
L'autoréduction : ni vol ni escroquerie, plutôt une extorsion
Rue89 fait état d'une nouvelle forme d'action révolutionnaire baptisée « l'autoréduction », qui se manifeste dans des lieux, disons inattendus, puisque c'est aux heures d'ouverture du Monoprix qu'a désormais lieu le Grand Soir.
La rédaction de Rue89 m'a contacté pour me demander l'avis du juriste sur ces opérations. Le bon sens voudrait qu'elles fussent illégales, mais la police, qui a assisté à ces faits, n'est pas intervenue. Et la rhétorique des personnes concernées utilise des termes comme « réduction », « réquisition », affublés toutefois du préfixe auto-, qui veulent exclure toute illégalité.
Voici une excellente occasion de faire du droit sous a forme la plus pure : l'essence du travail de juriste consiste à qualifier, c'est à dire prendre un fait, une situation, et l'analyser sous l'angle juridique pour trouver la qualification adéquate.
Ensuite, il ne reste plus qu'à y appliquer les règles de droit en vigueur. N'oubliez pas : le vide juridique n'existe pas. Le droit est partout. Vous êtes cerné. Toute résistance est inutile.
Ce travail est essentiellement celui du juge, qui dit le droit, mais, en droit pénal, celui qui va retenir notre attention, c'est aussi celui du parquet que de proposer une qualification, et de l'avocat de la réfuter pour en proposer une plus conforme, sinon au droit, du moins aux intérêts de son client. Au juge de trancher.
Voyons tout d'abord les faits. L'ironie n'est pas nécessaire à l'analyse, c'est juste une coquetterie de l'auteur.
¡ Hasta los delicatesssen, siempre !
Ainsi donc, nos révolutionnaires des supermarchés ont le mode opératoire suivant : ils se rendent en nombre dans un magasin, remplissent des chariots de produits de première nécessité comme du saumon fumé et du foie gras (il y a certes aussi de l'huile et des pâtes), et, une fois aux caisses, ils refusent de payer, invoquant cet argument définitif (les italiques sont de moi) :
« C'est une autoréquisition qui est juste en ces temps de crise et qui permet aux précaires de fêter aussi le Nouvel An dignement. »
Je retiens de prime abord que les Che Guevara de l'épicerie fine reconnaissent implicitement qu'en dehors des temps de crise, leur action est injuste, et constate avec effroi que vu mon menu de réveillon, je n'ai pas fêté le Nouvel An dignement selon leurs critères.
L'attroupement crée du désordre, bloque les caisses, ce qui entraîne un manque à gagner immédiat (les clients préférant renoncer à leurs courses et aller voir ailleurs si la révolution y est) jusqu'à ce que la direction du magasin cède et les autorise à partir avec ces produits. Comme le disent eux-même les Picaros des pique-assiettes, cités par Rue89 (je graisse) :
« Treize chariots pleins sont sortis du magasin après des négociations tendues avec une direction qui a logiquement choisi de ne pas prolonger le blocage des caisses (perte de chiffre d'affaires) ou prendre le risque d'une intervention policière dans les rayons. »
Cette phrase, issue d'un communiqué rédigée par les auteurs de cette action, nous sera précieuse le moment venu.
Chaussons à présent les lunettes du juriste et tentons de qualifier les faits.
Les violences physiques ayant été évitées (même si, et ça aura son importance, des témoins rapportent que des bousculades ont eu lieu : il y a eu instauration à tout le moins d'un rapport de force), et n'étant en tout état de cause pas l'objet premier de cette opération, si délit il y a eu, c'est donc donc une atteinte aux biens. Mais quelle atteinte ?
Certaines hypothèses sont à écarter.
L'« autoréduction » n'est pas un vol.
Selon l'article 311-1 du Code pénal, le vol est la soustraction frauduleuse de la chose d'autrui.
Soustraction : le voleur appréhende la chose d'autrui et se comporte de manière univoque comme le propriétaire, c'est à dire commet un acte que seul le propriétaire pourrait légitimement accomplir.
Frauduleuse : le voleur sait que la chose qu'il appréhende n'est pas à lui (peu importe qu'il ne sache pas à qui elle est, du moment qu'il sait qu'elle n'est pas à lui).
Or à l'apparition des grandes surfaces, un défi a été porté aux juristes. Tout au long du XIXe siècle, c'est le modèle traditionnel de la vente qui prévalait. L'acheteur désignait le bien qui l'intéressait, le vendeur la lui remettait contre un paiement du prix. Comme sur les marchés de quartier aujourd'hui encore.
