Le déni de grossesse, symptôme dont il reste à trouver les causes

Alors que les experts sont appelés à témoigner au procès Courjault, zoom sur un phénomène qui touche 1600 Françaises par an.

La figurine d'un fœtus élaborée par les évèques brsilien pour une campgane anti-avortement (Bruno Domingos/Reuters).

Par quels mystères physiologiques et psychiques une femme peut-elle ne pas savoir qu'elle est enceinte ? Jugée pour « assassinats », Véronique Courjault, qui encourt la
réclusion criminelle à perpétuité, répète depuis le début de son
procès :

« Pour moi, je n'étais pas enceinte. »

Les experts, psychiatres et gynécologues, sont appelés à la barre de la cour d'assises d'Indre-et-Loire ce lundi. Le jury compte sur leurs éclairages pour savoir si ce sont bien des dénis de grossesse qui ont débouché sur trois infanticides.

Sur le site de l'association française pour la reconnaissance du déni de grossesse, on trouve des témoignages saisissants, tels celui de Bénédicte :

« C'est le matin du 23 mai 2005, vers 6H15, au moment de mon accouchement que j'ai su que j'étais enceinte.

Suite à de douloureux maux de ventre, je me suis rendue aux toilettes, pensant à une banale gastro, alors que c'était le bébé qui était en train de sortir. (…) Si j'avais été seule, je pense que mon bébé ne serait plus parmi nous. Et moi en prison. »

Une grossesse sur cinq cents

Tous les dénis de grossesse ne finissent pas en infanticides, comme l'explique le président de l'association. Félix Navarro dit avoir « recueilli plusieurs centaines de témoignages de femmes qui ont eu un déni et qui maintenant élèvent leur enfant et l'aiment » :

« De toute évidence, le déni touche des femmes de tous âges, parmi celles qui sont en âge de procréer, de tout milieu social et de tout milieu culturel : coiffeuse, infirmière, juriste… »

Il insiste sur le fait que les dénis partiels concernent « une grossesse sur cinq cents, c'est-à-dire que la future mère ne va découvrir son état qu'entre le cinquième et neuvième mois » :

« Cela représente quelque 1600 cas par an. Nous estimons aussi que dans 300 à 350 cas pas an, la mère ne découvre qu'elle est enceinte qu'au moment de l'accouchement. »

Des cas plus ou moins graves

Pour le professeur Israël Nisand, gynécologue-obstétricien au CHU de Strasbourg qui interviendra comme expert au procès Courjault, « seuls les dénis les plus prolongés et les plus graves, qui couvrent aussi l'accouchement, débouchent sur la mort de l'enfant » :

« Le pire des cas est celui où la femme accouche seule et sans l'impression qu'elle est en train d'accoucher. Là, dans un cas sur quatre, l'enfant va mourir. Souvent ça se passe aux toilettes et elle ne ressent rien de plus que les douleurs d'une gastro. Les épaules de l'enfant s'engagent mal, il reste bloqué et il meurt étouffé. Nous appelons cela une mort per-partum. »

Une grossesse physique mais pas psychique

Ce qui trouble le plus dans le déni de grossesse, c'est l'impossibilité de généraliser les cas. Ainsi, il est faux de dire que toutes les femmes qui font un déni ne veulent pas être enceintes. Le professeur Israël Nisand précise :

« Tout le corps est gouverné par le psychisme. Une grossesse normale est un événement psychique et physique à la fois, lors d'un déni il n'y a pas d'événement psychique. C'est le contraire d'une grossesse nerveuse où des femmes sont enceintes dans leur tête mais pas dans leur corps. Un déni fonctionne comme une anésthésie : on est aveugle sur une partie de son corps. »

Ce que la tête veut le corps le peut

Il faut l'avoir vu de ses yeux pour le croire, nous assurent des médecins. Il est possible de perdre du poids au cours d'une grossesse et, comme le fait remarquer le Pr Nisand, « même des femmes qui ne sont pas en déni perdent parfois du poids ».

Pour loger le bébé, le corps se modifie imperceptiblement : « Elles musclent leur paroi abdominale, l'utérus se développe vers le haut et on ne voit pas le fœtus », explique le gynécologue.

Certaines femmes ont des règles normales, soit logiquement parce qu'elles continuent à prendre la pilule, soit parce que leur corps est capable de produire des règles qui n'en sont pas.

