Pas de Le Pen pour la présidence du Parlement européen

Jean-Marie et Marine Le Pen à l'université d'été du FN à Evian, septembre 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).

Le Parlement européen a tranché : ce n'est pas le doyen des députés élus en juin prochain qui présidera, pour l'honneur, la séance inaugurale de la nouvelle session. Face au risque de voir Jean-Marie Le Pen assumer ce rôle, gauche et droite ont préféré changé le règlement. « Totalitarisme », répond Marine Le Pen. La vice-présidente du Front national espère transformer ce scrutin en « reconquête électorale » pour son parti.

« On est dans une Union soviétique européenne »

C'est le président sortant de l'assemblée qui présidera symboliquement la séance inaugurale du 14 juillet. Le représentant du groupe socialiste, Martin Schulz, n'a pas caché sa volonté d'écarter Jean-Marie Le Pen du perchoir, pour des raisons purement politiques :

« Un homme politique qui continue de clamer que les chambres à gaz sont un détail de l'histoire ne peut pas avoir l'honneur de présider cette assemblée, symbole de la réconciliation des peuples européens. »

Une décision qui a aussi été votée par le Parti populaire européen, groupe de droite présidé par le Français Joseph Daul. Réaction immédiate de Marine Le Pen :

« Le Parlement européen montre aux électeurs son vrai visage, celui du totalitarisme, qui donne des leçon de démocratie à la terre entière. Ils font des lois spécifiques en fonction des personnalités qu'ils veulent voir ou pas à certain moment. Cela démontre que l'on est dans une Union soviétique européenne. » (Ecouter le son)

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Un scrutin décisif pour le Front national

Après la raclée de la présidentielle, où la figure de Jean-Marie Le Pen a été ringardisée par le discours droitier du candidat Sarkozy, le Front national a connu des heures sombres. A commencer par ses finances. L'échec des législatives a coûté cher au FN : 7 millions d'euros de dette.

Puis, il y eut d'interminables négociations pour vendre le Paquebot. Le siège du parti -2500 mètres carrés à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine)- est évalué entre 15 et 20 millions d'euros. Après l'épisode de l'université chinoise (candidate à l'acquisition, mais ayant renoncée « suite à des pressions de l'Elysée » dixit les Le Pen), le FN s'est résolu à vendre l'immeuble aux enchères, par le biais de la Chambre des notaires :

« Nous sommes en train de vendre le Paquebot, dans le cadre d'enchères volontaires. Lorsqu'il sera vendu, notre situation sera meilleure, parce qu'elle est objectivement difficile aujourd'hui. » (Ecouter le son)

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Pire : pour faire sa campagne européenne, Jean-Marie Le Pen a gagé sa fortune personnelle comme caution auprès des banques. Il a contracté un prêt de 600 000 euros, l'enveloppe maximale autorisée par la loi pour une campagne européenne. D'autres cadres du parti ont effectué la même démarche. (Ecouter le son)

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Juin 2009 : opération reconquête électorale

Au précédent scrutin, en 2004, le FN avait rassemblé 9,8% des électeurs. Aujourd'hui, il espère bien transformer ce nouveau rendez-vous électoral en opération de reconquête électorale. Malgré les récents départs de certains cadres, la concurrence d'un Carl Lang et une probable forte abstention :

« Nous visons de faire aussi bien qu'en 2004, après une séquence décevante. Tout le monde sait que l'abstention bénéficie d'abord aux grands partis. Nous voulons démontrer qu'il faut encore compter avec le Front national, non seulement le 7 juin, mais aussi aux scrutins suivants. » (Ecouter le son)

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Deux ans de Sarkozy ? « Une trahison »

Pour cela, le FN joue à l'unisson des autres partis. Notamment sur l'anti-sarkozysme développé par la crise économique. Lorsqu'on lui pose la question du bilan des deux ans de Sarkozy, la vice-présidente du FN répond juste « trahison » :

« C'est une inefficacité totale sur le plan économique et sociale et une grande trahison. Il a pris une voie inverse que celle qu'il avait promis de prendre pendant la campagne présidentielle. Je ne suis pas étonnée de voir que presque deux Français sur trois sont déjà déçus de son action. » (Ecouter le son)

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Photo : Jean-Marie et Marine Le Pen à l'université d'été du FN à Evian, septembre 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).

