
Abstention eux européennes : l'Europe crève du consensus
Avec un taux d'abstention sans précédent -supérieur à 56% au sein de l'Union et proche de 60% en France- les premières élections européennes à 27 resteront celles de l'indifférence citoyenne. Triste record pour le trentième anniversaire de l'élection des députés européens au suffrage universel direct.
C'est un échec civique majeur. Un échec qui nous interpelle tous car il n'est pas le fruit du hasard.
Le Parlement européen est le seul exemple au monde d'une assemblée transnationale composée d'hommes et de femmes issus de 27 nationalités différentes et démocratiquement élus pour représenter la volonté collective de 500 millions d'habitants.
Voilà qui devrait faire des élections européennes un rendez-vous démocratique majeur sur tout le continent ; d'autant que ce Parlement, sans équivalent ailleurs sur la planète, n'a cessé de voir ses pouvoirs renforcés au point d'en avoir souvent plus que les parlements nationaux. Et pourtant, à chaque élection, comme inexorablement, les électeurs sont de moins en moins nombreux à se rendre aux urnes.
Des candidats, obnubilés par une autre élection, ont détourné le scrutin
Que s'est-il passé ?
D'abord, une nationalisation du scrutin dont les effets sont dévastateurs pour la construction européenne. L'Europe est orpheline de ses propres élections qui n'ont d'européennes que le nom.
La réalité n'est pas celle d'un scrutin européen mais de 27 scrutins nationaux où les préoccupations de politique intérieure prennent largement le pas sur les enjeux européens. Certains candidats, totalement obnubilés par une autre élection, n'ont pas hésité à détourner le scrutin.
Or sans une adhésion renouvelée des peuples, c'est l'avenir même de la construction européenne qui est en jeu. Comment dépasser l'Europe technocratique si l'on reste incapable de convaincre les citoyens qu'ils sont les acteurs principaux d'une démocratie commune en formation ?
Les partis s'opposent pendant la campagne, se partagent les postes ensuite
Mais pour faire vivre cette démocratie, il est urgent de remettre de la politique en Europe pour que les citoyens n'aient plus le sentiment que quel que soit leur vote, celui-ci ne changera rien aux destinées européennes.
Ils ont le sentiment que le principe de la concurrence libre et non faussée sera toujours l'alpha et l'oméga de la politique européenne quels que soient le résultat des élections. Ils ont le sentiment que le marché pur et parfait sera toujours plus fort que leur bulletin de vote.
Les partis politiques européens font d'ailleurs tout pour conforter ce sentiment après les élections puisqu'ils s'arrangent entre eux pour se partager les postes.
Pendant la campagne, ils s'affrontent devant les électeurs en mettant en avant leurs différences mais dès les élections passées, la droite et la gauche au Parlement européen s'entendent pour faire à toi à moi en se partageant la présidence du Parlement européen deux ans et demi chacun au lieu de cinq ans pour la formation arrivée en tête. Imaginerait-on un tel cas de figure à l'Assemblée nationale ?
Il est temps que les présidents du Parlement européen et de la Commission européenne soient l'émanation d'une majorité parlementaire qui prenne ses responsabilités.
L'Europe a besoin de politique et de clivage
C'est pourquoi le Nouveau Centre a proposé pendant la campagne électorale que les députés européens soient élus sur des listes européennes et qu'ils fassent campagne sur la base de programmes politiques européens.
C'est ainsi qu'à travers le suffrage des citoyens européens émergeront une majorité et une opposition à l'échelle de l'Union : une majorité disposant d'un mandat clair pour infléchir la politique européenne en fonction de ce que veulent les Européens et, face à elle, une opposition capable de proposer une alternative politique.
L'Europe crève du consensus. Elle a besoin de politique et de clivage. J'y vois la meilleure incitation au vote.
Remettre de la politique en Europe : voilà comment nous répondrons, non pas au déficit démocratique mais au déficit civique dont souffre cruellement la construction européenne.
Au commencement du vaste bouleversement politique que portent la globalisation et le réchauffement de la planète, il serait irresponsable de ne pas précipiter l'avènement d'une démocratie commune, seule à même d'assurer aux Européens la puissance nécessaire et son contrôle par tous les citoyens de l'Union.