Un symptôme dont il reste à déterminer les causes

Puisqu'il y a de multiples raisons à ces dénis, ne pourrait-on pas avoir de grandes tendances explicatives ?
Les spécialistes interrogés s'y refusent. Certes, il y a le cas évident de la jeune fille violée qui refusera de porter l'enfant issu de ce crime. Mais au-delà de ce cas facile à comprendre, on ne peut faire de généralités. « C'est comme si on faisait des généralités sur la fièvre », compare Israël Nisand.
Ce qui est sûr, c'est que :

« Tous les dénis viennent d'une souffrance psychique extrême. Ce sont des femmes en grande difficulté dans la sphère de la reproduction et de la sexualité, le déni leur sert à se protéger. Pour une raison ou une autre, l'événement qui se passe en elle ne peut exister. Ce ne sont pas des perverses qui font des enfants pour les tuer. Et elles peuvent se soigner par psychothérapies, sans assurance que ça marche. »

Photo : la figurine d'un fœtus élaborée par les évêques brésiliens pour une campgane anti-avortement (Bruno Domingos/Reuters).

183 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

  • Téléchargez votre photo sur votre page perso. Elle apparaitra à côté de vos réactions.
  • Merci de respecter la charte des commentaires, sans quoi nous nous réservons le droit de supprimer votre réaction.
  • Les commentaires sont fermés après quatre jours.
Portrait de Banana ex de juanitoto

à brogilo Portrait de brogilo De Banana ex de juanitoto

Je déteste rue89, tous les riverain... | 21H23 | 15/06/2009 | Permalien

Bonsoir Brogilo !
à mon avis oui. Et sur le coup ça m'a fait rire ! justement ( et c'est trop drôle : j'ai visualisé les deux mots mickey mousse ! ) ….

edit : un doute m'étreint : si j'ai visualisé mickey quand elle me l'a dit, mea culpa, c'est qu'elle a bien dit Michelange…et je l'ai mal raconté.
Il faut dire que je suis intéressée par tout ce qui touche Leonardo, d'où le lapsus.

Portrait de brogilo

à Banana ex de juanitoto Portrait de Banana ex de juanitoto De brogilo

in angulo | 10H10 | 16/06/2009 | Permalien

 : -))

Subsiste tout de même ce plafond peint par Vinci, au château des Sforza, à Milan.
La fresque est dans un sale état… gros travail de décryptage en vue… si ça peut occuper ta copine…

Upload images

Bonne journée, Banana.

Portrait de jissé

à Banana ex de juanitoto Portrait de Banana ex de juanitoto De jissé

Ingé retraité | 20H33 | 15/06/2009 | Permalien

Devrait mettre des glaces (miroirs) au plafond, la « copine Joconde'.

Mais c''est d'un banal ..

Sans tain c'est déjà mieux ..

Mais y'a pas que des … ? ? ? ?

Des démissionaires dirait “Camille”

Jc

Portrait de Pseudo

à Tigerbill Portrait de Tigerbill De Pseudo

Aimer la vie, aimer les fleurs, aim... | 21H27 | 15/06/2009 | Permalien

Ils devraient changer de sens de temps en temps… ; -)

Portrait de Tigerbill

à Pseudo Portrait de Pseudo De Tigerbill

retraité en CDI en charente-maritim... | 22H50 | 15/06/2009 | Permalien

elle lui aurait dit qu'il était temps de changer la nappe de la cuisine, c'est pas mieux, hein ? ?

Portrait de Yvon le Zébulon

à Tigerbill Portrait de Tigerbill De Yvon le Zébulon

L'homme d'esprit n'est jamais seul ... | 22H16 | 15/06/2009 | Permalien

T'es vache avec ton copain…si ça s'trouve, c'est toi !

Portrait de lilialbazar

à Yvon le Zébulon Portrait de Yvon le Zébulon De lilialbazar

travailleure sociale à Toulouse | 16H29 | 16/06/2009 | Permalien

ouh la la mais vous faites l'amour chacun de votre côté ou quoi ?

Portrait de ovni2

De ovni2

parlà | 18H32 | 15/06/2009 | Permalien

Le vrai problème est posé par l'idéologie de ses parents, de sa mère qui dit que les enfants des familles nombreuses ne sont pas aimés. Le vrai problème est dans le malthusianisme qui voit dans l'enfant, dans l'homme une nuisance. Le vrai problème est dans la question indiscrète et odieuse du magistrat français « pourquoi tant d'enfants ? ». Cet individu ne s'aperçoit pas même pas qu'il viole le droit à l'intimité, à la vie privée et propage insidieusement le malthusianisme, sans aucun titre. Je serais donc moins sévère avec cette femme manifestement victime de l'idéologie malthusienne, honteuse de mettre des enfants au monde et le cachant à tous dans une société où jusqu'aux magistrats on n'ont pas le respect de l'homme.

