
L'autoréduction : ni vol ni escroquerie, plutôt une extorsion
Rue89 fait état d'une nouvelle forme d'action révolutionnaire baptisée « l'autoréduction », qui se manifeste dans des lieux, disons inattendus, puisque c'est aux heures d'ouverture du Monoprix qu'a désormais lieu le Grand Soir.
La rédaction de Rue89 m'a contacté pour me demander l'avis du juriste sur ces opérations. Le bon sens voudrait qu'elles fussent illégales, mais la police, qui a assisté à ces faits, n'est pas intervenue. Et la rhétorique des personnes concernées utilise des termes comme « réduction », « réquisition », affublés toutefois du préfixe auto-, qui veulent exclure toute illégalité.
Voici une excellente occasion de faire du droit sous a forme la plus pure : l'essence du travail de juriste consiste à qualifier, c'est à dire prendre un fait, une situation, et l'analyser sous l'angle juridique pour trouver la qualification adéquate.
Ensuite, il ne reste plus qu'à y appliquer les règles de droit en vigueur. N'oubliez pas : le vide juridique n'existe pas. Le droit est partout. Vous êtes cerné. Toute résistance est inutile.
Ce travail est essentiellement celui du juge, qui dit le droit, mais, en droit pénal, celui qui va retenir notre attention, c'est aussi celui du parquet que de proposer une qualification, et de l'avocat de la réfuter pour en proposer une plus conforme, sinon au droit, du moins aux intérêts de son client. Au juge de trancher.
Voyons tout d'abord les faits. L'ironie n'est pas nécessaire à l'analyse, c'est juste une coquetterie de l'auteur.
¡ Hasta los delicatesssen, siempre !
Ainsi donc, nos révolutionnaires des supermarchés ont le mode opératoire suivant : ils se rendent en nombre dans un magasin, remplissent des chariots de produits de première nécessité comme du saumon fumé et du foie gras (il y a certes aussi de l'huile et des pâtes), et, une fois aux caisses, ils refusent de payer, invoquant cet argument définitif (les italiques sont de moi) :
« C'est une autoréquisition qui est juste en ces temps de crise et qui permet aux précaires de fêter aussi le Nouvel An dignement. »
Je retiens de prime abord que les Che Guevara de l'épicerie fine reconnaissent implicitement qu'en dehors des temps de crise, leur action est injuste, et constate avec effroi que vu mon menu de réveillon, je n'ai pas fêté le Nouvel An dignement selon leurs critères.
L'attroupement crée du désordre, bloque les caisses, ce qui entraîne un manque à gagner immédiat (les clients préférant renoncer à leurs courses et aller voir ailleurs si la révolution y est) jusqu'à ce que la direction du magasin cède et les autorise à partir avec ces produits. Comme le disent eux-même les Picaros des pique-assiettes, cités par Rue89 (je graisse) :
« Treize chariots pleins sont sortis du magasin après des négociations tendues avec une direction qui a logiquement choisi de ne pas prolonger le blocage des caisses (perte de chiffre d'affaires) ou prendre le risque d'une intervention policière dans les rayons. »
Cette phrase, issue d'un communiqué rédigée par les auteurs de cette action, nous sera précieuse le moment venu.
Chaussons à présent les lunettes du juriste et tentons de qualifier les faits.
Les violences physiques ayant été évitées (même si, et ça aura son importance, des témoins rapportent que des bousculades ont eu lieu : il y a eu instauration à tout le moins d'un rapport de force), et n'étant en tout état de cause pas l'objet premier de cette opération, si délit il y a eu, c'est donc donc une atteinte aux biens. Mais quelle atteinte ?
Certaines hypothèses sont à écarter.
L'« autoréduction » n'est pas un vol.
Selon l'article 311-1 du Code pénal, le vol est la soustraction frauduleuse de la chose d'autrui.