Mais selon les règles du code civil, encore en vigueur à ce jour, et venant directement du droit romain, le transfert de propriété se fait en principe et sauf dérogation contractuellement prévue dès qu'il y a accord sur la chose et sur le prix (article 1583 du Code civil), indépendamment de la remise de la chose.
Avec les grandes surfaces, l'acheteur se saisit lui même de la chose qu'il souhaite acheter, exposée à portée de sa main, et sur laquelle le prix est affiché. Il y a accord sur la chose et sur le prix : il est théoriquement propriétaire de ce qu'il y a dans son chariot.
Dès lors, en suivant ce raisonnement juridiquement orthodoxe, s'il franchit les portes sans payer, il ne commet pas de vol car il est propriétaire de ce qu'il emporte ; mais il a simplement une dette envers le magasin. C'est l'argument qui était soulevé par mes confrères de l'époque.
Si cela était arrivé aujourd'hui, les propriétaires de ces magasins auraient crié « vide juridique ! » et obtenu que le Parlement vote en catastrophe un texte spécial. Mais nous étions à une autre époque, et le législateur a fait ce qu'il avait de mieux à faire : rien.
Car les juges ont trouvé tout seul la solution, en répondant au droit par le droit.
Ils ont observé comment se déroulait cette nouvelle méthode de vente, à la recherche des indices permettant de comprendre l'opération juridique. Exactement ce que nous sommes en train de faire avec les autoréducteurs.
Ils ont constaté que d'une part, le client pouvait, jusqu'à son passage en caisse, reposer l'objet à sa place (ou, comme c'est à présent la mode, partout sauf à sa place) sans que nul n'y trouve à redire. C'était un premier indice révélant que le transfert de propriété avait été repoussé à plus tard.
D'autre part, l'usage mis en place voulait que lorsqu'un produit fût brisé accidentellement par un client, le magasin ramassât les débris, nettoyât, et sans rien demander au client, le laissât aller chercher un produit identique mais intact. Or si le client était devenu propriétaire, il aurait dû payer le prix de la chose brisée, car le transfert de propriété entraîne transfert du risque de perte de la chose, même par cas fortuit (article 1 138 du code civil).
Conclusion juridique du juge observateur (c'est un raisonnement en induction-déduction, pour les étudiants en droit) : tant que le client est dans les rayons du magasin, le transfert de propriété n'a pas encore eu lieu, la détention par lui des produits est précaire. Il peut revenir sur sa volonté d'achat, discrétionnairement, et ne supporte pas les risques. Il n'est donc pas encore propriétaire.
A partir de quand se comporte-t-il de manière univoque comme le propriétaire ? La réponse est d'une clarté diaphane : lors du passage en caisse. Ce n'est donc qu'à ce moment qu'a lieu le transfert de propriété, par cette manifestation irrévocable d'acquérir la chose.
Et ce n'est donc qu'à partir de ce moment que le comportement du voleur devient lui aussi univoque et constitue l'appropriation frauduleuse : quand il franchit les caisses en dissimulant des biens pour ne pas les payer, ou qu'il franchit les portes du magasin sans passer par les caisses en étant porteur de choses vendues. Il montre ainsi sa volonté de ne pas acquérir ces choses, et se comporte pourtant comme le propriétaire, puisque seul le propriétaire peut les emporter hors du magasin.
C'est pourquoi vous ne pouvez être condamné pour vol pour avoir glissé des articles dans vos poches tant que vous êtes dans les rayons. Il est licite de porter ses emplettes dans ses poches. Même si vous êtes repéré, vous ne serez intercepté qu'une fois franchie la ligne de caisse, car il est désormais certain que vous n'avez nullement l'intention de payer.
Pour en revenir à nos bolchéviques du code barre, ils s'arrêtent aux caisses et manifestent bruyamment leur volonté de ne pas payer. MAIS ils ne franchissent pas la ligne de caisse. Comme le relève leur communiqué, c'est après négociation avec la direction et avec son accord qu'ils sont sortis. Il n'y a donc pas eu appréhension mais remise de la chose par la direction du magasin. Or la remise exclut le vol.
« L'autoréduction » est peut-être un néologisme, mais ce n'est pas un vol.