Portrait de Marc de café_bloque

à ovni2 Portrait de ovni2 De Marc de café_bloque

cabot mais pas chien | 06H40 | 16/06/2009 | Permalien

Mais de quel droit a-t-on imposé ces nombreuses grossesses à une femme qui n'en voulait pas, qui vivait dans la misère matérielle et morale ?
Pourquoi tant d'enfants ? parce qu'elle n'a sans doute pas eu accès à la contraception, puis à l'avortement.
L'avortement en ces années-là, parlons - en : du risque d'en crever jusqu'à l'épreuve infligée par certains accoucheurs catholiques : la mère devait bénir le foetus sanguinolent , beeeuurrk !

Portrait de E-fred

De E-fred

Citoyen pronétaire actif | 18H46 | 15/06/2009 | Permalien

Merci pour l'article !
j'ai failli me faire lyncher par deux jeunes collèguEs de boulot il y a un an quand j'ai parlé de ce « genre de cas » et du fait que le soi-disant « instinct maternel » est une connerie.

Il est vraiment important de se situer par rapport à son vécu familial dans le fait de faire un enfant, pour la mère comme pour le père…

Sinon ça vous reviens dessus sans crier gare…

La naissance et l'obligation de s'occuper de l'enfant n'est pas si « naturelle » qu'on le croît… surtout dans nos société de plus en plus individualiste.

Le congélateur étant devenu le nouveau référent nourricier, pas étonnant que certains bébés y finissent « en stand-by »…il faudrait se pencher sur nos plus anciens instincts primitifs…cela ne m'étonnerais pas que nos ancêtres croquaient du nouveau-né quand la faim les tiraillaient…mais maintenant, c'est difficilement acceptable moralement, à moins d'être un ogre évidement…

Portrait de alberte

De alberte

Sage-femme retraitée | 18H50 | 15/06/2009 | Permalien

Je crois que toute sage - femme a eu au moins 1 à 2 ou 3 fois à faire à des dénis de grossesse.
Pour ma part, j » en ai vu 2 qui sont restés dans ma mémiore, dont un lorsque j » étais jeune sage - femme et pas du tout préparée à cela, dans les années 50 60

Portrait de Les Chats

à alberte Portrait de alberte De Les Chats

En grève du zèle contre le nettoyeu... | 19H03 | 15/06/2009 | Permalien

Et alors alberte ….. la suite. Comment ça c'est passé.

Portrait de A.V.

De A.V.

tamagotchi89 | 20H51 | 15/06/2009 | Permalien

L'article n'aborde pas le problème de la congélation. Est-il possible que le déni de grossesse soit tel que la mère, distraite, mette son bébé au congélo et berce ses beignets de calamars Picard ?

Edit : en me relisant, je comprends pourquoi ma mère est dans le déni de grossesse depuis ma naissance.

Portrait de Marc de café_bloque

à A.V. Portrait de A.V. De Marc de café_bloque

cabot mais pas chien | 21H40 | 15/06/2009 | Permalien

Ouf ! je ne suis pas ton père !

Portrait de A.V.

à Marc de café_bloque Portrait de Marc de café_bloque De A.V.

tamagotchi89 | 22H20 | 15/06/2009 | Permalien

Si je me rattrape avec une blague Carambar, tu m'adoptes ? …

Un homme va acheter un lit et demande à ce qu'il soit très solide. Le vendeur s'étonne :
- Pourtant, vous n'êtes pas si gros.
- Non, mais j'ai le sommeil lourd !

Portrait de Marc de café_bloque

à A.V. Portrait de A.V. De Marc de café_bloque

cabot mais pas chien | 06H37 | 16/06/2009 | Permalien

OK, va pour l'adoption … mais au congelo si tu n'es pas sage !

Portrait de Marie-Hélène

De Marie-Hélène

fout rien al païs | 21H49 | 15/06/2009 | Permalien

Je n'ai pas pu lire tous les commentaires et ce que je vais dire a peut-être été déjà dit mais je pense que Véronique Courjault ou d'autres personnes dans son cas n'ont rien à faire dans une prison.
Sans doute qu'on peut lui infliger une peine avec sursis, par principe mais pas de la prison ferme, celà ne lui apportera rien
Ce qu'il faudrait, c'est qu'elle soit soignée car elle doit avoir une énorme souffrance psychologique.

