14/09/2008 à 18h47

Paris Manga : « Il faut jouer son personnage à fond »


En voyant les images des 240 000 personnes attendant le pape aux Invalides, on ne pouvait pas s'empêcher de se demander où sont tous ces gens pendant la semaine. C'est aussi la question qui traverse l'esprit ce week-end, au spectacle de milliers de personnes déguisées en personnages de bandes dessinées et de dessins animés japonais se précipitant Porte de Champerret à Paris Manga en portant des panneaux « free hugs » (calins gratuits) autour du cou ou à la main.

C'est tout le paradoxe de la culture manga : avoir les codes d'un club fermé et être une culture de masse.

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Le manga stricto sensu, c'est la bande dessinée, mais ce que l'on célèbre dans les conventions c'est toute la culture du dessin et de l'animation japonaise. Depuis Goldorak et Candie, mêmes les vieux en ont mangé sans le savoir. « Tout ça a remplacé les comics et la bande dessinée franco-belge », explique Eric Laurent, l'organisateur du salon qui n'a pas dormi depuis trois jours.

Les mangas représentent actuellement environ 30% des ventes des bandes dessinées en France, et environ 25% du marché (la différence s'explique parce que leur prix de vente est un peu moins cher).

Déguisements faits maison

Stéphane Pelé, 19 ans, torse nu, un micro gilet jaune gonflé sur les épaules, est déguisé en Gotenks. « Photo, s'il vous plait ? » Il s'arrête, se baisse légèrement, gonfle les muscles, les bras vers l'avant comme s'il allait bondir, les cheveux violets pointés vers le plafond. Il a sûrement fait ça plus d'une centaine de fois aujourd'hui. Sans compter les mois derniers, car avec son déguisement, il fait toutes les conventions.



Stéphane Pelé en Gotensk (Guillemette Faure/Rue89)

Parfois, il doit recoudre un morceau du gilet gonflé jaune qu'il s'est fait lui même (« à la main, parce que j'ai pas de machine »). C'est de l'entretien un personnage de Dragon Ball. La veille, il a eu le « prix coup de cœur » au concours de cosplays, les concours de déguisements des mangas. « J'incarne le personnage qui me correspond le plus mentalement et physiquement parce qu'il faut jouer son personnage à fond. »

Audrey, 23 ans, cheveux très longs, jupe très courte, est habillée en Sailor Mars (de Sailor Moon). Cela fait sept ans qu'elle court les conventions. Là, elle vient de s'acheter pour cent euros de velours rouge pour se coudre un costume d »Elfe de sang de World of Warcraft.



Au salon du manga de Paris (Guillemette Faure/Rue89)

Les mangas contrairement aux comics touchent aussi beaucoup les filles. Ça se voit dans les allées du salon. « Les princesses et les guerrières, on a baigné dedans. » Audrey aime Fruits Basket, et « les histoires d'amour... »

« Ça me rappelle que je n'étais pas né »

A côté, madame Devasme est entourée de sabres, clés géantes. Pardon, de katanas et autres répliques d'armes mangas. Son entreprise qu'elle a montée avec une amie est installée dans l'Eure. Elles tiennent le stand aidées de leurs fils. Bien sûr, elles ne vivent pas que de mangas. « On fait aussi les conventions western et médiévales ». L'ambiance est la même paraît-il, « c'est barjot, c'est fantaisiste ».

Quelqu'un râle parce que la scène du concert rock est trop proche du Karaoké : on n'arrive pas bien à entendre ceux qui chantent les génériques des dessins animés.


Matchs de sumo gonflés à Paris Manga (Guillemette Faure/Rue89)

Dans un coin du salon des vieilles consoles de jeux : Atari 600, Megadrive… (avec téléviseurs d'époque ! ). « Ça rappelle des souvenirs », dit un jeune.« Ca me rappelle que j'étais pas né », dit un autre. Pas très loin, des énormes gros ventres jaunes. Ce sont des costumes de sumos à enfiler pour pouvoir jouer à se battre comme si on pesait 200 kilos, même si on a 13 ans comme Cédric et qu'on en pèse plutôt 40.

A combien de salons du manga un mangamaniaque peut-il aller ?

Pour Eric Laurent, l'organisateur de Paris Manga, c'est la clé de leur succès mettre l'accent sur les animations gratuites pour faire monter l'ambiance et attirer les familles. Cette année il a réussi à organiser des projections d'inédits de Death Note, à montrer des jeux inédits venus du Japon en exclusivité.

