A Gaza, le difficile décompte des victimes civiles des frappes

L'ONU estime qu'un quart des 400 morts depuis le début de l'offensive de l'armée israélienne sont des « non-combattants ».

Alors que le bilan de cinq jours d'attaques aériennes israéliennes sur la bande de Gaza approche les 400 morts et près de 2 000 blessés, la question se pose de savoir qui sont les victimes, et comment distinguer, à Gaza, un combattant d'un civil. La question est d'importance, non seulement d'un point de vue humanitaire que de celui du droit international.

Un chef du Hamas tué dans un raid


Un haut responsable du Hamas a été tué jeudi lors d'une attaque de l'armée israélienne dans le nord de la bande de Gaza, selon les services de secours palestiniens.

Nizar Rayn est la victime de plus haut rang depuis le début de l'offensive israélienne. Il prônait la reprise des attentats suicide palestiniens contre l'Etat hébreu.

Les dépêches d'agence, reprises par la plupart des médias, annonçaient jeudi matin :

« Au moins 394 Palestiniens, en majorité membres du Hamas, ont été tués, et plus de 1 900 blessés dans les attaques israéliennes depuis samedi, selon les services d'urgence à Gaza.

Au moins 25% des victimes sont des civils, selon les Nations unies.

Comment le sait-on ? La question est hautement polémique. Il suffit de jeter un oeil, en Israël, sur le site du grand quotidien libéral Haaretz, dont l'un des chroniqueurs, Gideon Levy, engagé de longue date en faveur de la paix avec les Palestiniens, a déclenché un débat violent.

“Nos excellents pilotes sont désormais devenus des voyous”

Il accuse en effet les pilotes israéliens, “certains de nos meilleurs hommes” écrit-il, d'être devenus des lâches, en envoyant leurs bombes à l'abri dans un ciel sans résistance sur des cibles qu'ils peuvent difficilement identifier.

“Ils n'ont pas fait le tri, et ne pouvaient pas le faire, entre un officiel du Hamas et ses enfants, entre un policier de la circulation et un lanceur de roquettes, entre une cache d'armes et un centre de santé, entre le premier et le deuxième étage d'un immeuble à forte densité de population contenant des dizaines d'enfants. Selon certaines informations, la moitié des personnes tuées étaient d'innocents civils.

Je ne critique pas la précision de nos pilotes, il ne peut pas en être autrement lorsque l'arme employée est un avion et l'objectif une minuscule bande de terre surpeuplée. Nos excellents pilotes sont désormais devenus des voyous. Comme dans les vols d'entraînement, ils bombardent sans états d'âme, sans avoir à se soucier d'avions ou de systèmes de défense antiaériens adverses”

On s'en doute, un tel article dans un média israélien a suscité une avalanche de commentaires presque tous hostiles, certains soulignant que les roquettes du Hamas ne sont pas plus “courageuses” en étant envoyées sans aucun ciblage sur les villes israéliennes, d'autres se demandant tout simplement si “ce Levy est vraiment juif pour défendre une position pareille”…

L'armée israélienne fait sa com » avec des vidéos choc

Toujours est-il que la question du ciblage et de l'identification des cibles est au coeur de la stratégie israélienne. Pour y répondre, Israël s'est livrée à une opération de communication sans précédent en déposant sur le site de partage de vidéo YouTube des images enregistrées par la caméra d'un avion israélien en opération à Gaza.

On y voit le zoom impressionnant du viseur à la disposition du pilote, qui, de plusieurs milliers de pieds d'altitude, peut distinguer des individus s'affairer autour d'un véhicule, avant de lancer son engin meurtrier qui ne leur laissera aucune chance.