Portrait de moijepense

à Marie-Hélène Portrait de Marie-Hélène De moijepense

22H48 | 15/06/2009 | Permalien

Tiens donc … mais a ce tarif là on peut tout justifier et n'importe quoi …. je suis sur que certains nazis dans les camps n'arrivaient pas à s'endormir le soir … pensant aux corps mutilés des enfants dans les charniers … ils souffraient psychologiquement aussi et auraient mérité d'etre soignés par des psychiatres … de quoi parle t'on ici d'une petite bourge bien née et bien dotée qui décide froidement de liquider ce qui la dérange … et semble ne pas comprendre la portée de ses actes …. il semble y avoir un consensus dans les médias pour la présenter comme une victime innocente atteinte d'un déni de grossesse … une fois OK mais plusieurs fois fois bonjour les dégats …. souffrance psychologique tu parles …. c'est facile de souffrir en prison c'est d'ailleurs fait pour cela et d'arriver amaigrie et maladive devant la cour … elle qui devant les caméras affirmait froidement qu'elle n'avait rien à voir avec les bébés congelés dans son congèl…. véronique Courjault n'est en aucun cas une victime mais l'actrice d'un drame qu'elle a provoqué …. pas plus folle que vous et moi …

Portrait de Marc de café_bloque

à moijepense Portrait de moijepense De Marc de café_bloque

cabot mais pas chien | 06H34 | 16/06/2009 | Permalien

« Drôle » de conception de la prison !

- La souffrance reçue , c'est cette femme , issue d'un milieu très pauvre , 7 enfants, le père cultivateur sur 2 hectares… rien d'une bourge.
- La souffrance infligée, ce sont ces nazis, et aussi ceux avec qui on a fait une expérience ici, en France, des gens comme toi et moi qui en sont venus à infliger des décharges électriques fortes à des cobayes, sans se poser de questions. Sans parler de ce film ou livre récent, qui relate l'histoire véridique d'un brave homme , estimé , mais pourtant dévoré par les villageois après un banal malentendu .
On ne peut pas tout justifier, mais surtout il ne faut pas tout mélanger.

Portrait de moijepense

à Marc de café_bloque Portrait de Marc de café_bloque De moijepense

08H55 | 16/06/2009 | Permalien

Quand je parle de bourge … je parle de la mentalité pas de son origine sociale … bien née pour moi veut dire qu'elle n'a pas été une enfant rejetée par ses parents … bien dotée pour moi signifie qu'elle a fait ce qu'on appelait dans le temps un « beau “ mariage … maintenant si l” on doit justifier et excuser l'infanticide de 3 enfants alors qu'on le dise franchement ….

Portrait de Marc de café_bloque

à moijepense Portrait de moijepense De Marc de café_bloque

cabot mais pas chien | 13H15 | 16/06/2009 | Permalien

Non, elle n'a pas la mentalité bourge d'après ce que j'ai lu.

Ses parents ne l'ont pas rejetée, mais l'ont soit ignorée -et elle répète le schéma en ignorant ses enfants, après les 2 premiers, qu'elle accepte car ils sont pour elle des enfants et non un insupportable fardeau- soit esquintée en lui assénant jour après jour leur désespoir, comme l'a fait sa mère (et comme l'a fait la mienne, qui m'a rendu suicidaire et sans envie d'enfanter).

Si elle a fait un beau mariage, c'est surtout parce qu'elle a rencontré (pas un hasard) un type bien, solide, responsable, qui remplace son père dépassé par sa charge familiale et qui est apte à l'épauler dans son épreuve. C'est une belle histoire, un bel amour.

L'infanticide est un acte si terrible qu'il faut chercher à en comprendre les mécanismes. Condamner d'office est une absurdité.

Portrait de Marie-Hélène

à moijepense Portrait de moijepense De Marie-Hélène

fout rien al païs | 21H42 | 16/06/2009 | Permalien

Je suis mère de trois enfants et je n'ai pas voulu justifier cet acte terrible qui est de tuer 3 nouveaux nés. D'ailleurs, quand j'ai été au courant de ce fait divers, j'étais enceinte et peut-être à cause de ça, j'ai été vraiment horrifiée.
Ce que je voulais dire, c'est que cette femme est probablement atteinte d'un trouble psychique sévère et que ce n'est pas la prison qui va la soigner, bien au contraire.
De plus, je n'aime pas qu'on compare tout et n'importe quoi au nazisme car c'est le banaliser…

Portrait de lally

De lally

professeur | 23H20 | 15/06/2009 | Permalien

Ce qui est intéressant dans cette affaire, c'est qu'enfin, peut être exprimé sans marginalisation le déni de grossesse. Non comme une tare ou un truc marginal mais un réel problème et qui touche pas mal de femmes en définitive. Un tabou va peut-être tomber. Un mal pour un bien en quelque sorte.

Le déni ne se déclenche que dans certaines circonstances qui mettent les femmes dans une situation d'insécurité totale.
Et donc leur corps se met partiellement en veille un peu comme un ordinateur sans activité afin qu'elles soient en mesure de ne pas péter totalement les plombs face à la situation de la grossesse qui serait alors dans le contexte de souffrance vécu préalablement, un traumatisme de plus.

