12/12/2010 à 17h59

Rwanda : le reporter et l'espion disent « L'Agenda du génocide »

David Servenay | Ex-Rue89


Jean-François Dupaquier dans l’ascenceur de Rue89 (Audrey Cerdan/Rue89).

Jean-François Dupaquier est un vétéran du génocide rwandais qu’il a d’abord scruté sous l’angle des médias de la haine. Dans un livre d’entretien fouillé, il révèle le témoignage de Richard Mugenzi, responsable des écoutes de l’armée rwandaise de 1990 à 1994.

« L’Agenda du génocide » (éd. Khartala) permet de mieux comprendre la mécanique qui fit 800 000 morts en trois mois.

Rue89 : Comment retrouvez-vous cet espion rwandais, Richard Mugenzi ?

Jean-François Dupaquier : Il était protégé comme témoin au Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Isolé, caché, mis dans un local sécurisé. Il a rejoint Arusha en 1998, il est revenu en décembre 2008 au Rwanda. Il avait interdiction de répondre à quiconque.

Il a témoigné dans le procès Bagosora [le « cerveau » du génocide, ndlr] en 2002 et le procès du MRND [l’ex-parti unique, ndlr] en 2006. Et c’est tout. Il était invisible pour tout le monde, sauf pour le juge Bruguière qui l’a interrogé en 2001, avant même le TPIR.

Aujourd’hui que fait-il ?

Il est toujours protégé par le TPIR. Si quelqu’un veut l’interroger par exemple, il faut avoir l’autorisation du tribunal. Il a par exemple été interrogé par le juge Trévidic récemment.

Il est au chômage, pas vraiment protégé par le régime. Il vient de trouver un travail comme logisticien.

Pourquoi avoir choisi comme titre à son témoignage « L’Agenda du génocide » ?

Ce qu’il nous raconte, c’est sa cohabitation avec le groupe des militaires extrémistes des FAR (Forces armées rwandaises) qui préparent le génocide. Son principal apport est sur deux points :

  • le « Wannsee rwandais » ;
  • la déclaration de Bagosora sur la préparation de l’Apocalypse.

Des gens vont me dire, Mugenzi a été travaillé par le Directorate of military intelligence (DMI, les renseignements militaires rwandais) pour m’intoxiquer.

Cette histoire de Bagosora est vraie, je le sais après quarante ans de journalisme. Bagosora ne peut pas s’empêcher de raconter qu’il faut exterminer les Tutsis...

Des Français auraient donc formé Richard Mugenzi aux écoutes...

Je pense que quelques fois, il ne dit pas la vérité. Comme sur les noms de ses formateurs... il ne s’en souvient d’aucun. Il a peur.

Il y a deux éléments : les officiers français parlent de Mugenzi au juge Bruguière, librement, sans contrainte. Et il donne des détails : c’est lui qui a intercepté le message du 7 avril. Le capitaine Bruno Ducoin, formateur des pilotes d’hélicoptère, Grégoire de Saint-Quentin, Jean-Jacques Maurin qui dit avoir visité le centre national d’écoutes de Butotori...

Je n’ai pas identifié le second centre d’écoutes que Mugenzi évoque à Kigali. Le rapport Mucyo dit qu’il s’agissait du centre tenu par les deux gendarmes français abattus le 8 avril.

Un faux pour revendiquer l’attentat contre l’avion

Son travail, c’était quoi exactement ?

D’essayer d’intercepter les conversations radio de la zone où opérait le Front patriotique rwandais. Pas tellement les communications militaires, mais les conversations entre commerçants qui ne se doutaient pas qu’ils étaient écoutés.

Ils avaient des codes, identifiés : « Faire paître les vaches de l’autre côté de la rivière », cela voulait dire que des groupes de rebelles du FPR allaient s’infiltrer.

Assez rapidement, comme il est crédible auprès des opérateurs militaires et politiques destinataires des messages, on lui fait rédiger de fausses interceptions. Qui ? Juvénal Bahufite, commandant OPS de la région de Gisenyi et le colonel Anatole Nsengyumva, directeur du Service de renseignement militaire, qui vérifie ce qu’il fait et le dirige. Il travaille sous l’égide du G2 [le deuxième bureau rwandais, ndlr] et donne totale satisfaction à ses employeurs.

Qu’est-ce que le message du 7 avril 1994 ?

Cela consiste à dire que le FPR est l’auteur de l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. Il est « intercepté » à 8h45 du matin, attribué au FPR et diffusé « en clair », contrairement aux habitudes. Il est supposé dire la chose suivante :

« L’invincible (surnom que ses courtisans avaient donné au président Juvénal Habyarimana) est mort dans son avion, les gorilles (Hutus) ont perdu, les bergeronnettes (Tutsis) ont gagné, la victoire est proche, félicitations à l’Escadron renforcé, la guerre reprend... etc. »

Donc, les militaires rwandais croient posséder, dès le 7 avril, la preuve que le FPR a abattu l’avion. Pourquoi n’est-elle pas utilisée par la propagande du régime, pendant le génocide ? En fait, cette fausse revendication semble avoir eu pour principaux destinataires les Français. Ce télégramme a eu plusieurs versions :

  • une manuscrite, qui semble authentique ;
  • une version dactylographiée envoyée au lieutenant Ntahobari, directement à l’ambassade rwandaise à Paris.

Le général Huchon [chef de la Mission militaire de coopération, ndlr] a vraisemblablement été destinataire de ce pseudo-télégramme. Mais comment y croire... le texte est tellement grotesque.

Quel rôle joue Mugenzi dans cette affaire ?

Il est l’auteur de la rédaction du télégramme. Quand il dit que ce sont des faux, c’est qu’il y en a eu beaucoup. Ils sont authentifiés par son écriture. Les préparateurs du génocide sont fins et manipulateurs. Il écrit les messages à la main, ça sert à l’authentifier dans la chaîne à laquelle il s’adresse.

Il y a sept à huit destinataires, au sommet de l’Etat et de l’armée : l’Etat-major, le service de renseignement, la présidence, la direction du MRND, le G2 de la gendarmerie et les militaires français.

Ce fameux télégramme du 7 avril... pourquoi les militaires français n’en parlent-ils pas à la mission Quilès en 1998 ? Et puis ensuite, pourquoi en parlent-ils au juge Bruguière ?