La démonstration est éloquente, mais laisse néanmoins planer le doute lorsque la décision doit être prise en quelques fractions de seconde, sur la base d'images qui peuvent être trompeuses. Jugez vous-mêmes. (Voir la vidéo)



Sur terre, à l'autre bout des bombes des avions, comment se fait l'identification des victimes, dans un contexte où, on le sait, l'imbrication des civils et des combattants est complète, à la fois parce que les combattants font partie de la population et vivent en leur sein, mais aussi par choix stratégique du Hamas de se fondre dans la masse ?

Sur le site Slate.com, partenaire américain de Rue89, Juliet Lapidos explique que les membres des équipes des Nations unies sur place, en charge de l'aide aux réfugiés (UNRWA), rendent visite aux hôpitaux et autre centres de santé, et appliquent une méthode simple.

L'ONU ne livre pas un décompte précis, mais une estimation

Alors que les critères des Conventions de Genève stipulent que les civils sont ceux qui n'appartiennent pas aux forces armées, aux milices ou aux mouvements de résistance organisés, dans la bande de Gaza c'est plus compliqué.

Dans la ville de Gaza City, l'ONU a recensé les victimes féminines et âgées de moins de 18 ans, alors que dans le nord du territoire, où se trouvent les grands camps de réfugiés, elle a cherché à distinguer les hommes portant les uniformes bleus de policiers ou de miliciens, des autres, que les membres de leur communauté pouvaient identifier comme non-combattants.

Lors d'une conférence de presse lundi, poursuit Slate.com, les Nations unies ont souligné qu'elles ne cherchaient pas à donner un décompte précis, impossible, mais un ordre de grandeur.

Il est en effet extrêmement difficile de distinguer un membre du Hamas combattant et un autre engagé dans les activités sociales de l'organisation, et il n'est pas impossible que des femmes ou les plus âgés des enfants soient eux aussi des combattants.

Une méthode de calcul d'où il ressort qu'au moins 25% des victimes sont non-combattantes. Et qui a poussé cette agence des Nations Unies à pousser un cri d'alarme sur la page d'accueil de son site internet :

Il ne s'agit pas seulement d'un décompte macabre ou d'une question de techniciens : il s'agit aussi de droit international. Sur le site Tribune des droits humains, à Genève, partenaire de Rue89, Michel Bührer a interviewé Lucas Machon, qui représente la commission internationale des juristes à l'ONU à Genève.

« Tout pays a le devoir de protéger sa population », souligne Lucas Machon. Israël est donc dans son droit en essayant de faire cesser les tirs de roquettes en provenance de Gaza.

« Mais tout Etat a aussi le devoir de respecter le droit humanitaire, et notamment la quatrième convention de Genève. Elle stipule entre autres que la réaction à une attaque doit être proportionnelle, elle n'autorise pas les frappes indiscriminées et exige la protection des civils. »

« Si le risque de toucher des civils est évident, il faut s'abstenir »

Mais comment mesurer la « proportionnalité » d'une réplique ? Le juriste explique :

« C'est une évaluation, il n'y a pas de critères définis admet le juriste. Entrent en considération le lieu, les moyens utilisés et leur intensité en fonction du but recherché, les cibles visées… »

En l'occurrence, les frappes devraient se concentrer sur les endroits ou les personnes liées aux tirs de roquettes, épargner les personnes qui ne sont pas impliquées, et surtout éviter de toucher des civils.

« L'excuse utilisée par Israël selon laquelle les activistes du Hamas se mêlent aux civils n'est pas recevable du point de vue du droit humanitaire, continue Lucas Machon, car si le risque de toucher des civils est évident, il faut s'abstenir d'engager une action militaire.

Les services de renseignement peuvent par exemple être mis à contribution pour identifier précisément les cibles. »

Et de rappeler qu'à Gaza en 2002, l'armée israélienne avait bombardé un immeuble entier, faisant 14 morts et des centaines de blessés pour tuer un seul activiste.

Le Hamas viole lui aussi la convention de Genève

Pour autant, le Hamas n'est pas exempt de responsabilités. Les civils sont des « personnes protégées », ce qui s'exprime en termes positifs (obligation de protéger) et négatifs (interdiction d'attaquer).

