
Comme le bâillement ou la grippe, le bonheur est contagieux

Attention à qui vous fréquentez, vous pourriez attraper le bonheur. C'est la conclusion d »une étude publiée ce vendredi par le British Medical Journal : le bonheur peut se propager entre voisins, frères et sœurs, conjoints.
Les coauteurs de l'étude, Nicholas Christakis, chercheur à Harvard, et James Fowler, de l'université de Californie, sont des spécialistes des contagions sociales : ils ont déjà étudié la façon dont l'obésité et la capacité à arrêter de fumer se propageaient entre proches.
Leurs dernières conclusions : quand une personne devient heureuse, les chances qu'un ami, frère ou sœur, conjoint, ou voisin direct le soit aussi augmente de 8 à 34 %. L'effet se poursuit jusqu'à trois degrés de séparation, et le bonheur de quelqu'un peut affecter celui d'une autre personne jusqu'à un an.
Attention : le bonheur n'est pas contagieux entre voisins de bureau et quant au voisinage, ces résultats ne s'observent qu'entre voisins immédiats, cela ne marche pas pour ceux qui habitent à l'autre bout du pâté de maison.
Ouf, le malheur s'attrape moins facilement
Le bonheur, c'est que le caractère contagieux du malheur est lui moins prononcé. Connaître quelqu'un de malheureux n'augmente les chances de l'être que de 7 %.
Doù la conclusion que livre Nicholas Christakis à l'International Herald Tribune :
« Votre bonheur ne dépend pas seulement de vos choix et actions, mais aussi de ceux de gens que vous ne connaissez pas, et qui peuvent être à deux ou trois degrés de séparation de vous. »
En comparant à une autre étude déjà menée, James Fowler fait remarquer au Washington Post que le bonheur d'un ami a plus d'impact sur les chances d'être heureux de quelqu'un qu'une augmentation de 5000 dollars.
Critiques méthodologiques
L'étude de Christakis et Fowler s'appuie sur l'analyse de données collectées pendant plus de vingt ans auprès de 4700 personnes à Framingham (dans le cadre d'une plus large étude, la Framingham Heart Study) dans le Massachusetts, mais leurs conclusions ne font pas l'unanimité.
Le même numéro du British Medical Journal publie une critique de leurs travaux par deux chercheurs (Ethan Cohen-Cole, un économiste de la Federal Reserve Bank of Boston, et Jason Fletcher, de la Yale School of Public Health) qui font remarquer qu'avec les mêmes méthodes, on pourrait aussi conclure que l'acné, la taille d'une personne ou le mal de tête sont contagieux.
Alors que les données peuvent montrer que des personnes connectées peuvent partager ces conditions, si c'est le cas, c'est d'abord parce qu'elles vivent dans des environnements similaires.
La contagion du sourire Facebook
Christakis et Fowler assurent avoir écarté ces biais là. Ils font remarquer que d'autres travaux corroborent les résultats de leur recherche. Par exemple, sur Facebook, les gens qui sourient sur leur photo ont plus d'amis sur le réseau social et comptent parmi leurs amis une plus grande proportion d'amis souriant.
Pour les deux chercheurs, ces résultats sont riches d'implications sociales. Leur étude montre que les émotions ont des existences collectives, elle explique aussi pourquoi les enquêtes qui comparent le sentiment d'être heureux d'un pays à l'autre peuvent donner des résultats différents.
Plus concrètement, puisque des recherches ont déjà montré des corrélations entre le fait d'être heureux et la mortalité ou la maladie, connaître cette capacité de contagion pourrait être un outil de santé publique.
Le duo a encore d'autres sujets de possible contagion en cours de surveillance : la dépression, la solitude et l'alcoolisme.
- 13951 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque




























7
De Pseudo
Aimer la vie, aimer les fleurs, aim... | 18H49 | 06/12/2008 |
Ce n'est pas nouveau. Prévert le savait déjà :
« Il faudrait essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple.
De didja
out of nowhere | 22H22 | 06/12/2008 |
Je serais heureux de faire lire cet article à mes amis : soyons heureux tous ensemble !
De désenchantée
aucune | 22H48 | 06/12/2008 |
le bonheur s'est toujours pour demain
et fillette me prend par la main
Mes doigts ont effeuillés tant de roses
Que de parler d'amour encore je n'ose
de Pierre Perret
De Sexus Empiricus
00H41 | 07/12/2008 |
To the happy few. - En 1818, à Milan, il écrit dans son journal (à la date du 14 mai) : « Le bonheur est contagieux. Si vous voulez être heureux, vivez au milieu de gens heureux. »
C'est du Stendhal pur jus, et on n'ira pas tout dire. (Seulement qu'il n'aimait pas beaucoup les moutons.)
