les préjugés.

Ces émeutes posent le problème de la réalité de la coexistence ethnique au sein de l'ensemble chinois. Derrière la façade de l'unité entre les 56 nationalités recensées en Chine, et de l'« harmonie » officielle, la réalité est plus prosaïque, plus coloniale, un mot qui fait hurler à Pékin. Au Tibet l'an dernier, au Xinjiang cette année, les mêmes causes -la frustration d'un peuple marginalisé-, produisent les mêmes effets : des explosions de violence aveugle.
Photos : statue de la rencontre entre Mao et un Ouïgour, Khotan, 2005. Touristes Han à Kashgar, 2005. Statue de soldat à la frontière pakistanaise, 2005. Le train Urumqi-Kashgar, 2005. Défilé de mode de robes de mariées dans le quartier Han de Kashgar, 2005. Urumqi, 2005 (P. Haski/Rue89).
- 14465 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

























119
(Pour réagir, connectez-vous)
De MehmetH
bloggeur + journaliste freelance | 22H40 | 06/07/2009 |
Pierre comment est-ce que je peux vous contacter ?
Il se passe pas mal de choses sur Facebook
Une grande partie de la communauté ouïghoure se mobilise en faisant passer des vidéos et des photos depuis hier, en créant des groupes de soutien et maintenant en remplaçant leurs images de profil par le drapeau du Turkestan oriental (le drapeau turc avec un fond bleu au lieu du rouge).
à MehmetH
De virginie78
Éteignez votre TV et apprenez à lir... | 22H55 | 06/07/2009 |
passez nous les noms des groupes de soutiens, qu'on fasse circuler stp
Et merci encore une fois Pierre Haski pour cet article si intéressant.
à virginie78
De MehmetH
bloggeur + journaliste freelance | 23H37 | 06/07/2009 |
Virginie78 :
Sur ce groupe notamment http://www.facebook.com/group.php ? gid=207576935253
L'avantage est qu'il recense en bas deux manifestations prévues.
Il ne tient qu'à nous d'en lancer d'autres…
Après pour le reste, il faut avoir des Ouïghours parmi ses contacts (car ils restent méfiants du système), mais déjà les images de profil vous donneront une idée…
à MehmetH
De Adam Smith
Laisse-moi Faire | 06H26 | 08/07/2009 |
Bonne nouvelle ! Je suis a Pekin et Facebook et Twitter sont bloques depuis aujourd'hui. Internet est aussi anormalement lent.
Un peu de censure ca ne fait pas de mal.
Serieusement, j'ai parle a des chinois de la situation au Xinjang. Ils sont tres nerveux et ne veulent pas vraiment en parler, ou ne savent pas en parler. Leur argumentation est souvent limitee a : « la Chine est un grand pays, comment des populations peuvent-elles se revolter contre ce pays ».
Mais ils ne reconnaissent pas qu'ils sont nerveux et que des choses ne sont pas normales et ca c'est le cote triste. Ils se rongent les ongles en parlant de politique alors que je ne vois quasiment jamais de chinois se ronger les ongles en publique, ou tout les gestes doivent etre controles.
Je n'ai pas envie de leur dire que le gouvernement chinois leur prive de leur liberte d'expression. C'est aux chinois de le decouvrir.
De General Subverciòn
camembert délocalisé | 23H01 | 06/07/2009 |
L'empire chinois,qu'il soit féodal ou pas est toujours colonialiste.C'est finalement comme les impérialismes occidentaux,quand on ne parvient ou ne souhaite pas assimiler le peuple du territoire conquis,on le fait crever pour l'éliminer plus ou moins vite…les amérindiens et les aborigènes d'Australie en savent quelque chose…c'est toujours la loi du plus fort,sauf que dans le cas présent et au Tibet,les Han sont tombés sur un os vu que leurs minorités se défendent quand même…et c'est normal.
Bon article Mr Haski,ça aurait mérité plus de détails cependant vu que vous semblez bien connaître L'empire du Milieu,mais peut-être que pour ça un bouquin serait plus approprié…vous devriez y penser…
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 23H13 | 06/07/2009 |
Encore une autre poudrière. Un champ de mines politique. où l'on voit mal de quel côté iront les sympathies occidentales, entre les musulmans de cette marche liminale à l'est des nations turcomanes et les (Chinois Han en voie de réaliser patiemment leur « destinée manifeste » qui est d'aller vers l'ouest. Indéfiniment. Avec les Ruses en arriére plan, bien sûr.