Mon hypothèse est la suivante : Bagosora a passé un accord avec les Français : « Vous m’aidez pour mon procès, sinon je balance tout. » Ce qui a eu lieu. Et tout à coup, ces télégrammes apparaissent. Cet accord se fait après la mission Quilès.

Les militaires français auraient donc accrédité un faux témoignage ?

Je n’ai pas lu les audiences à huis clos des militaires français, mais ils n’ont vraisemblablement pas eu le choix. Et ils avaient des choses à dissimuler.


Jean-François Dupaquier (Audrey Cerdan/Rue89).

La conférence de Wannsee du génocide rwandais

Vous parlez d’un « Wannsee rwandais », pourquoi utiliser ce terme ?

La conférence de Wannsee, c’est l’adaptation de l’appareil d’Etat allemand à la solution finale du « problème juif ».

La « Shoah par balles » a déjà commencé, tout comme les camps de la mort, mais elle permet de donner une beaucoup plus grande efficacité à la machine de mort.

Au Rwanda, il y a déjà eu des massacres à caractère génocidaire (Bagogwe à Gisenyi et Ruhengeri, avec l’armée et les milices) en 1990 et 1991. Ce sont des expérimentations.

Au moment du Wannsse rwandais, des milliers de Tutsis ont déjà été massacrés. Cela se passe le 21 novembre 1992 (un samedi), au centre de Butotori (Gisenyi ), qui est au bout d’une piste de 800 mètres, dans une zone militaire. Un endroit fermé et réservé aux militaires. La pièce est petite.

Qui sont les participants à cette réunion ?

Le colonel Bagosora préside, Jean-Bosco Barayagiza et Léon Mugesera, les deux idéologues du régime, des réprésentants du MRND, des militaires... En tout, ils sont une vingtaine. Richard Mugenzi est à l’extérieur, mais il entend par moment ce qui se dit. Bagosora dit qu’il est indispensable d’exterminer les Tutsis.

La deuxième partie de la réunion, Mugesera et Hassan Ngeze [fondateur de la RTLM, ndlr] acquiescent et disent que c’est une excellente idée. Mugenzi ne sait pas s’il y a un agenda précis avec une distribution des rôles. Mais ce dont il est sûr, c’est que Mugesera fait des discours haineux dans les jours qui suivent. Jusqu’ici, on ne rattachait à rien de précis ce discours. Mugenzi dit que c’est le lendemain de cette réunion.

Peut-on faire un parallèle avec ce document militaire qui porte sur la définition de l’ennemi ?

J’ai toujours pensé qu’on a échappé de peu au génocide à la fin 1992 ou au début 1993. Le président Habyarimana n’est alors plus le maître des événements, le seul acteur de la crise. Il freine le génocide, il est contre le génocide éclair. Il pense qu’il faut se débarrasser des Tutsis à bas bruit, petit à petit.

Les radicaux, eux, défendent l’idée d’une action rapide, où les Occidentaux n’auront pas le temps de dire « ouf ».

L’idée était que dans le cadre de la défense civile, les chefs de cellule devaient faire exécuter les voisins les plus proches, immédiatement dans leur maison. Mais les Tutsis se sont réfugiés dans les églises et ça n’a pas marché comme ils le voulaient.

Vous avez d’autres preuves de l’existence de cette réunion ?

« DCH », un deuxième témoin protégé au TPIR. Lui était un important chef Interhamwe, conducteur de bus de l’Onatracom, il était payé pour s’occuper de la préparation du génocide. Il a aussi raconté cette réunion.

Sur le tarmac devant le bâtiment, il y avait un grand concours d’Interhamwe avec des chants. Il voit ça d’une façon basique, comme une kermesse anti-Tutsis qui a débouché sur des violences.

Un échec de la justice internationale

L’idée de « l’agenda du génocide » est contestée, y compris par la justice internationale...

S’il y a eu un échec majeur au TPIR, c’est de ne pas avoir défini la trame du projet criminel, avec une chronologie où chacun a sa place. Ils étaient obsédés par l’idée que les criminels devaient être jugés pour leurs crimes, en oubliant la description de la structure criminelle.

Pour les chefs du MRND, par exemple, ils ont essayé de trouver des témoins disant qu’ils les avaient vus à la tête de cortège de miliciens... c’est grotesque.

Les enquêteurs sont parfois totalement incompétents, ne comprenant rien à l’Histoire. Au service des enquêteurs, on leur déconseille de lire sur le génocide, pour « rester impartial ».

Pourquoi avoir procédé comme ça ?

Les premières personnes nommées comme procureur (Richard Goldstone, Louise Harbour) ont été complètement incompétentes. J’en ai parlé avec Carla del Ponte : « Vous vous êtes vantés d’avoir inventé un logiciel pour définir la mafia en Suisse, pourquoi ne pas avoir fait la même chose pour le Rwanda ? » Réponse : « Parce que ce n’était pas la priorité. »

C’est l’idée que ce génocide ne pouvait pas être aussi sophistiqué ?

Oui. En tout cas, ils étaient loin d’imaginer une procédure d’investigation poussée. Pour le premier repenti (le Premier ministre Jean Kambanda) du TPIR, les questions sont d’une rare stupidité et les réponses d’une grande vacuité, donc on en tire rien. Dès le départ, il y a un naufrage de l’institution judiciaire.

Quel est le moteur du génocide ?

La première hierarchie parallèle est le réseau Zéro, la nébuleuse autour de Protais Zigiranyirazo, dont le premier objectif est la prise du pouvoir en 1973. Elle n’a aucune production documentaire. Ce réseau est aussi celui de Mme Habyarimana. Il n’y a pas de rôle intangible, c’est un mélange d’intérêts familiaux, patrimoniaux.

Ce réseau se structure en fonction des nécessités du moment : éliminer un dauphin... etc. Puis on crée des commandos de tueurs, pour écarter des menaces. Un curé, un concurrent économique, Diane Fossey...

Bagosora va alors mener une aventure personnelle. Il fait partie de ce réseau. Il est à la fois le cousin du Président et de sa femme. Il est très ambitieux. Il structure les Amasasu, au sein des militaires, avec des officiers extrémistes pour prendre l’affaire en main (se procurer des armes) avec une branche dans l’armée et une branche dans le civil, avec les miliciens. Il ne cherche pas s’enrichir, mais c’est l’appétit du pouvoir.

Les FAR ont toujours été défaites par le FPR. Bagosora n’a jamais été mêlé à ces défaites. Son but était de devenir le Président.