Car une grossesse, bien que médiatiquement beaucoup de journaux, de politiques et de religieux s'acharnent à le faire croire, n'est pas forcément un évènement merveilleux pour une femme.
On peut être malade à crever durant cette période et pas du tout ressentir un quelconque bonheur à porter un enfant.
Parce que vomir toutes les demies-heures, pas pouvoir dormir convenablement, avoir des malaises 4 fois par jour et à peine pouvoir s'alimenter pendant 9 mois, c'est pas ce qu'on appelle attendre un enfant dans la joie. Et ce genre de désagrément arrive à plus d'une femme enceinte.
On peut être dans des difficultés personnelles, professionnelles ou dans une situation psy pas du tout évidente ce qui fait ressentir la grossesse plutôt comme un stress supplémentaire qu'un évènement positif.

Donc, non, la grossesse n'est pas forcément idyllique mais plutôt pénible.

La crise économique qui a débuté fin des années 70 et se trouve aujourd'hui de plus plus étendue socialement (touchant toutes les classes sociales) a accentué le mal-être dans la grossesse.
On projette de faire un enfant de plus en plus tard, parce qu'une majorité de femmes actives du secteur privé aujourd'hui sont des précaires dans leur emploi. Donc elles s'acharnent déjà à survivre elles-mêmes avant de penser à mettre au monde un enfant ce qui est logique et normal.
Et les conditions de travail n'étant pas des plus apaisantes actuellement, précarité et mauvaises conditions de travail font qu'une grossesse est de moins en moins bien vécue. Et l'on pourrait rajouter une précarité amoureuse où un enfant a du mal à trouver sa place.

Quant au fameux « instinct maternel », moi en tant que femme il me fait rire tellement je le considère comme une légende urbaine.
C'est en fait très récent d'en parler car autrefois, il ne fallait justement pas chouchouter les enfants et trop faire attention à eux sinon on en faisait des mauviettes qui seraient des incapables.
On mettait vite les enfants en nourrice pour échapper à la corvée des premières années et si c'était pas possible, on emmenait le bébé partout histoire de ne pas perdre une journée de travail et donc de ne pas mourir de faim.
On accouchait souvent aux champs, sur son lieu de travail (usine, magasin) dans un coin. Et on allait vite se remettre au travail dès que le bébé était né.

Le corps était là pour travailler. On ne se ménageait pas et si on avait des fausses-couches c'était pas grave, ça faisait partie de la vie.
L'essentiel était ailleurs, dans la survie personnelle alimentaire et physique. L'essentiel était que l'enfant quand il arrivait au monde devienne le plus vite possible une force de travail supplémentaire pour aider la famille. Le reste n'avait aucune importance.

Quant aux infanticides, ils étaient légions. Oeuvres de la mère ou du père. Beaucoup de bébés étaient étouffés dans le lit conjugal ou familial quand la situation financière de la famille était mauvaise ou que le fruit était issu d'une union illégitime et que la tisane abortive n'avait pas marché.
Ca se pratiquait encore dans certaines campagnes isolées, jusque dans les années 1960-70, alors que la contraception n'existait quasiment pas et n'était dans la plupart des cas jamais utilisée.

L'affaire Courjault permet enfin de parler de ces grossesses malheureuses, de ces femmes qui n'arrivent pas à accepter une grossesse ni physiquement ni moralement ni psychiquement, pour qui l'attente d'un enfant est un non-sens, une voie sans issue et n'est même pas concevable ni acceptable…

Ca permet au mythe de la déesse mère érigé par les médias et les politiques réactionnaires natalistes de s'effondrer.
C'est l'aspect positif de cette affaire.

Ce qui serait encore plus positif, c'est qu'il y ait une réflexion autour de la parentalité et du pourquoi être parents.

En tant qu'enseignante, je vois beaucoup d'enfants qui sont plus issus d'un désir de conformité sociale (la maison, l'enfant, la voiture, le chien, le jardin) que d'un désir amoureux de transmission et qui sont plus vécus comme des charges que comme des éléments positifs et constructifs au sein de la famille.
A côté de ce désintérêt parental éducatif que nous constatons à l'école et que nous pallions souvent, ainsi que les assistantes maternelles (nounous) tout au long du parcours scolaire des enfants, les mêmes parents de ces enfants du conformisme, vont hurler au scandale dès lors qu'ils apprendront l'avortement d'une ado ou une affaire de déni de grossesse.
Hypocrisie sociétale sans doute.
En tout cas immense paradoxe. D'autant que la plupart ont dû avoir dans leur arbre généalogique, des aieux qui ont eu recours à un moment ou à un autre de leur histoire à des infanticides ou à des méthodes abortives.

Mais je voulais aussi dire une petite chose à l'auteur de l'article :

J'ai été aussi choquée qu'un autre riverain par le choix de l'illustration de l'article. Le but des anti-IVG étant la culpabilisation des femmes projettant d'avorter, reprendre une image de leurs fonds publicitaires, c'est leur faire une pub. Sachant que ces affreux ont encore tué récemment des médecins aux US et au Brésil ont déclaré avec le soutien du Vatican que le viol était moins grave qu'un avortement, je trouve l'utilisation illustrative douteuse.

