
Européennes : temps de parole, le cadeau fait à François Bayrou
Pressenti au gouvernement, le président des centristes au Sénat lui a offert un cadeau d'adieu : vingt minutes de spots électoraux.

Attention, modèle de tambouille politique ! Dans les deux dernières semaines de campagne des élections européennes, du 25 mai au 5 juin, les partis politiques en lice se partageront trois heures de spots électoraux sur les télévisions et radios publiques.
Les groupes parlementaires, à l'Assemblée nationale et au Sénat, parrainent les partis politiques de leur choix pour deux de ces trois heures d'antenne. Six partis se partageront ce temps de parole. La dernière heure sera divisée entre dix-huit autres partis qui en ont déjà fait la demande (NPA, FN, Europe Ecologie…), s'ils déposent une liste dans au moins cinq circonscriptions.
Dans ces six partis qui trusteront télés et radios, on retrouve évidemment l'UMP, le PS, le Nouveau Centre, le PCF, mais également, et c'est plus surprenant, le PRG et le MoDem. Surprenant pour le PRG car ils ne devraient pas présenter de listes aux européennes, mais ont un groupe au Parlement (ils pourraient soutenir un autre parti ou critiquer le mode de scrutin). Et pour le MoDem, puisqu'il ne dispose pas de groupe ni à l'Assemblée nationale ni au Sénat.
Qui a donc permis au parti de François Bayrou de disposer de vingt minutes de spots multidiffusés (deux heures divisées par six partis) au lieu des trois minutes et vingt secondes qui reviendront aux autres partis qui n'ont pas été parrainés ? Réponse : le groupe Union centriste du Sénat, au sein duquel les alliés au MoDem n'ont pourtant pas la majorité !
La voix prépondérante de Michel Mercier
Selon nos informations, la scène se déroule il y a quinze jours, lors d'une réunion dudit groupe. Un vote est organisé parmi les vingt-neuf membres. Résultat : vingt-deux suffrages exprimés, onze pour, onze contre. Mais le vote du président de groupe, le sénateur du Rhône Michel Mercier, est prépondérante. Et ce dernier a opté pour le parrainage du MoDem.
La décision a de quoi interpeller. Si Michel Mercier demeure trésorier du MoDem, il n'est plus depuis longtemps sur la même ligne politique que François Bayrou. Le président du MoDem s'est mué en farouche opposant à Nicolas Sarkozy, qui le lui rend bien ; alors que le trésorier du même parti est plus que pressenti pour faire son entrée au gouvernement, via le ministère de l'Agriculture que laissera vacant Michel Barnier.
Pour comprendre ce vote, il faut se plonger dans les affres des divisions centristes. Si à l'Assemblée les choses sont claires (le Nouveau Centre a vingt-et-un députés, le MoDem trois), c'est loin d'être le cas au Sénat.
Sur les vingt-neuf membres du groupe Union centriste, dix sont au Nouveau Centre et dix-neuf à l'UDF-MoDem (cette dénomination demeure pour des raisons de financement des partis politiques). Mais, parmi ces dix-neuf, seuls six soutiennent François Bayrou. Les treize autres sont en majorité derrière l'ex-ministre Jean Arthuis, réunis sous la bannière Rassembler les centristes, dans l'attente d'un hypothétique rassemblement.
Michel Mercier tente lui, tant bien que mal, de maintenir une certaine cohésion : avoir un groupe permet de peser sur les débats au Parlement. « Il fait aussi le job pour Nicolas Sarkozy », commente un membre du Nouveau Centre. Traduction : il incite ses collègues à voter en faveur des textes du gouvernement.