Mais, au juste, qu'est-ce qui n'est pas contagieux ? La délicatesse l'est assez peu. Ce qui est plus contagieux que le reste, dans l'atmosphère, c'est la mode, l'opinion à la page et déjà majoritaire : la norme et le morne. Autant dire la vulgarité - mais je ne voudrais outrager personne.
Aussi, le fou rire peut l'être. Le rire, et plus encore le sourire. En remarquant le jeu de mains qui illustre l'article, une formule de Louis Jouvet me revient : « Vous pouvez me serrer la main, le talent n'est pas contagieux. »
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 11H52 | 07/12/2008 |
En règle générale, il me semble que le bonheur par contagion existe réellement, mais seulement s'il existe une tendance à la sociabilité entre les gens (y compris au sein d'une même famille). Si les parents, voisins, connaissances, etc., sont des mauvais coucheurs envieux, aigris ou querelleurs, la contagion se fait dans le sens inverse. Tout le monde connaît des gens dont la présence « jette un froid » !
Les sociétés qui entretiennent et nourrissent la sociabilité entre les gens (je pense notamment à l'Italie du bel canto, aux USA -- dans leur partie la plus civilisée, où on saisit le moindre prétexte pour organiser un cocktail ou un barbecue collectif de bienvenue à un nouveau voisin, par exemple --, aux pays arabes où l'hospitalité est « sacrée », au pays des ch'tis où un destin commun rapproche les voisins malgré une dèche économique déjà ancienne), contribuent notablement au bonheur des gens, ou tout au moins à la minimisation du malheur. C'est le bonheur imputable au désir et à la pratique de la « solidarité ».
Mais le bonheur n'est jamais durable, semble-t-il. Il est transitoire parce qu'il réside dans les « petites choses » uniquement, la vie ayant nécessairement une dimension tragique au bout du compte (la maladie et la mort). Heureusement, un fond de tempérament optimiste est davantage propice à la multiplication de ces « petites choses », qui est connue pour rallonger la durée de vie.
L'un des problèmes de l'existence moderne dans les sociétés développées est que la conscience d'appartenir à la même espèce, que l'existence de celle-ci soit médiée par une famille, un « clan » (non refermé sur lui-même), une classe sociale, une collectivité quelconque, a tendance à se diluer.
Le bonheur me paraît dériver en premier lieu d'une capacité de générosité spontanée, d'ouverture à l'Autre. Sans ces qualités, les individus sont nécessairement moroses, parfois même désespérés.
Je crains que les Français (au sens large) n'aient pas de prédisposition naturelle au bonheur. Qu'est-ce qu'un Français ? faisait remarquer Cocteau, c'est un Italien de mauvaise humeur !
De Docteur Panel
Sondologue | 10H10 | 08/12/2008 |
Ah ben justement moi je la trouve super drôle cette photo pour illustrer cet article. Le dalaï-lama c'est le symbole du bonheur courageux et éclairé, un peu comme Gandhi est l'archétype du pacifisme. Genre, les gens qui ont atteint un niveau très élevé dans les ciels successifs qui mènent au nirvâna.
Et en même temps elle montre bien que ces gens rigolent pour la photo. Pour ma part elle me rappelle qu'il ne faut pas confondre la chose et son image. Le bonheur supporte encore moins le factice que tout le reste, parce que c'est trop important. Comme le bonheur, l'image du bonheur est contagieuse, mais elle n'inocule à celui qui la regarde que… l'image du bonheur, pas le bonheur lui-même.
De Docteur Panel
Sondologue | 10H38 | 08/12/2008 |
Les critiques méthodologiques sont sérieusement à prendre en compte. Il y a énormément d'études qui amalgament corrélation et causalité, et qui pour compenser l'absence de rigueur méthodologique, arguent du nombre epoustouflant (47000 ! 20 ans ! quel sérieux, quelle incontestabilité ! ) C'est vrai que la chose al plus contagieuse, dans ce cas-là, c'est la pauvreté.
Pour qu'il y ait corrélation, il suffit que deux phénomènes se produisent simultanément plus fréquemment que si c'était dû au hasard. Pour cela il suffit qu'ils aient une ou plusieurs causes (directes ou indirectes) communes. Pour qu'il y ait causalité, il faut que l'un soit la cause de l'autre. Il est extrêmement difficile d'étudier et de prouver des causalités, parce qu'il faudrait pouvoir faire des expérimentations en « double aveugle » : deux mondes jumeaux, dans l'un on injecterait une surdose de gens heureux, et on verrait si les autres le deviennent plus. En revanche, les corrélations s'observent très facilement partout.
Cet article ouvre sur une question de santé publique et de politique : la contagion se produit-elle par simple contact, ou parce que les gens heureux travaillent plus activement au bonheur des autres que ceux qui sont empêtrés dans leurs propres problèmes ? Si réponse 1 : réactivons la lobotomie et installons « the Truman show » partout où c'est possible. Si réponse 2 : réactivons notre conscience politique.