Hénin-Beaumont : derrière le FN triomphant, une faillite financière

Clientélisme, soupçon de fausses factures, déficits abyssaux : la gestion des maires précédents a été catastrophique.

Marine Le Pen en campagne sur le marché d'Hénin-Beaumont mardi (Pascal Rossignol/Reuters)

Que s'est-il passé à Hénin-Beaumont ? Pourquoi 39% des électeurs se sont-ils tournés vers le Front national dimanche au premier tour des municipales ? Pour comprendre, petit retour en arrière sur les affaires financières d'une commune sinistrée par ses élus.

1En 2004, les comptes de la ville étaient déjà catastrophiques

Tout commence par un examen approfondi des comptes de la ville sur la période 1998-2003. Dans le rôle des méchants contrôleurs, les magistrats de la chambre régionale des comptes du Nord-Pas-de-Calais qui publient leur rapport en 2004. Premier bilan accablant :

  • Fin 2003, un déficit budgétaire global et consolidé de 12,4 millions d'euros
  • Un emprunt courant de 1,755 million d'euros pour financer cette dette
  • Des effectifs d'employés municipaux en hausse de 57% sur cinq ans

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Le maire déchu, Gérard Dalongeville, continue les dépenses

Lorsqu'il est élu en 2001, après avoir été directeur de cabinet du maire sortant Pierre Darchicourt, Gérard Dalongeville poursuit la politique clientéliste du PS local. Il est notamment soutenu par Jean-Pierre Kucheida, l'homme fort du département chez les socialistes.

S'appuyant sur le clientélisme traditionnel du bassin minier, Dalongeville continue d'embaucher à tour de bras. Pour pallier le déficit chronique de la ville, il augmente les impôts locaux de 85% et effectue des « cessions de patrimoine massives ».

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Les magistrats financiers ne lâchent rien

En mars 2008, nouveau rapport de la chambre régionale des comptes du Nord-Pas-de-Calais.

D'après les magistrats financiers, le tableau est désastreux :

« Le simple fonctionnement courant de la ville représente une somme de 1 288 euros par habitant en 2007, contre 1 070 euros par habitant en 2004, soit + 20 % en quatre ans.

La commune d'Hénin-Beaumont se situe ainsi très au-dessus des moyennes régionales (984 euros/hab.) et départementales (945 euros/hab.) des villes de sa catégorie. »

Sachant que le taux de chômage dépasse les 14% de la population active, Hénin-Beaumont n'a plus de réserves fiscales, et est virtuellement ruinée.

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Une enquête sur un système de fausses factures

A partir de 2008, les policiers de la financière du SRPJ se mettent en chasse, parallèlement à la chambre régionale des comptes, qui poursuit son audit. Ils mettent au jour un vaste système de fausses factures, animé par un réseau d'élus qui échangent factures bidons contre prestations fictives.

Gérard Dalongeville est, semble-t-il, le seul à avoir une vision complète des opérations. D'après les policiers, il y en aurait, au minimum, pour 900 000 euros de détournement de fonds publics…

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Opération mains propres au pied des terrils

7 avril 2009 : coup de tonnerre, les enquêteurs interpellent le maire. Perquisitions, saisie d'une montagne de documents. Dans son bureau de l'hôtel de ville, ils cherchent un coffre-fort.

Gérard Dalongeville dément, puis admet qu'il y a bien un coffre dans son bureau, mais prétend en avoir perdu la clé. Le serrurier arrive, ouvre la bête et là, surprise, les enquêteurs tombent sur 13 000 euros en petites coupures. Le maire ne fournit aucune explication.

Résultat : le 9 avril, une mise en examen pour « détournement de fonds publics, faux en écriture, favoritisme », puis, le 23 avril, pour « corruption passive ». Il a été placé en détention provisoire. Son ancien adjoint aux finances, Claude Chopin, président de la commission d'appels d'offre, est également incarcéré.

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Guy Mollet, un étrange intermédiaire

Dans la galerie des protagonistes, Guy Mollet est un personnage clef. Intermédiaire « mandaté oralement par Gérard Dalongeville » selon son avocat, pour se rendre à Léon (Landes) où la mairie d'Hénin-Beaumont possède un terrain.

Pour ce faire, Mollet a voyagé en avion-taxis privé aux frais de la mairie. Plusieurs allers-retours à Carcassonne et au… Luxembourg, pour, dit-il, négocier avec des investisseurs prêts à acheter le terrain.

Guy Mollet n'est pas un inconnu dans la région : organisateur de course cycliste, animateur du Journal du pays, un bulletin municipal financé par la mairie d'Hénin-Beaumont…

7

Vers une mise sous tutelle de la ville ?

