Sondages : « Bayrou a admis que ses critiques étaient infondées »

François Bayrou à une conférence de presse à Paris en janvier 2009 (Charles Platiau /Reuters).

Après ses attaques, l'heure est au mea culpa pour le président du MoDem. Son score de 8,45% ne lui laisse guère le choix.

François Bayrou a été jusqu'à appeler Brice Teinturier, directeur adjoint de la TNS Sofres, pour reconnaître que ses soupçons contre les sondages étaient « infondés ».

La critique avait fait grand bruit à quatre jours du scrutin. La même TNS Sofres publie un sondage mettant Europe Ecologie à 15,5% des intentions de vote, trois points devant le MoDem. Trop c'est trop, pour le leader centriste. Jeudi, lors de l'émission « A vous de juger » sur France 2, il passe à l'offensive :

« Monsieur Teinturier peut prendre pour lui sa part de ma réponse. De deux choses l'une. Ou bien c'est vrai, on le vérifiera dimanche, ou bien, comme je le crois, évidemment, ceci est un mouvement poussé. (…) Il y a des moments où les sondages, ce sont des armes. Et ils servent aux puissants pour essayer d'éviter ce qu'ils ne veulent pas. »

« Tout ce que je sais sur les sondages et des manipulations »

Rebelote le lendemain matin, au micro de France Inter. Il s'enflamme : « manipulations d'opinion », « anarques sur les sondages ». Avant d'indiquer qu'il a « des informations » et de préciser sa menace :

« Si les électeurs montrent dimanche que cette affaire était une vaste entreprise pour essayer de créer des mouvements d'opinions qui n'existent pas en vérité, si tel est le cas, dans les jours qui suivent, je dirai tout ce que je sais sur les sondages et des manipulations, je dirais qui, comment et quels sont les moyens de peser sur tout cela. »

Las, pour le MoDem, la vérité des urnes est cruelle. Si les instituts de sondages se sont trompés, c'est en voyant le parti centriste encore un peu trop beau. Quelles « informations » François Bayrou allait-il donc désormais livrer ? Aucune. Il a même fait machine arrière lundi, comme l'a déclaré Brice Teinturier à Rue89 :

« Ses propos étaient totalement inacceptables et le résultat des urnes l'a clairement montré. Il a franchi une étape supplémentaire dans la critique des sondages, alors que nous avons été le seul institut à montrer et confirmer une montée en puissance d'Europe Ecologie. François Bayrou m'a téléphoné hier [lundi], il a reconnu lui-même que ses critiques étaient infondées. »

« Ce n'est pas le moment le plus agréable de ma vie »

Ce n'est pas la seule erreur que le président du MoDem reconnaît. Invité ce mardi matin d'Europe 1, il a coup sur coup avoué avoir trop insisté sur les sujets de politique intérieure et de s'être laissé entraîner à « un moment de polémique excessif » avec Daniel Cohn-Bendit, au cours de la même émission de France 2 :

« J'ai cru que le sujet de la France et de l'Europe était impossible à séparer. Il n'y a pas d'Europe s'il n'y a pas de patrie et d'enracinement. Mais les Français ont eu le sentiment que l'Europe était un sujet à part. (…)

Cohn-Bendit a explosé dans des injures qui n'étaient pas acceptables. Personne ne me traite d'ignoble sans qu'il n'y ait de réponse. Il se trouve que j'avais découvert ce livre qui dit des choses insupportables. On venait de me le faire lire. J'avais ça sur le cœur parce que ce sont des choses lourdes. Tout d'un coup, c'est sorti comme la réponse à des choses insupportables. » (Voir la vidéo)


« Ce n'est certainement pas le moment le plus agréable de ma vie », analyse celui qui goûte comparer sa solitude à celle jadis de François Mitterrand. François Bayrou n'a pas hésité cette fois à faire un parallèle entre son altercation avec le chef de file d'Europe Ecologie et le coup de tête asséné par Zinedine Zidane en 2002 :

« En finale de la coupe du monde, Zidane donne un coup de tête. Et pourtant, c'est un homme qui garde ses nerfs en général. A certains moments, des choses s'expriment alors qu'elles devraient être mises au frigo. »

Photo : François Bayrou à une conférence de presse à Paris en janvier 2009 (Charles Platiau /Reuters).

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 10H58 | 09/06/2009 | Permalien

Bayrou , il a totalement rejoint sa marionnette ridicule des Guignols . C'est l'osmose ..

Interrogé sur Europe 1 sur ce qu'il pense devoir changer au lendemain de son revers électoral aux européennes, François Bayrou, le président du Modem pense qu'il doit « être moins batailleur ».
.
- Il faut être moins dissipé, François ! Tu as compris maintenant ?

-Mais ..HEUUU

Portrait de Iv

De Iv

Roboticien utopiste | 11H13 | 09/06/2009 | Permalien

Un politicien capable d'auto-critique ? Mon Dieu oui, quelle horreur, quel ridicule…

Je n'en connais pas beaucoup qui reconnaissent leurs torts quand ils ont gaffé…

Portrait de Iv

De Iv

Roboticien utopiste | 11H18 | 09/06/2009 | Permalien

Enthousiaste du Modem, j'ai voté Ecolo car je préférais leur programme, mais il est hors de question que je vote pour une de leurs listes aux présidentielles. Aux Européennes on vote pour un programme. A la présidentielle on votera pour une personne. Bayrou, d'ordinaire si réfléchi dans ses critiques et ses argumentaires s'est laissé entrainé sur un plateau de télé à de la joute de bas étage. Il montre qujourd'hui qu'il reste capable de s'autocritiquer, de corriger ses propres erreurs lorsqu'il en comment, d'admettre qu'il a dit une bêtise et de présenter ses excuses. Ce ne sont pas des choses que l'on demande à un politicien ?

Portrait de Pictulo

De Pictulo 23785

12H22 | 09/06/2009 | Permalien

Je ne sais pas ce qui est le plus absurde dans les propos de Bayrou : se comparer à Zidane, ou comparer Cohn-Bendit à Materazzi.
En tous cas la comparaison me semble un moyen habile pour s'en sortir la tête haute : Zidane jouit d'une bonne popularité en France.
Même en feignant de s'excuser, Bayrou ramène sa fraise.

Portrait de EulChe

De EulChe

Humaniste hère | 14H19 | 09/06/2009 | Permalien

La vraie auto-critique politique serait de remettre en cause sa stratégie, qui est de faire parler de lui pour le faire ressortir comme indispensable à la vie politique française. A cet égard sa contrition actuelle fait complètement partie de cette stratégie et était peut-être (surement) même anticipée lorsqu'il a critiqué les sondeurs : soit il avait raison et dans ce cas peut-être aurait-il été bien en peine de produire de quelconques preuves, soit les sondages avaient raisons et dans ce cas il passerait comme quelqu'un d'honnête en s'excusant… ce qui ne mange pas de pain.

Cherchait-il vraiment un résultat maintenant avec cette stratégie, j'en doute. Il vise 2012, ne s'en est jamais caché, et donc toute stratégie de sa part est à analyser dans cette optique.

Bref, tout ça n'est que de la basse stratégie politicienne bien loin d'un programme quelconque ou d'une stratégie à long terme pour le pays, et je préfère en rire qu'en pleurer…

PS - Moi Bayrou ne m'a jamais déçu… je pense même qu'il peut faire encore pire…

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code