
Blair l'europhile n'a pas réconcilié les Britanniques avec le continent
Blair l'europhile a-t-il raté son départ sur la scène européenne ? Nicolas Sarkozy est revenu triomphant de Bruxelles après avoir arraché un compromis la semaine dernière. Les médias allemands ont volontiers poussé un » soupir de soulagement » quand Angela Markel a obtenu un accord en dépit des blocages polonais et britanniques. Sur le continent, on n'a pas manqué de souligner combien les 27 avaient en partie ravalé leurs ambitions. Tony Blair a notamment obtenu qu'ils renoncent à un ministre des Affaires étrangères commun. Autre victoire britannique : nos voisins sont exemptés de la Charte des droits sociaux, l'un des principaux points de blocage trans-Manche.
Autant d'entorses qui peuvent faire regretter le bilan décevant que Tony Blair laisse derrière lui en matière européenne au moment de tirer sa révérence. Pourtant, de retour à Londres, celui qui occupe depuis dix ans Downing street a essuyé une dernière fois les foudres de la presse. Malgré son opiniâtreté à négocier d'énièmes clauses dérogatoires pour son pays, Tony Blair a été accusé d'avoir » bradé les joyaux de la Couronne » … là où ses partenaires lui reprochaient justement d'avoir manqué d'allant pour un leader si souvent décrit comme pro-européen.
Ce contraste est révélateur d'un immense malentendu qui perdure entre les Britanniques et l'Europe, mal comprise au sens politique mais bien présente au quotidien pour nos voisins. A son arrivée au pouvoir, en 1997, Tony Blair tranchait pourtant par son enthousiasme à son égard, de même que par sa francophilie. Lui qui a bluffé les députés français en s'exprimant dans leur langue à l'Assemblée nationale n'aime rien tant que raconter qu'il fut garçon de café à Paris durant ses vertes années.
Sur l'euro, un des dossiers les plus sensibles, il avait même fait preuve d'audace en se montrant proche des milieux d'affaires qui réclamaient le passage à la monnaie unique… au risque de prendre à rebrousse-poil son opinion publique, très majoritairement hostile à l'abandon de la livre.
Mais de l'eau a coulé depuis dans le « Channel ». Avec la passation de pouvoir, aujourd'hui, entre Tony Blair et son successeur Gordon Brown, l'heure est au bilan. Or, en matière européenne, » Teflon Tony » a surtout battu en retraite. Assez peu idéologue finalement, volontiers pragmatique quitte à changer plusieurs fois son fusil d'épaule, il a remisé bon nombre d'ambitions européennes.
Confronté à une défiance grandissante depuis qu'il s'est lancé dans cette aventure irakienne qui a fait plonger sa cote de popularité, ce « Prime minister » si sensible aux conseils des « spin doctors » a baissé la garde sur le front européen. L'euro sera dès lors jugé trop risqué, honni qui plus est de Gordon Brown, ministre des Finances durant dix ans et grand rival de Blair au sein du camp travailliste.
L'arrivée annoncée de ce dernier à Downing Street inquiète depuis longtemps les milieux euro-enthousiastes. Connu pour être tièdement européen, l'Ecossais réputé bourru en a froissé plus d'un à Bruxelles. Il ne fait pas non plus mystère de son affection pour la culture américaine. Or, dans ce pays où les médias sont farouchement europhobes, une inclination tempérée pour l'Europe peut vite virer au sur place. Des tabloïds qui confondent souvent l'euroscepticisme avec une bonne vieille francophobie séminale jusqu'aux journaux de référence, les manchettes sont nombreuses à réveiller les vieux démons anti-européens de nos voisins. Comme un écho à cette Une qui titrait un jour de gros temps : » La Manche en plein brouillard : le continent coupé du monde. »
Nous étions alors en 1911. Un siècle plus tard, la méfiance des sujets de Sa Majesté à l'égard de l'Europe reste immense. Bruxelles demeure synonyme d'abandon de souveraineté et de contorsions, notamment en droit du travail. Pour cette ancienne puissance coloniale, la nostalgie du leadership fait souvent écho à un sentiment d'insularité qui contraste avec la voisine Irlande, autrement plus pro-européenne. Les langues vivantes battent de l'aile outre-Manche et la germanophobie demeure immense. Dans l'imaginaire de nos voisins, l'Allemand le plus typique ressemble ainsi encore d'assez près aux héros de la série » Papa Schultz » . Les rares hommes politiques pro-européens ont quant à eux vite fait figure de pestiférés.