En l'occurrence le Hamas viole les deux volets : il met en danger ses propres concitoyens en basant ses tirs dans des zones civiles, ce qui est prohibé par l'article 28 de la 4ème Convention de Genève, selon lequel « aucune personne protégée ne pourra être utilisée pour mettre, par sa présence, certains points ou certaines régions à l'abri des opérations militaires ».

En outre, le Hamas attaque directement des civils israéliens, « ce qui est un crime de guerre », rappelle Lucas Machon.

En terme légal, le Hamas et Israël partagent la même responsabilité, car le droit humanitaire concerne tout le monde. C'est ce que rappelle le CICR : si l'un ne respecte pas le droit, cela n'autorise pas l'autre à en faire autant. Mais, pour Lucas Machon, « du point de vue moral et politique, Israël a plus de responsabilité puisque c'est un Etat ».

► La convention (IV) de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre, 12 août 1949.

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10 commentaires sélectionnés

Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 22H09 | 01/01/2009 | Permalien

Allez je trolle, mais j'assume et puis quelque peu de poésie, ça fait pas de mal, non ?

Paix à toutes les victimes (de tout bord)

http://kprodukt.blogspot.com/

Portrait de akelarre

De akelarre

22H11 | 01/01/2009 | Permalien

Vu sur le site de Libé, cet article édifiant ( http://www.liberation.fr/monde/0101308881-tzipi-livni-a-paris-pour-renco… ) qui se paye en plus le luxe de ne pas être ouvert aux commentaires (« Libération a décidé de ne pas ouvrir cet article aux commentaires »)… !

Juste un passage, pour le fun :

« Mme Livni a “remercié le président Sarkozy pour sa compréhension”. “Il est très au fait de la situation de la complexité de notre région, il comprend la nature de la menace à laquelle Israël fait face”.

“Ensemble, nous essayons de voir quelle est la meilleure stratégie, la meilleure tactique pour atteindre cet objectif, dans la compréhension qu'il ne s'agit pas d'un problème israélien, mais que d'une certaine manière Israël se trouve en première ligne du monde libre et est attaqué car nous représentons les valeurs du monde libre, dont la France”, a ajouté Mme Livni. ».

Je sais pas vous, mais moi ça me troue le c… Voilà comment on justifie l'injustifiable : la défense du monde libre… C'est Dobeuliou qui doit être heureux, il fait des émules…

Portrait de Le Yéti

De Le Yéti

yetiblog.org | 22H25 | 01/01/2009 | Permalien

À PROPOS DES RONDS ROUGES

Avant les petits ronds rouges de Rue 89 avaient une utilité. Bête, mais une utilité quand même : à défaut d'arguments sérieux, ils servaient aux impuissants à refermer les opinions détestées.

Maintenant, ce n'est plus le cas. Les ronds rouges ne referment plus rien. Ne servent plus à rien. Témoignent juste de la hargne impuissante des imbéciles sans arguments contre les opinions qui les dépassent.

Hargne impuissante et AVEUGLE, comme les bombardements israéliens sur Gaza.

Pauvres petits « hargneux », si vous saviez ce qu'on en a à faire de vos ronds rouges merdouilleux !

Portrait de Abdallah BOUGHABA

De Abdallah BOUGHABA

Consultant | 22H48 | 01/01/2009 | Permalien

Je pense que cet article est globalement positif puisqu'il met en relief certains aspects du droit international (convention de Genève).

