« Welcome » : l'Europarlement fait de la résistance
"Welcome", le film de Philippe Lioret sorti en France en mars dernier a reçu mercredi à Strasbourg le prix LUX 2009. Cette récompense est décernée depuis trois ans par le Parlement européen pour aider à la diffusion des oeuvres cinématographiques européennes, notamment en finançant leur sous-titrage dans les 23 langues officielles de l'UE.
Evidemment, vu le sujet du film, qui raconte l'histoire d'un maître nageur décidé à aider un clandestin kurde à traverser la Manche, on peut parler d'un geste politique de la part des eurodéputés. En particulier au moment où la politique migratoire conduite par l'UE et ses Etats membres fait l'objet de vives critiques un peu partout en Europe. (Voir la vidéo)
Philippe Lioret n'a pas laissé passer cette nouvelle occasion d'adresser les siennes au gouvernement français, en se livrant lors de la cérémonie organisée dans l'hémicycle à une attaque en règle contre le ministre de l'Immigration, rapportée jeudi par les Dernières nouvelles d'Alsace :
"Que le film soit couronné ici raconte un truc qui met à mon avis en cause le cynisme d'Eric Besson et sa politique migratoire."
Le cinéaste a conclu sa diatribe par ce qui s'apparente à un appel à la résistance lancé aux institutions européennes:
"Je ne suis pas politicien, je ne suis pas législateur, mais je continue de le dire : à vous [de jouer] la Cour de justice des communautés européennes ! A vous Bruxelles ! A vous Strasbourg !"
Contre-pouvoir?
Cet enthousiasme soulève une question qui taraude régulièrement certains eurodéputés, conscients des prérogatives croissantes dont jouit leur institution: le Parlement européen peut-il s'ériger en contre-pouvoir face à des décisions controversées adoptées par les Etats membres ?
C'est une des caractéristiques les plus remarquables de la construction européenne que d'avoir érigé au-dessus des Etats un ordre juridique contraignant. Par le passé, la Cour européenne de justice les a souvent forcés à modifier une législation contraire à la réglementation européenne.
Les choses sont plus compliquées pour une institution comme le Parlement européen, qui s'inscrit dans un jeu de compromis permanents avec le Conseil. Qui plus est, le fait que la droite soit majoritaire à la fois au Parlement européen et parmi les chefs d'Etat et de gouvernement limite sérieusement ses velléités d'indépendance. Mais l'actualité récente a montré qu'il pouvait donner du fil à retordre aux Etats.
Il y a d'abord eu la bataille autour du Paquet Télécom, finalement adopté mercredi par le PE après des mois de controverse. Après le vote en deuxième lecture du fameux amendement 138, les anti-Hadopi avaient salué dans cette décision du Parlement un coup d'éclat qui pouvait faire capoter la loi française, certains y voyant même un motif supplémentaire de se rendre aux urnes à quelques semaines des élections européennes.
La résistance pouvait désormais venir de Bruxelles. Entre temps, les eurodéputés ont revu leurs ambitions à la baisse : le texte voté hier reprend bien l'amendement 138, mais dans une version édulcorée.
Autre exemple : le débat sur la liberté de l'information en Italie organisé le mois dernier à Strasbourg, en dépit des pressions de Silvio Berlusconi. Le PPE s'était fortement mobilisé pour faire capoter l'adoption d'une résolution condamnant la concentration des médias dans la péninsule. Il a obtenu gain de cause à trois voix près.
Principal argument invoqué par le groupe majoritaire : le Parlement européen n'a pas à intervenir dans les affaires intérieures des Etats. De fait, la résolution visait nommément un pays membre. Mais pour ses partisans, c'était la liberté d'information dans toute l'Europe qui était en jeu.
Dans ces deux épisodes, il n'est pas difficile de voir derrière le comportement de certains eurodéputés la main de gouvernements préoccupés par une possible remise en cause au niveau européen de décisions arrêtées sur le plan national. Dans les deux cas était en jeu la protection des libertés et des droits fondamentaux face au comportement jugé abusif de certains Etats.