Pourtant, si le départ de Tony Blair ne coïncide pas franchement avec un retour en grâce de la chose européenne, c'est aller un peu vite en besogne que d'enterrer le destin européen de la Grande-Bretagne. Sans l'euro, sans Schengen et sans doute sans grand entrain, Londres n'en a pas moins dopé son influence sur le continent. Pour rallier la soutien d'autres pays –à commencer par les derniers entrés–, la Grande-Bretagne s'est révélée habile. Et le tropisme libéral qui infuse aujourd'hui » Schuman City » n'est pas étranger à l'aura britannique.
La population, elle, reste largement rétive à Bruxelles et méconnaît les institutions communautaires. Toutefois, les Britanniques n'ont jamais été aussi européens, au sens où ils n'ont jamais autant consommé d'Europe. A la faveur des compagnies aériennes low cost, ils estiment aujourd'hui plus rentable d'acheter leur maison secondaire en France ou en Espagne. C'est en Allemagne ou en République tchèque que vont se faire soigner ceux qui vivent dans des zones où les listes d'attente sont encore pléthoriques. Là où le plombier polonais défraye la chronique sur le continent, les Britanniques redemandent des dentistes de ce pays. Plus amateurs de football qu'idéologues, ce sont des joueurs européens qu'ils érigent en héros sur leurs pelouses, à commencer par le premier d'entre eux, Eric Cantonna, demi-dieu chez nos voisins. Bratislava est aujourd'hui une des villes d'Europe les plus visitées, à force de recevoir tous les week-ends des dizaines d'avions bondés de jeunes gens venus enterrer leur vie de garçon là où la bière est moins chère…
N'en jetez plus : voilà autant de signes qui prennent le pouls d'une vraie appartenance des Britanniques à une Europe du quotidien, si ce n'est à l'Union européenne. Maigre lot de consolation ? En tous cas pas une surprise dans un pays où l'on dit volontiers qu'on est consommateur avant que d'être citoyen. A croire que, plus que Tony Blair, c'est Stelios, le patron d'EasyJet, qui pourrait bien avoir fait de nos voisins des Européens.
► Modifié le 27/06/2007 à 12h45 suite à l'éclatement de la Tchécoslovaquie…
► A lire : God Save l'Europe -Les Britanniques sont-ils européens ? - de Chloé Leprince et Catherine Ilic (éditions Jacob-Duvernet, 2006).
A lire :
Notre dossier
sur le départ de Tony Blair
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De
11H45 | 27/06/2007 |
Voyons, la Tchécoslovaquie n'existe plus depuis 15 ans, m'dame la journaliste !
De Chloé Leprince (auteur)
Rue89 | 11H48 | 27/06/2007 |
Et comment… voilà qui est modifié, merci à vous !
De Superblaireau
comme son pseudo l'indique | 12H01 | 27/06/2007 |
Did Sarko shoot this picture ?
De Ehim
ehim.over-blog.com | 12H10 | 27/06/2007 |
Qualifier Blair d'europhile, c'est faire abstraction du fait qu'il soit d'abord et avant tout Anglais, c'est-à-dire europhobe par essence même (comme dirait Sarkozy, on se demande même parfois si ce n'est pas génétique ! ).
Au vu de son action dans le cadre européen, on est obligé de constater qu'il n'a fait que continuer l'oeuvre de ses prédéceseurs, à savoir arracher le maximum de concessions à la communauté tout en ne lâchant jamais rien ou presque.
Le Royaume-Uni est le seul pays à bénéficier de statuts particulier qui lui enlèvent les contraintes que les autres pays européens ont accepté et qui s'oppose à une union poltique qui permetrait à l'Europe d'occuper la place qu'elle mérite dans le monde.
Quant à ses choix politiques et stratégiques, on a pu voir, comme avec la guerre d'Irak, que, lorsque l'enjeu est décisif, la Grande-Bretagne choisit toujours les Etats-Unis contre l'Europe, quitte à décrédibiliser l'Europe entière.