Par contre, certains aspects importants du conflit ne sont pas abordés du tout à savoir :

- Le blocus imposé à toute une population depuis 18 mois et l'absence de traitement adéquat au moment adéquat ! ! ! !
- Le droit des Palestiniens de vivre dans la dignité
- Peut-on mettre sur le même pied d'égalité les parties en présence sachant que la puissance de feu d'Israel est 1.000 peut être 1.000.000 de fois supérieure à celle du Hamas ?
- La question des civils doit être abordé avec un peu plus d'objectivité : peut-on distinguer les civils des militaires au niveau de la population israélienne s'agissant d'une société totalement militarisée et surarmée par les occidentaux ?
- Le Hamas a t-il un autre recours pour se défendre ? Dispose t-il d'une armée ? Est-l signataire de la faleuse convention de Genève ? A notre connaissance ce n'est ni une armée ni un Etat….

Pour notre part, nous estimons que la communauté internationale est responsable de ce qui se passe à Gaza dans la mesure où les règles élémentaires du droit international, de la guerre sont bafoués par Israel.

Quel « traitement » réservé à un assaillant qui largue ses bombes en direction d'une population incapable de se défendre…. Où est passé l'honneur et la dignité des militaires Israéliens ?

Le Hamas est avant tout un mouvement de résistance né du désespoir grandissant des Palestiniens et il doit être traité en tant que tel dans toute analyse

Comment peut-on supporter une telle injustice….Sourtent quand ça émane du « peuple élu par Dieu »….

J'ai honte….

Portrait de Saheyus

De Saheyus

Rêveur invétéré | 23H15 | 01/01/2009 | Permalien

Le problème c'est que tout le monde est d'accord pour dire que le Hamas est un groupe politique à vocation dictatoriale (chose évidente depuis leur prise de possession de la bande de Gaza) et un groupe armé à vocation terroriste (vu les tirs de roquettes qu'ils effectuent). Qui irait dire le contraire ? Très peu de monde, surtout dans nos contrées.
Mais qui oserait dire que l'Etat Israëlien est terroriste ? et qui peut le faire sans se faire nazer ou traiter de tous les noms ? Pourtant les évènements actuels ne font que le confirmer : l'actuel Etat d'Israël ne vaut pas mieux que les terroristes qu'ils prétendent combattre. Personne ne songe à soutenir le Hamas, car il est évident qu'ils ont du sang sur les mains. Mais alors, pourquoi y a-t-il tant de soutiens à Israël ? L'argument qui revient toujours est le « droit à se défendre », mais comme le démontre cet article, le droit de se défendre n'est pas le droit de tuer consciemment des innocents, fusse « involontaire ».

Dire que pour un Israëlien qui meurt, ce sont dix, vingt, trente palestiniens qui sont tués, dont un bon quart de civils ! Fichu nationalisme, maudit patriotisme, qui fait croire qu'une vie de ses « concitoyens » vaudrait plus que celle d'un « ennemi », ennemi car il a simplement le malheur d'habiter au mauvais endroit. Ce que ces gens qui tirent les ficelles, confortablement installés dans leurs fauteuils de ministre, oublient, c'est que nous sommes tous humains, et en oubliant cela, ils font tuer des gens probablement bien plus humains qu'eux.
Mais ce n'est pas une histoire de chiffre. Un seul mort, surtout un civile, c'est déjà le mort de trop (bien sûr, en raisonnant ainsi, n'importe quel chef d'Etat, même de démocratie, serait à bannir, mais j'assume parfaitement ma position d'illuminé fanatique idéaliste).

Portrait de societe00

De societe00

desabusé | 23H17 | 01/01/2009 | Permalien

Sarko prepare la mise en scene et son show pour lundi, il va encore se montrer aux yeux du monde comme celui qui sera a l orgine du cessez le feu. Les paris sont ouverts…

Portrait de Anastaze

De Anastaze 53186

☺ | 23H17 | 01/01/2009 | Permalien

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 00H10 | 02/01/2009 | Permalien

Certaines fois, le décompte est plus facile à opérer : sans chercher très loin (http://www.rue89.com/2009/01/01/un-des-chefs-du-hamas-tue-dans-un-raid-i…), on peut apprendre que la bombe qui a tué le responsable du Hamas Nizar Rayn a également tué ses quatre épouses, deux de ses filles et trois autres personnes.