Les USA vont ils poursuivre leur politique de se faire de l'Islam un ennemi sur mesure en soutenant toutes les prétentions chinoises… Ou vont-ils tenter une volte face, en cherchant à ce que le monde musulman voit les Chinois plutôt que les Américains comme Grand Satan ? Un VRAI dilemme pour l'Amérique d'Obama. A-t-il pour ça aussi un plan ?
http://nouvellesociete.wordpress.com/2008/03/12/167-dessine-moi-un-monstre…
http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/05/18/« -the-one- »-et-l'imperfection-programmee/
Pierre JC Allard
à pierrejcallard
De San De
23H25 | 07/07/2009 |
Quid des relations très amicales entre le parti communiste pékinois et les pays membres de la conférence islamique ? ? ?
Tout va continuer comme avant…
De marlowe75
prof de fac | 00H43 | 07/07/2009 |
Merci Mr Haski pour cette excellente contribution.
Il est temps, en effet, de faire un état des lieux sur l » Asie Centrale, très mal connue. Comme j » ai eu l » occasion de poster à la suite d » un de vos précédents articles, vous savez que je connais de-visu ces régions pour y être allé plusieurs fois (j » y retourne d » ailleurs en septembre). Vous soulignez très bien le caractère colonial de la situation, faite, entre autres, d » importation de populations pour « noyer » la culture locale. Je voulais souligner que Urumqi n » a jamais été une capitale culturelle de ces régions (plutôt Kashgar, que les Han appellent Kashi), mais une capitale administrative, décidée par le pouvoir central de Beijing. À ce titre, il n » est pas « paradoxal » qu » Urumqi soit peuplé majoritairement de Han, c » est une ville Han.
Bon… je ne sais pas comment exprimer celà… Le Xinjiang (autrefois : Sinkiang) est à la croisée des chemins… Cette région est ce qu » on appelait « les Marches de l » Asie », objet de convoitise, Pays probable d » Aladdin… Route de la soie, certes (et il y a d » ailleurs dans la région plusieurs routes de la soie, chacune empruntant les chemins possibles, aux piédmonts des montagnes qui traversent est-ouest ces régions, le Kunlun ou les TienShan…). Mais surtout, à l » heure actuelle, il y a les énormes champs pétroliers du Jungar, partie nord du Xinjiang, où les intérêts coloniaux de la Chine des Han est bien sûr évident….
Vous ne m » enlèverez pas de l » idée que les luttes (et victimes) de ce pays (déjà sensibles, encore une fois il y a plus de 20 ans) relèvent d « une logique dominant/dominé…. où les couillons sont le peuple, et les couillonneurs le pouvoir central…
bien à vous
De Alfary
Ronchon | 00H59 | 07/07/2009 |
Pierre Haski, gardons-nous d'interprétations rapides. Tibétains, Ouïgours, Hans… est-ce à dire que la République Populaire de Chine est à la veille de succomber aux irrédentismes ?
Non, je ne le pense pas. Le fait ethnique, aussi bien dans sa composante linguistique que culturelle connait un regain relativement significatif depuis le début des années 80. Dénommée « Arme ethnique » ou « forces centrifuges », selon les latitudes, ces particularismes qui ont un réel substrat historique sont néanmoins enchassés dans une post-modernité géopolitique.
La République Populaire de Chine est très critiquable sur presque tous les plans. Sauf celui de sous-entendre qu'elle soit ethno-centrée (sur les Hans). Il se pourrait qu'elle le devienne, réactivement, mais alors comme dans un mouvement de balancier Girondins versus Jacobins. Pour l'instant on n'y est pas.
Pour avoir eu l'occasion de séjourner en Chine (certes sur invitations officielles) et m'y intéressé de longue date sans être sinologue, je crains que les échos donnés au moindre mouvement irrédentiste, à la moindre jacquerie, soient un tantinet exagéré, s'ils doivent signifier des signes précurseurs de la fin de « l'Empire chinois ». Non, la Chine n'est ni l'URSS, ni l'Allemagne de l'Est. C'est un pays-monde donc il est hautement spéculatif d'imaginer son avenir proche ou son devenir lointain.
Hors ces réserves considérables sur le sens proposé des évènements ponctuels qui y surviennent, les informations factuelles que l'on trouve ici se suffisent par elles-mêmes pour deviner des mutations en cours là-bas.