« L'autoréduction » n'est ni une escroquerie ni un abus de confiance.
L'escroquerie et l'abus de confiance font partie des infractions d'atteinte aux biens avec remise de la chose par son propriétaire. On se rapproche donc de la solution. Mais sans l'avoir trouvée, comme nous allons voir.
L'escroquerie consiste à provoquer la remise de la chose en trompant son propriétaire par une manœuvre frauduleuse qui doit être un minimum élaborée (un simple mensonge ne suffit pas : la loi cite comme exemple l'usage d'un faux nom, d'une fausse qualité, ou l'abus d'une qualité vraie, selon l'article 313-1 du code pénal).
La victime remet la chose par erreur, mais une erreur provoquée. Elle ne s'est pas trompée, elle a été trompée.
Ici, nulle manœuvre frauduleuse, les autoréducteurs ayant clairement affiché leurs intentions : ils ne veulent ni payer ni rendre, et ne partiront que par la force des baïonnettes ou avec leurs paniers garnis. On dira ce qu'on veut sur le procédé, mais au moins il est franc, ce qui exclut l'escroquerie.
L'abus de confiance consiste, pour celui qui s'est vu remettre une chose en vertu d'un contrat sans en devenir propriétaire, à dissiper la chose, c'est à dire de se mettre dans l'incapacité de la rendre quand le contrat l'exige.
C'est celui qui loue une voiture et ne la rend pas, c'est le propriétaire qui dépense le dépôt de garantie de son locataire de sorte qu'il ne peut le lui rendre à la fin de la location, c'est celui qui se paye des courses avec la carte bleue de la boîte dont il est le salarié, c'est le banquier qui détourne l'argent des déposants.
Mais dans un supermarché, il y a transfert de propriété, ce qui exclut l'abus de confiance. Entre le rayon et la caisse, le client est détenteur précaire, et pas dépositaire en vertu d'un contrat, et il n'est pas tenu de représenter la chose (en fait, on l'incite même à ne pas la rendre mais à l'acheter), mais d'en payer le prix. Faute de cette obligation de rendre, l'abus de confiance n'est pas applicable.
Est-ce à dire que nos adeptes de l'autopromotion sont couverts de la plus parfaite légalité ? Nenni.
L'« autoréduction » est très probablement une extorsion.
L'article 312-1 du code pénal définit l'extorsion comme :
« Le fait d'obtenir par violence, menace de violences ou contrainte soit une signature, un engagement ou une renonciation, soit la révélation d'un secret, soit la remise de fonds, de valeurs ou d'un bien quelconque. »
Il y a là aussi remise volontaire de la chose, mais à la suite d'une forme de violence, physique ou morale. Le racket est de l'extorsion.
Allons, me diront mes lecteurs libertaires : ces sympathiques Robin des bois du rayon frais, de vulgaires racketteurs ?
D'abord, Robin de Locksley, lui, n'a jamais nié qu'il volait aux riches pour donner aux pauvres. Il n'a pas prétendu faire de l'autoredistribution. Voleur, pas faux cul.
Et puis sympathiques, sympathiques, c'est vite dit pour qui sait lire.
Reprenons leur autocommuniqué de presse, que je citais au début (je graisse) :
« Treize chariots pleins sont sortis du magasin après des négociations tendues avec une direction qui a logiquement choisi de ne pas prolonger le blocage des caisses (perte de chiffre d'affaires) ou prendre le risque d'une intervention policière dans les rayons. »
Les auteurs des faits n'ont guère laissé le choix au directeur du magasin : soit il donnait les denrées, soit son magasin était bloqué indéfiniment avec une perte économique (on était à quelques heures du réveillon) soit il fallait l'intervention des forces de l'ordre, ce qui entraînait un « risque » pour les « “rayons”. On comprend que dans ces conditions, qualifier les “négociations” de “tendues” est un doux euphémisme.
En fait, vous l'aurez compris, de négociations il n'y eut point, c'était : “Laisse-nous partir, ou on bloque ton magasin, ou appelle la police et on casse tout.” Résumé comme ça, je pense que c'est plus clair.
Il me paraît difficile de nier que le directeur n'a remis les biens que sous la contrainte, pour éviter un mal plus grand (une perte financière supérieure à la valeur des biens -5 000 euros d'après les informations de Rue89- ou des dégâts importants dans le magasin : 50 personnes lâchées dans les rayons à jouer à chat perché avec la police). Ce qui constitue l'extorsion.