Quel que soit le résultat du second tour de dimanche, la nouvelle équipe municipale aura à trancher dès le 12 juillet. Ce jour-là, la mairie est obligée de répondre au plan de redressement présenté par la chambre régionale des comptes. Deux solutions :

  1. Elle l'accepte. Auquel cas, les impôts vont encore augmenter, et les dépenses de la ville baisser.

  2. Elle le refuse. La Chambre régionale des comptes demandera au préfet d'exécuter les mesures budgétaires.

8

Aucune marge de manoeuvre financière

Pour l'instant, le seul candidat à ne pas écarter une hausse des impôts est celui de l'Alliance républicaine, Daniel Duquenne. Marine Le Pen, pour le FN, a repoussé une telle éventualité, expliquant que la fin des malversations suffirait à résorber le déficit.

Mais la gestion de la ville sera de toute façon très compliquée, pour les raisons suivantes :

  • sentant le vent tourner, Gérard Dalongeville a mis fin à plusieurs contrats discutables dans le budget 2009. En clair, les malversations ont déjà « disparu », d'un point de vue comptable
  • la fiscalité locale est déjà très au-dessus de la moyenne (23% de taxe d'habitation, contre 14,5% en moyenne nationale)
    or, avec la situation sociale très dégradée, l'effort fiscal se concentre sur les classes moyennes, d'où le risque de les voir tout simplement quitter la région…

Photo : Marine Le Pen en campagne sur le marché d'Hénin-Beaumont mardi (Pascal Rossignol/Reuters)

6 commentaires sélectionnés

Portrait de dijou

De dijou 803

Esclave d'une SSII | 15H34 | 01/07/2009 | Permalien

De la responsabilité des partis politiques (inexcusables) qui maintiennent contre vents et marées des élus notoirement corrompus au seul motif de conserver un mandat ou leur représentativité.
Le clientélisme est la plaie du système politique français, d'autant plus que les contre pouvoirs sont de plus en plus mit à mal.

Portrait de Chimulus

De Chimulus

Dessinateur de presse | 15H57 | 01/07/2009 | Permalien

Portrait de Valentiiiine

De Valentiiiine

architecte | 15H58 | 01/07/2009 | Permalien

C'est tout de même étrange, l'équation est toujours la même :

- une ville de taille moyenne et en périphérie d'une grande ville (40 000 hab env.)
- un taux de chômage élevé et une population désabusée, ouvrière en majorité de préférence
- une maire mal aimé, destitué ou seulement un peu mauvais
- des comptes catastrophiques à la limite de la mise sous tutelle par le gouvernement

Et paf ! Les cafards arrivent… ils dénoncent l'ingérance supposée ou avérée et profitent de la misère des gens pour faire leur beurre.
Leur campagne se base généralement sur des slogans à la con du genre « pour que ça change » ou « vous aussi vous en avez marre », ils se planquent derrière une image proprette du genre « maiiiiiis non, c'est pas qu'on aime pas les arabes, c'est qu'on aime les français » et une adresse dans le populisme rarement atteinte (même par Sarko)…

Ils se font généralement élire et après c'est……. bien pire ! Mépris, haine, cynisme, détournements de fonds, fermeture des lieux culturels, batons dans les roues des associations non estampillées FN (ou sympathisantes), absentéisme, jem'enfoutisme….

C'est ça que vous voulez à Henin-Beaumont ? ? ?
Bon courage alors….

Une (ancienne) Vitrollaise

Portrait de spleenlancien

De spleenlancien

manant, de passage sous le soleil. | 16H05 | 01/07/2009 | Permalien

Bref une municipalité au bord de la banqueroute constitue un substrat idéal à la propagation de la peste brune.

Si on prend de la hauteur et qu'on remplace une mairie par l'Etat … Est ce toujours valable ou devrions nous declancher l'alerte sanitaire ?

Portrait de Fald

De Fald

Vieux (con)vaincu | 16H33 | 01/07/2009 | Permalien

« Qu'est-ce-qu'un électeur FN ?
--> un communiste qui s'est fait forcer sa voiture 2 fois »

Mais si, mais si, elle est drôle ! Elle correspond en tout cas à l'image que voudraient donner certains de l'électeur FN.

Personnellement, je me suis fait cambrioler il y a 5 ans, on a essayé de me forcer la voiture il y a déjà une douzaine d'années (bilan : changement des serrures), et dans ma jeunesse, je me suis fait piquer une guitare, deux vélos, une mob et un solex.

Et je vote toujours communiste.

Pour l'intégralité de ces méfaits, au moins pour ceux que j'ai signalé à la police, assurance oblige, j'attends toujours que l'enquête commence.

