
Nicolas Sarkozy a-t-il raison de changer l'indexation des loyers ?
Dans l'actualité, cette nouvelle : le président de la République annonce que les loyers seront désindexés de l'évolution des coûts de la construction et ne le seront plus que sur l'inflation. Est-ce de gauche et faut-il s'en réjouir ? Le débat est difficile, parce que qu'il touche des réalités très concrètes, le loyer est devenu une lourde charge pour beaucoup, les prix de l'immobilier à l'achat sont à des niveaux historiquement très élevés et que beaucoup souffrent au quotidien de cette situation.
Quelques principes
Essayons d'analyser, sereinement si c'est possible, en rappelant quelques principes. D'une part, le prix du logement, dans le parc privé, dépend de l'offre et de la demande. Si la demande locative est en excédent sur l'offre, en particulier parce que les prix à l'achat sont eux-mêmes élevés, alors les loyers augmentent. L'offre ne suit pas, les loyers flambent dans les grandes villes, au-delà de ce qui est supportable compte-tenu de la faible hausse des revenus. Faut-il dès lors réguler le marché de l'immobilier ? La réponse est : oui, dans le court-terme, on peut et même doit réguler les prix, mais avec précaution. Pourquoi réguler ? Parce que le marché immobilier n'est pas un marché comme les autres. Une fois qu'une famille emménage dans un logement, il faut la protéger contre une hausse arbitraire du propriétaire qui pourrait exploiter la difficulté de déménager (coût direct, fatigue, scolarisation, pénurie d'offre alternative) pour procéder à une hausse ne laissant pas de choix à ce ménage : tu paies ou tu t'en va. Techniquement, dans notre jargon d'économiste, on dirait qu'il exploiterait sa position de monopole temporaire pour » extraire tout le surplus » .
Le blocage des loyers, un remède dangereux
Hélas, cette vision des rapports locataires-propriétaires ne peut s'arrêter là. L'utilisation d'un instrument de régulation des loyers comporte en soi de nombreux dangers. Pour les comprendre, imaginons que le gouvernement décide de bloquer les loyers des baux existants, suivant en cela les recommandations des élus les plus à gauche de l'échiquier politique. Que va-t-il se passer ? D'une part, les loyers des nouveaux locataires vont faire un bond très sensible : en effet, un locataire qui resterait 15 ans dans son logement bénéficierait d'un très grand avantage, voir son loyer fixe pendant 15 ans malgré l'inflation et la hausse séculaire des revenus. Pour se prémunir de cela, le propriétaire augmentera ses loyers d'entrée : il s'y retrouvera donc, mais pas les nouveaux locataires. Pas de chance donc pour les jeunes, les mobiles, les divorcés, les parents du premier ou du troisième enfant qui veulent un logement plus grand. Car, il faut toujours y penser, même quand on est d'extrême-gauche : les effets pervers des mesures de régulations existent, ils sont même nombreux. Dans ce cas, c'est un effet d'insider-outsider : on protège les insiders, les outsiders trinquent.
Virer le locataire pour débloquer le loyer
Autre effet pervers que connaissent bien les économistes et les habitants de New York : un loyer bloqué, c'est un propriétaire qui après quelques années veut que vous partiez pour augmenter ses rentrées d'argent avec quelqu'un d'autre. Choquant ? S'il s'est endetté pour acheter, ou qu'il est retraité et veut une retraite plus élevée, on peut avoir une certaine empathie pour lui, malgré tout. La réalité, c'est que dans ce cas, le propriétaire n'a qu'une envie, de voir son locataire s'en aller, il refuse d'investir pour entretenir le logement ; le locataire n'a plus d'incitation à bouger (car le loyer est déraisonnablement et fortement sous-estimé par rapport à celui des nouveaux baux). Moins de mobilité, cela veut dire impossibilité d'aller chercher un nouvel emploi même plus intéressant, cela veut dire aussi qu'on préfère rester au chômage ou dans des petits boulots dans la campagne plutôt que de tenter sa chance dans les grandes villes, bref que le dynamisme économique est moindre.