Soustraction : le voleur appréhende la chose d'autrui et se comporte de manière univoque comme le propriétaire, c'est à dire commet un acte que seul le propriétaire pourrait légitimement accomplir.
Frauduleuse : le voleur sait que la chose qu'il appréhende n'est pas à lui (peu importe qu'il ne sache pas à qui elle est, du moment qu'il sait qu'elle n'est pas à lui).
Or à l'apparition des grandes surfaces, un défi a été porté aux juristes. Tout au long du XIXe siècle, c'est le modèle traditionnel de la vente qui prévalait. L'acheteur désignait le bien qui l'intéressait, le vendeur la lui remettait contre un paiement du prix. Comme sur les marchés de quartier aujourd'hui encore.
Mais selon les règles du code civil, encore en vigueur à ce jour, et venant directement du droit romain, le transfert de propriété se fait en principe et sauf dérogation contractuellement prévue dès qu'il y a accord sur la chose et sur le prix (article 1583 du Code civil), indépendamment de la remise de la chose.
Avec les grandes surfaces, l'acheteur se saisit lui même de la chose qu'il souhaite acheter, exposée à portée de sa main, et sur laquelle le prix est affiché. Il y a accord sur la chose et sur le prix : il est théoriquement propriétaire de ce qu'il y a dans son chariot.
Dès lors, en suivant ce raisonnement juridiquement orthodoxe, s'il franchit les portes sans payer, il ne commet pas de vol car il est propriétaire de ce qu'il emporte ; mais il a simplement une dette envers le magasin. C'est l'argument qui était soulevé par mes confrères de l'époque.
Si cela était arrivé aujourd'hui, les propriétaires de ces magasins auraient crié « vide juridique ! » et obtenu que le Parlement vote en catastrophe un texte spécial. Mais nous étions à une autre époque, et le législateur a fait ce qu'il avait de mieux à faire : rien.
Car les juges ont trouvé tout seul la solution, en répondant au droit par le droit.
Ils ont observé comment se déroulait cette nouvelle méthode de vente, à la recherche des indices permettant de comprendre l'opération juridique. Exactement ce que nous sommes en train de faire avec les autoréducteurs.
Ils ont constaté que d'une part, le client pouvait, jusqu'à son passage en caisse, reposer l'objet à sa place (ou, comme c'est à présent la mode, partout sauf à sa place) sans que nul n'y trouve à redire. C'était un premier indice révélant que le transfert de propriété avait été repoussé à plus tard.
D'autre part, l'usage mis en place voulait que lorsqu'un produit fût brisé accidentellement par un client, le magasin ramassât les débris, nettoyât, et sans rien demander au client, le laissât aller chercher un produit identique mais intact. Or si le client était devenu propriétaire, il aurait dû payer le prix de la chose brisée, car le transfert de propriété entraîne transfert du risque de perte de la chose, même par cas fortuit (article 1 138 du code civil).
Conclusion juridique du juge observateur (c'est un raisonnement en induction-déduction, pour les étudiants en droit) : tant que le client est dans les rayons du magasin, le transfert de propriété n'a pas encore eu lieu, la détention par lui des produits est précaire. Il peut revenir sur sa volonté d'achat, discrétionnairement, et ne supporte pas les risques. Il n'est donc pas encore propriétaire.
A partir de quand se comporte-t-il de manière univoque comme le propriétaire ? La réponse est d'une clarté diaphane : lors du passage en caisse. Ce n'est donc qu'à ce moment qu'a lieu le transfert de propriété, par cette manifestation irrévocable d'acquérir la chose.
Et ce n'est donc qu'à partir de ce moment que le comportement du voleur devient lui aussi univoque et constitue l'appropriation frauduleuse : quand il franchit les caisses en dissimulant des biens pour ne pas les payer, ou qu'il franchit les portes du magasin sans passer par les caisses en étant porteur de choses vendues. Il montre ainsi sa volonté de ne pas acquérir ces choses, et se comporte pourtant comme le propriétaire, puisque seul le propriétaire peut les emporter hors du magasin.