« Je préfère venir ici qu'à Japan Expo » dit Karim Haida, qui a l'air d'avoir très chaud dans son costume de Rock Lee de Naruto (il s'est même fait les gros sourcils) « parce qu'ici c'est plus petit petit… ». Vraiment ? Les allées sont bondées. Le salon s'attendait à accueillir 25 000 personnes en deux jours.

Eric Laurent prépare le prochain Paris Manga de février. Jusqu'où le public de mangamaniaques suivra t-il ? A la sortie, on tracte pour Mang'Art, salon de l'art manga qui aura lieu en juin à la Défense.

Photos : Guillemette Faure/Rue89

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  • Xa_chan
    • Posté à 08h05 le 15/09/2008

    dommage, vous vous êtes privé du meilleur. Il y aurait beaucoup à dire sur la politique d'achat de programmes « jeunesse » de l'époque, qui consistait en fait à acheter ce que faisaient les japonais car ce n'était pas cher, sans juger le contenu et sans réaliser que le marché japonais est ultra-segmenté : il y a des manga/anime pour hommes, femmes, jeunes, vieux, amateurs de SF, d'horreur, de science-fiction, de pornographie, etc...

    Ce qui nous a valu d'avoir « Ken le survivant » dans un programme pour enfant, et hop ! les dessins animés japonais furent catalogués « déchéance de l'esprit et perversion de la jeunesse » pour les vingt ans suivants.

  • MaxLo
    MaxLo répond à Xa_chan
    Etudiant
    • Posté à 08h48 le 15/09/2008
    • Internaute
      Etudiant

    Je suis totalement atterré de lire et voir toujours la même chose dès qu'il s'agit de la « culture manga ».

    Les journalistes seraient donc tenus de limiter cette culture aux pseudo-manifestations mercantiles et au « coZplay » ?

    En vous remerciant pour cet article de qualité, grandement approfondis, et qui pourrait sans problème avoir son équivalent télévisuel au 20h de TF1.

  • Erion
    Erion répond à DorianD
    • Posté à 09h23 le 15/09/2008
    • Internaute

    Non, les conventions ne sont pas la partie marketing du manga.
    Cela fait bientôt 15 ans que je fais partie du milieu de la japanime en France, et les conventions SONT le lieu principal, les endroits où les gens se rencontrent, s'amusent, font la fête.
    C'est une réalité, et si le manga est aussi dynamique en France, c'est grâce aux conventions. La plupart des acteurs importants chez les éditeurs sont des anciens fans qui se sont connus dans les conv'.

    D'autre part, le manga, ce n'est PAS uniquement les volumes papier, c'est une galaxie de supports, d'activités, et le cosplay en est une. Y'a pas la BD d'un côté, et « le marketing » de l'autre. Que ce soit au Japon ou en France, c'est beaucoup plus diffus, plus vaste.

    Ce qui fait l'intérêt de la bande dessinée nippone en France, c'est AUSSI un milieu de fans, hyperdynamique (regardez le nombre de fanzines présents aux conventions) qui se fout de ce que pense TF1, qui se fout de ce que pense Les Inrock.

    Dans les années 90, les amateurs de cosplay cachaient leurs costumes sur le trajet les menant aux conventions, dans le RER ou le métro. Désormais, ils se baladent déjà habillés, sans aucune honte. C'est un signe que quelque chose se passe.
    Alors, justement, l'article met en lumière cette énergie-là.

    Et sinon, quand on veut corriger un article, on le fait bien. Ce n'est pas Death Not ou Death Notes, c'est Death NOTE.

  • Yannick-007
    Yannick-007 répond à Xa_chan
    • Posté à 11h38 le 15/09/2008

    Il y a 2 generations qui ne se parle pas.
    Celle des BD Tintin, Gaston, Asterix et autres. Il revendiquent un intellectualisme bobo gauchisant. C'est l'image qu'ils aiment donner d'eux. Ils sont un peu vieillissant car n'ont pas su se renouveller. Ils ont mal vieilli.

    Puis il y a les mangas, consideres comme un moins que rien, TF1 et club Dorothee.
    Mais ce sont les mangas qui non on fait rever quand on etait jeune. Ce sont les mangas qu'on a regarde et achete parceque moins cher. Et c'est vraiment la culture manga qui va laisser quelque chose. La culture manga est capable d'un veritable delire et d'une extreme variete.
    vive Goldorak et les Golgoth, Candy et Terry Granchester !