Par contre j'ai eu droit en 2004 à de vagues propos sur des « bandes locales » contre lesquelles on ne pourrait rien. Propos qui m'ont laissé pensif. Est-ce que par hasard la maréchaussée me conseillerait de faire ma propre police (sale en l'occurrence ! ) ?

Si ce genre de comportement policier se produit souvent, je comprends que des esprits plus faibles que moi se tournent vers les sirènes du FN. Et vu que la police n'est pas spécialement de gauche, je me suis demandé si justement, ce n'était pas un appel du pied pour me pousser du côté de Le Pen.

Des sirènes en effet : les Français ont oublié qu'une fois au pouvoir, les fachos embauchent les voyous pour leurs basses besognes. Pour avoir oublié la rue Lauriston, nos compatriotes vont finir par nous condamner à la revivre.

Ceci dit, les électeurs communistes sont en général presque aussi têtus que moi. Ceux qui virent FN sont beaucoup moins nombreux qu'on veut bien nous le faire croire. Par contre, rares sont ceux qui voient leur progéniture marcher sur leurs traces.

Les études sérieuses des bureaux électoraux urne par urne montrent qu'un électeur qui quitte le PC va vers d'autres partis de gauche.

Et surtout, ce sont les quartiers qui changent de population. Un changement voulu en son temps par les giscardo-mitterrandiens : ces professionnels de la politique savaient qu'un quartier populaire qui devient zonard vire avec le temps du rouge au brun. Dans leur combat commun contre le communisme, ils ont poussé à la formation de ghettos.

Comme l'aurait dit le grand Karl : un quartier de « Proletarier » devient un quartier de « Lumpenproletarier », et ça change tout.

Allez ciao ! Mon problème pour continuer de voter communiste, c'est de savoir s'il y aura encore longtemps des candidats communistes. C'est pas de savoir qu'on laisse courir les voleurs.

Portrait de Enki

De Enki

Alchimiste | 16H48 | 01/07/2009 | Permalien

A cause de la présence de Marine Le Pen, j'en suis à croire qu'il ne faut peut-être pas bloquer le FN à tout prix, à Hénin Beaumont, et je m'en excuse auprès des habitants.

Sur place, le FN de Steeve Briois occupe le terrain, fait du porte à porte, les marchés, rend service, serre des mains, mais il n'a pas de réel projet pour la ville, hormis Le Pen.

Il bénéficie d'une faiblesse traditionnelle de la droite dans cette ville, ce qui est courant dans le Nord-Pas de Calais, de plus l'UMP y est représenté par Nesrédine Ramdani (4%), et il est tout a son honneur de se priver sans doute de sa part d'électorat raciste. A gauche, le PS y est naufragé par certains de ses élus, et ce qui en reste est divisé entre un candidat PS officiel, Pierre Ferrari (17%) et un candidat officieux divers gauche, Daniel Duquenne (20%)

Au vu de ce que David Servenay nous rapporte de l'état financier de la commune, le FN n'a pas plus les moyens que d'autres d'en améliorer la situation sur le temps d'un mandat. Pire, faire des promesses en serrant des mains, c'est toujours porteur, mais se retrouver aux affaires sans les moyens de les tenir et sans expérience, c'est périlleux. Plus que dans certaines villes du Sud qui ont tenté l'aventure, il faut lire le fort résultat du FN à Hénin Beaumont comme un vote protestataire amplifié a droite comme à gauche par une situation locale. Cet électorat populaire, excité par l'attention qu'amène la personnalité nationale de madame Le Pen, ne suivra probablement pas une gestion frontiste désarmée de l'outil clientéliste.

Mais une gestion d'union gauche-droite n'aura pas non plus la cohérence nécessaire à entamer le redressement de la commune.

Que la gauche héninoise s'unisse, à condition de s'être purgée et accordée, c'est possible, et le choix donné à l'électeur sera clair.

Que la gauche mendie le soutien d'une droite inutile parce que quasi-inexistante, elle sera inopérante en cas de victoire et définitivement décrédibilisée en cas de défaite.

Et dans tous les cas, il faudra s'attendre à ce que Marine Le Pen nous ressorte le couplet : « ils sont tous pareils, tous contre nous ».
En cas de victoire du FN, son bilan sera calamiteux en 2012 et dépotentialisera Marine Le Pen au sein du FN comme sur le plan national.

En cas de victoire d'une gauche sans concession, il n'y aura pas de miracle à Hénin Beaumont, mais la ville sera soutenue par le tissu politique régional, dont elle s'excluerait par une gestion frontiste.

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