Nationaliser le logement ? Absurde
On peut bien sûr bloquer le loyer des nouveaux baux. Comme plus personne n'investira dans le logement, la logique de collectivisation doit alors être poussée jusqu'au bout : nationaliser le marché du logement. D'un côté, cela ferait des rentrées d'argent, d'un autre on pourrait bloquer les loyers. Evidemment, cette solution est absurde : il faudrait d'abord indemniser les propriétaires, et aux cours actuels, tripler la dette de l'Etat (ou alors exproprier tous les bailleurs-propriétaires, mais là, on entre dans un régime dictatorial), et surtout, politiquement, l'Etat ne pourrait pas augmenter les loyers et donc, au bout d'un temps, aurait des rentrées plus faibles que les dépenses de maintien en état et d'investissement de son parc locatif qui se dégraderait lentement et sûrement. Cela ne vous rappelle rien ? Si, c'est un peu la situation d'une grande partie du parc social qui est décrite ici.
Investir vaut mieux que désindexer
Remettons donc en perspective. Désindexer les loyers des coûts de construction, ce n'est pas aussi radical que de bloquer les loyers, c'est juste plus lent : c'est introduire à terme les germes d'une augmentation de la pénurie de logement. Inciter les propriétaires à investir et les maires à mettre du foncier en construction, c'est aider les locataires, surtout les jeunes, les mobiles, les divorcés, les jeunes parents. Voyez, l'économie, c'est simple, finalement. C'est le bon sens, moins le café du commerce. Enfin, pour être juste, les autres mesures annoncées quelques jours plus tard par le Président à Vandoeuvre, sur les garanties locatives et la mobilité du parc HLM, ne sont pas toutes mauvaises, mais l'analyse requière d'autres considérations (qui feront l'objet d'autres articles).
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De marie 75 3563
09H04 | 17/12/2007 |
vérifiez mais je crois que cela était déjà fait depuis 2005 (je crois) … donc un effet d'annonce de plus.
De marie 75 3563
09H06 | 17/12/2007 |
Indexation des loyers (locaux d'habitation)
L'IRL remplace l'ICC !
A compter du 1er janvier 2006, l'indice du coût de la construction (ICC) est remplacé
par l'indice de référence des loyers (IRL).
La loi n° 2005-841 du 26 juillet 2005 relative au développement des services à la personne et portant diverses mesures en faveur de la cohésion sociale, précise dans son article 35 que l'indice de référence des loyers se substitue à la moyenne associée de l'indice du coût de la construction en matière de révision des loyers en cours de bail.
Attention : ce changement d'indice ne concerne que les locaux d'habitation.
Les autres locaux restent soumis à l'indice du coût de la construction qui sera toujours publié au Journal Officiel
(uniquement l'indice lui-même, la moyenne n'étant plus calculée)
Vous trouverez des renseignements très complets sur l'indice de référence des loyers sur le site de l'INSEE (http://www.insee.fr) en cliquant sur ce lien : http://www.insee.fr/fr/indicateur/indice_loyer/revision_loyer.htm
vous cherchez sur ce site pour le reste …
effet d'anonce pour gogo ! ! ! ! !
et un de plus !
à marie 75
De Etienne Wasmer
(auteur)
Economiste du travail | 10H58 | 17/12/2007 |
Extrait de http://www.rmc.fr/edito/info/21096/nicolas-sarkozy-annonce-des-mesures-pour-le-logement/ :
Il a rappelé les mesures relatives aux locataires annoncées il y a dix jours et mises à l'ordre du jour du conseil des ministres de mercredi : indexation des loyers sur l'indice des prix à la consommation et plus sur les coûts de la construction, plafonnement du dépôt de garantie à hauteur d'un mois de loyer, remplacement de la caution par un mécanisme de garantie mutuelle.