J'entends bien ce qu'on va m'objecter : Rayn n'était pas un enfant de choeur et il constituait une cible légitime du point de vue israélien. Certes, certes…

Mais à ce compte-là et considérant qu'il y a peut-être bien un militaire au moins par foyer israélien, J'imagine que les mêmes qui jugeront que l'attaque contre Rayn était irréprochable (du point de vue israélien, bien sûr) trouveront également irréprochable (du point de vue des intérêts du Hamas, bien sûr) que les zones civiles de Sdérot, Ashkelon ou Beer Sheva soient bombardées. Non ?

(Allez, détendez-vous, c'était juste pour plaisanter : je sais bien que l'armée israélienne fait partie du camp du Bien, du Bon et du Beau.)

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 14H44 | 02/01/2009 | Permalien

Je ferai deux commentaires distincts. Le premier a trait au respect des principes de la Convention de Genève.

La Convention de Genève n'est PLUS adaptée depuis des décennies, car les belligérants, à quelque bord qu'ils appartiennent, ne les respectent pas et n'ont aucune intention de le faire, sauf après la victoire (s'agissant du traitement des prisonniers et des populations civiles, du moins en théorie). En ce sens, la 1ère Guerre Mondiale a marqué une rupture, car les civils sont devenus depuis des cibles comme les autres. Quand il s'agit de vaincre l'ennemi en soumettant celui-ci à la pression présumée politiquement insoutenable d'une accumulation de victimes civiles, on ne se prive pas d'en multiplier le nombre. Le blitzkrieg nazi sur Londres, le quasi-anéantissement de Coventry par la Luftwaffe, les bombardements incendiaires de Dresde (par les Anglais) et de Tokyo (par les Américains) visaient tous des populations civiles. Hiroshima et Nagasaki n'ont pas été rasées par les bombes atomiques américaines parce que ces villes constituaient des cibles principalement militaires. La 2ème Guerre Mondiale a ainsi sanctionné le passage au concept de « megadeath » : l'objet est d'infliger à l'ennemi un maximum de pertes, militaires ET civiles.

Par la suite, l'équilibre de la terreur entre forces nucléaires plus ou moins égales (USA et URSS), basé sur le principe de la « destruction mutuelle assurée », a superbement ignoré la distinction entre civils et militaires et par conséquent tout ce qui relève de la Convention de Genève. Qu'on n'ait pas eu recours à l'arme atomique durant la guerre froide ne change rien à l'affaire. La différence entre victimes militaires et civiles a, dans les faits, été délibérément éradiquée.

Dans le conflit de Gaza, étant donné les capacités de surarmement d'Israël par rapport au Hamas, il est vain de croire que le premier puisse n'administrer que des frappes « chirurgicales » (d'ailleurs illusoires) ou « proportionnées », quelles que soient les intentions fondamentales de l'assaillant. Le bombardement d'une zone fortement urbanisée comme Gaza ne peut, malgré le degré de sophistication des bombes israéliennes, optimiser la protection des civils. Le propre d'un bombardement aérien de ce type est de ne pouvoir faire aucune discrimination réelle entre cibles militaires et victimes civiles, puisque les unes côtoient les autres étroitement.