Enfin, il y a un autre groupe : les « Amis de l’alliance », sorte de communion de pensée, quasi mystique, autour de la Présidente, de la religion, matinée de messianisme anti-Tutsis. Un discours où l’on dit que les Tutsis ont une queue et des sabots ! La diabolisation trouve tout son sens.

Le capitaine Barril et ses mercenaires

L’Apocalypse de Bagosora, c’est un épisode qui vous paraît crédible ?

Cela date de janvier 1993, où Bagosora vient voir ses amis au mess des officiers à Gisenyi. Ils sont entre eux, ils parlent librement. Mugenzi raconte que Bagosora est interrogé sur « ça veut dire quoi, l’apocalypse ? », puisqu’il a claqué la porte des négociations de paix en disant : « Je rentre pour préparer l’apocalypse. »

La plupart des Rwandais ne connaissent pas ce mot. Ils ne comprennent pas. Bagosora leur répond « demandez à Mugenzi », qui est un ancien frère mariste. Mugenzi dit que c’est la fin de l’espèce humaine. Bagosora rit. Il dit : « Mon apocalypse à moi, c’est la fin des Tutsis. » Je suis convaincu que Mugenzi ne ment pas sur ce point.

Qu’est-ce que cela dit sur le rôle de l’armée française au Rwanda ?

L’armée française mène une guerre noire au Rwanda. Mugenzi le documente à son niveau. Il laisse apparaître des silhouettes dans un pouvoir de l’ombre qu’assument des militaires français, jusqu’à épouser les thèses et les objectifs de l’armée rwandaise. Mais attention, il ne faut pas diaboliser : tous les militaires français n’étaient pas d’accord avec cette politique.

Enfin, Mugenzi apporte des précisions sur le rôle joué par le capitaine Paul Barril...

C’est très étonnant. Vu ce qu’on sait du contrat de Barril avec les FAR (1,15 million de dollars en mai 1994), il avait deux objectifs :

  • fournir aux FAR des munitions qui manquent,
  • fournir un groupe d’une vingtaine de mercenaires.

Mugenzi les a vus ces mercenaires, ils avaient des uniformes noirs. Ils ont été « inventés » par Bob Denard pour l’opération aux Comores. Il y a donc des raisons de penser que Barril a recruté les hommes de Denard.

Que font-ils ? Ils sont au camp de Bigogwe. Certains sont des officiers.

L’un des objectifs a pu être d’aller exécuter Kagame dans son QG de Mulindi. Ce contrat a été payé, Barril a reçu l’argent. Il n’a pas livré les munitions. Il devait y avoir un autre objectif. Ce sont des suppositions, elles méritent d’être documentées. En tout cas, le rôle de Barril apparaît une nouvelle fois, sans que personne ne s’y intéresse, ni la justice française, ni le TPIR. Barril semble être un acteur du génocide.

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  • Ysengrin
    Ysengrin
    Lecteur
    • Posté à 18h23 le 12/12/2010
    • Internaute 130239
      Lecteur

    Dommage ! Voilà un article qui pourrait se révéler bien intéressant s’il était mieux « noté par la rédaction » : il faut avoir suivi l’affaire depuis 1994 (voire avant) pour savoir exactement de qui on parle et quelles en sont les tenants et aboutissants. Bon, c’est pas tuant de relire quatre fois l’article, mais l’auteur risque de passer à côté de l’intérêt des lecteurs, pour ce qui a l’air d’une enquête fouillée sur une énigme tragique de 800.000 morts.
    Dommage.

    • Anastaze
      Anastaze répond à Ysengrin
      inconsolable absolument
      • Posté à 19h56 le 12/12/2010
      • Internaute 53186
        inconsolable absolument

      Ça ne vient pas que de l’auteur. Á chaque fois que j’ai essayé de comprendre quoique que ce soit à cette affaire, je me suis enfoncé un peu plus dans le brouillard. Il fut même un temps, même où je culpabilisais me soupçonnant de racisme, alors j’ai redoublé de concentration, mais rien à faire, je n’accroche pas.

      En réalité il y a toujours tellement de non-dits, de soupçons, de sous-entendus, il y a eu tellement de trahisons, de manipulations, de massacres dans tous les sens, qu’on a l’impression de faire des mots fléchés sans les définitions.

      J’en ai pris mon parti, un jour je sais que je trouverai le fil conducteur, et qu’il n’y aura plus qu’à tirer... ce n’est pas encore pour aujourd’hui.

      • Pancho27
        Pancho27 répond à Anastaze
        • Posté à 00h16 le 13/12/2010
        • Internaute 26892

        Remarques fort pertinentes, car l’horreur absolue du génocide rwandais de 1994 a été suivie par une confusion tout aussi absolue quant à la compréhension de ses origines, du fait de multiples désinformations aux motivations souvent contradictoires.
        Pour tenter d’y voir plus clair, je ne saurais trop conseiller aux riverains de Rue89 de lire deux livres qui se dégagent du lot :
        - le monument d’André Gichaoua, « Rwanda, de la guerre au génocide » :
        Lien
        Et son site compagnon :
         »Lien

        - et le livre de David Servenay (l’excellent auteur de cet article, ce qui aurait motivé un « disclaimer » ; -) et Gabriel Périès, « Une guerre noire. Enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994) » :
        Lien

         
        • Anastaze
          Anastaze répond à Pancho27
          inconsolable absolument
          • Posté à 07h43 le 13/12/2010
          • Internaute 53186
            inconsolable absolument

          Merci pour l’information.

          Pour l’instant j’essaye de m’accrocher à la séie de reportages de Mermet :

          Lien
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        • David Servenay
          David Servenay répond à Pancho27
          Auteur(e) de l'article Ex-Rue89
          • Posté à 09h58 le 13/12/2010
          • Internaute 8946
            Ex-Rue89

          Pour le livre de Guichaoua, nous l’avions traité en son temps, ici :

          Lien

          Quant au « disclaimer », il figure simplement sur ma « fiche auteur », c’est suffisant, non ?

          • Avril
            Avril répond à David Servenay
            • Posté à 22h12 le 13/12/2010
            • Internaute 24503

            J’aurais bien voulu vous lire sur le rapport de l’ONU, M. Servenay.

        3 autres commentaires
  • A déménage le 7-6
    • Posté à 18h30 le 12/12/2010
    • Internaute 91661
      NC

    Je ne suis pas un fin connaisseur de la question,.
    Mon meilleur ami bossait à l’époque pour une grosse ONG.
    Je me souviendrais toujours de son regard quand il est rentré du Rwanda dans le courant de l’été 94.