C'est pourquoi vous ne pouvez être condamné pour vol pour avoir glissé des articles dans vos poches tant que vous êtes dans les rayons. Il est licite de porter ses emplettes dans ses poches. Même si vous êtes repéré, vous ne serez intercepté qu'une fois franchie la ligne de caisse, car il est désormais certain que vous n'avez nullement l'intention de payer.
Pour en revenir à nos bolchéviques du code barre, ils s'arrêtent aux caisses et manifestent bruyamment leur volonté de ne pas payer. MAIS ils ne franchissent pas la ligne de caisse. Comme le relève leur communiqué, c'est après négociation avec la direction et avec son accord qu'ils sont sortis. Il n'y a donc pas eu appréhension mais remise de la chose par la direction du magasin. Or la remise exclut le vol.
« L'autoréduction » est peut-être un néologisme, mais ce n'est pas un vol.
« L'autoréduction » n'est ni une escroquerie ni un abus de confiance.
L'escroquerie et l'abus de confiance font partie des infractions d'atteinte aux biens avec remise de la chose par son propriétaire. On se rapproche donc de la solution. Mais sans l'avoir trouvée, comme nous allons voir.
L'escroquerie consiste à provoquer la remise de la chose en trompant son propriétaire par une manœuvre frauduleuse qui doit être un minimum élaborée (un simple mensonge ne suffit pas : la loi cite comme exemple l'usage d'un faux nom, d'une fausse qualité, ou l'abus d'une qualité vraie, selon l'article 313-1 du code pénal).
La victime remet la chose par erreur, mais une erreur provoquée. Elle ne s'est pas trompée, elle a été trompée.
Ici, nulle manœuvre frauduleuse, les autoréducteurs ayant clairement affiché leurs intentions : ils ne veulent ni payer ni rendre, et ne partiront que par la force des baïonnettes ou avec leurs paniers garnis. On dira ce qu'on veut sur le procédé, mais au moins il est franc, ce qui exclut l'escroquerie.
L'abus de confiance consiste, pour celui qui s'est vu remettre une chose en vertu d'un contrat sans en devenir propriétaire, à dissiper la chose, c'est à dire de se mettre dans l'incapacité de la rendre quand le contrat l'exige.
C'est celui qui loue une voiture et ne la rend pas, c'est le propriétaire qui dépense le dépôt de garantie de son locataire de sorte qu'il ne peut le lui rendre à la fin de la location, c'est celui qui se paye des courses avec la carte bleue de la boîte dont il est le salarié, c'est le banquier qui détourne l'argent des déposants.
Mais dans un supermarché, il y a transfert de propriété, ce qui exclut l'abus de confiance. Entre le rayon et la caisse, le client est détenteur précaire, et pas dépositaire en vertu d'un contrat, et il n'est pas tenu de représenter la chose (en fait, on l'incite même à ne pas la rendre mais à l'acheter), mais d'en payer le prix. Faute de cette obligation de rendre, l'abus de confiance n'est pas applicable.
Est-ce à dire que nos adeptes de l'autopromotion sont couverts de la plus parfaite légalité ? Nenni.
L'« autoréduction » est très probablement une extorsion.
L'article 312-1 du code pénal définit l'extorsion comme :
« Le fait d'obtenir par violence, menace de violences ou contrainte soit une signature, un engagement ou une renonciation, soit la révélation d'un secret, soit la remise de fonds, de valeurs ou d'un bien quelconque. »
Il y a là aussi remise volontaire de la chose, mais à la suite d'une forme de violence, physique ou morale. Le racket est de l'extorsion.
Allons, me diront mes lecteurs libertaires : ces sympathiques Robin des bois du rayon frais, de vulgaires racketteurs ?