à Alfary
De marlowe75
prof de fac | 01H08 | 07/07/2009 |
Non, Mr Alfary
je ne suis pas d » accord… il est parfaitement justifié de parler de colonialisme… et d » ailleurs le Xinjiang Han me fait penser à l » Algérie Française…. 2 cultures totalement étrangères l » une à l » autre, et qui ont mené à des catastrophes… Une Histoire de la Bêtise Humaine expliquée aux touts petits ? (je ne me moque pas, et d » ailleurs, j » ai les lèvres gercées, quand je me marre, ça m » fait mal… ! ! )… que dire
à marlowe75
De Alfary
Ronchon | 09H25 | 07/07/2009 |
Cher Marlow75, quand vous écrivez « il est parfaitement justifié de parler de colonialisme… et d “ailleurs le Xinjiang Han me fait penser à l'Algérie Française…. 2 cultures totalement étrangères l'une à l” autre » je comprends votre désaccord. Symétrie et parallélisme sont effectivement des biais d'interprétation assez constant quand il s'agit de la Chine.
Je comprends que l'on s'intéresse à la diversité humaine des populations chinoises. Mais je suis réticent à penser que ce pays est ethno-centré, organisé autour des Hans. Car cela reviendrait à simplifier à l'excès des réalités complexes, à évacuer toutes dimensions économiques et enjeux stratégiques (que vous soulignez pourtant paradoxalement dans votre post en supra).
Vous dites : »les luttes (et victimes) de ce pays (déjà sensibles, encore une fois il y a plus de 20 ans) relèvent d'une logique dominant/dominé…. où les couillons sont le peuple, et les couillonneurs le pouvoir central… « . Eh bien, globalement, d'accord.
La contribution de ChengYang apporte une profondeur qui a place dans la discussion. L'hostilité de principe vis à vis de la Chine n'apporte rien à la compréhension des faits. En ce sens, je partage ce qu'écrit YVON (cf 7h49 : »Ce n'est pas si facile et arrêtons de mettre de l'huile sur le feu en ayant des réactions anti-chinoises si simplistes, si primaires. Il suffit de bien regarder ce que sont devenus les peuples « libérés » de l'ex-urss et surtout le bourbier yougoslave avec plus de 200 000 victimes ( merci à l'allemagne d'avoir reconnu la croatie ! ) et surtout le retour de ces « états » religieux ( Bosnie, croatie, Albanie, Kossovo avec leurs épurations éthniques. . »
à marlowe75
De Avril
09H45 | 07/07/2009 |
pourquoi le mot colonisation est-il utilisé avec des guillemets dans le titre ?
De chengyang
01H12 | 07/07/2009 |
M. Haski, quelques précisions qui vous permettront d'améliorer vos connaissances de l'histoire de la région.
A l'époque des premiers siècles de l'empire chinois, la raison principale de la présence des Chinois en Asie centrale est la recherche des chevaux du Ferghana (les fameux « chevaux du ciel ») ainsi que la lutte à mort engagée contre la confédération des nomades Xiongnu qui fait peser une menace constante sur l'empire. Votre article, il me semble, fait peu de cas du conflit permanent entre nomades et sédentaires, qui est la toile de fond de toute l'histoire de Chine ! L'histoire du général (et non maréchal) Ban Chao symbolise encore aujourd'hui la victoire (toujours précaire d'ailleurs) des sédentaires sur les nomades, de la civilisation sur la barbarie.
Autre exemple du relatif simplisme de vos analyses, vous présentez constamment les Chinois sous l'angle de l'occupant, affirmant par exemple que « la Chine, impériale ou communiste, a toujours voulu faire main basse sur cette région stratégique ». Or, à l'époque antique, la présence chinoise a pour unique objectif de sécuriser la partie orientale (et non centrale) de la route de la soie. Les Chinois ne rencontrent d'ailleurs pas l'hostilité permanente des peuples présents dans la région (des Indo-scythes à l'époque, qui seront liquidés par les Ouïghours lors de leur arrivée), car ces derniers sont très intéressés par les gains procurés par le lucratif commerce de la soie. Pour utiliser une image parlante, les Chinois jouent à peu près le même rôle que celui joué par les Romains en Occident avec leur « pax romana » ; la « pax sinica » assure en effet à tous les peuples qui vivent dans la région le progrès et la richesse.
C'est la même « pax sinica » qui prévaut à nouveauau Xinjiang depuis 1949 : celle-ci, je n'en doute pas, comporte ses zones d'ombre, mais elle permet au Xinjiang de vivre dans la paix et la prospérité (c'est indiscutable si l'on compare à la situation pitoyable des ex républiques soviétiques d'Asie centrale et de la Mongolie). Un retrait de la Chine du Xinjiang (que logiquement vous semblez appeler de vos voeux) signifierait l'ouverture d'une nouvelle période d'instabilité et de troubles politico-religieux qui, je le pense, serait préjudiciable aux Ouighours eux-mêmes ainsi qu'à la paix dans une région déjà passablement agitée.