4 commentaires sélectionnés

Portrait de the picker

De the picker

étudiant | 21H05 | 06/05/2009 | Permalien

Je suis totalement d'accord.

Vouloir donner des leçons de démocratie en ne respectant pas soi même ses principes de base je trouve cela assez pathétique, vive le manque de crédibilité après.

Entre ça et vouloir interdire les listes « anti-sionistes » on est en train de nous fabriquer des martyrs, qui vont se délecter de cette publicité qu'on leur offre, c'est encore plus pathétique niveau « com » politique ».

Il me semble que c'est Voltaire qui disait : « Je déteste vos idées mais je suis prêt à mourir pour votre droit de les exprimer ». On est bien loin de ce principe, hélas.

Portrait de FabiendeMénilmontant

De FabiendeMénilmontant

journaleux - blogueur | 21H43 | 06/05/2009 | Permalien

d'autant que, avec la modification du scrutin (en France) opérée par Sarkozy (le ministre) des listes comme Dieudonné ou même le NPA et LO associées n'ont aucune chance d'obtenir un siège.

rappel des élections 2004 :
http://www.france-politique.fr/elections-europeennes-2004.htm
où le PS avait bien battu l'UMP qui ne faisait pas mieux que lorsque Sarkozy menait la liste RPR, en pourcentage, mais se positionnait tout de même 2e, contre 3e cinq ans avant, derrière Pasqua/Villiers.

Portrait de Christophe

De Christophe

00H44 | 07/05/2009 | Permalien

on vit quand même dans un drôle de monde… obligé de défendre la démocratie pour que Le Pen s'en serve, c'est un comble non ?

N'empèche, l'Europe, je me demande… avant, oui, j'étais même plus que fédéraliste mais maintenant, je sais plus trop… ou plutôt si, je sais, franchement contre…

L'Europe organise ses référendums quand elle en a besoin, et jusqu'à ce qu'elle obtienne le résultat qui lui va bien…

L'Europe coupe les crédits aux peuples qui votent pas dans le droit chemin (bon, c'est des Arabes, mais quand même…)…

L'Europe (et la France en particulier) accueille des ministres des affaires étrangères Israélien qui tiennent des discours qu'un Le Pen (tient tient…) ne renierait pas…

Et puis elle vote cette loi d'exception pour un personnage cacochyme qui en définitive ne la mérite même pas… D'autant plus que j'ai parfois le sentiment que si Le Pen n'a plus le droit de parler, Sarkozy conserve le droit d'agir et que c'est bien ce grand démocrate qui maintient Coupat en prison, non ?

Bref, le monde est bizarre et j'ai de plus en plus de mal à m'y sentir chez moi…

Portrait de nono le simplet

De nono le simplet

illuminé basse tension | 04H36 | 07/05/2009 | Permalien

je suis assez surpris de l'indignation des certains commentateurs qui me précèdent .
Je suis , moi , ravi de savoir que ce ne sera pas un leader de l'extrème droite qui inaugurera le nouveau parlement et Français de surcroit .
Cette entorse au réglement et aux habitudes me semble au contraire trés bonne et prouve , pour moi , que les énarques de l'Europe sont capables de prendre ( parfois ) des mesures intelligentes en empéchant un anti-européen notoire ( ce qui est quand même un comble pour un candidat à cette élection ) et un xénophobe notoire aussi de faire le discours inaugural de cette assemblée qui y aurait perdu de sa respesctabilité.

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