D'abord, Robin de Locksley, lui, n'a jamais nié qu'il volait aux riches pour donner aux pauvres. Il n'a pas prétendu faire de l'autoredistribution. Voleur, pas faux cul.
Et puis sympathiques, sympathiques, c'est vite dit pour qui sait lire.
Reprenons leur autocommuniqué de presse, que je citais au début (je graisse) :
« Treize chariots pleins sont sortis du magasin après des négociations tendues avec une direction qui a logiquement choisi de ne pas prolonger le blocage des caisses (perte de chiffre d'affaires) ou prendre le risque d'une intervention policière dans les rayons. »
Les auteurs des faits n'ont guère laissé le choix au directeur du magasin : soit il donnait les denrées, soit son magasin était bloqué indéfiniment avec une perte économique (on était à quelques heures du réveillon) soit il fallait l'intervention des forces de l'ordre, ce qui entraînait un « risque » pour les « “rayons”. On comprend que dans ces conditions, qualifier les “négociations” de “tendues” est un doux euphémisme.
En fait, vous l'aurez compris, de négociations il n'y eut point, c'était : “Laisse-nous partir, ou on bloque ton magasin, ou appelle la police et on casse tout.” Résumé comme ça, je pense que c'est plus clair.
Il me paraît difficile de nier que le directeur n'a remis les biens que sous la contrainte, pour éviter un mal plus grand (une perte financière supérieure à la valeur des biens -5 000 euros d'après les informations de Rue89- ou des dégâts importants dans le magasin : 50 personnes lâchées dans les rayons à jouer à chat perché avec la police). Ce qui constitue l'extorsion.
L''état de nécessité » peut-il justifier une « autoréduction » ?
Et l'état de nécessité ? Selon le Code pénal :
« N'est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace (article 122-7 du code pénal). »
L'état de nécessité consiste donc à commettre un acte illicite pour prévenir un mal plus grand et imminent, que ce soit une autre infraction ou un danger quelconque.
Rappelons l'argumentation des autojusticiers :
« C'est une autoréquisition qui est juste en ces temps de crise et qui permet aux précaires de fêter aussi le Nouvel An dignement. »
La jurisprudence est muette sur la question, mais pour fréquenter quelque peu les juges pénaux, je ne pense pas que le danger imminent de passer un Nouvel An de manière non conforme à la tradition gastronomique, ce qui serait une atteinte à la dignité, soit un danger suffisant pour justifier l'extorsion de treize caddies de victuailles.
J'ajouterai qu'il n'y a jamais d'état de nécessité à s'emparer par la force de produits de luxe comme le saumon fumé ou le foie gras, et ce même un 31 décembre.
L'article relève qu'il y avait aussi des produits de première nécessité (pommes de terre, huile, pâtes). Dont acte. Mais l'état de nécessité suppose que la personne n'ait pu agir autrement que comme elle l'a fait, ou du moins a choisi la solution la moins dommageable pour autrui ou l'ordre public.
Les précaires en question risquaient-ils vraiment de mourir de faim, de manière imminente ? Et nos cinquante autorévolutionnaires n'avaient-ils vraiment pas les moyens, en se cotisant, d'acheter de quoi remplir treize caddies, ou seulement douze, de pâtes, d'huile et de pomme de terre ?
Ils étaient 50. Ça fait 100 euros par tête de pipe, et bien moins au Franprix en face (il y a vraiment un Franprix en face du Monoprix en question). Je rappelle à toutes fins que la banque alimentaire collecte chaque année auprès des clients des supermarchés de toute la France, et c'est plus que treize caddies, qu'ils emportent, c'est 11 300 tonnes de nourriture. Et légalement.
Dire qu'aller ainsi se servir dans les magasins est la seule façon de venir en aide à des précaires en danger imminent me paraît quelque peu audacieux
Il me paraît fortement douteux que les personnes réalisant ces actions n'aient absolument pas d'autre moyen de porter secours à des précaires en danger imminent, ce qui seul constituerait l'état de nécessité.
