
Cohn-Bendit, victime collatérale de Bayrou le tacticien
Après le sondage donnant Europe Ecologie devant le MoDem, « j'étais sûr qu'il avait pété les plombs ». A la sortie du plateau de l'émission de France 2 « A vous de juger », Daniel Cohn-Bendit analysait jeudi le coup de butoir que venait de lui asséner François Bayrou.
Le président du parti centriste qui n'a pas hésité à accuser le leader écologiste de défendre la pédophilie, en référence à son livre paru en 1975, « Le grand bazar », sur la sexualité des enfants :
« Je trouve ignoble, moi, d'avoir poussé et justifié des actes à l'égard des enfants que je ne peux pas accepter. » (Voir la vidéo)
Des accusations « maintenues » vendredi matin par François Bayrou sur BFM TV. Et d'enfoncer le clou, en ajoutant que ce livre, qu'il a lu « ces derniers jours », est pour lui « insupportable » :
« C'est un livre qui justifie et théorise des pratiques que, pour ma part, en tous cas à l'égard d'enfants très jeunes, en bas âge, je n'accepterai jamais. Je le dis, je l'affirme tranquillement, je le maintiens et je le maintiendrais toute ma vie : il y a eu des dérapages dont se sont rendus coupables des courants de pensée. »
Rebelote quelques heures plus tard, le président du MoDem a réuni des journalistes au siège de son parti, pour s'expliquer plus longuement ecnore sur ce qu'il qualifie d'« affrontement violent » et de « moment de très grande explosion d'injures ». Il n'a aimé ni le livre ni qu'il ait répété pendant plusieurs semaines qu'il avait « rencontré la vierge » : « J'avais ça sur le coeur. »
« Je dirais tout ce que je sais sur les sondages »
En fait de « pétage de plomb », François Bayrou continuait surtout sur sa lancée : polémiquer pour mieux exister. Pas sûr que le coup était préparé, contrairement au matin-même, au micro de France Inter, lorsqu'il désignait un autre bouc émissaire. L'attaque, davantage calculée, visait cette fois les instituts de sondages :
« Si les électeurs montrent dimanche que cette affaire était une vaste entreprise pour essayer de créer des mouvements d'opinions qui n'existent pas en vérité, si tel est le cas, dans les jours qui suivent, je dirais tout ce que je sais sur les sondages et des manipulations, je dirais qui, comment et quels sont les moyens de peser sur tout cela. » (Voir la vidéo)
Le président du MoDem a donc poursuivi la campagne des européennes comme il l'avait commencée. Pour soigner son entrée, il avait signé fin avril « Abus de pouvoir », un pamphlet à l'intention de Nicolas Sarkozy, comparé à « un enfant barbare » qui « nous conduit là où la France a toujours refusé d'aller » et « sans mandat ».
« Dans quel pays vivons-nous ? »
Nicolas Sarkozy pourfendeur de la démocratie, la thèse sera défendue par François Bayrou dans tous les médias. Notamment dans « Parlons Net », le club de la presse Internet, dont Rue89 est partenaire. Prenant appui sur « l'affaire Pérol », il dégaine :
« C'est dire à quel degré de gravité on se trouve, avec un pouvoir qui a décidé de ne respecter aucune des lois qui sont celles de la République. Normalement, la responsabilité du président de la République c'est de faire respecter cette loi. (…) Dans quel pays vivons-nous ? (…)
Cette pratique-là, qui fait litière des principes républicains, est en train de faire de la France un pays où l'on doit s'inquiéter de la démocratie et de la manière dont on la fait respecter. » (Voir la vidéo)
L'affaire Pérol, après le fichier Edvige, ou encore l'occupation de la villa corse de Christian Clavier, François Bayrou « sélectionne avec soin (…) ses interventions médiatiques », de sorte à se placer « sur le terrain de l'image de la France » et de « se donner vraiment la posture d'un homme d'Etat », décryptait déjà pour Rue89 l'année dernière Jean-Daniel Lévy, politologue à l'institut CSA. (Ecouter le son)
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« Le pouvoir est en réalité confisqué »
A chaque période électorale, celui qui vise avant tout la présidentielle use des mêmes manoeuvres. Le pamphlet suivi de la théorie du complot ; la technique est en effet effet la même qu'en 2006.
