Crise des marchés financiers : la sortie, c'est par où ?

« Lundi noir » sur les bourses mondiales. Les ressorts et les limites de la crise avec Mr Greed, trader à Paris et riverain de Rue89.

Traders au New York Stock Exchange le 15 septembre (Chip East/Reuters).

La crise financière, qui couvait depuis l'été dernier, s'est soudain accélérée ces derniers jours. Après avoir sauvé les piliers du crédit immobilier américain, Fannie Mae et Freddie Mac, le Trésor a laissé Lehman Brothers, symbole du capitalisme américain, se déclarer en faillite. Cette chute d'une institution vieille de 150 ans a provoqué un mouvement de panique sur les places financières mondiales.

Alors qu'en ce « lundi noir », la Bourse de Paris a cédé 3,78% et le Dow Jones de 4,4% chacun s'interroge sur les ressorts et les limites de cette crise. « Explicateur » nourri par Mr Greed, trader à Paris, et riverain de Rue89.

La journée avait mal commencé, avec les propos d'Alan Greenspan, l'ex-président de la Reserve Federal et un temps oracle des marchés financiers. Il avait lancé (sur la chaîne ABC) qu'une telle crise, il s'en produit « une fois tous les cinquante ans, probablement une fois par siècle (…) Ce n'est pas encore fini et cela prendra encore du temps ».

Pourtant, certains tiennent le même Greenspan pour partie responsable de la crise actuelle, « parce qu'il a couvert les opérations des banques d'affaires en expliquant que l'innovation financière était le meilleur moyen de segmenter les risques. Et parce qu'il a alimenté le système en liquidités, donnant une confiance exagérée aux investisseurs, persuadés qu'ils trouveraient toujours des crédits nouveaux pour se refinancer », estime Jacques Mistral, économiste et chercheur à l'Ifri (Institut français des relations internationales).

Comment les autorités américaines peuvent-elles abandonner la quatrième banque du pays ?

La faillite de Lehman couvait depuis le mois de mars, où une rumeur sur les marchés avait déjà fait perdre au titre plus de 40% de sa valeur en une journée. Depuis cette date, le Trésor américain et la Fed ont fait pression sur les dirigeants de la banque pour qu'ils se débarrassent de leurs actifs « pourris » (immobilier résidentiel et immobilier commercial) ou qu'ils trouvent un chevalier blanc qui la rachète. L'arrogance des dirigeants de Lehman refusant de se « vendre à vil prix » a fait échouer toutes les tentatives.

A contrario, Merrill Lynch, qui a depuis le début de cette crise fait des efforts de nettoyage (en cédant 20 milliards de titres adossés à des crédits immobiliers et en lançant un appel de fonds propres) vient d'être récompensé et sauvé, grâce à l'offre de rachat de Bank of America (un deal de 50 milliards de dollars).

Le trésor américain sait qu'il doit garder des munitions car le contribuable risque d'être de nouveau sollicité : la liste des candidats à la faillite s'allonge tous les jours. Washington Mutual, plus grosse caisse d'épargne américaine, est en grande difficulté ; AIG le plus gros assureur cherche désespérément 40 milliards de fonds propres et essaie de négocier une ligne de crédit auprès de la Réserve Federale (la banque centrale) pour sauver sa peau.

Y a-t-il un risque de « crise systémique » sur le système financier mondial ?

Incontestablement, il existe un risque de « crise systémique », entraînant l'ensemble du système financier mondial par le biais des crédits croisés entre banques. Par ailleurs, si les actifs de Lehman brothers sont sacrifiés lors d'une liquidation, l'évaluation des actifs qui se trouvent dans les comptes de toutes les autres banques devra également être revue à la baisse, fragilisant leur solidité…

Certes, les autorités américaines ne sont pas restées les bras ballants. En baissant les taux directeurs en mars, et en injectant en permanence des liquidités dans le système bancaire, la Fed a tente de soutenir le système bancaire et la consommation des ménages. On s'attend même à une nouvelle baisse du taux directeur de 0,25% lors de la réunion de ce mardi, autant de manœuvres destinées à éviter que l'ensemble des échanges interbancaires ne se grippent.

Car le « credit crunch » guette : on assiste déjà à un durcissement des conditions de crédit (conséquence du renchérissement de son coût) et à la réduction brutale des prêts. Malgré l'intervention des banques centrales, le financement entre banques est devenu problématique, ce qui prouve l'ampleur du problème : les banques se méfient les unes des autres et refusent de se prêter entre elles car elles craignent que la banque d'en face ne soit à son tour en difficulté.

Par ricochet, ce sont les conditions de crédits à destination de tous les acteurs de l'économie, notamment les entreprises et les ménages, qui se raidissent et précipitent le ralentissement de la croissance.

