Si on fait don d'un rein, est-ce qu'on peut le reprendre ?

Est-ce que donner c'est donner même pour un rein ?

Un chirurgien américain engagé dans une procédure de divorce veut récupérer le rein qu'il a donné à sa bientôt ex-femme.

Richard Batista, 49 ans, avait fait don d'un rein à sa femme en juilet 2001. Son épouse a demandé le divorce quatre ans plus tard (après avoir eu une liaison moins deux ans après réception du rein, précise l'avocat… comme si le don du rein protégeait de l'infidélité).

A défaut du rein, le docteur Richard Batista assure qu'il se contentera d'un dédommagement de 1,5 millions de dollars.

D'après William Saletan de Slate, la somme ne représente pas le prix du rein, mais en plus de son dédommagement, « l'argent qu'elle a pu gagner grâce au fait qu'elle a pu continuer à travailler et a pu se passer de dialyse ».

3 commentaires sélectionnés

Portrait de ginkoland

De ginkoland

Ginkologue | 17H50 | 09/01/2009 | Permalien

A sa prochaine épouse il ne pourra offrir que son coeur ! non ?

Portrait de cdh

De cdh

17H24 | 10/01/2009 | Permalien

No honey, no money, no kidney !

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 18H01 | 11/01/2009 | Permalien

Un don d'organe est financièrement non quantifiable ; qui peut déterminer ce que « vaut » le don de vie ? Ceci ne veut pas dire qu'ici et là des médecins et des avocats (surtout américains) n'essaient pas de transformer un don d'organe en transaction commerciale ordinaire. Certains essayent de le faire depuis des années. Je passe sur les trafics innommables avec des pays du tiers-monde portant notamment sur des dons de rein « sous-monnayés ».

Le problème est que les organes transplantables sont en nombre insuffisant pour répondre aux besoins des malades vivant dans des pays développés. Non pas que la pénurie soit inévitable. S'il existait suffisamment de gens portant une carte de donneur post-mortem (c'est-à-dire en cas de mort encéphalique – électroencéphalogramme plat – ou de prélèvement possible avant que la nécrose s'installe), une bonne partie du problème serait résolue. Mais même les gens ayant une bonne dose d'altruisme envisagent cette possibilité puis l'oublient : on a toujours des difficultés à se projeter dans sa mort et à déterminer ce à quoi elle pourrait bien servir.

Cette pénurie explique pourquoi on assiste à un nombre croissant de dons de rein entre personnes vivantes. Le donneur et le receveur doivent appartenir à la même famille ; parent, frère ou sœur, beaucoup plus rarement mari ou femme. Entre parent et enfant, ou entre frère et sœur lorsque la famille est très unie, cette forme de don intra-familial est concevable et même le plus souvent réussie. Cependant, même un lien affectif fort entre donneur et receveur ne constitue pas une garantie ; il existe certaines familles où ce type de don entraîne un véritable drame, notamment lorsque la greffe échoue. L'échec se produit de moins en moins souvent car les médecins transplanteurs procèdent à de multiples tests de haute qualité avant l'opération, mais il y a de cruelles exceptions. De plus, les conséquences psychologiques du don sur le donneur comme le receveur sont difficilement mesurables – après une greffe réussie, un comportement jugé critiquable du receveur peut se traduire par un ressentiment chez le donneur, et vice-versa, le receveur peut éprouver de la culpabilité si le donneur ne réussit pas sa vie comme il le souhaiterait.

C'est bien pourquoi la greffe entre conjoints, sauf s'ils forment un couple extrêmement soudé, n'est pas recommandée. Dans l'exemple cité par Guillemette, il est évident que les deux parties étaient inaptes ; sans doute n'avaient-elles pas reçu de conseils suffisants d'un psychologue. Si elles n'étaient pas éthiquement « à la hauteur », le don de l'un à l'autre aurait dû être exclu, point barre.

En l'état, l'épouse ayant choisi de quitter son mari peu après le don, l'époux est-il indemnisable (une fois donné, un rein est irrécupérable) ? Dans une société fortement judiciarisée dans laquelle le principe de gratuité financière et morale de l'acte de donner n'est pas suffisamment souligné, un « droit à réparation » est sans doute jugé acceptable. Mais c'est une très mauvaise solution.

Un don d'organe inter vivos est un acte touchant au plus profond de l'intimité du donneur comme du receveur, et ne peut donc être quantifié par quelque bout qu'on aborde le problème. Un don d'organe se doit d'être un acte complètement altruiste et exempt de toute condition ou réserve, et cette capacité n'est pas donnée à tout le monde. C'est bien pourquoi les dons post mortem (voir ci-dessus) de personnes anonymes doivent être privilégiés chaque fois que possible.

Combien de riverains portent une carte de donneur d'organe dans leur portefeuille ou leur sac à main en cas de décès accidentel ? Et même en l'absence de carte, combien ont informé leur famille que le don post mortem est un choix délibéré et mûrement réfléchi de leur part ? Il faut savoir que dans environ 30% des cas, les familles refusent le prélèvement sur un parent décédé car elles n'avaient pas été tenues au courant de l'intention du défunt auparavant.

PS. J'ai bénéficié de DEUX greffes de rein de personnes décédées. Je leur en serai toujours reconnaissant, mais je ne les connaissais pas et ne disposerai jamais d'aucune information les concernant. Cela vaut mieux ainsi. Un don d'organe à un inconnu témoigne d'une compréhension supérieure du principe de solidarité. Dans l'idéal, il faudrait s'assurer qu'il en va de même chez le receveur. Dans mon cas, je n'ai jamais été questionné à ce sujet. D'ailleurs, les médecins devraient-ils refuser un don anonyme à un malade sous le prétexte qu'il n'est pas jugé moralement digne de le recevoir ?

PS2 : Pourquoi cet article a-t-il disparu de la page d'accueil quelques courtes heures après y avoir été mis ?

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