.
La mesure annoncée est effectivement différente de celle de 2005 (EDIT : dans l'indice précédent (IRL), les coûts de la construction étaient encore bien présents, ils ne le seront plus), et consiste bien à indexer les loyers sur l'indice des prix à la consommation, ce qui les découple de l'évolution du marché immobilier. C'est ce qui est économiquement erroné et l'objet de mon article.
De deecurl
| 11H36 | 17/12/2007 |
merci pour cette petite explication fort instructive !
De Avril
12H33 | 17/12/2007 |
« le prix du logement, dans le parc privé, dépend de l'offre et de la demande »
L'offre et de la demande est énoncé comme un dogme établi et que l'on imagine vierge de toute manipulation. Soyons sérieux !
- on peut mettre en doute le schéma même de l'offre et la demande immobilière : la demande est permanente, car il vous ne pouvez vous passer de logis. Vous ne pouvez pas dire « tiens ce mois ci je vais arrêter de me loger parce que les loyer sont chers » !
- l'immobilier avance de bulles en bulles, une toute les 10 ans, et l'exception est la norme. L'immobilier se mue en une chaine de Ponzi à grande échelle. « Ceux qui savent » investissent et vendent au bon moment, puis les pauvres les imitent au mauvais moment. La plus grande arnaque de tous les temps ?
- Mais pourquoi changent-ils encore de mode de calcul, 2 années de suite ? Parce qu'ils ne savent pas faire comment enrayer l'arnaque face à la précarité ?
- Les loyers vont désormais être indexé sur l'inflation : Au moment ou les Etats-unien entrent en dépression avec l'Europe en remorque ? le retour de l'inflation pour 2008 ? On parie ?
à Avril
De Avril
12H47 | 17/12/2007 |
PS :
Le propriétaire : « s'il s'est endetté pour acheter, ou qu'il est retraité et veut une retraite plus élevée, on peut avoir une certaine empathie pour lui, malgré tout. »
ça me rappelle les années 90 où on venait nous vendre l'actionnariat dans les boites en parlant des actionnaires comme « de pauvres petits vieux qui avaient placé leur maigres économies etc etc “. On a vu la réalité !
Les revenus de la propriété sont de la rente : c'est de l'argent qui rentre sans rien faire. En France les revenus de la rente progressent sur les revenus du travail de façon considérable, entrainant inégalités et chômage. ‘Travailler plus pour gagner plus’ : un discours à destination des pauvres, l'arnaque continue.
à Avril
De ZAD
11H58 | 18/12/2007 |
Bonjour à tous,
C'est un vaste débat et j'ai lu des arguments valable dans les deux camps. Je pense aussi que tous les propriétaires ne sont pas égaux et qu'il ne faut donc pas mettre en place un traitement ou une législation unique. Il faudrait différencier le petit propriétaire qui utilise cela comme complément de retraite ou de revenus (avec 1 ou 2 biens), des gros spéculateurs qui ont un parc immobilier énorme et qui en font leur business. Car ils n'ont rien à voir, c'est deux monde totalement différent.
Puis je pense qu'il a une solution pour désengorger les villes et faire baisser le prix des loyers et de l'immobilier, c'est tout simplement de développer, « raisonnablement » nos campagnes.
Au lieu d'enlever tous les services de ces zones au nom de la « rationalisation » et donc pousser la population à s'installer en ville, c'est plutôt l'inverse qu'il faut promouvoir.
La France est le pays le plus grand d'Europe, il y a surement de la place et un toit pour tout le monde mais pourtant il y a des villages entier totalement déserté aujourd'hui, pourquoi ? Parce qu'il n'y a rien.
Au lieu de tous centraliser dans quelques kilomètres carré, utilisons la surface que nous avons la chance d'avoir et que les Japonnais doivent surement nous envier. Arrêtons de fermer les écoles, les commerces et les hôpitaux, incitons quelques industriels à s'y installer et vous verrez à quelle vitesse les gens vont quitter les villes pour s'installer à la campagne.