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De Le Yéti
yetiblog.org | 11H15 | 14/06/2009 |
« L'INDIFFÉRENCE » COMME COUP DE PIED AUX FESSES
« Avec un taux d'abstention sans précédent […] les premières élections européennes à 27 resteront celles de l'indifférence citoyenne. »
Comment, ministre ? Vous osez parler, à propos des abstentions massives aux dernières européennes, d'« indifférence citoyenne » ? Permettez que l'on considère, nous, cette prétendue « indifférence » comme un vigoureux coup de pieds aux fesses à vos manigances Lisbonniennes !
Vous nous avez cherchés, et maintenant vous pleurnichez de nous avoir trouvés… ou plutôt justement de ne pas nous avoir trouvés le jour où vous avez quémandé nos votes. Vous voudriez consacrer la victoire éclatante des abstentionnistes que vous ne vous y prendriez pas mieux.
Pareil dans tous les pays d'Europe. Où a-t-on osé demander leur avis aux populations par référendum sur leur devenir européen ? Dans les rares cas où cela a été fait, vous avez piétiné les réponses qui ne vous convenez pas (cad pratiquement toutes), en demandant même à certains (l'Irlande) de « répondre » à nouveau dans le sens que vous souhaitiez. Pitoyable ! Lamentable !
Vous avez l'air fin, maintenant, avec vos soutiens archi minoritaires et vos élections décrédibilisées !
« Indifférence », dites-vous ? Chiche que vous organisiez un nouveau référendum à l'échelle de la France ! Et même, pourquoi pas, à celle de l'Europe toute entière. Combien on parie qu'elle va fondre comme neige, votre « indifférence » ? Pas forcément comme vous le voudriez, bien sûr… Et c'est heureux !
De Cinsault 24720
Graine de rosé | 13H04 | 14/06/2009 |
Monsieur le Ministre, il faut quand même ajouter quelques autres raisons à cette « victoire » des abstentionnistes :
- le précédent scrutin européen était le référendum de 2005. Chacun pouvait avoir son avis , le oui ou le non, mais on ne peut pas oublier le mépris par lequel a été traité l'avis des français … par leur propre classe politique.
- le Parlement Européen a des pouvoirs trop limités : l'exemple de l'amendement 138 est symptomatique. Cet amendement a été voté par deux fois à 80% par le Parlement, et quoi , … , il sera peut être adopté, … ou peut être pas… si les états et la commission acceptent de repousser le paquet télécom… et repartent à zéro sur le sujet. Une simple lettre informelle de M Sarkozy à M Barosso a suffit à bloquer l'avis de 80% des députés européens,
- bien sûr pas d'enjeu sur la désignation du président de la commission dont les états veulent s'assurer qu'il sera le plus insignifiant possible.
D'ailleurs un programme électoral pour les européennes n'a aucun sens puisque le parlement n'a aucun pouvoir d'initiative.
Donc au delà de ce que vous dites, l'Europe souffre avant tout d'un manque d'une démocratie réelle.
Ajoutons à cela l'absence de motivation des politiques pour aller à Strasbourg,… Pour ma part j'ai voté GE , non pas par conviction verte, mais au moins je suis sûr que les députés ainsi élus, vont aller à Strasbourg et y travailler réellement.
Quant à la nationalisation du scrutin que vous évoquez, il semble que ce sont les politiques qui ont nationalisé le scrutin : le PS comme l'UMP. Il suffit de voir comment le président essaye actuellement d'exploiter les 10% d'électeurs de l'UMP pour sa politique intérieure.
Au contraire le moins qu'on puisse dire c'est que les citoyens n'ont justement pas nationalisé leur vote, d'où la percée « relative » de GE, l'échec du Modem, l'absence de mobilisation des électeurs du PS comme de la droite.
Encore une fois, dès qu'il s'agit de l'Europe , les politiques et les médias sont sur une autre planète que les citoyens..
Mais au final vous avez raison sur un point : il faut « intéresser » les scrutins.
De affreuxjojo
14H12 | 14/06/2009 |
Vous n'êtes jamais satisfait Mr Morin.
Quand les Français se passionnent pour un texte Européen majeur, quand il débattent largement, quand il se déplacent massivement aux urnes pour voter, quand la démocratie fonctionne pleinement, vous vous asseyez sur le choix souverain des électeurs.