Et la dignité des précaires ?
Franchement, elle a bon dos, en l'espèce. Car à commettre une extorsion pour les nourrir, on les rend coupables de recel. Avec des amis pareils, qui a besoin d'ennemis ?
Que risquent les « autoréducteurs » ?
L'extorsion simple est punie de prison pouvant aller jusqu'à sept ans et de 100 000 euros d'amende au maximum. Chaque personne ayant participé à l'opération en bloquant les caisses ou en participant à la pression mise sur le directeurs se rend coauteur de l'infraction et est punissable.
J'ajoute, car je lis dans l'article de Rue89, que des actions similaires ont eu lieu partout en France, et que le mode opératoire est à chaque fois le même et réglé comme du papier à musique, que constitue une bande organisée au sens de la loi tout groupement formé ou toute entente établie en vue de la préparation, caractérisée par un ou plusieurs faits matériels, d'une ou de plusieurs infractions (art. 132-71 du code pénal).
Et que l'extorsion en bande organisée, c'est vingt ans et 1 500 000 euros d'amende, avec régime spécial : 96 heures de garde à vue, pas d'avocat avant la 48e heure et la 72e heure.
Je doute que le parquet retienne la qualification criminelle, ne serait-ce que pour éviter les assises, mais juridiquement, elle tient.
Qui a dit que la révolution, même à coup de chariots de supermarché, était sans danger ?
► Journal d'un avocat, le blog de Maître Eolas.
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De skalpa
actif et militant ? | 14H14 | 04/01/2009 |
Je l'avais bien dit :
et puis de toutes façons, on le sait depuis longtemps
http://kprodukt.blogspot.com/
à skalpa
De yoruk
au fil de l'eau | 17H35 | 04/01/2009 |
« la propriété c'est le vol »…
La propriété des autres, bien sur …
à skalpa
De éternellerebelle
enragée ! | 18H06 | 04/01/2009 |
trop bien !
heureusement que tu remets les pendules à l'heure Skalpa,
car ce cher Maitre nous annonce la cata pour 13 malheureux paniers
garnis
de quoi faire le grand chambardement vraiment !
surtout quand les banques nous plument grave (comme disent les jeunes )
à skalpa
De stabylau
invertebré | 19H50 | 04/01/2009 |
tu utilises quoi comme logiciel ? Photoshop 2 ?
à stabylau
De skalpa
actif et militant ? | 20H05 | 04/01/2009 |
photofiltre studio
De Lapin Bleu
Journaliste n°89910 | 13H56 | 04/01/2009 |
Et ont-ils piqué des avocats ?
De sophie35
14H39 | 04/01/2009 |
D'un point de vue juridique, l'analyse tient la route. Toutefois, n'oublions pas que c'est aussi une action collective de protestation contre un système. Beaucoup d'actions collectives sont à la limite de la légalité, mais c'est parfois le seul moyen de faire progresser les droits sociaux. Le droit de grève à d'abord été interdit avant d'être autorisé, les syndicatrs ont d'abord été interdits avant d'être autorisés et les déversement de pommes de terre ou de purin devant les préfectures sont toujours illégaux, sauf quand c'est une action collective d'agriculteurs en colère contre la réforme de la PAC. Des citoyens en colère devant les inégalités sociales peuvent donc agir collectivement pour interpeler la collectivité sur ces injustices et réclamer l'intervention des forces de l'ordre pour faire respecter la
De Ryuu
Informaticien parisien | 15H49 | 04/01/2009 |
Mauvais exemples. Le droit de grève est un droit qui a une contrepartie (pas de salaire les jours de grève), et le droit d'avoir des syndicats n'est qu'une variante du droit de libre association.