C'est surement pas si simple (rien n'est simple aujourd'hui de toute façon…), mais je pense que c'est dans cette voie qu'il faut aller car celle que l'on suit, on commence à en voir sérieusement les limites et les dérives.
De bloqué le 24.09.09
16H24 | 17/12/2007 |
Et si l'état rendait obligatoire, dans toute construction neuve d'un ensemble immobilier en vue de la location, une certaine proportion de logements sociaux (10% par exemple). Bien sûr cela aurait pour effet d'augmenter légèrement les loyers des logements non sociaux de l'ensemble en question. Cela assurerait une mutualisation des coûts des logements sociaux et cela éviterait la guettoisation des riches et des pauvres.
Lorsqu'il y a construction d'un ensemble immobilier pour la vente, on pourrait de la même manière rendre obligatoire la vente à l'état à tarif raisonnable d'une fraction (par exemple 10%) des appartements pour en faire des logements sociaux.
Il suffit à mon avis d'une volonté politique.
De kamelya
17H13 | 17/12/2007 |
En ces temps de crise pourquoi ne pas imaginer un loyer plafond au m2 afin de maitriser l'inflation. On parle également de l'endettement des propriétaires mais on parle peu des logements qui ont été ammortis et pourlesquels c'est tout bénéf pour les proprios, notamment les transmissions de patrimoine.
De daniele
18H01 | 17/12/2007 |
pourquoi ne pas transformer tousles immeubles de bureaux vides en appartements il y a des milliers de metres carrés disponible dans paris et la proche banlieue
De frednetick
10H02 | 18/12/2007 |
Pourquoi surtout ne pas faire comme la mairie de paris, c'est à dire permettre aux collectivités de prendre un bail et de sous louer à des associations pour « rasséréner » les propriétaires sur l'entretien et le rendu de leurs apparts ?
Et quand je dis « permettre » c'est surtout inciter…
De Astre-noir
16H02 | 18/12/2007 |
Juste une petite remarque, de bon sens, que certains ont déjà soulevé, mais que je n'ai guère entendu sur les grands médias.
Dans son intervention télévisée, le Président Sarkozy a évoqué (entre autres) deux problèmes.
Tout d'abord celui de l'indice des prix à la consommation (IPC), qui ne reflète pas, d'après lui, la véritable hausse des prix et la baisse de pouvoir d'achat des consommateurs. Pour lui, la hausse réelle est plus élevée d'un facteur 2 par rapport à l'IPC, et il est urgent de remplacer cet IPC par un nouvel indice, qui reflètera mieux cette augmentation.
Au moment où Monsieur Sarkozy parlait, (les derniers chiffres connus étaient ceux d'octobre) cet IPC évoluait à un rythme annuel de 2,0 %.
Admettons que le nouvel indice que l'INSEE va être chargé d'élaborer, appelons-le IPC 2 amène à un taux d'inflation annuelle de 3,0 %.
D'un autre côté, le Président Sarkozy annonce qu'il serait bon que l'indexation des loyers ne se fasse plus sur le coût de la construction, mais sur l'IPC.
Passons sur le fait que déjà maintenant, l'indice de révision des loyers (IRL) est composé pour une grande part (60 %) par l'IPC et que l'ICC n'entre que pour 20 % dans cet indice.
Cet IRL a augmenté, en glissement annuel, au 2ème trimestre 2007 (derniers chiffres connus) de 2,76 %.
Mais bon, remplaçons cet IRL par l'IPC…On peut supposer bien sûr, que c'est le nouvel indice, l'IPC 2 qui sera retenu.
Autrement dit, vous remplacerez une augmentation de 2,76 % par une augmentation de 3 % (et peut-être plus ? )
Et vous avez dit que cette mesure sera favorable aux locataires ?