L''état de nécessité » peut-il justifier une « autoréduction » ?
Et l'état de nécessité ? Selon le Code pénal :
« N'est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace (article 122-7 du code pénal). »
L'état de nécessité consiste donc à commettre un acte illicite pour prévenir un mal plus grand et imminent, que ce soit une autre infraction ou un danger quelconque.
Rappelons l'argumentation des autojusticiers :
« C'est une autoréquisition qui est juste en ces temps de crise et qui permet aux précaires de fêter aussi le Nouvel An dignement. »
La jurisprudence est muette sur la question, mais pour fréquenter quelque peu les juges pénaux, je ne pense pas que le danger imminent de passer un Nouvel An de manière non conforme à la tradition gastronomique, ce qui serait une atteinte à la dignité, soit un danger suffisant pour justifier l'extorsion de treize caddies de victuailles.
J'ajouterai qu'il n'y a jamais d'état de nécessité à s'emparer par la force de produits de luxe comme le saumon fumé ou le foie gras, et ce même un 31 décembre.
L'article relève qu'il y avait aussi des produits de première nécessité (pommes de terre, huile, pâtes). Dont acte. Mais l'état de nécessité suppose que la personne n'ait pu agir autrement que comme elle l'a fait, ou du moins a choisi la solution la moins dommageable pour autrui ou l'ordre public.
Les précaires en question risquaient-ils vraiment de mourir de faim, de manière imminente ? Et nos cinquante autorévolutionnaires n'avaient-ils vraiment pas les moyens, en se cotisant, d'acheter de quoi remplir treize caddies, ou seulement douze, de pâtes, d'huile et de pomme de terre ?
Ils étaient 50. Ça fait 100 euros par tête de pipe, et bien moins au Franprix en face (il y a vraiment un Franprix en face du Monoprix en question). Je rappelle à toutes fins que la banque alimentaire collecte chaque année auprès des clients des supermarchés de toute la France, et c'est plus que treize caddies, qu'ils emportent, c'est 11 300 tonnes de nourriture. Et légalement.
Dire qu'aller ainsi se servir dans les magasins est la seule façon de venir en aide à des précaires en danger imminent me paraît quelque peu audacieux
Il me paraît fortement douteux que les personnes réalisant ces actions n'aient absolument pas d'autre moyen de porter secours à des précaires en danger imminent, ce qui seul constituerait l'état de nécessité.
Et la dignité des précaires ?
Franchement, elle a bon dos, en l'espèce. Car à commettre une extorsion pour les nourrir, on les rend coupables de recel. Avec des amis pareils, qui a besoin d'ennemis ?
Que risquent les « autoréducteurs » ?
L'extorsion simple est punie de prison pouvant aller jusqu'à sept ans et de 100 000 euros d'amende au maximum. Chaque personne ayant participé à l'opération en bloquant les caisses ou en participant à la pression mise sur le directeurs se rend coauteur de l'infraction et est punissable.
J'ajoute, car je lis dans l'article de Rue89, que des actions similaires ont eu lieu partout en France, et que le mode opératoire est à chaque fois le même et réglé comme du papier à musique, que constitue une bande organisée au sens de la loi tout groupement formé ou toute entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d'une ou de plusieurs infractions (art. 132-71 du code pénal).
Et que l'extorsion en bande organisée, c'est vingt ans et 1 500 000 euros d'amende, avec régime spécial : 96 heures de garde à vue, pas d'avocat avant la 48e heure et la 72e heure.
Je doute que le parquet retienne la qualification criminelle, ne serait-ce que pour éviter les assises, mais juridiquement, elle tient.
Qui a dit que la révolution, même à coup de chariots de supermarché, était sans danger ?
► Journal d'un avocat, le blog de Maître Eolas.
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à louchardem
De kawouede
19H17 | 04/01/2009 |
cela dit on aimerait savoir sur quoi portait précisément la « négociation »
à kawouede
De louchardem
journaliste non pratiquant | 00H25 | 05/01/2009 |
C'est très simple. Tout était transparent et a même été expliqué de vive voix aux clients. Il s'agissait de demander à la direction du magasin de faire un geste en ce jour particulier du réveillon, en laissant passer 13 caddies de nourriture diverse et produits de première nécessité (comme des couches pour bébé) ainsi que des produits dits « festifs » (foie gras, huitres, champagne…), destinés aux sans-papiers qui occupent la Bourse du travail et aux militants du DAL réfugiés dans un gymnase parisien parce qu'il faisait trop froid pour qu'ils puissent continuer à dormir dans la rue (de la Banque). Une soirée du réveillon destinée aux précaires était également prévue le soir même chez les intermittents.
