
Interdire les listes de Dieudonné ? Non : les combattre
Le piège a bien fonctionné : face aux provocations du trio Dieudonné-Soral-Gouasmi, le secrétaire général de l'Elysée Claude Guéant agite la menace d'une interdiction de leurs listes « anti-sionistes ».
Quelle aubaine pour ces agitateurs aux propos nauséabonds, d'autant que Guéant a choisi de faire sa déclaration au micro de Radio J.
Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, a bien raison de s'interroger sur « les calculs derrière » l'hypothèse d'une interdiction des listes aux européennes et il ajoute : « A quoi joue l'Elysée et à quoi joue M. Guéant ? A quoi cela sert-il et quels sont les calculs derrière cela ? Pourquoi ce coup de pub ? »… J'étais présent au Parlement européen quand j'ai entendu M. Le Pen répéter des propos d'inspiration négationniste sur le fait que les chambres à gaz étaient un détail : alors il faudrait interdire les listes Front national aussi », a aussi indiqué l'eurodéputé socialiste.
Guéant et Sarkozy veulent se donner le beau rôle, après avoir mené une campagne présidentielle tournée vers l'électorat de Le Pen. Notons qu'à cette époque Dieudonné et Soral soutenaient le chef du l'extrême-droite. Soral était membre du comité central du FN, sur décision personnelle de Le Pen, et Dieudonné multipliait les signes de connivence avec le président du FN.
Le Pen leur rend d'ailleurs la politesse en se portant immédiatement à leur secours.
Antisémitisme ? Aucun doute !
Aucune doute : Dieudonné, Soral et Gouasmi tiennent un propos antisémite. Leur « antisionisme » n'est qu'une couverture sémantique pour attiser la haine anti-juive.
Mais interdire leur campagne avant même qu'elle ait débuté revient à les placer une fois de plus au centre du débat et à leur donner une place de « martyrs ».
Notons au passage que le troisième homme de la liste, Yahia Gouasmi, est rarement cité alors que c'est lui qui tient les propos les plus virulents.
Gouasmi est aussi celui qui semble assurer le soutien financier de la campagne, dont il avait d'ailleurs annoncé la tenue depuis un certain temps.
Lors de la conférence de presse de lancement le 24 Avril Soral et Dieudonné se tournent vers lui pour fixer le nombre de régions qui seront couvertes, en fonction des moyens financiers qu'il mettra en place.
Parmi les propos de Gouasmi, président du « Parti antisioniste de France » déjà crée par ses soins, du Centre Zahra et d'une improbable Fédération des chiites de France :
« Le sionisme gangrene notre société (…) Il gère les médias. Il gère l'éducation de nos enfants. Il gère notre gouvernement, et tout cela pour l'intérêt de l'étranger. L'intérêt de l'entité sioniste israélienne. » (Ecoutez le son) :
Audio placeholder
Ils sont arrivés en France,… une fois qu'ils [les juifs] se sont stabilisés, une partie d'entre eux se sont développés dans le sionisme (…). Ils ont pris le pouvoir en France, le pouvoir des médias, les trusts, la politique. Croyez-moi : gauche comme droite n'est que du sionisme. Il n'y a rien d'autre. Tout ça c'est une magouille à grande échelle, et nous sommes là pour la dénoncer. Et dénoncer tous les hommes politiques qui font l'apologie et le soutien du sionisme, quels qu'ils soient et dire qui sont les vrais Français et qui défend les intérêts de la nation » (écoutez le son) :
Audio placeholder
« Le sionisme il est en train d'éduquer tes enfants. Tu n'as plus autorité sur tes enfants. Il est en train de les orienter comme ils veulent, où ils veulent, même comment il faut voter. Le sionisme est chez vous, et chez nous. Il divise le foyer. Il divorce le foyer. A chaque divorce, moi je vous le dis, il y a un sioniste derrière. A chaque chose qui divise une nature humaine, il y a derrière un sionisme. C'est ce que nous croyons. Et c'est ce que nous allons démontrer (…) Pour nous, le sionisme, c'est un mal… la France est occupée par le sionisme. C'est ce sionisme que De Gaulle a pointé du doigt, et cet atlantisme. Nous sommes là pour libérer la France (…) » (écoutez le son) :
Audio placeholder
Ce trio doit être résolument combattu ; ce ne sont pas les méthodes de Guéant et Sarkozy qui porteront ce mouvement.
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
Ailleurs sur le Web
- 25292 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque
























2
De anderson
ingénieur | 08H32 | 04/05/2009 |
Vouloir interdire la présentation d'une liste , a plusieurs conséquences : faire une publicité spéciale pour ces gens ,
mais surtout donner l'impression aux électeurs qu'on les prend pour des demeurés ; on est tout de même pas obligé de voter contre ses convictions !
De Colas Géranton
étudiant | 08H34 | 04/05/2009 |
Le « grand public » ne fait pas vraiment la différence entre les « deux » antisionnismes.
- Le sens « noble », c'est une solidarité entre les peuples face à l'impéralisme et au néo-colonialisme économique de l'État israëlien. Il n'est crédible que s'il s'accompagne d'autres formes de mobilisation et de solidarité entre les peuples, comme celle pour la liberté de circulation et la régularisation des sans-papiers, le soutien au peuple tamoul opprimé par l'État sri-lankais, au peuple kanak opprimé par l'État français, au peuple mapuche opprimé par les États sud-américains, etc (il y en a malheureusement beaucoup d'autres).
- Un autre antisionisme, qui n'est qu'un faux-nez de l'antisémitisme, consiste à se rapprocher d'historiens négationistes, et d'hommes politiques français ou iraniens aux sorties antisémites et racistes régulières.
Devinons de laquelle définition se rapprochent Dieudonné et sa clique ?
Alors, doit-on continuer à utiliser le terme « antisionnistes » ? Ce n'est pas parce des crypto-fascistes galvaudent un mot que nous devrions le banir. Mais nous devons nous interroger sur sa signification. Si nous utilisons le terme « anti-sionisme », c'est parce que les impérialistes israëliens utilisent eux-même le terme de « sionisme ». En nous plaçant sur leur terrain linguistique, nous faisons de l'État israelien un État à part, un ennemi à part. Nous nous exposons nous-même à des accusations d'antisémitisme, alors que l'État d'Israël ne mérite pas plus qu'un autre État un terme spécial ! Cessons donc de parler d'anti-sionisme, et revenons sur les fondamentaux de l'anti-impéralisme : la solidarité entre les travailleurs du monde entier, et le développement de leur conscience de former une même classe aux intérêts opposés à ceux des capitalistes aux commandes des États, quelle que soit leur religion ou leur origine.