
Votez pour les tics de langage qui vous agacent
Après un premier tour de piste il y a quelques mois, on a sondé la rédaction et les contributeurs de Rue89 pour connaître les tics de langage et clichés des médias qui nous courent sur le haricot.
Voilà la liste à laquelle nous sommes arrivés. A vous de nous donner les vôtres et de voter pour les pires.
Le chercheur Samuel Ghiles Meilhac et Marie-Sophie Keller, webmaster à Rue89 ont trop entendu « Au jour d'aujourd'hui » .
Laurent Mauriac de Rue89 n'aime pas « tacler » (sauf dans les compte-rendus de matchs de foot).
Le président Pierre Haski voudrait en finir avec « impacter » (quand on parle de la crise économique).
« Concrètement » : « ça sert mais ça m'énerve », note notre journaliste abstrait Julien Martin.
« Surréaliste » clichetonne régulièrement de l'avis de notre blogueur photo Louis Mesple.
Zineb Dryef trouve que l'on abuse des adjectifs « historique » et « capital ».
Pour la sémiologue Mariette Darrigrand, c'est « durable » mis à toutes les sauces, y compris (ce qui renverse totalement son sens) « récession durable » qu'elle a lu récemment…
Perso, je n'aime pas les « Ovni », que ce soient des ovnis du monde politique ou un film ovni.
Samuel Ghiles Meilhac en a assez des « vrai-faux ».
François Krug n'aime pas les trucs-« phare » ou -« clé », comme dans « Rue89 est un site-phare du web français » ou « le lancement d'Eco89 a été un moment-clé dans l'histoire du web français ». « C'est pas parce qu'une affirmation est exacte qu'il faut utiliser des clichés », nous dit François, journaliste d'Eco89.
Mariette Darrigrand s'agace de la « feuille de route » directement récupérée des debriefings militaires bushiens..
Pour Louis Mesple, c'est une « double peine » d'entendre parler de ces ministres qui doivent « revoir leur copie ».
C'était probablement après des manifs à « l'ambiance bon enfant », relevées par Pascal Riché.
Grâce à quoi le bilan fut sans doute « mi-figue mi-raisin » pour Chloé Leprince.
Même si « cette question brûlante » est « dans tous les esprits » et « attise les passions », François Krug n'aime pas les « coups de tonnerre » ou « révolution » pour décrire un événement pas du tout révolutionnaire, juste un petit changement. Et pas plus les « pétards mouillés » et « coups d'épée dans l'eau ».
Arnaud Aubron qui a le sens de la géographie trouve qu'il y a un peu de trop de choses « à la croisée des chemins » ou « aux quatre coins du monde ».
Après la géo, l'histoire : Yann Guégan s'agace de voir « l'ironie de l'histoire » sévir un peu partout, y compris sur Rue89 : « Les histoires sont toujours ironiques, c'est même pour ça qu'on les raconte. »
Dans la presse généraliste, Docteur Panel est saturé des : « faut-il avoir peur de… X ? » (X = l'amour, la mort, la jeunesse, le mal de dos des cadres, les musulmans, les riches, les nouveaux pauvres, Besancenot, l'hôpital, la charité, Cécilia Sarkozy)
Quant aux sujets de sociologie, psychologie, art et culture, notre docteur préféré relève « D'un Y l'autre » (Y = enfant, continent, regard, amour, désir, monde).
Docteur Panel s'agace de « l'inévitable “une cellule de soutien psychologique a été mise en place” qui clôt toutes les annonces de choses traumatisantes à la radio et à la télé. » :
« C'est la transition dont les journalistes ont besoin (encore plus que les victimes des catastrophes en question ! ), pour assumer de parler des frasques de Paris Hilton juste après des accidents d'avion ou de la mort de petits enfants. Et ça soulage l'auditeur, aussi : “ouf c'est bon j'ai pas besoin d'accourir pour consoler moi-même les victimes d'AZF.”
Irritation partagée par Jean de Maillard : “la cellule d'aide psychologique d'urgence est sur place”. Qu'est-ce qu'on s'en fout (où est l'information ? ) et pourquoi ces malheureux le seront-ils moins avec des psy ?
Quand Sophie Verney-Caillat d'Eco89 entend “j'ai envie de dire”, elle a envie de dire “mais dites-le ! ”
C'est aussi ce que David Servenay est tenté de dire à ceux qui disent “je dirais…”
L'emploi systématique de “Voilà” rend Hélène Crié d'American Ecolo hystérique.