Il a été dit que ce serait bien que la négociation soit la plus rapide possible afin que les clients puissent continuer de faire leurs courses.
Le directeur du magasin a accepté de négocier, il a expressément demandé aux policiers de ne pas intervenir. Puis il a souhaité choisir lui même la composition des caddies. Il lui a été répondu que ça risquait d'être long et compliqué. Il l'a admis et a finalement dit : « c'est d'accord, vous pouvez passer les caisses et emballer vos marchandises ».
Voilà comment les choses se sont passées. Tout le reste est fantasme. Où est la violence sinon dans l'imagination de l'avocat réactionnaire (son persifflage méprisant vis à vis de ceux qui font une action en direction des précaires le montre suffisamment) ?
Mais peut-être qu'en pondant cette « analyse juridique » particulièrement orientée M° Éolas a-t-il cherché à offrir ses service à Monoprix ?
Dans ce cas, si procès il y a, il trouvera en face de lui M° Irène Terrel, l'avocate des intermittents et précaires..
à louchardem
De Bdalex
Avocat | 13H05 | 08/01/2009 |
Voyons, voyons,
« C'est très simple. Tout était transparent et a même été expliqué de vive voix aux clients »
Le fait d'agir en plein jour et à visage découvert serait donc une « excuse judiciaire » et une justification de toute action, surtout pénalement sanctionnée.
« Bon sang, mais c'est bien sûr ! ! ! » Chaque délinquant, pour être absout de son méfait devra préalablement expliqué son forfait à sa victime et au public présent.
L'imprudent qui agira sur un coup de tête et sans avoir préparé son méfait devra être condamné.
C'est avec des raisonnement aussi simplistes que l'on s'assoit sur la plus intelligente création humaine (imparfaite puisqu'humaine) que l'on appelle un « Etat de droit ».
C'est pour la défense de cet « Etat de droit » qui veut que l'on fixe des règles de vies en commun que bon nombre de démocrates (attention, c'est un gros mot qui signifie que l'on impose pas ses idées par la force ou la contrainte, mais à l'issue d'un processus démocratique type élection) sont morts ou en prison dans les états totalitaires.
Ce sont des actions comme celle-là qui font naître bêtement un sentiment de peur dans l'opinion publique et préparent le lit des dictateurs bien pensants.
Un peu de réflexion et d'intelligence. Des moyens d'action et dénonciation il y en a encore beaucoup. Et s'ils sont insuffisants, on peut en inventer d'autres sans se rendre coupables de méfaits.
à louchardem
De Hemenate
19H38 | 04/01/2009 |
« on ne rend pas la justice avec des interprétations »
Bien sur que si…
Mais laissons encore une fois la parole aux manifestants :
« Pour fêter le nouvel an, nous serions censés dépenser des miettes de salaires ou une maigre prime de Noël dans les supermarchés. Qu'est ce qu'ils croient ? Ce soir nous ne jouerons pas cette fable. Nous ne paierons pas.
[…]
Ici et maintenant, dans ce supermarché, nous arrêtons le flux de marchandises un temps, afin que nous soient concédées les victuailles nécessaires pour fêter cette bonne nouvelle. »
à louchardem
De mad
09H56 | 05/01/2009 |
Le terme même de négociation suppose un désaccord.
La direction n'était pas d'accord, puis a été convaincue.
La question est de savoir si les arguments qui l'ont convaincue étaient légitime ou pas.
« Vous avez le droit de prendre parti pour l'ordre marchand et les injustices sociales qu'il faudrait accepter en silence, mais on ne rend pas la justice avec des interprétations, fort heureusement. »
Le droit, c'est au contraire l'interprétation. l'interprétation de la norme pour l'appliquer aux faits, la qualification des faits pour leur appliquer la norme.
à mad
De louchardem
journaliste non pratiquant | 12H14 | 05/01/2009 |
Mais ce n'est en aucun cas interpréter les faits, les tordre pour les faire coller à des qualifications qui n'ont rien à voir. C'est comme dans la presse : les faits sont sacrés, les commentaires libres.
à louchardem
De mad
17H16 | 06/01/2009 |
ça s'appelle qualifier les faits.