Quand ensuite ils se disent que voter ne sert à rien, que leur choix est nié, que l'Europe se fait sans eux voire contre eux, qu'ils s'en détournent et s'en désintéressent, quand en plus,vous gagnez politiquement et que votre coalition est en tête, vous trouvez encore à vous plaindre.
Que vous faut il exactement ? Que doivent faire les Français pour vous donner pleinement satisfaction, pour se conformer totalement à vos désirs ? Qu'ils votent massivement d'une part et uniquement dans le sens qui vous convient d'autre part ? Cela sera-t'il enfin suffisant ?
Etes-vous certain d'être vraiment démocrate Mr Morin ?
Quand de Gaulle avait été désavoué par les Français, il en avait tiré toutes les leçons. Pensez-y.
De Laurent Nicolas
étudiant | 14H29 | 14/06/2009 |
Tout à fait d'accord avec l'auteur de l'article : il faut une campagne transnationale, avec des listes européennes, un programme européen. Par exemple, il faut que ce soient les partis qui siègent au Parlement européen qui fassent la campagne : le PSE, le PPE, la GUE, le PVE etc. Le Manifesto du PSE était une bonne initiative de programme européen, mais ce texte déjà très idéologique et peu concret n'avait pas d'avenir sans une campagne véritablement européenne.
http://www.taurillon.org/5-ans-pour-construire-une-Europe des peuples
De hagalma
14H36 | 14/06/2009 |
Je trouvais l'article un peu mou, plein de bonnes intentions, mais comment dire, un peu liturgique, écrit…pour ne surtout rien changer. Et puis j'avise que c'est un ministre de la défense - assassin (et pour cause ! ) avec un des candidats ayant fait un hors sujet- qui s'est collé à la retape d'un électorat déserteur. La désire-t-il vraiment, cette retape ? Quand on sait ce qui a été fait du vote des français sur la constitution européenne, c'est du foutage de gueule ! Quand on constate l'absence autistique de débats pré-électoraux avant le jour J, tandis que les médias étaient saturés de tout un tas de choses, on peut légitimement se plaindre d'avoir été méprisé.
Cette sauce semble être faite comme une reprise en cuisine, pour reprendre la main, donner du liant à ce qui n'en a plus, après que le plat principal ait bon grès mal grès été avalé. C'est un peu comme pour faire passer la pilule…
L'Europe ne crève manifestement pas pour tout le monde : n'était qu'à voir le soir des résultats la mine réjouie de la droite européenne ! On nous dit que la droite française a quant à elle joué non triomphaliste : devant la caméra il s'agit de faire bonne figure, mais l'intention ne va pas au-delà. A moins qu'il ne s'agisse de parer à un délitement social. A force de trahir, de faire mumuse avec les lignes en les faisant bouger, de brouiller les références identificatoires, c'est rien moins qu'un désaccord majeur, insécurisant, qui prend corps. Mais le gouvernement français, sur ce thème, crève de consensus…
De eelisa
Délinquante au coin de la rue | 17H01 | 14/06/2009 |
Monsieur Morin, je suis surprise que vous preniez la parole ici ^^
Mais est-ce bien vous qui avez écrit ? Où bien un sbire que vous avez envoyé en éclaireur ?
Dans tous les cas, pour un coup, c'est un coup de maître !
Parler d'indifférence citoyenne, fallait oser ! or, ceux qui se sont abstenus ou bien ceux qui ont voté blanc, ne l'ont pas fait par indifférence, mais bien pour faire ressortir que c'est vous, les politiques qui êtes indifférents aux attentes de « votre peuple » !
Que faut-il faire pour qu'enfin vous arrêtiez les auto congratulations, les auto satisfactions et que vous vous penchiez enfin vers les réalités ? Pour qu'enfin vous arrêtiez d'utiliser la langue de bois ?
Je suis allée voter. Mais si tout continue comme ça, ce sera peut-être la dernière fois que je prendrai la peine de le faire.
Autre chose qui vous interpellera peut-être : la journée de manifestation a fait un flop (enfin moins de monde que prévu). N'y voyez surtout pas un bon signe. Cela ne veut pas dire que l'on vous donne un « blanc-seing ». C'est tout simplement pour mieux faire et autrement. Ne dormez pas sur vos deux oreilles…