  • inspecteur crouton
    • Posté à 18h36 le 12/12/2010
    • Internaute 118828
      modéré

    On demande Mr Mégot à l’ accueil.

    MISTER MEGOT ?

    • mr_megot
      • Posté à 08h45 le 13/12/2010
      • Internaute 53015
        .

      Ah, c’est malin. Je suis sur que tu n’as même pas lu l’article jusqu’au bout !

  • jc grellety
    • Posté à 18h41 le 12/12/2010
    • Internaute 775

    J’étais plus jeune, et jeune entre 90 et 94. Je me souviens très bien que les médias nous parlaient de cette guerre civile fondée sur des critères ethniques, et que les Tutsis étaient visés en tant que tels par des Hutus. Pas de révélations de Wikileaks sur le sujet ? Je le regrette. Nos « diplomates », spécialistes es informations, et quand je dis nos, je veux dire les diplomates occidentaux (mais les autres ?), n’ont-ils rien su, avant et pendant, qui permettaient d’envoyer immédiatement des forces militaires de protection des civils ? Il y a la folie raciste d’un côté, et le silence méprisant de l’autre. Monde charmant dans lequel nous vivons, 50 ans alors après Auschwitz. Le devoir de mémoire, c’est une chose, l’obligation d’évolution de la conscience, c’est autre chose, c’est aussi voire plus important, et on continue de vivre sur les mêmes principes qu’avant, à tous les niveaux.

    • zorbeck
      zorbeck répond à jc grellety
      • Posté à 19h10 le 12/12/2010
      • Internaute 9110

      Bien sur que les diplomates savaient ! Quant à un wikileak francais, vous pouvez considérer que vous venez d’en lire un, car ce qui est raconté ci-dessus est très loin de la version officielle.

      La plus grande lâcheté reste à mes yeux celle de l’Onu : L’americaine M Albright n’a-t-elle pas refusé catégoriquement d’utiliser le terme « génocide », car son utilisation aurait juridiquement forcé une intervention armée, ce dont ne voulaient ni les US de Clinton, ni la France de Mitterrand ?

      L’armée française est juste intervenue sur la fin, pour protéger l’évacuation des extrémistes Hutus vers le Congo voisin, où ils ont pu s’épanouir à souhait en terrorisant toute la population.

      Résultat : 2 à 3 millions de victimes supplémentaires, peut-être plus selon d’autres sources...

  • titou31
    titou31
    titou31
    • Posté à 19h22 le 12/12/2010
    • Internaute 33796
      titou31

    « L’armée française mène une guerre noire au Rwanda. Mugenzi le documente à son niveau. Il laisse apparaître des silhouettes dans un pouvoir de l’ombre qu’assume des militaires français, jusqu’à épouser les thèses et les objectifs de l’armée rwandaise. Mais attention, il ne faut pas diaboliser : tous les militaires français n’étaient pas d’accord avec cette politique. »

    ça aurait mérité d’être un peu plus développé non ? Parce que là, ça ne veut pas dire grand chose...

    • Potius mori quam foedari TDM-
      Potius mori quam foedari TDM- répond à titou31
      aime etre à Madagascar
      • Posté à 20h21 le 12/12/2010
      • Internaute 121429
        aime etre à Madagascar

      Ce sont les même en Algérie , les porteurs de valises qui ont accusé l’armée française...
      Même les extrémistes rwandais n’en attendaient pas tant et ont été surpris des attaques de ces porteurs de valises, et ils en ont profité pour les utiliser ...
      Seul en France on trouve pareils « SALOPARDS » qui sentent le cadavres décomposé ...
      Boudarel avait des pères et il eut des fils ..

    • slashdev
      slashdev répond à titou31
      de la Roture
      • Posté à 22h16 le 12/12/2010
      • Internaute 76360
        de la Roture

      L’article dans la revue Esprit de mai 2010 de Rafaelle Maison sur les documents de la fondation Mitterrand relate la propagande des génocideurs servie à l’Elysée par l’intermédiaire de militaires français parlant de « khmers noirs » à propos du FPR. Et ce au delà de ce qu’on pourrait attendre de ce genre de personnel.
      La webographie sur le sujet est fournie. Par exemple : Lien

  • pseudohopif
    pseudohopif
    webmaster
    • Posté à 19h42 le 12/12/2010
    • Internaute 62657
      webmaster

    no comment :

    Lien

  • jmc06-
    jmc06-
    chasseur de gorille
    • Posté à 19h45 le 12/12/2010
    • Internaute 75030
      chasseur de gorille

    reus’ment que l’onu a été efficace dans ce génocide, comme en bosnie

    efficace de lacheté

  • Autruchette
    Autruchette
    Dieu est mort !
    • Posté à 19h47 le 12/12/2010
    • Internaute 134171
      Dieu est mort !

    Il est où Barril au fait ? En cavale ?

  • Gelone2010
    Gelone2010
    Sarkophobe
    • Posté à 20h21 le 12/12/2010
    • Internaute 99991
      Sarkophobe

    Mitterrand a dit : « Un génocide, dans ces pays-là, ce n’est pas trop important“*... Bien que je ne lui fasse pas une confiance aveugle, ça m’a paru suffisant pour ne pas lire cette interminable interview...

    * Ca a été rapporté dans ‘Le Figaro’ du 12.1.1998, par le journaliste Patrick de Saint-Exupéry qui dit avoir recueilli le propos de la bouche même du président.

    • Spiripotain
      Spiripotain répond à Gelone2010
      promeneur écoutant
      • Posté à 22h03 le 12/12/2010
      • Internaute 49037
        promeneur écoutant

      Il est vrai qu’une telle information, livrée par l’organe de l’UMP, mérite une attention extrême...

      • Psyfou
        Psyfou répond à Spiripotain
        pas glop
        • Posté à 22h56 le 12/12/2010
        • Internaute 102931
          pas glop

        Faut plutôt lire ce qu’il a écrit et notamment la France au rwanda.
        Je me rappelle d’une émission du matin sur france-inter, il y a seulement quelques mois, où il avait en contradicteur Quilès et où il fut autrement plus convaincant que l’ancien ministre de la défense responsable de la mission d’enquête parlementaire.
        De plus sa collaboration avec Laurent Beccharia qui a publié les livres de François-Xavier Verschave (une bonne introduction au drame rwandais, lire Noir silence), aux Arènes, plaide pour lui.
        Pour finir, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, les pages étranger du figaro étaient plutôt de qualité.