ça se fait à chaque étape de la procédure, et ça donne parfois des résultats étonnants, un exemple classique est la qualification d'escroquerie appliqué à l'utilisation de rondelles de réfrigérateurs pour payer les parcmètres.
« C'est comme dans la presse : les faits sont sacrés, les commentaires libres. » …
Et vous ne pensez pas que la manière de présenter les faits peut en modifier l'effet sur le public ? même dans la presse ?
à louchardem
De NonooStar
Informaticien | 11H52 | 05/01/2009 |
Beaucoup de mauvaises foi dans ce post…
Du point de vue du patron du magasin, une intervention policière dans un supermarché à une heure de pointe était clairement à éviter, et ce, même si les militants n'avaient pas résisté, car cela aurait certainement causé une gène pour les clients et potentiellement un manque à gagner…
Quant à l'argument « rien ne dit que si la négociation avait échouée les militants ne seraient pas repartis gentiment, comme ils sont venus », il est tout simplement hilarant car si on suit sa logique, le délit d'extorsion n'existe pas : il suffirait qu'un racketteur explique à un juge « mais, m'sieur le juge, si j'avais pas réussi à avoir son porte-feuille, je serais reparti gentiment » pour qu'on lui accorde le bénéfice du doute comme vous le faites avec ces militants.
Enfin, contrairement à ce que vous dites, rendre la justice (en terme de droit) est justement affaire d'interprétation. Comme l'a expliqué Maitre Eolas, il s'agit d'interpréter les faits par le biais de notions juridiques de façon à ce que des faits similaires soient jugés de façon égales quels que soient le lieu et le temps où ils se produisent.
En outre, j'ajouterais que vous-mêmes, vous vous basez sur une interprétation (militants = gentils, ordre marchant = méchant) qui vous est propre pour juger des faits.
à NonooStar
De louchardem
journaliste non pratiquant | 12H18 | 05/01/2009 |
Non, les faits on ne les interprète pas, on les établit.
« Quant à l'argument “ rien ne dit que si la négociation avait échouée les militants ne seraient pas repartis gentiment, comme ils sont venus ”, il est tout simplement hilarant car si on suit sa logique, le délit d'extorsion n'existe pas : il suffirait qu'un racketteur explique à un juge “ mais, m'sieur le juge, si j'avais pas réussi à avoir son porte-feuille, je serais reparti gentiment ” pour qu'on lui accorde le bénéfice du doute comme vous le faites avec ces militants ».
Vous dites n'importe quoi. Qu'un racketteur échoue ne veut pas dire qu'il n'y a pas eu menace. Le délit d'extorsion ou tentative d'extorsion existe donc bel et bien. C'est ça qu'il faut établir.
à louchardem
De NonooStar
Informaticien | 14H10 | 05/01/2009 |
« Non, les faits on ne les interprète pas, on les établit. »
Et une fois qu'on les a établi, on les interprète… Par exemple, « monsieur X a fracturé la voiture de monsieur Y et est parti avec », c'est les faits. « Monsieur X a commis un vol en dérobant la voiture de monsieur Y », c'est leur interprétation juridique. Et c'est tout le travail de la justice d'interpréter les faits en termes juridiques…
Mais pour en revenir aux militants, vous semblez dire qu'il y a pas eu extorsion parce qu'il n'y a pas eu menaces. C'est à tout le moins faire preuve de beaucoup de naïveté de penser que la menace de continuer à bloquer les caisses était présente : d'une part, parce que les militants étaient déjà en train de bloquer les caisses, d'autre part parce que j'imagine mal comment le premier réflexe du patron du magasin n'a pas été de demander aux militants de libérer le passage aux caisses.
De héliotrope
Ecocitoyen débutant, chercheur de s... | 16H16 | 04/01/2009 |
Bonjour Mon Bon Maître Eolas Préféré !
Votre explication, démonstration contradictoire, plaidoirie, quasi péroraison est convaincante, s'il en est.
Mais par principe de précaution, ne pourriez-vous transmettre votre texte à tous les commerçants de France et de Navarre (dans un premier temps) ?
Puis à tous les Robins des Bois (dans un deuxième temps) ?
A moins qu'un prochain Appel ou une prochaine Cassation ne fasse jurisprudence mais là, j'en doute un peu.
Il n'y a guère qu'une révolution orange pour ne pas finir dans le sang.