“Le truc qui m'énerve le plus, nous dit Benjamin Legrand, notre blogueur scénariste BD, c'est la personne qui écarte les bras, et fait un petit geste avec l'index et le majeur de chaque main pour dire ‘entre guillemets’ ! ”
Illustration : Yann Guégan.
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De LTulasne
Technicien Géomètre entre deux jobs... | 13H40 | 21/12/2008 |
« clairement » ce qui est agaçant ce sont les euphémismes. Un « plan social » euphémise le fait qu'on va mettre un bon paquet de personnes dans la merde. On dit alors qu'ils sont « impactés » par le processus de « restructuration » « rendu nécessaire » par la « crise » ! Ma traduction du discours de la direction devient : « J'ai décidé de fermer la boite et virer 500 personnes pour gagner plus de tune ! “
Faible aussi lorsqu'un intervenant politique dit ‘moi je crois que’. ‘Naturellement’ (autre tic de langage des CSP+), un dirigeant devrait savoir, ou faire des hypothèses ; le croire étant plutôt dans le champ religieux. Cela n'ai d'ailleurs pas très étonnant tant on assiste à l'application de credo, de respect de dogme ; plus que l'analyse objective des fait.
De angie75
citoyenne | 13H41 | 21/12/2008 |
ce qui m'assomme le plus ce sont les mélanges de style direct et indirect, par exemple « notre correspondant va nous dire quel temps fait-il sur Moscou ».
De Superblaireau
comme son pseudo l'indique | 13H47 | 21/12/2008 |
En même temps, j'ai envie de dire…
De Panama
enseignant | 13H48 | 21/12/2008 |
Tic oral le plus pénible en ce moment : « y a pas de souci ! »
Tic de journaliste qui a reparu à une cadence infernale depuis 2 mois : « … ne connaît pas la crise » (surtout dans les titres).
Tic écrit qui, comme beaucoup d'autres, est un décalque absurde de l'anglais : « c'est juste idiot/faux/pathétique, etc. »
Autre tic de « titreur » : « Vous avez dit… ? »
Tic de journaliste analphabète : « réfuter » à tout bout de champ, lorsqu'il s'agit seulement de nier ou contester une affirmation (ou une accusation). La réfutation implique qu'on prouve la fausseté de ce que l'on conteste et, hélas, ça n'arrive pas souvent…
Tic de gauche : « conservateur » pour stigmatiser quiconque n'est pas assez de gauche.
Tic de droite : « conservateur » pour stigmatiser quiconque est trop de gauche.
Tic de critique littéraire ou musical : « le dernier opus de X ».
Tic de communicant et de financier : « éthique » (management/ investissement/ mode… éthique).
Autre tic de critique littéraire, musical ou sportif : « mythique » (« le groupe mythique », « la scène mythique », etc.). Et « culte » : série culte, album culte, acteur culte, film culte. C'est d'un cul-culte, à la fin.
Tic de Rue69 : « libertin » (sans rancune, Camille ! — tu es un journaliste culte, toi aussi).
à Panama
De Camille
Mauvais genre | 17H24 | 21/12/2008 |
Cher Panama,
J'allais écrire, avant de lire votre commentaire, que je ne me permettrais pas de critiquer les tics de langage d'autrui, tellement j'étais incapable de prononcer une phrase entière correctement et tellement j'aimais les expressions toutes faites, les jeux de mots idiots, les rimes sans raisons mais avec leurs allusions… Et puis me voila, entre vos doigts, journaliste (sic), qui utilise trop le mot libertin qui plus est (re-sic) !
Faudra qu'on m'explique… je ne crois pas l'avoir écrit dans plus de 3 articles mais si c'est la rançon du succès, tout va bien.
Ah oui, je crois savoir que Guillemette déteste l'expression « sic » mais moi j'aime beaucoup, ça permet de surligner une expression ; c'est comme pour les guillemets avec les doigts, j'aime bien cette multiplication des codes.
à Camille
De Guillemette Faure
(auteur)
Eco89 | 18H59 | 21/12/2008 |
Ah non, sic ne me dérange pas du tout.
à Camille
De Panama
enseignant | 10H03 | 22/12/2008 |
Camille de mon cœur, si vous saviez comme j'ai regretté mon allusion, à peine écrite… Ce n'était même pas contre vous, ni même à propos de vous, plutôt contre l'usage débridé du mot « libertin » dès qu'il est question de sexe.
Quant à critiquer les tics d'autrui… après tout j'ai l'impression que nous faisons d'abord ces « listes noires » (je fais le geste avec les doigts, en même temps) pour nous-mêmes, en profitant de l'occasion fournie par Guillemette pour repérer nos propres routines.