  • chucky
    • Posté à 11h42 le 15/09/2008

    Si vous voulez un digne représentant de la culture manga mais sans les dessins, lisez le pur chef d'œuvre de Marakami Ryu : « Les bébés de la consigne automatique ».

  • Ryuu
    Ryuu répond à Xa_chan
    Informaticien parisien
    • Posté à 13h04 le 15/09/2008
    • Internaute
      Informaticien parisien

    Tout le problème consiste a rentrer dans ses frais.
    Ayant moi-même suivi de très prêt la préparation d'une convention (Epitanime, pour ne pas la citer, une des plus pérenne puisque forte de 16 éditions), je peux assurer que rentrer dans ses frais pour l'organisateur est extrêmement ardu.
    Les professionnels présents, eux, sont toujours gagnants (ou presque). Mais pour les organisateurs de l'événement, atteindre le zéro est une réussite.
    Et disons le franchement, pour atteindre ce zéro, la dimension commerciale est obligatoire. L'apport financiers des sponsors est indispensable à tout événement de cette taille.

  • Erion
    Erion répond à Xa_chan
    • Posté à 13h23 le 15/09/2008
    • Internaute

    Harajuku, festival Delcourt, c'est gratuit (avec cosplay et stands fanzine).

    Vous confondez « marketing » et organisation. Louer une salle, organiser des activités, ça coûte de l'argent. Pour ça, y'a que deux solutions : faire payer la totalité par le visiteur ou faire payer les exposants. La réalité, c'est la moyenne des deux.

    On est plus au temps où les conventions se faisaient dans les cours d'école, avec la diffusion de films en Laserdisc VO dans une salle surchauffée qui servait de cantine en temps normal.

    J'ai vécu ça, j'ai aimé ça, je ne le regrette pas. Je constate que les fans que je connais vont principalement dans les convs pour retrouver des gens qu'ils ont connu à travers le net. Ca donne des lieux pour des rencontres réelles, partager un même loisir, un même plaisir.
    Que ça demande de faire appel à des éditeurs/vendeurs (les méchants/pas beau qui publient Taniguchi ET dragon ball) c'est absolument normal. Les uns ne peuvent pas faire sans les autres.

  • Julien83
    Julien83 répond à Yannick-007
    chroniqueur BD au Mague, (...)
    • Posté à 14h04 le 15/09/2008
    • Internaute
      chroniqueur BD au Mague, (...)

    De quoi ? ! ! Depuis quand c'est « Bobo de Gauche » de lire GASTON LAGAFFE ! (un personnage loin d'être « Bobo », Franquin n'y pensait même pas) ... Et puis une chose, le MANGA - dans le style graphique - c'est un mixage de l'école Européenne - particulièrement la Francobelge, et les Comics US ! Voilà de quoi enrichir ta petite connaissance en la matière.
    Et saches que quelques auteurs européens sont allés dessiner au japon, comme Loustal, Lewis Trondheim (une version simplifiée de « la Mouche »), surtout l'immense Fred BOILET... qui nous sort quelques merveilles, du très en dehors de « Candy », « Goldorak » et « Dragonball Z », comme « Quartiers Lointains » (Casterman), et puis NYASAKI est loin d'être « Goldorakisant ».

    Par contre , Le Manga (version livre) se vend beaucoup plus que le nouveau Nothomb ou Millet (dans le tout livre confondu), et surtout s'achète à moindre coup au japon, comme en Chine, ou encore en Corée. Le moindre coup aussi dans la publication (papier reclyclé...noir-blanc) Et si on veut interviewer un simple auteur, c'est très contrôlé dans les questions : ça passe par l'éditeur original,puis divers agents, avant d'arriver à l'auteur même ! Et au retour... aie aie aie !
    Même du coté des dessins animés ... c'est sur, à l'époque un dessin animé nippon coute moins cher qu'un dessin animé made in France ! D'où l'éclosion des Candy, Goldorak, Captain Flam, Dragon Ball Z etc... et que en France, nous n'avons pas eu plus d'épisodes de Inspecteur Gadget (une fois une suite mais de courte durée), Ulysse 31, ou encore Les Mystérieuses Citées d'Or.
    Mais ça va, en France, l'animation reste encore une force, avec Kid PADDLE, TITEUF, VALERIAN & LAURELINE (quoique ça c'est plus les nippons qui s'en charge, et à peine un regard de Mezieres et Christin dessus), les Schtroumpfs (zut, ça c'est Hannah & Barbera - usa )
    les Zinzins de l'espaces, Uggy et les Cafards...