A trop appauvrir les pauvres, les riches de plus en plus riches pourraient bien nous la déclencher, cette Révolte 2.0, non ?
De David Mohamed
Illustrateur et auteur de BD | 16H33 | 04/01/2009 |
Moralité, comme disait Michel Blanc dans Marche à l'ombre :
« Piquer des trucs chers c'est du vol »
à David Mohamed
De Saheyus
Rêveur invétéré | 18H09 | 04/01/2009 |
Et voler les pauvres, c'est de l'investissement.
De mick69
17H03 | 04/01/2009 |
« l'extorsion en bande organisée, c'est vingt ans et 1 500 000 euros d'amende, avec régime spécial : 96 heures de garde à vue, pas d'avocat avant la 48e heure »
Ouaouh, c'est donc la punition qui attend tous les financiers, banquiers, traders et politiciens qui viennent d'extorquer 340 milliards d'€ aux français ?
De yoruk
au fil de l'eau | 17H32 | 04/01/2009 |
Ils se font mousser…
Ils se font une pub gratuite…
rien de plus…
Immatures, tien d'autre…
Ils roulent pour « MAM » qui se frise les moustaches…
De Bernard Girard
Enseignant blogueur | 18H09 | 04/01/2009 |
Il est quand même étonnant de parler de « nouvelle forme » d'action pour désigner des pratiques courantes, déjà anciennes et parfaitement acceptées par les autorités quand elles sont le fait de la FNSEA, principal syndicat d'agriculteurs : quand les agriculteurs vident (ou pillent) les rayons laiterie ou boucherie des hypermarchés, généralement les directions ne portent pas plainte et il n'est pas rare de voir, peu de temps après, le ministre de l'Agriculture sortir son carnet de chèques pour calmer la colère des agriculteurs en question. Il y aurait donc deux poids et deux mesures, deux catégories de citoyens. Lorsque l'on connaît les relations étroites entre la FNSEA et l'UMP, on n'est pa vraiment surpris…
à Bernard Girard
De kawouede
19H15 | 04/01/2009 |
Merci pour cette info, mais avez-vous des exemples précis ?
En tout cas j'espère que les militants du Monoprix auront un autre avocat qu'Eolas ; -)
à kawouede
De Bernard Girard
Enseignant blogueur | 20H01 | 04/01/2009 |
Par exemple à Auch le 21 novmbre dernier (voir la Dépêche du midi : http://www.ladepeche.fr/article/2008/11/21/496368-Distributions-de-lait-…).
Mais ce n'est qu'une exemple entre mille ; la lecture de Ouest France sur de nombreuses années montre qu'il s'agit là d'une pratique tout ce qu'il y a de plus courante, basique, pourrait-on dire chez ce syndicat agricole.
à Bernard Girard
De jean.pierre
20H57 | 04/01/2009 |
un p'tit bémol quand même malgré que je soutienne pas la fédé loin de là :
le lait ce sont les producteurs de lait qu'ils l'ont produit, pas des sans papiers ou des intermittents du spectacle. et en général ils le revendent au prix auquel on leur a acheté pour montrer le vol de la grande distribution sur les producteurs et les consommateurs
à jean.pierre
De kebra
Bisounours killa | 00H04 | 05/01/2009 |
Le lait est vendu dans des supermarchés construits et entretenus par des sans papiers très exploités et est vendu grace à de la publicité réalisé par et avec des intermittents du spectacle plus ou moins exploités.
Ils le distribuent à des familles dans le besoin pour attirer l'attention sur leur condition misérable. L'action est donc comparable.
Je ne comprend pas la raison de votre bémol. J'en colle un moi aussi, les syndicats paysans ravagent régulièrement des biens publics et privés dans des proprotions jamais atteinte par le mouvement social, des dizaines de millions par an pour obtenir des subventions, des avantages et des dérogations.et que dire des chasseurs…
à kawouede
De egide
Littéral | 02H19 | 05/01/2009 |
Pas d'accord quand au choix de l'avocat, le meilleur avocat est celui qui fait l'analyse juridique la plus juste de la situation de son client éventuel.
La conscience précise de l'enjeu permet à l'avocat lucide de tout faire pour que son client supporte le moindre des sanctions si ses responsabilités sont d'évidence établies.
C'est la grandeur de l'avocature que de défendre des cas dont on sait dès le début, si je puis dire que leur compte est bon.