Une autre illustration possible aurait été un ventre de femme enceinte et un ventre plat réunis dans un même cadrage. Je pense que dans les images libres de droit, il doit être possible d'en trouver.
Et là au moins, pas de pub aux intégristes.

Portrait de Marie-Hélène

à lally Portrait de lally De Marie-Hélène

fout rien al païs | 08H31 | 17/06/2009 | Permalien

Je trouve votre contribution très interessante. C'est vrai qu'en tant que prof, vous êtes aux premières loges en ce qui concerne les problèmes parents/enfants. En ce qui me concerne, ça me fait penser à un blog où je suis tombée pour informer les futures mamans d'un trouble lié à la grossesse : la cholestase hépatique.
Passons sur la personne auquel j'ai adressé ces infos, elle a l'air puerille et je n'ai eu droit à aucune parole aimable, aucun remerciements aprés ma contribution, aussi longue que la votre.
Puis, j'ai un peu plus exploré ce site. Que de gens puérils, des femmes enceinte qui visiblement, n'attendent pas un être humain mais une poupée, vu le ton mièvre qu'ils emploient. Que d'hystérie, des choix de prénoms qu'on osait à peine donner à un animal de compagnie il y a quelques décennies, du genre « pacific view » je ne suis pas contre les prénoms rares du moment que c'est un vrai prénom pour humain ! ), qui laisse à penser que tous ces gens vont mettre au monde un bébé qui est supposé devenir un être pensant qui va contribuer au monde de demain.
Je passe sur ce que je peut voir autour de moi, dans mon voisinage, c'est mièvrerie et compagnie, anniversaires sucraillés à l'américaine, enfants qui ont le droit de tout dire, de tutoyer n'importe quel adulte même agé, de ne pas dire bonjour (quelle horreur ! ) sans que les parents ne disent quoi que ce soit et à côté de ça, pas de sortie s'il fait chaud, s'il fait froid, s'il vente, s'il neige, pas le droit de salir un peu ses vêtements dans la terre ou de s'asseoir dans l'herbe (si si je l'ai vu).
Je ne sais pas si ce que je dis a un rapport avec vos propos mais ça m'a fait penser à tout ça.
J'ajoute que je suis mère de 3 enfants et que je me questionne par rapport à tout ça, espérant faire un peu mieux, mais c'est un questionnement quotidien.

Portrait de lally

à Marie-Hélène Portrait de Marie-Hélène De lally

professeur | 19H30 | 17/06/2009 | Permalien

Merci de votre contribution également.
Le problème, c'est que depuis plusieurs décennies, les politiques et les médias ont érigé la maternité comme une espèce trône sacré avec tous les clichés les plus mièvres et les plus éculés. Beaucoup de femmes ont foncé dedans tête baissée pourquoi ? Parce que cette espèce d'outrance leur rappelle les jolies images idéales de leur enfance : un monde bleu et rose très loin de la dureté de la vie et du concret. Le bébé est une sorte de fantasme, de recréation de la poupée ou du poupon de leur enfance, c'est un rêve devenu réalité.
Mais aussi, pourquoi les femmes ont totalement accepté et plébiscité cette vision idyllique de la maternité parce que beaucoup trop de femmes ont l'impression qu'elles n'ont pas de légitimité sans enfants. Qu'elles n'existent vraiment et ne sont reconnues socialement et par leur entourage qu'en étant mères.

Ca vient de quoi ? D'un immense manque de confiance en leurs capacités personnelles mais aussi cela vient d'une orientation éducative, familiale et scolaire qui décourage majoritairement les filles d'avoir de l'ambition professionnelle et de conquérir vraiment leur autonomie dans un travail qui leur fasse plaisir, qui les passionne.

Beaucoup d'adolescentes arrivent au bac déjà résignées.
Elles vont faire des études mais sans but précis, éventuellement avoir un niveau licence ou BTS pour trouver le premier job venu et puis se marier et avoir des enfants. Peu ont de véritables envies professionnelles et s'y accrochent.
Pourquoi ? Parce qu'elles pensent que c'est trop prétentieux d'avoir envie d'exister à soi-même et puis que c'est trop dur, qu'il faut se battre beaucoup trop pour se faire une place.
Et que ma foi, c'est beaucoup plus simple de rentrer dans la fonction biologique, d'avoir un petit copain et de prendre un petit boulot pour faire le complément au salaire du petit copain.