« Leur long passé politique commun »
Pourquoi l'oeil de Nicolas Sarkozy a-t-il donc fait ce cadeau à François Bayrou ? L'intéressé a refusé de répondre aux questions de Rue89, mais le décryptage est aisé pour l'un de ses collègues au Sénat :
« C'est un dernier cadeau à Bayrou pour solde de tout compte de leur long passé politique commun, avant que Mercier ne rejoigne probablement le gouvernement. Il y a une sorte de boyscoutisme chez les centristes… L'Elysée n'en a tenu rigueur à personne dans le groupe, ils ont été grands seigneurs dans cette affaire. »
Les sénateurs encartés au Nouveau Centre, qui ont tous voté contre cette initiative, rongent leur frein en silence, même s'ils disent comprendre le sens du choix de Michel Mercier, davantage politicien que politique. L'un d'eux :
« Ce n'est pas un choix politique. D'ailleurs, on n'aurait pas dû voter, il ne fallait pas parrainer de parti. Mais bon, on a quand même une vie de groupe à gérer et il y avait quelques tensions. On ne voulait pas continuer à faire la guerre à Bayrou. Et c'est aussi un enjeu démocratique car Bayrou va faire au moins 10% aux européennes. »
« J'espère que Bayrou aura un sursaut d'éthique »
Jean Arthuis avait, quant à lui, choisi de voter blanc. L'influent président de la commission des Finances au Sénat ne souhaitait pas s'opposer par principe au parrainage du MoDem par le groupe Union centriste, malgré ses craintes :
« Parrainer est un grand mot, disons qu'on ne s'y est pas tous opposés. Essentiellement pour ne pas victimiser Bayrou : qu'aurait-il dit si nous avions décidé du contraire ? Mais j'espère qu'on n'aura pas à la regretter et que ça lui permettra d'exprimer ses idées sur l'Europe. Parce que, pour l'instant, on semble déjà dans une pré-présidentielle. J'espère qu'il aura un sursaut d'éthique. »
Des craintes que la publication du récent livre de François Bayrou, « Abus de pouvoir » (éd. Plon), ne devraient pas faire s'envoler. Le président du MoDem y dépeint un Nicolas Sarkozy en « enfant barbare ». On a hâte de voir ce que cela donne en vidéo.
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De Clarence
16H54 | 15/05/2009 |
Bonjour.
C'est un piège pour Bayrou, ce « cadeau ».
Et Bayrou serait bien inspiré, soit de carrément refuser, soit, à son tour, de redistribuer ce temps de parole aux listes qui n'en ont pas (ou peu).
Je ne suis pas électeur du Modem ni de Bayrou lui-même, mais si celui-ci veut conserver, voire consolider, le statut que son opposition assez frontale au sarkozysme est en train de lui conférer, il devrait en effet refuser de tels « petits arrangements entre amis ».
On verra bien …
De ecor1
sur le fil | 17H08 | 15/05/2009 |
« L'Elysée n'en a tenu rigueur à personne dans le groupe, ils ont été grands seigneurs dans cette affaire “.
Seulement l'expérience a montré que quand l'Elysée veut, l'Elysée obtient, donc dans ce cas particulier, Sarkozy a donné son accord, mais si oui, pourquoi ?
Bayrou est dans l'opposition, au meme titre que le PS. Par la promotion de Bayrou au meme niveau que le PS, cela introduit une concurrence de poids dans l'opposition, jusque là principalement trustée par le PS. Cela va entrainer inévitablement une fragmantation du vote protestataire qui se serait majoritairement reporté sur le PS.
Bayrou s'avèrera donc un bon élément pour affaiblir le PS par sa droite. De meme, depuis quelque mois déjà, le pouvoir traite Besancenot comme un poids lourd de la gauche, ce qui permet d'affaiblir le PS par sa gauche cette fois-ci.
C'est donc une stratégie du sandwich, le PS se voit attaqué des deux cotés, au plus grand bénéfice de l'UMP.
De aline
06H01 | 16/05/2009 |
Vingt minutes ?
Même avec vingt heures, je ne le vois pas gagner quoi que ce soit.
Et avec cet arrangement entre amis, il se présente en complice de la magouille politicarde qu'il combat !
Qu'il commence déjà par devenir maire de sa ville…
De christinebgerard
adhérente MoDEm (au moins j'annonce... | 07H15 | 16/05/2009 |
Effectivement pas sûr que ce ne soit pas un cadeau empoisonné… et effectivement FB aurait eu de quoi râler sachant ce qu'il représente en nombre de voix et je crois effectivement que si l'Elysée n'a rien dit ce n'est pas par hasard : il évite que FB dénonce une situation anti-démocratique (ce n'est pas la seule ; -s ) et en même temps il le fait passer pour un magouilleur alors que pour qu'il y ait magouille il aurait fallu entente et entre Michel Mercier et FB on ne peut pas parler d'entente ; -)
Bon si ensuite on parle de distribuer le temps de parole ainsi attribué à d'autres, juridiquement pas sûr que ce soit faisable… et le parti qui par le nombre de voix aux dernières élections pourrait prétendre à un plus grand temps de parole serait le FN… alors pas sûr que sur ce coup FB ait très envie de « partager ».
A la base ce sont les modalités d'attribution du temps de parole qui posent question de même que la répartition des sièges à l'assemblée…