L'ONU a donc beau jeu de reprocher à Israël sa réponse disproportionnée. Que pourrait être une réponse « proportionnée » d'Israël sinon l'acceptation de combattre le Hamas dans les conditions dictées par ce dernier, à savoir un combat de guérilla urbaine, rue après rue, ruelle après ruelle, au cours duquel Israël aurait tout à perdre, puisque le nombre de victimes militaires qu'il juge acceptable (pour son propre camp) est extrêmement faible comparé au nombre de victimes (militantes et/ou civiles) que le Hamas est prêt à supporter ? Tel est le nœud du problème. Une intervention terrestre de « nettoyage » par l'infanterie et les blindés d'Israël ne sera concevable qu'en « fin de partie », une fois qu'il se sera assuré que les militants du Hamas sont suffisamment affaiblis. C'est bien pourquoi Ehud Barak hésité encore à engager ses forces au sol : les capacités de lutte du Hamas, un mouvement militaire et civil populaire, seront-elles jamais assez entamées pour justifier une telle action ? Ainsi que j'ai pu le dire sur un autre fil : la logique de l'action militaire d'Israël comme de la résistance désespérée du Hamas est une logique d'anéantissement, ce qui est contraire aux objectifs avoués des deux camps !

La conclusion est qu'il n'y avait PAS de solution militaire au conflit permanent de Gaza. Or, on sait qu'Israël comme ses alliés européens et américains se sont eux-mêmes privés des moyens diplomatiques nécessaires pour éviter la désastreuse intervention militaire d'aujourd'hui et les dommages collatéraux considérables qu'elle entraîne.

Mon deuxième commentaire a trait à l'article publié par Gideon Levy. Ce dernier suppose qu'il existe une conscience humaniste juive qui devrait être permanente, mais qui, dans les faits, est contredite par le comportement de « voyous » des pilotes de Tsahal lorsqu'ils pilonnent des positions présumées du Hamas. En dehors du fait que ces pilotes n'ont pas le choix – ils ne peuvent qu'utiliser le matériel qu'on leur a mis entre les mains, dans les conditions que l'on sait (cf. supra) --, la remarque paradoxale de Levy établit un constat nostalgique : les militaires israéliens ont en quelque sorte perdu leur âme, ils se conduisent comme des militaires « ordinaires » (contrairement, peut-on supposer, à l'armée de défense « idéale » des premières décennies d'existence de l'Etat hébreu). Ce constat rejoint celui déjà formulé par Arno Klarsfeld après son incorporation dans Tsahal comme volontaire il y a quelques années. Il avait remarqué que les militaires israéliens infligeaient aux civils palestiniens des brimades et des humiliations totalement injustifiées aux rares points d'entrée sur le territoire israélien. Cela lui paraissait indigne de l'idée qu'il s'était faite de l'effort de défense d'Israël.

Israël est devenu un état comme les autres, un état dont les citoyens se comportent comme ceux de n'importe quel autre pays. Cette réalité est naturellement très mal vécue par ceux – ils sont nombreux – qui croient encore à la spécificité d'une conscience humaniste juive distincte. Ceux-ci ne sont pas au bout de leurs peines. Le conflit ouvert ou larvé avec les Palestiniens a corrompu l'« âme israélienne » ; on ne peut, avec les pacifistes de Tel Aviv, que le déplorer.

Portrait de tintouin

De tintouin

15H11 | 02/01/2009 | Permalien

Merci pour cet article, qui recentre les 2 parties sur leurs responsabilités à l'égard de leurs populations, et en termes de Droit international (thème qui m'est cher dans ce conflit : « Le Droit, rien que le Droit »).
La haine développée des 2 côtés depuis des dizaines d'années, et décuplée par l'implication du religieux, ne pourra être cassée (oui cassée) qu'en trouvant de nouvelles bases de référence, autres que la vengeance, le religieux… Il s'agit de proposer, face aux motivations émotionnelles fortes des actions armées, une alternative faite de règles indiscutables. Charge ensuite à la communauté internationale de faire respecter ces règles. Car sans police internationale pour le faire respecter, point de Droit.

Israel est un Etat voyou en ne respectant pas le Droit international depuis 40 ans. Je suis heureux que des Israeliens emploient le terme de voyou à propos de leurs pilotes. Cela bouge dans leur pays, preuve que l'intelligence parfois surgit quand on ne l'attend plus.
Cela évitera peut-être de devoir lancer une action militaire de l'ONU contre l'Etat d'Israel.

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