Mais, ce faisant, ces femmes se condamnent et s'enferment.
Se condamnent car elles ne se rendent pas compte qu'elles vont très vite regretter leur choix (passées les premières années avec leurs enfants, elles trouvent généralement très dur d'élever un enfant parce qu'elles sont souvent seules dans ce rôle -père souvent absent- et encore plus dur parce qu'elles n'ont construit pour elles-mêmes aucun projet professionnel donc n'ont développé aucune compétence qui leur permettrait de trouver ou de retrouver du travail et surtout d'avoir une retraite histoire de ne pas finir sur leurs vieux jours dans des conditions sanitaires et sociales dramatiques).
S'enferment dans un monde qui les exclut de toute vie active.
Et qui les obligera à galérer toute leur vie dans des petits boulots ingrats sans pouvoir en sortir.

Au final, ces femmes passent donc d'une espèce d'euphorie de la maternité à une sorte de rejet de la fonction parentale, rejet qui se reporte sur nous les enseignants. Mais qui fait que nous observons aussi des divorces massifs de jeunes mamans dont les enfants ont 4-5 ans. Parce que le réveil à la réalité (devoirs parentaux, maintenir le couple, gérer la maison et le travail) c'est devenu trop lourd à porter seule. Et que monsieur s'est souvent senti délaissé (ces femmes ayant recréé une forme de couple idéal avec leur(s) enfant(s) ).

Les femmes que vous avez côtoyées sur le site où vous avez apporté de l'info, sont dans la première phase. La phase euphorique.
Vous reprenez les mêmes 3 ans plus tard, c'est la déprime qui dominera et de gros soucis identitaires et de couple. Parce qu'elles auront pris conscience qu'elles ont raté le coche par rapport à leur propre devenir, par rapport aussi à leur relation de couple et qu'elles ont été mères avant même d'être femmes.

Et c'est là il me semble (en tout cas au regard de ce que j'observe) que se trouve le noeud gordien de beaucoup de problèmes liés à la parentalité et à l'éducation (y compris je pense le déni de grossesse).

Avant d'être mère, il faut s'accoucher à soi-même en tant que femme (autrement dit, faire ses propres choix et conquérir son autonomie sur tous les plans).
Même chose pour être père, il faut s'accoucher à soi-même en tant qu'homme.
C'est très important pour pouvoir guider l'enfant jusqu'à l'âge adulte et aussi pour pouvoir garder un équilibre personnel et assurer sa survie et celle de la famille.

Mais combien de couples, d'hommes et de femmes pensent à cela avant de faire un enfant ? Peu.
Faire un enfant tient hélas plus du réflexe conformiste.
Ce qui aussi engendre beaucoup d'errances et de difficultés.

Parfois, je me dis qu'il faudrait ajouter dans les cours au lycée, un espace pour parler de cette conquête de l'autonomie personnelle. Une sorte de cours de philosophie et de psychologie mais appliquée au plan on va dire, plus prosaïque de la vie quotidienne.

Peut-être que ça dénouerait beaucoup de peurs pour les jeunes filles et jeunes femmes et leur permettrait de replacer la maternité dans quelque chose de moins fantasmatique et plus responsable.
Et aussi ça permettrait aux jeunes hommes de comprendre un peu mieux leur importance dans l'élaboration d'une famille et l'éducation enfantine. Le père étant l'aspect de l'ouverture au monde de l'enfant, il est donc primordial dans l'éducation.
Mais là encore, combien d'hommes réalisent leur importance dans le développement personnel de leurs enfants ? Trop peu hélas.

Portrait de Marie-Hélène

à lally Portrait de lally De Marie-Hélène

fout rien al païs | 21H22 | 17/06/2009 | Permalien

tout à fait d'accord pour le fait qu'il faut s'assumer en tant que femme ou en tant qu'homme, en résumé : en tant qu'adulte pour être parent. Avec mon compagnon, on ne se prend pas pour des gens extraordinaires, on a peut-être eu juste la chance de devenir parent tard. A la naissance de mon fils aîné, on avait 34 et 38 ans.
Le problème, c'est que la parfaite autonomie financière est de plus difficile à obtenir par les temps qui courrent. Même si on est responsables et adultes.
tous deux pensons également, que, dans la société du futur, si elle advient un jour, un juste équilibre doit se faire entre la vie privée, parentale et la vie publique, professionnelle. Je connais des gens qui ont toute leur tête et qui se désolent de devoir mettre leur petit d'à peine 3 mois dans une crèche et de s'occuper que, très peu de temps car on est dans une société ou l'on pousse les femmes à avoir des enfants et s'en occuper et en même temps, travailler comme une malade et faire comme si l'enfant n'existait pas. On le voit, les conséquences sont terribles.

