
A Saint-Malo, la « révolution du 10 mai » pour un sursaut littéraire
Le premier débat Rue89 aux Etonnants Voyageurs, samedi, a permis, pour la première fois, de faire entendre la voix des internautes dans ce haut lieu de débat sur la littérature. Sous l'impérieuse conduite de notre ami Hubert Artus, le thème du débat était « ces littératures qu'on dit populaires », et a donné lieu à quelques belles sorties entre les cinq participants : Jean-Pierre Dionnet (« L'Ange de miséricorde », Casterman, rééd., 2007), Pierre Dubois (« Leçons d'elficologie », Hoëbeke, 2006), Georges-Oliver Chateaureynaud (« L'Autre Rive », Grasset, 2007), Patrick Rambaud (« Chronique du règne de Nicolas Ier », Grasset, 2008), Pierre Bordage (« La Fraternité Panca (Tome 1) : Frère Ewen », L'Atalante, 2008).
La première question d'un internaute, Olivier Verstraete, de Radio Cité Vauban (RCV), portait sur le thème du débat : « littératures populaires, roman de gare ou de quais de gare, mauvais genres… dans ces qualificatifs pointent souvent le jugement d'un art mineur, d'une sous-culture parce que partagé par le soi-disant plus grand nombre ou soi-disant trop accessible intellectuellement,donc trop populaire. Les particitants à la table ronde sont-ils d'accord avec ces images d'Epinal qui ont malheureusement encore la dent rude (il suffit de voir les nominés des prix littéraires et d'essayer de trouver un polar ou un roman SF) ? comment les dénoncent-ils ? Est-ce qu'ils seraient favorables à ne plus qualifier ces oeuvres de littératures populaires et de leur trouver un autre qualificatif ? “
Réponse d'une seule voix des cinq participants : ces classifications sont absurdes, et elles ont ghettoisé certaines catégories, comme la SF qui se retrouve au fond des grandes surfaces de ventes de livres, ‘juste à côté des toilettes’, et jamais visitées par une bonne partie des lecteurs. Le blâme va aux éditeurs, à la marchandisation du livre, aux critiques… Tous les participants sont d'accord pour s'y opposer, sans pour autant en voir la fin prochaine… Sauf à pronostiquer, avec Jean-Pierre Dionnet, qu'une ‘révolution du 11 mai’ (en fait, il s'agissait du 10 mai, mais peu importe…) soit née du consensus du débat de Rue89 à Saint-Malo… (cliquez pour écouter) :
Une autre question d'internaute, adressée directement à Jean-Pierre Dionnet : ‘La Science Fiction s'éloigne de ses mythes’ qui ont inspirés des Caza, Druillet..et aujourd'hui devient populaire, se défend d'une grande trilogie populaire du cinéma : Star Wars. Et du coup même si Bilal garde la marche haute avec ‘le sommeil du Monstre’, ceux qui ressortent aujourd'hui sont les Kookabura (et ses dérivés), Skydoll (la SF à l'italienne par Barbucci et Canepas) , ou encore Universal War One (UW1) qui laissent loin derrière dans le petit classique, sans être une référence les INCAL, et autres des années 70-80, si ce n'est le space-opéra qui reprend l'esprit de feu Métal Hurlant : METAL. Alors, pour vous le populaire dans la Bande Dessinée de Science Fiction, c'est encore les années 70 ou votre préférence peu aller vers celle du Star Wars ? ‘
La réponse de J-P. Dionnet, très en verve et qui ne craint pas de se faire quelques ennemis’…, suivie de quelques remarques de Pierre Bordage (pour écouter, cliquez ci-dessous) :
Ecoutez également cet échange, suscité par le modérateur Hubert Artus, autour du livre de Patrick Rambaud, ‘Chronique du règne de Nicolas 1er’, entre l'auteur, Patrick Rambaud, et l'incontournable Jean-Pierre Donnet. (cliquez ci-dessous) :
Rendez-vous dimanche pour la suite des débats de Rue89 aux Etonnants Voyageurs.
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De jdbalt
22H20 | 11/05/2008 |
Merci, c'est bien de parler des littératures populaires, c'est même indispensable pour ne pas dire vital : cela veut dire parler de la culture « du peuple“ alors qu'on (un ‘on à cerner) fait beaucoup pour qu'elle ne soit rien.
hélas, ce que l'on entend ici est encore bien loin du compte et ressemble peu ou prou à tous les bavardages de salon (du livre). Il reste donc à ouvrir un vrai débat : sur l'origine, la cause et l'histoire du mépris des genres populaires et de cette autre forme de l'aliénation bourgeoise du XIX/XX qui a consisté à retirer la validité créatrice des genres populaire, parce qu'elle en avait le pouvoir et d'abord celle de se faire elle-même référence et étalon du beau et du bien. Ce n'est pas rien de confisquer, au populo sa propre reconnaissance de classe et d'identité artistique, ses goûts et de sa représentation. ce que l'école républicaine, dans son désir d'être encore plus belle que la bourgeoisie, a validé à tour de bras et valide encore par ses choix scolaires. (enfer pavé de bonnes intentions qui fait de nous un contre exemple planétaire) Ensuite, il reste à aborder les genres populaire : le polar et la SF ont déjà leurs lettres de noblesse… Mais le reste : romans régionaux, historiques… ces genres de grands-mère et de province, comme on dit à Paris… Pour eux, le mépris reste total, ici aussi il me semble.