Les rapports de force actuels ont empêché l'aboutissement de deux initiatives qui auraient eu un retentissement politique certain. Mais rien ne dit qu'il en serait allé de même avec une majorité parlementaire différente.
La "directive de la honte"
Pour en revenir à "Welcome", sur la question migratoire qui est au centre du film, la position du Parlement européen est plus ambiguë. Les eurodéputés ont en effet adopté en juin 2008 la directive retour, dont l'objet était entre autres d'harmoniser les conditions de rétention des immigrés clandestins. Une partie des sociaux-démocrates avait alors voté avec les conservateurs, les socialistes français s'y étant opposés.
Certes, on ne peut pas mettre le contenu de ce texte sur le même plan que le délit de solidarité au coeur du film de Lioret. Mais pour beaucoup d'associations d'aide aux migrants, la "directive de la honte" a fait des eurodéputés les complices de politiques contraires au droits de l'homme, voire criminogènes.
Les mauvais esprits en concluront que c'est bien beau de vouloir favoriser la circulation des oeuvres culturelles lorsqu'on s'oppose à la libre circulation des hommes en dressant des barrières aux frontières de l'Europe.
Mais les plus optimistes verront dans la décision du Parlement européen de distinguer "Welcome" une initiative encourageante, qui attirera l'attention d'un plus large public sur une question qui mérite d'être débattue à l'échelle européenne.
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De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 12H05 | 27/11/2009 |
Il faut bien camoufler un peu la libre circulation totale des marchandises et des capitaux venus du monde entier dans l' Europe passoire qu'ils nous ont faite .
Alors une bonne couche de peinture verte et une petite couche de vernis de libre circulation des gens, des idées et de la culture , ça ne mange pas de pain et ça ne peut pas faire de mal .
Surtout dans une période ou la mince couche de vernis démocratique commence à se craqueler salement ..
à Numerosix
De ysengrimus
12H47 | 27/11/2009 |
La Wallonie, c'est bien en Europe? Parce qu'ils prennent de fichues de bonnes cyber-initiatives de diffusion vidéastique... Exemple. La plus grande des poésies décrite ici, grâce a eux...
http://www.youtube.com/watch?v=h06pZ_4bQh4
Rien de moins...
Paul Laurendeau
De yoms
pourfendeur | 12H15 | 27/11/2009 |
Abolissons les frontières !
De tecole74hs
passe repasse trépassera... | 12H42 | 27/11/2009 |
Le même débat vu du coté Suisse à Genève.
http://www.youtube.com/watch?v=pc-qoIdaT1A
De Autist Reading
Plombier/Electricien | 13H03 | 27/11/2009 |
Voilà comment, avec tois petits-fours et une caisse de champagne, on transforme un opposant à la politique de pureté du Saint-Empire Chrétien d'Europe avec ses "marches" (zones frontalières censées préserver le centre du contact avec les barbares), en un soutien des représentants de la dite Europe (ils représentent l'Europe, pas les citoyens).
L'incapacité des fourmis à ne pas aller vers le susucre, est désespèrante.
De Mamz
Etudiante | 13H37 | 27/11/2009 |
Ce qui me dérange le plus c'est : "harmoniser les conditions de rétention des immigrés clandestins". Pourquoi pas réfléchir sur une autre façon d'accueillir les étrangers? Tout clandestins qu'ils peuvent être, ils n'ont pas commis de crime qui justifierai ce genre de pratiques. La "rétention", c'est une prison pure et simple faut arrêter de jouer sur les mots. On commence a traiter les migrants en criminels dès leur arrivée sur le territoire européen, je pense pas que ça soit la meilleure façon d'aborder le problème.