On imagine mal quiconque accepter un « droit a l'autoréduction ». Du moins pas les commerçants, c'est une évidence, mais ce genre de droit auraient tellement de contre-coups qu'il en deviendrait vite ingérable.
S'il s'agit d'attirer l'attention des gens sur la misère du monde (et le monde commence près de chez nous), la banque alimentaire, l'action contre la faim, les restos du coeur et beaucoup d'autres le font déjà. Dans une totale et respectueuse légalité.
Si on se met à tolérer l'illégalité sous prétexte que c'est pour une bonne cause, il n'y a plus de limites, car toute cause est bonne tant qu'on a un bon orateur/démagogue pour la défendre.
Si vous voulez vous rendre criminel pour protester, libre à vous. Moi j'attends les élections.
à Ryuu
De sup. à la demande du riverain 24.09.09
18H16 | 04/01/2009 |
« Si vous voulez vous rendre criminel pour protester, libre à vous. Moi j'attends les élections. »
Alors, si je m'oppose à l'expulsion violente d'un sans-papier, par exemple, ce qui est totalement illégal, d'après vous je dois attendre les élections, c'est-à dire 2012, date à laquelle Hortefeux aura atteint son cota de noiraux et de gitans.
Face à une société dégradée dans tous les domaines, il s'agit de réagir par tous les moyens, légaux ou illégaux si nécessaire. Une démocratie digne de ce nom n'est pas une société où des millions de braves idiots, pour rester poli, attendent en crevant les prochaines élections !
Sur les autoréducteurs, je crois que c'est une action purement politique (mais pas inintéressante par ses répercutions dans le débat public) et c'est vrai que c'est un peu hypocrite d'invoquer la nécessité de se nourrir dans ce cas, il y avait surement des solutions plus pacifiques, même en négociations directes avec le magasin ? Je pose la question…
Si on applique le droit avec autant de rigueur scientifique à tous les délits en cols blancs en ce moment, je pense qu'on peut s'organiser une belle petite redistribution avec plein de foie gras dedans.
à sup. à la demande du riverain 24.09.09
De Ryuu
Informaticien parisien | 18H24 | 04/01/2009 |
Et bien, oui, s'opposer à l'expulsion d'un sans-papier, c'est faire obstruction aux forces de l'ordre, donc, un crime/délit/infraction, je ne sais pas la gravité de la faute, mais s'en est une.
Par contre, manifester, faire des pétitions et faire savoir votre mécontentement, ça c'est autorisé. Je suis partisan de toujours rester dans la légalité et, vu que je n'ai pas vraiment le temps de participer aux manifestations et autres, pour moi l'arme principale reste mon bulletin de vote.
à Ryuu
De sup. à la demande du riverain 24.09.09
18H27 | 04/01/2009 |
Alors bonne chance rdv en 2012 ; Obéir aveuglément aux lois, on sait où ça mène. On ne vous a donc rien appris à l'école ? A part glisser un morceau de papier dans une enveloppe en vous faisant croire que c'est la solution à tous les problèmes ?
à sup. à la demande du riverain 24.09.09
De Hemenate
18H46 | 04/01/2009 |
« Une démocratie digne de ce nom n'est pas une société où des millions de braves idiots, pour rester poli, attendent en crevant les prochaines élections ! “
Une démocratie digne de ce nom n'est pas non plus une société dans laquelle n'importe quelle minorité s'autoproclame en droit de ne pas respecter les règles émanant de la majorité.
Si des groupes anti-IVG s'estimaient en droit de punir les personnes ayant avortés en allant tout casser chez eux ?
Vous leur reconnaîtriez la même légitimité ou ça ne marche que quand vous êtes d'accord ?
à Hemenate
De freakfeatherfall
loin de la rue | 00H52 | 05/01/2009 |
ça y est, encore l'exemple des groupes anti-IVG !