L'octroi de financement facile, adossé à des richesses patrimoniales, avait entraîné la montée en flèche d'un certain nombre d'actifs et surtout des actifs immobiliers. C'est cette bulle spéculative qui a fini par exploser. Or si l'on écoutait des économistes comme Hyman Minsky, on saurait qu'il faut intégrer la fragilité des marchés financiers dans les cycles économiques, que la création de bulles spéculatives est endogène aux marchés financiers.

La France est-elle à l'abri ?

Le secteur bancaire français est partie prenante de la finance mondiale. Les banques sont soumises aux même tensions, et particulièrement les branches investissements des grandes banques de détails (tels Calyon, Natixis etc…). Comme leurs consœurs américaines, les banques d'investissement devraient connaître des résultats beaucoup moins attrayants que par le passé. Déjà, cette semaine on devrait voir quelques banques européennes, à l'instar de la belge Dexia, faire la lumière sur l'impact de la chute de Lehman Brothers sur leur comptes.

Toutefois, heureusement, le crédit aux ménages en France n'a pas développé les mêmes pratiques : il y a moins de crédits à taux révisables, pas de pratique « subprime », moins de titrisations, ce qui devrait permettre de limiter la casse.

Peut-on espérer un assainissement des marchés financiers ?

On assiste déjà à un retour de la régulation avec l'intervention de pouvoirs publics, dont c'est pourtant peu la tasse de thé. A l'instar de ce qui s'est produit au Japon dans les années 90, en décidant qui va sortir gagnant et perdant, les Etats « nettoient » le système en sauvant certains acteurs (Northern Rock en Grande-Bretagne, Bear Stearns aux Etats-Unis) mais pas d'autres, comme Lehman Brothers.

Il va falloir du temps pour que les banques nettoient leur bilan et reviennent à des pratiques plus traditionnelles en matière de financement et d'appréciation des risques.

Photo : Traders au New York Stock Exchange le 15 septembre (Chip East/Reuters).

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Erka

De Erka

Scientifique, USA | 01H57 | 16/09/2008 | Permalien

Il se trouve egalement des politiques pour assurer que les menages francais ne sont pas assez endettes compares a leurs homologues ricains ou anglais. J'ai un pote qui developpe en France (avec beaucoup de succes ces dernieres annees ! ) des logiciels de credits pour etre sur d'appater le chaland un peu naif avec des taux derisoires sur des produits d'appels genre bagnole ou canape, le type de credit et d'attitude qui conduisent des millions d'americains vers la banqueroute personnelle.
C'est absolument scandaleux et il le reconnait, mais un salaire rondelet le fait temperer ses veleites social(ist)es ou altruites…
C'est quand meme malheureux, surtout vu des USA ! ! !

Portrait de jpp64

De jpp64

03H57 | 16/09/2008 | Permalien

Greenspan : « des crédits nouveaux pour se refinancer »,
Greed : « L'octroi de financement facile, adossé à des richesses patrimoniales ».

Je ne suis pas un spécialiste mais là je pense qu'on n'est pas loin du délire. Ces banques prêtaient facilement car l'immobilier montait et puis elles trouvaient toujours le moyen de se refinancer.

En fait tout le système est basé sur de l'argent virtuel :
- des prix immobiliers qui allaient grimper éternellement
- des prêts que l'on obtiendrait dans la banque d'en face.

Après on s'étonne que ça se casse la gueule.
Et si on nationalisait (pour pas cher) quelques banques avant qu'elles refassent des bénéfices qui ferraient du bien à nos finances publiques….Pardon là c'est moi qui rêve, il est tard.

Portrait de Coragyps Atratus

De Coragyps Atratus

Dans l'attente du moment propice | 04H37 | 16/09/2008 | Permalien

Les banques possèdent déjà le monopole sur la création de la monnaie et les intérêts immoraux qu'elles se prennent étouffent les peuples sous la dette.
En plus, elles se lancent dans des opérations hasardeuses qui mettent la pagaille dans les économies nationales.
On s'attendrait à plus de bon sens de la part des gouvernants. Mais non ! Ce sont les petites gens que l'on expulse de leur maison achetée à crédit et ce sont ces mêmes petites gens qui vont payer le renflouement des banques irresponsables à travers leurs impôts !
Moralité : soyez immoraux !

Portrait de LeGoJac

De LeGoJac

05H26 | 16/09/2008 | Permalien

Intéressant de voir que nos donneurs de leçon en matière économique sont en faillite.
Que le « libéralisme » qui doit tout équilibrer « naturellement » s'effondre et nécessite des interventions d'Etats, en clair de nouvelles pressions fiscales pour le reste de la population.

Evidemment ils continueront de chanter demain….
Enlevez l'échelle le pinceau tiendra bon.

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