Dans une tribune publiée sur Slate.fr, Richard Robert, auteur de « La Possibilité d'un centre, stratégies de campagne de François Bayrou », relève ces passages de « Au nom du Tiers Etat », écrit il y a trois ans par le leader centriste. Jacques Chirac dirigeait alors la France, mais la critique était la même qu'aujourd'hui :
« Nous vivons dans une République qui a la forme de la démocratie, mais où le pouvoir est en réalité confisqué. Ceux qui le détiennent disposent, grâce à nos institutions d'Ancien Régime, du monopole sans contrôle sur les puissants instruments de l'Etat, et, grâce à leur intimité avec les puissances économiques et médiatiques, de moyens considérables pour verrouiller la vie publique. (…)
Un réseau opaque d'intérêts, partisans, claniques, économiques, médiatiques, commande les décisions qui sont prises, impose son influence à l'action de l'Etat. Cette décomposition des principes de la démocratie fait une victime directe : le peuple français. »
« Des puissances économiques détiennent de puissants médias »
Même variation sur la théorie du complot. En 2006, elle ne concernait pas les instituts de sondages, mais « les grands médias ». Invité du JT de 20 heures sur TF1, le 6 septembre de cette même année, François Bayrou alpaguait en direct Claire Chazal :
« Les grands médias ont orchestré pour les Français un choix dicté à l'avance. L'argent et la politique doivent être séparés, notamment lorsque des puissances économiques détiennent de puissants médias, (…) c'est un problème républicain. (…)
Il y a des puissances très importantes qui, en particulier, ont des intérêts dans les médias, et qui poussent à ce choix tout fait : Nicolas Sarkozy d'un côté, Ségolène Royal de l'autre. »
► Mis à jour le 05/06/2009 à 17h42, avec la vidéo de la conférence de presse organisée par François Bayrou.
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De Ryuu
Informaticien parisien | 14H22 | 05/06/2009 |
Ouah…
Moi qui pensais que Bayrou remontait un peu, le voir attaquer sur la base d'un livre paru il y a 35 ans, c'est juste pathétique. Et pis franchement, depuis 35 ans :
-soit DCB a changé, auquel cas c'est hypocrite de s'en prendre a lui sur ce point
-soit il n'a pas changé, auquel cas c'est hypocrite de s'en prendre à un homme politique réellement fidèle à ses opinions.
De papy38
retraité | 15H00 | 05/06/2009 |
L'élection du président au suffrage universel rend fou les politiques français. Voir ce qui arrive à M. Sarkozy et la campagne que mène M. Bayrou… dont les accusations sont un peu exagérées(de l'Europe, est-il encore qestion ? ). Que ne faut-il pas faire pour essayer de rassembler le maximum de suffrages.
Quand à M. Cohn Bendit, qui est devenu écologiste compatible avec le capitalisme mondialisé, je n'aurais pas non plus trop d'égards… Où sont les Verts politiquement engagé à Gauche ? Que dit José Bové qui semble embarqué malgré lui dans une aventure qui le marginalise ?
Bon c'est vrai, je me suis séparé d'un P.S. qui devrait maintenant s'appeler parti social démocrate, ce serait plus logique malgré les gesticulations de Benoit Hamon dont je ne mets pas en cause la sincérité, mais parler à gauche et agir centre gauche, ça n'est pas non plus très sérieux.
Et la gauche dans tout cela ?
De nono le simplet
gardien de phare en intérim | 15H06 | 05/06/2009 |
Extrait de l'article de libération.fr du 23/02/01
En 2001, quand éclate la polémique sur son livre Le grand Bazar publié en 1975, Daniel Cohn-Bendit admet la provocation mais, comme Joschka Fischer, dénonce la chasse à l'homme.
L'Express a publié, dans le cadre d'un dossier sur l'omerta, un article intitulé « Les remords de Cohn-Bendit », à propos d'un passage de son livre, le Grand bazar (publié en 1975 chez Belfond), où il parle de son activité d'éducateur dans un jardin d'enfants « alternatif » à Francfort. « Il m'était arrivé plusieurs fois que certains gosses ouvrent ma braguette et commencent à me chatouiller. Je réagissais de manière différente selon les circonstances, mais leur désir me posait un problème. Je leur demandais : “Pourquoi ne jouez-vous pas ensemble, pourquoi m'avez-vous choisi, moi, et pas les autres gosses ? ” Mais s'ils insistaient, je les caressais quand même », écrivait-il.Le voilà vingt-cinq ans plus tard obligé de se défendre d'actes pédophiles. « C'est dégueulasse, déclarait Daniel Cohn-Bendit hier à Libération. Prétendre que j'étais pédophile est une insanité. La pédophilie est un crime. L'abus sexuel est quelque chose contre lequel il faut se battre. Il n'y a eu de ma part aucun acte de pédophilie. » Des parents de ces « crèches alternatives » ont d'ailleurs apporté leur soutien au leader écologiste dès le 31 janvier, soit trois jours après la publication d'une pleine page sur le sujet dans le journal anglais The Observer. « Nous savons qu'il n'a jamais porté atteinte à nos enfants », écrivent-ils. Les enfants eux-mêmes rejettent dans cette lettre « toute tentative de rapprochement entre Daniel Cohn-Bendit et des personnes coupables d'abus sexuels sur enfants ».
De grellety
enseignant | 15H53 | 05/06/2009 |
Une altercation bien pratique pour Bayrou qui « crée le buzz » sur lui, alors que dans cette émission Mélenchon a dit son fait à Arlette Chabot, la directrice de « l'information » sur France 2, responsable d'une sous-information sur l'Union Européenne et d'une absence presque totale de débats sur cette chaîne. La démocratie française est autant mise en danger par ce genre de « journalistes » que par les élus de la majorité actuelle.