      • Gelone2010
        Gelone2010 répond à Spiripotain
        Sarkophobe
        • Posté à 23h14 le 12/12/2010
        • Internaute 99991
          Sarkophobe

        Cette phrase a été citée mille fois, elle n’a jamais été démentie par des gens de la famille ou de l’entourage de Mitterrand.

        Par ailleurs, une mise en cause devrait viser Saint-Exupéry, et non le support sur lequel il s’est exprimé, puisque le journaliiste ne me paraît pas particuiièrement de l’équipe au pouvoir depuis 1992...

        Ajoutons qu’en 1998, « Le Figaro » ne pouvait pas être l’organe de l’UMP, qui n’a été fondée que quatre ans plus tard : o)

        Je compte donc sur vous pour essayer de faire mieux, plus subtile surtout, la prochaine fois

         
        • Spiripotain
          Spiripotain répond à Gelone2010
          promeneur écoutant
          • Posté à 06h19 le 13/12/2010
          • Internaute 49037
            promeneur écoutant

          Je retire UMP et je remplace par RPR. Ca va comme ça ?

        1 autres commentaires
  • Ratfucker-
    • Posté à 20h25 le 12/12/2010
    • Internaute 88371

    Je suis étonné que personne n’ai mentionné le pavé de Pierre Péan, « Carnages ». 563 pages de négationnisme et de conspirationnisme censées prouver que le véritable responsable du génocide du Rwanda est Paul Kagamé, dictateur mercenaire antifrançais enragé, qui manipule le TPIR à l’aide de faux témoins et aurait massacré plus de Hutu que les Interhamwé n’ont assassiné de Tutsi.
    Et ce afin de servir les conspirations de la CIA et du Mossad (incontournable acteur des lâchers de requin dans la Mer Rouge ou du trafic d’organes à Haïti). Aucune mention des intrigues de cornecul de Papamadit, si proche des milieux extrêmistes Hutu, ni du rôle de la Radio des Mille Collines.
    Compte tenu du rôle de l’ex capitaine Barril (celui des Irlandais de Vincennes, recyclé dans l’extrême droite, le business des mercenaires, converti à l’Islam pour cause de maintien de l’ordre à la Mecque), je suis également étonné que son valet de plume J-P Cruse ne soit pas encore monté au créneau.

    • mamouche
      mamouche répond à Ratfucker-
      Au potager
      • Posté à 10h57 le 13/12/2010
      • Internaute 15595
        Au potager

      Merci pour ce post,
      J’aurai moi aussi voulu parler de ce torchon que Péan à écrit sans jamais s’être rendu au Rwanda ! Noires Fureurs Blancs menteurs.
      Dans ce bouquin il prend même la défense d’un présumé génocidaire installé en France sans avoir eu aucun entretien avec cette personne ! ( Seul point commun : leur avocat !)
      Sujet extrêmement sensible pour moi...
      Je sors.

      PS : Un bon bouquin à lire celui de Jean Harzfeld :
      La stratégie des antilopes.
      Paru au Seuil

    • zorbeck
      zorbeck répond à Ratfucker-
      • Posté à 20h53 le 13/12/2010
      • Internaute 9110

      Pour ce qui est de Pean l’affaire est entendue. Barril je ne savais pas, je l’ai appris en lisant l’article. Mais il y en a beaucoup d’autres, j’ ai entendu des déclarations de Juppe qui sont d’une mauvaise foi repoussante...

      Pour la petite histoire, ça m’ a toujours sidéré de voir la quasi unanimité médiatique française a condamner Sharon pour les massacres de Sabra et Chatila, alors que Sharon s’est contente de regarder sans réagir et ça s’est passe en une nuit.

      Ici il y a eu une préparation pendant plusieurs mois si pas plusieurs années, les massacres ont dure plusieurs semaines et personne n’a rien su, personne n’a rien vu, tout le monde il est innocent, au vertueux pays des Droits de l’Homme.

      A vomir.

  • nico_wentz
    • Posté à 20h28 le 12/12/2010
    • Internaute 113477

    A signaler :
    Trois excellents reportage dans le magazine XXI
    ( Lien ) n°10 du printemps 2010. Les articles sont très travaillés. .

  • wouahab-
    wouahab-
    libre
    • Posté à 20h58 le 12/12/2010
    • Internaute 130219
      libre

    Au début des années 1980, quand éclata la crise de la dette du Tiers Monde, le Rwanda (comme son voisin, le Burundi) était très peu endetté. Alors qu’ailleurs dans le monde, la Banque mondiale et le FMI abandonnaient leur politique active de prêts et prêchaient l’abstinence, ils adoptèrent une attitude différente avec le Rwanda : ces institutions se chargèrent de prêter largement au Rwanda. La dette extérieure du Rwanda a été multipliée par vingt entre 1976 et 1994. En 1976, elle s’élevait à 49 millions de dollars ; en 1994, elle représentait près d’un milliard de dollars. La dette a surtout augmenté à partir de 1982. Les principaux créanciers sont la Banque mondiale, le FMI et les institutions qui y sont liées. La Bm et le FMI ont joué le rôle le plus actif dans l’endettement. En 1999, ces institutions détenaient 87% de la dette extérieure rwandaise (en 1999, la dette extérieure rwandaise se répartissait comme suit : 87% dus aux institutions multilatérales, 13 % dus en bilatéral, 0% à des créanciers privés. Source : World Bank, GDF 2001).

    Le régime dictatorial en place depuis 1973 garantissait de ne pas verser dans une politique de changements structurels progressistes. C’est pourquoi il était soutenu activement par des puissances occidentales : la Belgique, la France et la Suisse. En outre, il pouvait constituer un rempart par rapport à des Etats qui, dans la région, maintenaient encore des velléités d’indépendance et de changements progressistes (la Tanzanie du président progressiste Julius Nyerere, un des leaders africains du mouvement des non alignés, par exemple).