à chengyang
De batila
entrepreneur international | 02H16 | 07/07/2009 |
« les Chinois jouent à peu près le même rôle que celui joué par les Romains en Occident »
C'est donc bien selon vous une colonisation ayant pour but d'asservir les peuples pour se procurer les richesses de leur terre.
Vu sous cet angle en effet on comprend mieux la révolte des ouïgours aujourd'hui.
Et mr Yang nous ressert le rôle positif de la colonisation ! ! !
Il y a un député français qui peut vous attaquer en justice pour plagiat. C'est bien, ça l'occupera…
à batila
De screugneugneux
râleur-NRV | 10H36 | 07/07/2009 |
bonjour,
La colonisation de la gaule par Rome, nous a t elle été si préjudiciable que cela ? ? ? ?
à screugneugneux
De chengyang
11H04 | 07/07/2009 |
Nous habiterions encore dans des huttes et nous ferions encore des sacrifices humains, peut-être ?
à chengyang
De batila
entrepreneur international | 15H53 | 07/07/2009 |
Exécution sommaire ne vaut pas mieux que sacrifice humain…
à batila
De robinlb
| 13H12 | 07/07/2009 |
Je comprend aussi bien la révolte dy pays Corse. Il faut aussi provoquer (comme les rôles que les occidentaux sont en train de jouer) les révoltes des pays Bretagne, Picardie et Savoie, etc.
Et il reste combient de personnes qui peuvent parler le Breton ? Ce n'est pas une génocide culturelle ?
à robinlb
De batila
entrepreneur international | 18H48 | 07/07/2009 |
Non car il y a TV breizh
à batila
De robinlb
| 22H25 | 07/07/2009 |
Une seule chaîne PRIVEE bretonne crée à partir de 2000 …
Je voudrais également citer un paragraph sur WIKI
« TV Breizh a longuement bataillé avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel pour obtenir une fréquence hertzienne analogique locale en Bretagne, mais le CSA ne lui a jamais donné satisfaction et a attribué une fréquence hertzienne locale à Nantes au projet de télévision locale de la Socpresse, Nantes 7, et non à TV Breizh. “
La seule chaîne bretonne a une grande difficulté pour se diffuser dans la région de Bretagne. De plus, est-ce qu'il était légale d'enseigner et parler le breton dans les écoles régionales ?
En Chine, dans la région de Tibet et Xinjiang, les écoles sont bilingues. Il y a des chaines publiques de TV en Tibetain et Ouigur qui peut être diffusées dans tout la Chine. Je me souvient bien que les français ont accusé la génocide culturelle au Tibet à l'année dernière. Ce n'est pas plutôt que le cas en Bretagne ?
à robinlb
De batila
entrepreneur international | 23H53 | 07/07/2009 |
Vous avez sans doute raison. La Bretagne était un état souverain bien avant la France.
Si vous le souhaitez, écrivez un article et soumettez le à rue 89, je serai heureux de participer au débat qui s'en suit, comme ici à propos des ouïgours…
à chengyang
De biou
ronde | 07H31 | 07/07/2009 |
Ne vous fatiguez pas, acquérir la connaissance là dessus n'est pas sa préoccupation. Robert Ménard a laissé un vide à combler.
à biou
De batila
entrepreneur international | 15H56 | 07/07/2009 |
« acquérir LA connaissance là dessus »
On voit bien ici les dégâts de la pensée unique, qui ne souffre aucune contradiction car elle n'y résisterait pas…
De Green-Sky
Citoyen social-démocrate à Paris | 07H38 | 07/07/2009 |
« la “ pax sinica ” assure en effet à tous les peuples qui vivent dans la région le progrès et la richesse. “
Oui, de même que la ‘pax coloniala’ (si vous permettez ce néologisme) a, selon certains, permis aux peuples colonisés par les Européens de vivre dans le progrès et la richesse. J'ai aussi entendu des nationalistes japonais faire l'apologie de l'occupation de la Corée et de Taiwan en expliquant que c'est grâce à cela que ces deux régions sont actuellement plus riches que la Chine continentale (on pourrait d'ailleurs faire le même raisonnement pour Hong Kong).
Mais quand les peuples auxquels on apporte autant de bienfaits demandent quelque chose d'autre, au lieu de leur envoyer des chars pour les faire taire, ne faudrait-il pas les écouter ?