à chaque discussion sur la désobéissance civile ou sur les actions militantes, on le ressort, c'est d'un original…
à freakfeatherfall
De mad
09H42 | 05/01/2009 |
Si vous arrivez a m'expliquer en quoi certaines action militantes sont moins légitimes que d'autres, sans vous contentez de « leur cause à eux elle est pas juste », je suis prêt à vous élever un autel votif.
Et je réponds de suite à l'argument de la violence : l'immense majorité des action des anti ivgs ne sont pas plus violente que celles des anti capitalistes.
mad, un argument doit être impersonnel ou il n'est pas.
à Hemenate
De sup. à la demande du riverain 24.09.09
16H19 | 05/01/2009 |
Et si on rétablissait la peine de mort ?
à Ryuu
De sanlucar
08H14 | 05/01/2009 |
le problème c'est que rester gentil et dans la légalité ça ne sert plus à rien : on ne nous écoute même pas ! le pouvoir fait tout pour que des actions du type de l'autoréduction se développent, c'est donc lui le fautif…
à sup. à la demande du riverain 24.09.09
De Fanya
penseur libre | 07H44 | 05/01/2009 |
Article 35 de la Constitution de 1793 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »
à Fanya
De mad
09H43 | 05/01/2009 |
s'en prendre aux intérêts matériels d'une personne privée, pour vous, c'est de l'insurection ?
à mad
De Ryze
La Jeune Garde Rouge | 13H00 | 05/01/2009 |
Ouais c'en est une forme. Il en existe tout un tas d'autres…
à Fanya
De Hemenate
13H37 | 05/01/2009 |
Article écrit par les mêmes qui ont instauré la période de l'histoire française que les historiens appellent la Terreur.
Comme référence, on a vu mieux…
à Hemenate
De Fanya
penseur libre | 14H13 | 05/01/2009 |
Mais on y arrive lentement, doucement mais surement.
La terreur ? mais comme pour les terroristes ,ce n'est qu'une question de date : terroristes entre 40 et 44 et résistants une fois la libération en marche.
à Fanya
De Hemenate
14H58 | 05/01/2009 |
Je vois que vous ne savez absolument pas ce qu'est la Terreur, ni par qui elle était initié, je vous renvoi donc à un livre d'histoire.
à Hemenate
De Fanya
penseur libre | 18H57 | 05/01/2009 |
« La terreur » merci, je l'enseigne tous les ans ! ! ! c'est vous qui avez parlé de la terreur, pas moi.
Je mets seulement l'accent sur une idée de révolte qui couve depuis quelques mois et que cet article écrit, certes sous la terreur, risque de devenir réalité forcée quand le peuple n'aura plus rien à perdre, puisque tout leur aura été pris sans espoir de futur ….
à Hemenate
De sup. à la demande du riverain 24.09.09
16H24 | 05/01/2009 |
N'importe comment, l'insurrection n'a jamais attendue qu'on l'autorise « légalement » pour advenir ! C'est marrant cette tendance bien française à vouloir légiférer sur tout et n'importe quoi.
La vérité est que n'importe quelle action autonome et indépendante des pouvoirs fout une trouille bleue aux législateurs de tous poils alors ils appellent à la rescousse Le Droit, mais la vie ne se résume pas aux lois, navré M. Eolas.
à Ryuu
De éternellerebelle
enragée ! | 18H17 | 04/01/2009 |
Criminel ! ! !
Que dire des banques !
et de la situation de tous les précaires dont ce pouvoir se moque,
s d f ,sans papiers ,chômeurs,et autres r mistes
pendant que d'autres se gavent !
Merci aux collectifs « d'autoréducteurs “ de ne pas se contenter de gémir ,mais d'agir !
à Ryuu
De tschok
timbrophile | 23H00 | 04/01/2009 |
Un acte de protestation n'est pas illégal en soi.
