
Pas de larmes en Europe pour Jacques Chirac
Le départ de Jacques Chirac de l'Elysée provoquera peu de larmes en Grande Bretagne, peut-être pour les mauvaises raisons. Il a eu raison sur l'Irak, et c'est agaçant. Mais il n'y aura pas plus de larmes sur son compte dans le reste de l'Union européenne non plus.
Il sera assurément regretté. C'était un survivant, un homme qui pouvait faire vivre trois décennies de souvenirs personnels à la table des grands de la politique européenne. Il avait une grande vision de la place de l'Europe –et de la France- dans le monde. Mais il était resté au-delà de sa date d'expiration : il était à cours d'idées et ne pouvait pas se l'avouer.
La plus grande réalisation de ses dernières cinq années à la présidence -et pas n'importe laquelle ! -, fut son objection de principe à l'invasion de l'Irak orchestrée par les Etats-Unis. En refusant de se joindre à la coalition réunie par Washington, il a incarné le sentiment de l'immense majorité des électeurs européens – au contraire de Tony Blair, le premier ministre britannique. Mais même lorsqu'il avait raison, il surjouait son rôle. Son rejet arrogant des nouveaux Etats-membres de l'UE, dont il a dit qu'ils avaient « manqué une bonne occasion de la fermer », ne fut pas facile à oublier, ou à pardonner. C'était nul et mal informé.
Son plus grand échec de la même période, vu de l'extérieur, fut son pari insensé en organisation un référendum sur le traité constitutionel européen – et sa défaite. Il était bien trop supérieur pour faire campagne lui-même. Son gouvernement n'était pas très chaud. Et le non des Français fut autant fondé sur l'impopularité de Chirac qu'aux défauts de la constitution. Mais il eut pour conséquence de paralyser le processus politique au sein de l'Union européenne. M. Chirac aurait dû démissionner. Il ne l'a pas fait.
Mais il est sans doute plus encore à blâmer pour son incapacité à réformer de manière cohérente l'économie française, son système de sécurité sociale, et son système politique, pour adapter la V° République au XXI° siècle. Plus habile à conquérir le pouvoir qu'à l'exercer, il a succombé aux protestations de la rue plutôt que de poursuivre sur la voie des réformes nécessaires.
La France est le pays européen le plus hostile à la mondialisation, le plus effrayé par les conséquences de la compétition internationale. Le Président Chirac n'a rien fait pour contredire les mythes sur lesquels est fondée cette hostilité, et pour redonner à son pays des raisons de croire en l'avenir plutôt que de le craindre.
Le chômage persistant, surtout parmi les jeunes, n'a pas grand chose à voir avec la compétition internationale. Seulement 11% des importations françaises viennent de pays à bas salaires – la proportion la plus faible de l'UE. Et pourtant, le taux de chômage français est parmi les plus élevés. Les investissements français en Europe centrale et orientale –la délocalisation si redoutée- créent plus d'emplois français qu'ils n'en détruisent. Le problème repose dans la rigidité du vieux marché de l'emploi français.
Jacques Chirac quitte sa fonction en laissant une France inconfortable avec elle-même, avec son image, et avec sa place dans le monde. Si c'est son héritage, il n'y a pas de quoi en être fier.
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De
11H18 | 24/05/2007 |
je trouve tout à fait paradoxal qu'un des premiers reproches fait à Chirac soit son « pari insensé » de laisser le peuple entériner ou non le texte de la constitution européenne. Cela veut dire quoi ? Que compte tenu du résultat et du fait que les français n'en ont pas voulu, il aurait fallu passer par d'autres chemins moins soumis à la volonté populaire pour imposer cette nouvelle organisation des pouvoirs en Europe pour des décennies et des decennies et ce, en contradiction totale avec la volonté des français. Je trouve qu'il y a suffisamment de reproches à faire à l'ex président pour éviter de lui faire celui-là et laisser voir à quels point certains sont prêts à ne pas s'encombrer de souci démocratique même sur des sujets aussi fondamentaux. Alors sur le reste…
paradoxos