À propos des guillemets avec les doigts, j'ai vu, il y a quelque temps, un prof anglais faire le geste de « citer » ce tic, en doublant le geste pour faire comprendre qu'il mettait les guillemets entre guillemets. C'était très classe et on comprenait très bien. Vive les codes, ceux qui s'en servent et ceux qui s'en moquent !
De elLolo
17H31 | 21/12/2008 |
« Culte » est un mot déjà dépassé par « cultissime » que les publicitaires aiment de plus en plus (et dont j'attends d'ailleurs de trouver un jour la définition exacte).
à elLolo
De gafet
citoyen vigilant | 19H40 | 21/12/2008 |
je déteste « -culte » mis à toutes les sauces du bon goût obligé et qui ne signifie rien de rien (sinon qu'on est incapable de formuler avec ses propres mot l'intérêt que l'on porte à la chose « cuculte » en question).
également en vogue chez les journalistes : « pilleurs » qui en français se dit « pillards »
et actuellement le crétin « séquence », un des mots préférés parâit-il de sarkolepety (qui n'est pas vraiment amoureux des belles lettres).
à gafet
De Panama
enseignant | 11H11 | 22/12/2008 |
Sous toutes réserves, je pense que « culte » employé comme adjectif est aussi une importation de l'américain. C'est plus logique, car cult en anglais désigne d'abord un groupe sectaire et, par analogie, un objet ou une œuvre qui sert de marqueur à un groupe particulier.
« Séquence » sévit depuis des années chez les pédagogues : on nous apprend à organiser nos cours en « séquences » pédagogiques, avec si possible de la transversalité dedans…
De Pas dupe
Faux sceptique | 13H49 | 21/12/2008 |
C'est à l'écoute de France-Info, avec toutes les circonstances atténuantes dont les journalistes de cette station peuvent bénéficier, (stress du direct, pas le temps de peaufiner, mais comme ils rediffusent en boucle, ils devraient se relire ou se ré-écouter…) que je prends mes coups de sang les plus intenses.
Sur cette chaîne, le maître mot est « s'intensifient » (les embouteillages, les bombardements, les attentats, les manifestations, les orages, et j'en passe…)
La plus merveilleuse expression radiophonique dont je me souvienne date de 2001 : au début de l'intervention américaine en Afghanistan, une journaliste française a été tuée, son corps ramené tant bien que mal sur un char américain.
Sur France-Info, cela donnait comme titre d'accroche d'un flash :
« La guerre en Afghanistan ENDEUILLÉE par le mort d'une journaliste “.
Aidez-moi ! En termes de stylistique, cela ne peut pas vraiment être qualifié d'oxymore. Quelqu'un saurait-il donner un nom à cette étrange figure de style ? Moi je n'ai trouvé qu'obscénité…
à Pas dupe
De marc44
22H38 | 21/12/2008 |
Une seule solution civilisée : france culture.
Si tu reviens sur France Info, tu réaliseras la différence.
à marc44
De lexandre
19H48 | 23/12/2008 |
Oh Marc44 ! France Culture ? la radio des expressions toutes faites : les-violences-faites-aux-femmes ou des-luttes-contre-toutes-les formes -de-discrimination, ou de la ridicule chute-du-mur ?
Je reclame le pluralisme sur cette radio ! !
De ...- - -...
assis | 13H50 | 21/12/2008 |
A titre personnel c'est le nouvel auxiliaire de la conjugaison française qui » m'irrite le plus le poil.
L'auxiliaire « faire » mais bon j'espère qu'il n'est pas trop pratiqué par nos médiatiques médiatisés, médias compris.
Sinon le mot à la mode cette année, chez les djeuns que je cotoie c'est « énervé ».Il est extraordinaire ce mot, il sert à tout, vraiment à tout :
« - J'étais trop énervé, je lui ai fait montrer au prof que j'étais capable.
- Trop énervé le keum, il cherche à faire un tête-à-tête ? , Je vais le démarbrer.
- Les gars vous avez entendu le dernier tube de…., trop énervé, une vraie tuerie ! »
C'est un signe de pauvreté de vocabulaire énorme, mais qui d'un autre côté demande une telle étude attentive des connotations que c'est bon pour le rapprochement humain.
De bernard027
13H52 | 21/12/2008 |
Guillemette n'aime pas les gens qui font le geste « entre guillemets » normal. Moi j'aime bien c'est plus facile pour leur faire les fouilles.
De Delebarre
13H57 | 21/12/2008 |
Concrètement, au jour d'aujourd'hui un vrai-faux coup de tonnerre impacte aux quatre coins du monde la révolution-phare qui n'est qu'un coup d'épée dans l'eau. Dans une historique ambiance bon enfant, la question brûlante dans tous les esprits : « faut-il avoir peur de X ? ou encore d'un Y l'autre », devient un pétard mouillé.