    Durant la décennie 1980 jusqu’à 1994, le Rwanda reçut beaucoup de prêts et la dictature d’Habyarimana s’appropria une partie considérable de ceux-ci. Les prêts accordés devaient servir à insérer plus fortement l’économie rwandaise dans l’économie mondiale en développant ses capacités d’exportation de café, de thé et d’étain (ses trois principaux produits d’exportation) au détriment des cultures destinées à la satisfaction des besoins locaux. Le modèle fonctionna jusqu’au milieu des années 1980, moment où les cours de l’étain d’abord, du café ensuite, et enfin, du thé s’effondrèrent. Le Rwanda, pour qui le café constituait la principale source de devises fut touché de plein fouet par la rupture du cartel du café provoquée par les Etats-Unis au début des années 1990.

    Utilisation des prêts internationaux pour préparer le génocide

    Quelques semaines avant le déclenchement de l’offensive du Front Patriotique Rwandais (FPR) en octobre 1990, les autorités rwandaises signent avec le FMI et la Bm à Washington un accord pour mettre en œuvre un programme d’ajustement structurel (PAS).

    Ce PAS est mis en application en novembre 1990 : le franc rwandais est dévalué de 67%. En contrepartie, le FMI octroie des crédits en devises à décaissement rapide pour permettre au pays de maintenir le flux des importations. Les sommes ainsi prêtées permettent d’équilibrer la balance des paiements. Le prix des biens importés augmente de manière vertigineuse : le prix de l’essence grimpe de 79%. Le produit de la vente sur le marché national des biens importés permettait à l’Etat de payer les soldes des militaires dont les effectifs montent en flèche. Le PAS prévoyait une diminution des dépenses publiques : il y a bien eu gel des salaires et licenciements dans la fonction publique mais avec transfert d’une partie des dépenses au profit de l’armée.

    Alors que les prix des biens importés grimpent, le prix d’achat du café aux producteurs est gelé, c’est le FMI qui l’exige. Conséquence : la ruine pour des centaines de milliers de petits producteurs de café (Maton, 1994). Ceux-ci et les couches les plus appauvries des villes ont dès lors constitué un réservoir permanent de recrues pour les milices Interahamwe et pour l’armée.

    Parmi les mesures imposées par la Bm et le FMI au travers du PAS, il faut relever en outre : l’augmentation des impôts à la consommation et la baisse de l’impôt sur les sociétés, l’augmentation des impôts directs sur les familles populaires par la réduction des abattements fiscaux pour charge de famille nombreuse, la réduction des facilités de crédit aux paysans...

    Pour justifier l’utilisation des prêts du couple Bm/FMI, le Rwanda est autorisé par la Bm à présenter d’anciennes factures couvrant l’achat de biens importés. Ce système a permis aux autorités rwandaises de financer l’achat massif des armes du génocide. Les dépenses militaires triplent entre 1990 et 1992 (Nduhungirehe, 1995). La Bm et le FMI ont envoyé plusieurs missions d’experts pendant cette période, ces derniers ont souligné certains aspects positifs de la politique d’austérité appliquée par Habyarimana mais ont néanmoins menacé de suspendre les paiements si les dépenses militaires continuaient à croître. Les autorités rwandaises ont alors mis au point des artifices pour dissimuler des dépenses militaires : les camions achetés pour l’armée ont été imputés au budget du ministère des Transports, une partie importante de l’essence utilisée par les véhicules des milices et de l’armée était imputée au ministère de la Santé... Finalement, la Bm et le FMI ont fermé le robinet de l’aide financière début 1993 mais elles n’ont pas dénoncé l’existence des comptes bancaires que les autorités rwandaises détenaient à l’étranger auprès de grandes banques et sur lesquelles des sommes importantes restaient disponibles pour l’achat d’armes. On peut considérer qu’elles ont failli à leur devoir de contrôle sur l’utilisation des sommes prêtées. Elles auraient dû stopper leurs prêts dès début 1992 quand elles se sont rendu compte que l’argent était utilisé pour des achats d’armes. Elles auraient dû alerter l’ONU dès ce moment. En continuant à réaliser des prêts jusque début 1993, elles ont aidé un régime qui préparait un génocide. Les organisations de défense des droits de l’homme avaient dénoncé dès 1991 les massacres préparatoires au génocide. La Banque mondiale et le FMI ont systématiquement aidé le régime dictatorial car celui-ci était un allié des Etats-Unis, de la France et de la Belgique.

    La montée des contradictions sociales

    Pour que le projet génocidaire soit mis à exécution, il fallait non seulement un régime pour le concevoir et se doter des instruments pour sa réalisation. Il fallait également qu’une masse appauvrie, lumpenisée, soit prête à réaliser l’irréparable. Dans ce pays, 90% de la population vit à la campagne, 20% de la population paysanne dispose de moins d’un demi hectare par famille. Entre 1982 et 1994, on a assisté à un processus massif d’appauvrissement de la majorité de la population rurale avec, à l’autre pôle de la société, un enrichissement impressionnant. Selon le professeur Jef Maton, en 1982, les 10% les plus riches de la population prélevaient 20% du revenu rural ; en 1992, ils en accaparaient 41% ; en 1993, 45% et au début 1994, 51% (Maton, 1994). L’impact social catastrophique des politiques dictées par le couple FMI/Bm et de la chute des cours du café sur le marché mondial (chute à mettre en corrélation avec les politiques des institutions de Bretton Woods et des Etats-Unis qui ont réussi à faire sauter le cartel des producteurs de café à la même époque) joue un rôle clé dans la crise rwandaise. L’énorme mécontentement social a été canalisé par le régime Habyarimana vers la réalisation du génocide.

    Les créanciers du génocide

    Les principaux fournisseurs d’armes au Rwanda entre 1990 et 1994 sont la France, la Belgique, l’Afrique du Sud, l’Egypte et la République populaire de Chine. Cette dernière a fourni 500 000 machettes. L’Egypte - dont le vice-ministre des Affaires étrangères, chargé des relations avec l’Afrique, n’était autre que Boutros Boutros-Ghali - a offert au Rwanda un crédit sans intérêt pour lui permettre d’acheter des armes d’infanterie pour un montant de six millions de dollars en 1991. Une fois le génocide déclenché, alors que l’ONU avait décrété, le 11 mai 1994, un embargo sur les armes, la France et la firme britannique Mil-Tec ont fourni des armes à l’armée criminelle via l’aéroport de Goma au Zaïre (Toussaint, 1996). Une fois Kigali, capitale du Rwanda, prise par le FPR, plusieurs hauts responsables du génocide ont été reçus à l’Elysée. Les autorités rwandaises en exil ont installé à Goma avec l’aide de l’armée française le siège de la Banque Nationale du Rwanda. Celle-ci a effectué des paiements pour rembourser l’achat d’armes et en acheter de nouvelles jusque fin août 1994. Les banques privées Belgolaise, Générale de Banque, BNP, Dresdner Bank... ont accepté les ordres de paiement des génocidaires et ont remboursé les créanciers du génocide.