Il faut alors un verve persuasive et une bonne dose d'expertise juridique et de connaissance approfondie des procédure et de la jurisprudence pour atténuer autant que possible les conséquences judiciaires inévitables d'une responsabilité démontrée dans quelque fait délictueux dont on ne peut pas vraiment nier qu'il est été commis.
à Bernard Girard
De Bdalex
Avocat | 13H12 | 08/01/2009 |
Non, non, il n'y a pas deux poids deux mesures. Les actions de la FNSEA sont tout aussi répréhensibles que les autres, et notamment que celles de ces pseudo Robins des bois.
D'ailleurs, c'est au près de ces éminents agriculteurs que les Robins des bois en question ont du apprendre.
De Galuel
Entrepreneur | 18H34 | 04/01/2009 |
Bel éclairage de droit ! C'est fichtrement bien goupillé tout ça !
à Galuel
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 21H19 | 04/01/2009 |
Oui, mais fichtrement bien torpillé par louchardem !
http://www.rue89.com/explicateur/2009/01/04/lautoreduction-ni-vol-ni-esc…
à Blaise11
De mad
09H58 | 05/01/2009 |
ha bon ?
Torpillage bien modeste, 20 lignes à moitiés composées de citations tronquée, et une conclusion en forme d'invective …
à mad
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 17H23 | 05/01/2009 |
« 20 lignes » qui pourrait être au nombre d'une ou de 1000, ça ne changerai rien.
Torpillé, car il dénonce l'interprétation des faits d'Eolas, notamment la partie sur la supposée intervention policière.
Invective, car on sent qu'Eolas se targue de ne point interpréter et de ne partir que des faits.
L'habileté est certes une qualité très utile à l'avocat, mais elle peut déformer la réalité en se basant trop sur l'imagination.
à Blaise11
De mad
17H46 | 06/01/2009 |
Sur la contrainte vous voulez dire ?
Donc, si je me pointe avec deux douzaines de personnes dans votre appartement en vous expliquant qu'il serait bon, pour le bien commun, que vous nous remettiez tous vos objets de valeurs, s'il vous plais, c'est pas de la contrainte ?
à mad
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 12H09 | 07/01/2009 |
Il est très satisfaisant de vouloir comparer ce qui est comparable. Alors allons-y.
Étant donné que la deux douzaines de personnes non violentes mais retorses doit d'abord toqué à ma porte fermée, il va de soi que je les laisserai dehors. Je prendrai ensuite mon combiné téléphonique avec lequel j'appelerai la police.
Mais je ne suis pas comme ça. Car ma porte reste ouverte… des deux côtés. Dans ma vie je ne me suis fait volé qu'une fois, l'année dernière, je sais qui c'est, je n'ai pas porté plainte contre des gamins rroms. En plus ils m'ont fait une blague
que j'ai trouvé drôle. Enfin c'est pour l'anecdote.
Donc je laisserai rentrer la « deux douzaines », elle s'immiscera dans mon intimité que je me metterai immédiatement à partager. Je leur proposerai thé ou café, et lancerai une énorme spaghettade pour ceux qu'ont faim, j'aime faire la cuisine, surtout pour les autres. Si je n'ai pas assez de pâtes, j'enverrai mon chat en acheter. Il est très habile et connait le chemin.
Si la « deux douzaine » veut se servir d'objet chez moi, ils devront constater que les murs ne peuvent s'emporter, même à 48 bras. Car que faire de vieilleries sans valeurs marchandes ?
Enfin…
Vous voyez, votre imagination vous a fait penser que j'étais un riche matériéliste. Peut-être avez-vous raison, peut-être non car je vous ai livré une histoire qui pourrait être la mienne…
De fredmanquilitleweb
18H39 | 04/01/2009 |
après l'auto- réduction , vous aurez « l'auto-amende », c'est du n'importe quoi ! « plus les temps passent plus les hommes inventent des conneries » et cela est de moi l'auto-rédacteur !
De delalo
citoyen outragé | 18H57 | 04/01/2009 |
petite question à maitre Eolas. vu que les banques, que l'on renflouent à coup de milliards, ne sont pas en mesure demain matin de redonner l'argent que tous leurs clients (si ceux-ci le réclamait) leur ont « donné » (car cet argent a été joué et perdu sur les places financières). cette impossibilité et en infraction avec quelle loi et comment se nomme ce delit ? ? ? merci d'avance de votre réponse