Ironie de l'histoire, mi-figue mi-raisin une cellule de soutien psychologique a été mise en place, sa feuille de route, capital ovni surréaliste a été taclée. A la croisée des chemins sa double peine
durable attisait les passions-clés ! ! !
Elémentaire mon cher Watson, rien n'est anodin…
à Delebarre
De 101.7
Promeneur | 14H05 | 21/12/2008 |
Vous omettez les variables d'ajustement.
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 14H07 | 21/12/2008 |
il y a aussi les tics du langage parlé qui n'utilisent aucun mot, mais qui se torchent avec la ponctuation et le rythme.
Exemple, le journal de Melle Agnès Bonfion sur France Inter à 07H30 :
La respiration (….) se fait n'importe où, derrière un article, devant un verbe, n'importe où.
à Waldeck
De marc44
22H42 | 21/12/2008 |
« Bonfillon », écrivons correctement et soyons corrects.
Effectivement, je journal se veut jeune et un peu décalé, avec ses
petites anecdotes complices et mutines à la fin. N'importe lequel des présentateurs et tatrices de France Culture parle mieux, mais peut-être avec une voix moins séduisante.
à marc44
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 10H10 | 22/12/2008 |
- « Bonfillon », écrivons correctement et soyons corrects.
Moi aussi, à l'« instar » (*) de la speakerine, je voulais être « jeune, un peu décalé, complice et mutin… », bon, c'est raté !
(*) à ajouter au bêtisier.
De dan46
gardé a vue | 14H11 | 21/12/2008 |
J'aime bien l'expression « le marché du siècle “ que la France remporte au moins trois fois par an.
à dan46
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 14H29 | 21/12/2008 |
et que « le Monde entier nous envie »…
De héliotrope
14H14 | 21/12/2008 |
Hé ben moi, hé ben ce qui m'énerve le plus, c'est ceusses qui disent : Il/elle est parti(e) je ne sais trozzz où.
Eh ben non ! ! !
Trop termine par un P.
Donc le liaison, correcte et non idiomatique, j'insiste, c'est bien : « Je ne sais “tropou” » !
Comme pour 100 zeuro…
Lamentable.
Cent teuro oui, sinon éviter la liaison.
à héliotrope
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 14H31 | 21/12/2008 |
….et les mille z » histoires, cette semaine sur france-Inter ?
à héliotrope
De pierre.reve
15H34 | 21/12/2008 |
je vous conseille un sketch des Nuls, parodiant les liaisons dangereuses :
http://www.dailymotion.com/video/xtplh_les-liaisons-dangereuses_fun,
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 14H15 | 21/12/2008 |
Curieux votre sondage, je parle de :
« Ceux qu'on entend trop »
- Les « autres » ne sont vraiment que de 0 % ?
De eelisa
Délinquante au coin de la rue | 14H16 | 21/12/2008 |
Moi ce que je déteste par dessus tout c'est :
« et ça veut dire quoi ? » dit sur le ton ironique style « foutage de gueule » avec un petit mouvement d'épaule… ; )
Et le « n'a pas vocation à »… ça aussi c'est pas mal, avec toujours ce mouvement saccadé d'une épaule…
De la-grande
Etudiant | 14H17 | 21/12/2008 |
J'ai un peu de mal à comprendre pourquoi des gens s'énervent après des expressions qui rendent la langue française plus riche, il serait d'un triste que tout le monde parle de manière télégraphique, de plus pour beaucoup d'expressions citées dans l'article je ne les ai quasiment jamais entendus, mais je ne vis pas dans les actualités non plus (ce qui nuance tout de même l'article qui ne serait fait que pour les « accro » du journalisme).
Ce qui m'agace surtout c'est la redondance de certaines expressions qui montre le peu de vocabulaire du journaliste qui l'emploi et les expressions mal utilisées (comme l'a fait remarqué un internaute avec « développement durable » qui est souvent utilisé pour synonyme d'écologie)..
à la-grande
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 14H26 | 21/12/2008 |
-« J'ai un peu de mal à comprendre pourquoi des gens s'énervent après des expressions qui rendent la langue française plus riche, “
- Ah bon, pour vous, toutes ces expressions parasites (voir plus haut ce magnifique florilège), ça ‘enrichi’ la langue française ?
De Glaber
Enseignant | 14H18 | 21/12/2008 |
Une petit mot sur les « vraies questions » et les « vrais problèmes » des journalistes lors des interviews. Ca ne sert à rien !