    La situation après le génocide

    Après la chute de la dictature en juillet 1994, la Bm et le FMI ont exigé des nouvelles autorités rwandaises qu’elles limitent le nombre de fonctionnaires à 50% des effectifs prévu au cadre précédant le génocide. Les nouvelles autorités ont accepté.

    Les premières aides octroyées par les Etats-Unis et la Belgique fin 1994 ont servi à rembourser les arriérés de dette du régime Habyarimana à l’égard de la Bm. Les aides octroyées par les pays du Nord arrivaient au compte-gouttes dans le pays qui était à reconstruire. Les autorités ont accueilli plus de 800 000 réfugiés depuis novembre 1996.

    D’après le document de David Woodward réalisé pour Oxfam, en 1996, si la production agricole s’était un peu redressée, elle restait de 38% inférieure aux habituelles premières récoltes et de 28% inférieure aux secondes. Le secteur industriel s’avérait plus lent encore à récupérer : seules 54 des 88 entreprises de production existant avant avril 1994 avaient repris leur activité et la plupart produisaient bien en deçà de leur niveau antérieur : la valeur ajoutée de l’ensemble du secteur industriel ne représentait plus fin 1995 que 47% de son niveau de 1990.

    L’augmentation de 20% des salaires du service public en janvier 1996 fut la première depuis 1981 mais on estimait officiellement que 80% des travailleurs du secteur public se situaient sous le seuil de pauvreté. Il ne faut pas s’étonner que les Rwandais préfèrent travailler dans une ONG comme chauffeur ou cuisinier plutôt que s’investir dans la fonction publique. Ce chiffre n’est d’ailleurs pas particulier à la fonction publique puisque la Bm estimait en 1996 que 85 à 95% des Rwandais vivaient en dessous du niveau de pauvreté absolue.

    Il faut noter un accroissement considérable du nombre de femmes chefs de ménage passant de 21,7% avant le génocide à quelque 29,3% avec des pointes de plus de 40% dans certaines préfectures. Leur situation est particulièrement dramatique lorsqu’on sait à quel point les femmes sont discriminées au niveau des lois notamment liées à l’héritage, à l’accès au crédit et au régime foncier. Déjà avant le génocide, 35% des femmes chefs de ménage avaient un revenu mensuel inférieur à 5 000 francs rwandais (environ quinze dollars) par personne, alors que ce taux était de 22% pour les hommes chefs de famille.

    Malgré un taux élevé d’adoption d’orphelins suite au génocide et au sida, le nombre d’enfants sans famille oscillait entre 95 000 et 150 000.

    En 1996, au niveau de l’enseignement, les inscriptions dans le cycle primaire ne sont que de l’ordre de 65% tandis que le taux de fréquentation des écoles secondaires ne dépasse pas les 8% (Woodward, 1996).

    En 1994, la dette extérieure totale du Rwanda s’élevait à près d’un milliard de dollars. Cette dette avait été entièrement contractée par le régime Habyarimana. Cinq ans plus tard, cette dette avait augmenté d’environ 30% et le Rwanda remboursait 31 millions de dollars (chiffre de l’année 1999).

    La dette contractée avant 1994 rentre pleinement dans la définition de « dette odieuse »[2], en conséquence le nouveau régime aurait dû en être totalement exonéré. Les créanciers multilatéraux et bilatéraux savaient parfaitement à qui ils avaient affaire quand ils prêtaient au régime d’Habyarimana. Après le changement de régime, ils n’avaient pas le droit de reporter leurs exigences sur le nouveau Rwanda. Et pourtant, ils l’ont fait sans vergogne. C’est absolument scandaleux.

    Les autorités rwandaises qui ont pris le pouvoir en 1994 ont tenté de convaincre la Bm et le FMI de renoncer à leurs créances. Ces deux institutions ont refusé et ont menacé de fermer le robinet du crédit si Kigali s’entêtait. Elles ont demandé à Kigali de faire silence sur l’aide qu’elles ont apportée au régime d’Habyarimana en échange de nouveaux prêts et d’une promesse d’annulation future de dette dans le cadre de l’initiative en faveur des pays pauvres très endettés (lancée en 1996). Il est déplorable que le gouvernement ait accepté ce marchandage. Les conséquences sont néfastes : poursuite de l’ajustement structurel dont les conséquences économiques et sociales sont désastreuses et accroissement de la dette extérieure. En faisant cela, les autorités de Kigali ont obtenu le statut de bon élève du FMI, de la Bm et du Club de Paris. Pire en participant à l’occupation militaire d’une partie du territoire du pays voisin, la République Démocratique du Congo, à partir d’août 1998 et en participant au pillage de ses ressources naturelles, le régime rwandais s’est fait le complice des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne dans la région (ces deux pays cherchaient activement un affaiblissement de la RDC).

    Éric Toussaint

  • Marcel Chapoutier-
    Marcel Chapoutier-
    connologue
    • Posté à 21h03 le 12/12/2010
    • Internaute 122147
      connologue

    Bien sûr que pour nous français, une des question essentielles est la responsabilité directe de nos gouvernants dans ce génocide. D’abord comment il y a pu avoir autant de victimes en si peu de temps, sinon par une préparation très bien planifiée et organisée. On sait que des militaires et des gendarmes français ont instruit leurs homologues rwandais, que les milices interhamwés ont été armés sur des fonds avancés par le Crédit Lyonnais et la BNP. Les instructeurs gendarmes ont enseigné la méthode de la bataille d’Alger du Colonel Trinquier qui consiste à quadriller et recenser par secteur la population, méthode qui a fait ses preuves notamment en Argentine, pendant la dictature.

    Ensuite la France a livré des armes avant et pendant le génocide en contournant l’embargo et ceci a été reconnu par Alain Juppé alors ministre des affaires étrangères. Les militaires français de l’opération Amaryllis qui ont été évacuer les ressortissants français ont reçu l’ordre de laisser sur place le personnel rwandais de l’ambassade, ils tous été massacrés, ils ont aussi reçu l’ordre de ne pas intervenir dans les tueries notamment à Bisesero.