Portrait de lally

à Marie-Hélène Portrait de Marie-Hélène De lally

professeur | 13H38 | 18/06/2009 | Permalien

Au-delà de l'autonomie financière, qui est primordiale mais qui est comme vous le dites, difficile par les temps qui courent à obtenir, il y a aussi une dimension essentielle à prendre en compte au démarrage de la vie adulte : l'accomplissement personnel. Se réaliser dans une activité professionnelle structure une personnalité, lui permet de résister à beaucoup de situations de stress et de difficultés et lui permet aussi d'appréhender mieux des responsabilités et surtout une constance dans l'investissement (constance qui se retrouve dans l'investissement parental, du moins normalement).
Et à défaut d'un job réjouissant, se trouver une activité de loisirs (culturelle ou sportive) qui soit une passion et qui permette à la personnalité de chacun de trouver des forces et un épanouissement de soi hors de tout le reste.
C'est d'autant plus important quand on a un enfant qui demande beaucoup, de se trouver une activité personnelle pour se ressourcer. Le bonheur qu'on développe en soi rejaillit sur l'enfant et lui apporte beaucoup de sécurité et de stabilité personnelle. Et ça permet aussi au couple de pouvoir échanger sur les passions de chacun, de pouvoir partager des choses ensemble. Pour tout le monde, c'est un bénéfice et une force d'ancrage dans la vie.

Des travaux existent actuellement pour promouvoir une meilleure gestion de la parentalité à l'intérieur de l'entreprise. L'idéal serait évidemment un fonctionnement à la suédoise avec une présence en relais-congé à la maison.
C'est un peu la vision de l'ORSE, et franchement cette formule me parait plus structurante que ce que nous vivons actuellement.

http://www.orse.org/

Mais je pense qu'avant une mise en application, il faudra une vraie révolution sociale. La prise de conscience des problèmes semble faite.
Mais les solutions politiques actuelles n'en sont pas, au contraire.
Donc il faut se battre contre le conservatisme ambiant.
Relayer ces combats associatifs auprès des instances européennes et nationales.

De mon point de vue, je pense que ça fait partie des combats féministes et sociaux à mener pour une vraie égalité parentale.
Ca me parait urgent et absolument nécessaire pour un mieux-être familial, amoureux et social.

Merci de cet échange, c'est vraiment très agréable.

Portrait de Véhem

De Véhem

- | 07H31 | 16/06/2009 | Permalien

Pour en savoir plus, un petit livre de Sophie Marinopoulos « Le déni de grossesse », en téléchargement libre ici
http://www.yapaka.be/professionnels/publication/le-deni-de-grossesse

Portrait de Courageux anonyme

De MOG

08H13 | 16/06/2009 | Permalien

Merci de cette humanité, dans une civilisation si inhumaine. Un parallèle me vient à l'esprit. Celui de notre comportement vis à vis des personnes, dites protégées par la justice, traitées à l'hôpital X, suivies par le docteur Z, qui dorment à même le sol, et qui, souvent, pendant l'hiver meurent. Là, il n'y a pas déni, de quoi que ce soit. Dame société, ne sait, ni dans sa tête, ni dans son corps. Comme les foetus, ces gens en souffrance, se cachent dans les coins et les recoins, sentant le rejet qui les met en péril. Certes, les lieux d'accueil existent. Les maternités aussi. S'y rendre ou pas. Cela relève de la liberté individuelle. Encore faudrait-il avoir conscience que… Dans le cas que vous évoquez, ce qui surprend, c'est cette forme d'attention vis à vis du bébé. Le mettre au congélateur, comme pour lui assurer l'éternité, remettre sa naissance à plus tard. Il n'est pas jeté. Perturbant, ce rituel de « bonne mère ».

Portrait de Bonnequestion

De Bonnequestion

? | 09H55 | 16/06/2009 | Permalien

Ca me gêne un peu l'amalgame qui est fait depuis le début de l'affaire Courjault entre le déni de grossesse et l'infanticide.
D'une part, une minorité de dénis de grossesse débouchent sur un infanticide.
D'autre part, le cas de Véronique Courjault est particulier. Tout le monde peut bien sûr concevoir qu'accoucher d'un enfant alors qu'on n'a pas conscience d'être enceinte peut déclencher un état de confusion mentale qui peut aboutir à un meurtre. Mais c'est arrivé trois fois à Véronique Courjault. Trois fois, elle est tombée enceinte sans le vouloir (vraiment ? ), trois fois, elle a tué son enfant, et deux fois, elle a congelé les cadavres. A ce stade de répétition, on ne peut plus dire que le problème est le déni de grossesse.
Réduire la question au déni de grossesse, c'est franchement réducteur.

L'intervention de l'expert psychiatre au procès montre bien que la question est toute autre : http://www.liberation.fr/societe/0101574294-il-n-y-a-pas-de-premeditatio…

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code