à Ehim
De
15H08 | 27/06/2007 |
L'europhilie de Blair est en fait une « super-AELE-philie ». Le marché est la seule chose qu'acceptent les Britanniques. Pour le reste, ils sont collés par la tête aux Etats-Unis et n'hésitent pas à espionner leurs « partenaires » pour le compte de Waashington via le réseau Echelon
à Ehim
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 01H05 | 28/06/2007 |
L'Europe se fera mieux quand on reviendra à la vision gaullienne de l'étendre de « l'Atlantique à l'Oural » (au détroit de Behring) avec les Russe et sans les Anglais. Orwell ne s'y était pas trompé, qui plaçait le UK avec les USA, ce qui est sa vraie place. Ils mentent trop gros, ils mentent trop mal …
http://www.nouvellesociete.org/5122.html
http://www.nouvellesociete.org/5103.html
Pensez à un monde ou une Europe, intégrant la Russie, devient le troisième force entre les Anglosaxons et la Chine… Un gage de paix.
Pierre JC Allard
De
12H24 | 27/06/2007 |
Voici ce que j'ai trouvé sur un blog pro-européen et que je trouve trés juste :
Ce dernier sommet a vu Lech Kaczynski sortir des horreurs à Angela Merkel sur la seconde guerre mondiale (« sans l'Allemagne, il y aurait beaucoup plus de Polonais, il faut en tenir compte ! »). Nous avons vu les Pays-Bas et la Grand-Bretagne réclamer une Europe à la carte, notamment sur la Charte des Droits, qu'ils ont pourtant signée. Nous avons vu Nicolas Sarkozy jeter aux ordures ce qui a construit et continue de faire la prospérité de nos pays : l'objectif d'une concurrence libre et non-faussée (ce serait tellement mieux une concurrence bridée, étatisée et manipulée…).
Nous avons vu les symboles de l'UE disparaître des textes, alors que ces mêmes chefs d'Etat et de gouvernement reprochent à l'Europe de s'éloigner des citoyens.
http://notregeneration.com
De sujetduprince
13H28 | 27/06/2007 |
« sarkozy revient triomphant » … j'ai cru comrendre qu'on avait fait un gros chèque à la Pologne pour qu'ils soient d'accord …peux t-on le confirmer ?
les anglais ont été précurseurs et en ont bien profité ; sur ce plan Blair a été très fin et une part de son succès à été de piquer le pognon européen tout en obeissant aux américains
travailliste ou opportuniste le Tony
les polonais leur emboitent le pas : payés par les USA, payés par l'europe pour etre d'accord…
un petit raket bien juteux que d'etre antieuropéens dans l'europe surtout avec un nigaud à la tete de l'état français qui est pret à tous les compromis pour faire croire qu'il dirige quelque chose.
quand au succès économique anglais : vous enlevez le mot chomage du dictionnaire et il n'y a plus de chomeurs …c'est la recette anglaise que de vider de leur sens les mots : en france un non-chomeur est encore, pour quelques temps, une personne qui a un contrat à plein temps ou qui a choisi,de son plein gré un temps partiel.
en angleterre les riches vont bien et les pauvres pullulent….Sarko admire Blair … on craint le pire.
De Bonobo35
14H44 | 27/06/2007 |
Aux dernières nouvelles, cf Libé de ce matin,Sir Blair,aurait négocié auprès de Ben Sixtine,sa conversion, non pas à l'euro ! , mais au catholicisme.
D'après mes sources, il avait le choix entre le « socialisme “ et le ‘catholicisme’ et entre les deux ‘isme’, il a opté pour celui qui propose le bonheur à tous mais dans une autre vie ! ! ! !
Finalement le libéralisme c'est tout de mm mieux pour les profanes ! ! !
comme on dit au proche orient : ‘les voies du saigneur sont inbushables ! ! ’
De
16H51 | 27/06/2007 |
L'Angleterre de Blair, et celle de ses prédécesseurs, souffre d'un problème d'identité. La presse passe son temps à se demander ce qu'est la spécificité anglaise. Il faut faire un retour en arrière trop long sur l'histoire de ce pays pour en comprendre les causes, mais cette difficulté à se définir, sinon contre les autres (voir la guerre des Falklands qui a valu à Margaret Thatcher d'être réélu en jouant la carte nationaliste) est une des raisons de leur europhobie, mais aussi de leur opposition à tout rapprochement avec l'Europe qui fait émerger en eux un sentiment d'appartenance nationale qu'ils n'éprouvent pas souvent. Avec la réputation de Blair en lambeaux avec la guerre en Irak, l'Europe était simplement un sujet trop impopulaire.
Il est tout aussi vrai que l'Europe n'a jamais été pour les Anglais une question d'idéal et de rapprochement des peuples. Chaque fois qu'une proposition européenne est soumise à l'Angleterre, la première question que les anglais se posent est : Qu'est-ce que je vais y gagner ? Pas forcément du mercantilisme, plutôt du pragmatisme.