    L’opération Turquoise n’a pas été une opération humanitaire, mais un moyen d’enrayer l’avance du FPR de Kagamé, afin de permettre aux génocidaires de fuir vers le Kivu au Congo voisin.

    La France à exfiltré et protégé les chefs génocidaires entre autres la veuve Habyarimana et le colonel Bagosora, le cerveau du génocide. Beaucoup de chefs génocidaires, médecins, prêtres qui ont beaucoup de sang sur les mains coulent encore maintenant des jours tranquilles dans notre pays.

    L’impunité des complices actifs français de ce génocide est organisée au plus haut niveau puisque ce sont les mêmes qui sont au pouvoir actuellement ou jouent toujours un rôle politique, Juppé, Védrine, Balladur, De Villepin, Sarkosy et bien d’autres…

    • Psyfou
      Psyfou répond à Marcel Chapoutier-
      pas glop
      • Posté à 23h03 le 12/12/2010
      • Internaute 102931
        pas glop

      ...et participation aux combats contre le FPR, au moins en 1991.

  • Shockwave
    Shockwave
    Lecteur
    • Posté à 22h48 le 12/12/2010
    • Internaute 103044
      Lecteur

    Contrairement à ce qu’affirme la « ndlr », même s’il y était intervenant, Hassan Ngeze n’est nullement le fondateur de la RTLM Cette dernière a été fondée sous l’impulsion de l’historien Ferdinand Nahimana et financée notamment par Félicien Kabuga, un très riche commerçant. Elle avait l’appui et le soutien des durs du régime, comme Jospeh Nzirorera.

    Hassan Ngeze était essentiellement un homme de paille, même si sa haine des Tutsi était authentique. Il dirigeait le journal extrémiste Kangura, crée entre autres pour faire pièce au journal Kanguka (« Kangura » signifie « Réveille-le ! », titre donc proche de Kanguka, mais conjugué à l’impératif).

    Pour ce qui est des événements relatifs à l’assassinat d’Habyarimana d’une part et du déroulement et des responsabilités du génocide rwandais d’autre part , je trouve les écrits d’André Guichaoua (sans vouloir faire de publicité) beaucoup plus pertinents et autrement plus fondés que ceux de J-f. Dupaquier ou encore de J.-P. Chrétien. J’invite donc les riverains à également les découvrir, si ce n’est déjà fait.

  • Blaise P.
    Blaise P.
    Thésard
    • Posté à 00h02 le 13/12/2010
    • Internaute 133777
      Thésard

    Merci pour cette interview très intéressante. Néanmoins, le manque de mis en contexte la rend très difficile à suivre. Je pense que la majorité des lecteurs sera perdue en la lisant. On a du mal à se rendre compte d toutes les implications. Pour moi cela mériterait un article de précision.

    • David Servenay
      David Servenay répond à Blaise P.
      Auteur(e) de l'article Ex-Rue89
      • Posté à 10h05 le 13/12/2010
      • Internaute 8946
        Ex-Rue89

      Je prends votre objection : il est de plus en plus compliqué de parler du génocide rwandais, à mesure que les années passent et que l’étendue des faits s’élargit.

      Pour celui qui n’a pas suivi les débats de ces quinze dernières années, ce n’est pas évident. Vous pouvez vous plonger dans nos articles consacrés à ce thème.

      Lien

      Vous pouvez aussi, si vous n’y connaissez rien, vous rapporter à un petit livre très bien fait de Dominique Franche, Généalogie du génocide rwandais, à 2,85€ sur tout bon site marchand.

      • Blaise P.
        Blaise P. répond à David Servenay
        Thésard
        • Posté à 01h42 le 14/12/2010
        • Internaute 133777
          Thésard

        Peut-être que ce qui est compliqué à suivre dans ce conflit est qu’il est encore très proche de nous. Les historiens sont encore en train de travailler dessus activement. De plus, les rôles flous de la France et de certains dirigeants rwandais ne rendent pas aisés l’établissement d’une vérité historique.

         
        • Marcel Chapoutier-
          Marcel Chapoutier- répond à Blaise P.
          connologue
          • Posté à 14h27 le 14/12/2010
          • Internaute 122147
            connologue

          C’est pourtant pas les bouquins et les sites qui manquent sur le sujet et le rôle de la France n’est flou que pour les gens qui ne tiennent pas trop à savoir ce qui s’est réellement passé. Ce grand nuage « pudique » (ou cet écran de fumée) a commencé pourtant pendant le déroulement du génocide ou on jouait « silence on tue » sur les médias français, et internet balbutiait en 1994 (ça ne pourrait plus se passer comme ça maintenant, ceux qui déplore cet excès de transparence sont soit complètement idiots soit des complices de crimes de masse potentiels)...

          Lien
          Lien
          Lien
          docu : « Tuez les tous » histoire d’un génocide « sans importance » Raphaël Glucksmann, David Hazan, Pierre Mézerette...ect...

        1 autres commentaires
  • Flamm
    Flamm
    PNT
    • Posté à 00h06 le 13/12/2010
    • Internaute 100295
      PNT

    La France a toujours cru a ses propres mensonges...
    Elle a resiste heroiquement aux troupes Allemandes.
    Ses Savorgnan de Brazza sont toujours mi-instituteurs,mi-hygienistes jamais simplement des pizarres assoiffes d’or.

    Il est notoire que l’element europeen est present dans TOUT et chacun des conflits importants qui se sont produits en Afrique contemporaine alors Mr Dupaquier presente le Colonel Bagosora comme le « cerveau du genocide » est ridicule,mais de ce cote-ci du monde le ridicule ne tue pas.

    Questions :
    -Pourquoi l’attentat sur l’avion de habyriamana veritable declencheur du « genocide » est passe sous silence par tous ici en occident ? vous vous etes donne le mot ?
    -Qui a tire le missile ? ou en est l’enquete ? l’aeroport d’ou est parti le missile etait garde par les forces internationales(en realite Francaise et quelques Belges)
    -Pourquoi Gregoire de saint-Quentin qui se trouvait sur place n’a jamais ete interroge ? qu’elle role joue t-il ?

  • 75David75
    75David75
    Animal_Lecteur
    • Posté à 15h09 le 13/12/2010
    • Internaute 136778
      Animal_Lecteur

    Merci de lire le livre de
    Pierre Péan « Carnages » puis de réecrire l’article ; -)

    Surtout, ne lachez rien !

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