J'attire votre attention sur deux points précis : d'une part Eolas se livre à une interprétation d'un communiqué pour déduire que, selon lui, l'autoréduction est « très probablement » une extorsion. La formule n'exprime pas une certitude, mais une interprétation ouvrant vers une solution juridique qui lui semble très probable sans pour autant être absolument certaine.
D'autre part et surtout, au vu des faits qui se sont réellement déroulés - et pas seulement ce qui est relaté dans le communiqué - il semblerait que la police soit intervenue assez rapidement et qu'elle ait été « congédiée » par la direction du magasin, qui a alors engagé des négociations avec les militants, qui ont finalement pu sortir du magasin avec le contenu des caddies « entre deux rangées de policiers et de vigiles », toujours d'après ce témoin.
Ces derniers faits changent évidemment la donne : il est difficile d'imaginer que les militants aient pu exercer des pressions au point de satisfaire au critère juridique de l'extorsion en présence de policiers, qui les attendaient dehors parce qu'ils avaient été écartés des lieux à la demande de la direction elle même.
Si la direction elle même a refusé l'intervention de la police, pourtant présente, c'est qu'elle ne s'est pas sentie menacée ou du moins elle a fait un choix qui peut être qualifié de suffisamment libre.
Du reste, il n'est pas absurde de rappeler que la loi pénale n'interdit pas les rapports de force, qui font partie de la vie, dès lors qu'ils remplissent certaines conditions minimales de non violence.
Le commerçant peut sans doute arguer d'une pression psychologique, mais elle ne provient jamais que de sa crainte de ne pas réaliser un profit ou de porter atteinte à son image de marque en faisant le choix d'autoriser la police à agir.
En fait de pression psychologique, c'est quand même un peu mince.
Après tout, le commerçant est exposé au risque de l'entrepreneur et il n'est pas idiot de soutenir que dans une société qui partage si mal la valeur ajoutée, le commerçant peut avoir à affronter des situations de revendications assez musclées de la part de consommateurs.
A cet égard il convient de relever qu'il est également confronté à des revendications beaucoup plus violentes émanant de producteurs, en particulier agricoles, sans que ces faits aient toujours donné lieu à des poursuites.
Dès lors, on ne comprendrait pas pourquoi les producteurs seraient mieux traités que les consommateurs qui se bornent non pas à détruire les marchandises, mais à bloquer un processus de vente en forçant ainsi le commerçant à faire un choix : soit il demande l'intervention de la police pour « disperser la manifestation », ce qu'elle fera sans état d'âme, soit il craint pour son image de marque et préfère laisser les manifestants partir avec le contenu des caddies.
à tschok
De Hemenate
23H25 | 04/01/2009 |
En matière pénale le refus d'avoir recours à une intervention policière, n'est pas de nature à éteindre l'illégalité d'un fait…
à Hemenate
De tschok
timbrophile | 00H37 | 05/01/2009 |
Ca dépend de quel fait.
Parce qu'en matière pénale, beaucoup de choses dépendent des faits.
L'extorsion suppose l'exercice d'une pression, ici une contrainte puisque la violence ou la menace de violence n'auraient pas été utilisées.
Il faut donc qualifier la contrainte au sens de 312-1 à la lumière du fait selon lequel la direction aurait écarté l'intervention de la police.
C'est ça le problème, sous réserve que ce fait soit confirmé.
Voyez vous le problème logique ?
à tschok
De Hemenate
01H40 | 05/01/2009 |
C'est vrai, dans le cas de l'extorsion cela joue dans l'interprétation des faits.
Mais en soit, le fait d'avoir écarté l'intervention de la police n'est pas de nature a écarter automatiquement la qualification d'extorsion.
(Je pense qe là dessus on est d'accord)
à Hemenate
De tschok
timbrophile | 20H36 | 05/01/2009 |
Of course, nous le sommes : il n'y a rien d'automatique là dedans.
Tout dépend d'une analyse précise des faits.
Et puis aussi de la notion de contrainte qu'on choisit d'appliquer.