De Iv
Roboticien utopiste | 13H50 | 27/11/2009 |
Un parlement ayant tous les pouvoirs pourrait être très déséquilibré, mais la politique actuelle de compromis constant avec la commission européenne formée de gens pas élus et sur lesquels la suspicion de corruption au profit des lobbies est plus que grande n'est clairement pas le système idéal.
Et si on faisait des votations, à la Suisse ? Le contre-pouvoir au peuple, pourquoi ça fait peur aux politiciens ?
De caro
délinquante avérée | 13H58 | 27/11/2009 |
"Welcome" ne traite pas que de la solidarité, mais aussi des conditions "d'accueil" des réfugiés à Calais surtout et dans toute la France.
Avec l'hyperactifprésident, la France veut être en avance sur tout ce qui peut limiter la liberté et servir de modèle à l'Europe ? Eh bien, elle va peut être savoir que ce n'est pas aussi simple, que la résistance aux lois liberticides existe, se développe, doit devenir effectivement européenne, et pas seulement au Parlement.
à caro
De Bobland59
cadre Cial retraité | 16H58 | 27/11/2009 |
Tout à fait d'accord Caro ! Ce film est extraordinaire de vérité, il nous montre bien ce que vivent ces pauvres hères de Calais et d'ailleurs, les bénévoles qui veulent les aider avec en face des politiques au travers de leurs flics qui agissent ni plus ni moins que les flics vichystes avec leurs miliciens qui dénoncent ces mauvais français qui n'obéissent pas aux ordres d'un gouvernement raciste ..
Heureux qu'il ait eu cette récompense car en France il avait peu de chance, déjà il n'est pas resté très longtemps à l'affiche et nous ne sommes pas prêts de le voir à la télé .........
De raspo
14H14 | 27/11/2009 |
Je fais alors partie, sans hésitation, des "mauvais esprits".
Quel cynisme et quelle hypocrisie, de la part de ces parlementaires (en particulier les socio-démocrates) qui soutiennent, à l'échelle européenne ou dans leur pays, des politiques xénophobes, sécuritaires et criminelles, mais qui se laissent couler la larmounette quand on les met dans une salle de cinéma...
Les symboles et les bons sentiments, c'est gentil mais tellement dérisoire, l'heure est bien plus grave en Europe !
à raspo
De hycare
11H39 | 28/11/2009 |
C''est bien "l'Europe" qui met en place un super "mur" appelé "Frontex" avec des instruments très performants et donc des finances et industriels qui se chauffent les mains...(qui? les commissions, le parlement...?)
Les gagnants sont toujours les marchands d'armes (qu'elles soient de défense ou autres..), n'est ce pas?
En l'occurrence , Frontex" c'est pour protéger l'Europe des "hordes" de clandestins supposés délinquants avant d'être humains.
Mais de quoi ont-ils peur?
De jabier
consultant dans les Landes | 17H34 | 27/11/2009 |
C’est un coup à me réconcilier avec le parlement européen.
De halogene
educatrice | 19H24 | 27/11/2009 |
welcome mérite ce prix !
c'est un film qui va au delà des mots!
il me semble que l'Europe doit se positionner elle aussi sur cette question de l'émigration qui pose question à un certains nombres de pays européens!
aujourd'hui il est honteux de voir comment la France tente de régler ce problème en renvoyant des hommes dans des pays que nous avons soit :colonnisé ou utilisé ou envahi pour soit disant enrayer des conflits!
la france n'est plus le pays des droits de l'homme et de l'accueille!
De oyibo
libre-penseur | 07H31 | 28/11/2009 |
un billet d'avion coute moins cher pour l'Angleterre que pour l'Afghanistan ou je me trompe ?
De solènejazz
| 15H34 | 28/11/2009 |
Quand un Etat devient légèrement policier et il suffit de se référer au discours de Sarkozy (du réchauffé, comme d'habitude) qui veut obliger les communes a installer des caméras (qui va payer ??)
L'art devient une forme de résistance
Durant l'occupation de nombreuses chansons avaient ainsi un double sens