à Green-Sky
De chengyang
11H02 | 07/07/2009 |
J'entends bien votre objection, mais il y a 2 différences :
1. l'absence d'homogénéité de la population du Xinjiang qui est une mosaïque ethnique : ce n'est le cas ni en Corée ni à Taiwan, qui sont très homogènes du point de vue ethnique
2. la durée de la présence chinoise : vieille de plus de 2000 (avec des discontinuités, il est vrai) et donc antérieure à l'arrivée des Ouïghours, alors que la colonisation japonaise que vous évoquez fût des plus brèves (50 ans à Taiwan)
à chengyang
De Green-Sky
Citoyen social-démocrate à Paris | 14H28 | 07/07/2009 |
J'entends bien qu'il y a des différences.
Cela dit, le fond du problème est bien le même : 1/ on prétend amener à des populations le progrès et la richesse ; 2/ ces populations se soulèvent et semblent indiquer qu'elles ne partagent pas la même appréciation sur le côté positif de ce qu'on leur apporte.
Je réitère ma question : ne faudrait-il pas les écouter, plutôt que de leur envoyer des chars ?
à Green-Sky
De chengyang
15H28 | 07/07/2009 |
Personnellement je n'ai pas vu de chars dans les images qui nous parviennent … Auriez-vous quelques informations à ce sujet que nous ne connaissions ?
La position du pouvoir est plutôt délicate en ce moment : il doit empêcher que le cycle de violences et de représailles ne se ré-enclenche.
A Urumqi, la population Han attaquée dimanche par les Ouïghours s'arme et les menace de représailles. Les forces de l'ordre (et non les chars) tentent de s'interposer entre les 2 camps pour empêcher un déchaînement de violence.
http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/portfolio/2009/07/07/tensions-ethni…
à chengyang
De Green-Sky
Citoyen social-démocrate à Paris | 16H29 | 07/07/2009 |
Je repose ma question autrement, puisque les chars vous heurtent (dieu sait pourtant que nous savons tous que ce n'est pas l'habitude du régime de Pékin d'envoyer des chars pour rétablir l'ordre) : ne faudrait-il pas les écouter, plutôt que d'adopter des mesures répressives (couvre-feu, arrestations en masse, censure d'internet) ?
Peut-être que cette fois-ci j'aurai une réponse.
Question subsidiaire : si le régime de Pékin permettait aux opinions de s'exprimer librement et sans censure en temps normal, pourrait-on envisager que sa situation serait moins délicate actuellement ?
à Green-Sky
De chengyang
19H14 | 07/07/2009 |
Ce n'est pas en soit le fait que vous parliez de « chars » qui me « heurte », mais le fait que vous ne voyez pas la différence entre les méthodes de répression utilisées il y a 20 ou 30 ans et celles (beaucoup plus proche des nôtres) qui sont utilisées aujourd'hui par les forces de l'ordre chinoises ! Dans ce domaine aussi la Chine a beaucoup changé. D'ailleurs, je me suis laissé dire que ces dernières sont entraînées par des polices étrangères, dont la police … française !
Permettez moi de vous répondre par une question : est-ce que la France dans ses opérations de maintien de l'ordre en Nouvelle Calédonie, en Martinique ou en Corse a toujours opté pour des méthodes « douces » ? Dans le cas présent (émeutes ethniques avec un arrière plan de forte décélération économique), il n'est pas certain que l'écoute et le dialogue suffisent à ramener le calme, en tout cas j'en doute fortement !
Je suis d'accord avec vous sur le fait que la Chine a de grands progrès à accomplir, mais il faut lui laisser le temps de le faire à son rythme et à sa manière. La démocratie et la liberté ne se construisent pas aussi facilement, à fortiori dans un pays à la fois si vaste et si divers du point de vue de sa population.
à chengyang
De Green-Sky
Citoyen social-démocrate à Paris | 20H01 | 07/07/2009 |
En Nouvelle-Calédonie, la répression n'a jamais donné le bilan affiché par la répression de ces derniers jours au Xinjiang, ni celle de l'an dernier au Tibet. On peut même pousser la comparaison plus loin, et comparer le bilan des morts pendant les émeutes de 2005 en France et celui des morts de ces trois derniers jours en Chine.
Je partage votre avis que la Chine a encore d'énormes progrès à accomplir. Force est pourtant (à mon humble avis) de constater que le pouvoir chinois ne montre pas les meilleures dispositions pour effectuer ces progrès.