24/06/2010 à 09h53

Rocard : sur les retraites, « le gouvernement passe en force »

Sophie Verney-Caillat | Journaliste Rue89


En réformant vite et sans négocier, le gouvernement « n'a pas pu couvrir tout le sujet ». Rocard suggère une « retraite à la carte ».

En cette journée de mobilisation syndicale contre la réforme des retraites, Rue89 a voulu interroger l'auteur, il y a presque vingt ans, du « Livre blanc sur les retraites », première réflexion sur une réforme au long cours... et dont le projet du gouvernement n'est pas l'ultime étape.

« Avec la réforme des retraites, il y a de quoi faire sauter plusieurs gouvernements », prophétisait l'ancien Premier ministre de François Mitterrand. Pour autant, Michel Rocard ne pronostique pas la chute de François Fillon, ni d'Eric Woerth qu'il estime injustement attaqué dans l'affaire Bettencourt. Et salue même un certain « courage » dans la façon dont la politique est menée tambour battant... Sauf que lui-même aurait pris le problème par exactement l'autre bout.

Lorsqu'on l'interroge pour savoir ce qui finalement restera de cette loi, il commence par dire :

« Une bonne réforme... [Il se ravise.] Enfin, une réforme utile et incomplète ». (Voir la vidéo)

La principale erreur du gouvernement à ses yeux est d'avoir « choisi de ne pas négocier ». Rocard garde un souvenir précis de la recette méthodologique qu'il voulait mettre en place avant de se faire remplacer par Edith Cresson :

  • Mettre syndicats et patronat autour de la table et commencer par se mettre d'accord sur le diagnostic. On obtient alors un texte commun, signé par tous ;
  • Puis, une fois qu'on a établi ce premier consensus, dialoguer avec les Français. A la façon des débats sur l'identité nationale, mais en plus réussi, il voyait mairies et préfectures remplies de citoyens s'exprimant sur ce sujet si crucial ;
  • Enfin, débattre au Parlement et voter de la loi.

Le « chiffon rouge » des 62 ans et « pas de compensations »

Le gouvernement Fillon, en voulant réformer vite et sans négociation « n'a pas pu couvrir tout le sujet, c'était trop vaste » et n'a « pas cherché de compensations », par exemple sur la pénibilité ou les régimes spéciaux. Les syndicats « non plus ne voulaient pas négocier » d'ailleurs, selon Michel Rocard. Conséquence de ce péché originel :

« Les régimes spéciaux ne sont pas traités, alors que ce sont ceux pour lesquels la solution est la plus dure à trouver. Et comme on passe en force, on a besoin de plus de visibilité. C'est pour ça qu'on choisit de retarder l'âge légal... On agite le chiffon rouge et ça durcit les oppositions. »

Enfin, cette réforme « se limite à rééquilibrer des comptes et nous donne une dizaine d'années de respiration comptable, puis le problème se reposera. » (Voir la vidéo)

Qu'il faille travailler plus longtemps parce qu'on vit plus longtemps, « c'est dans l'ordre des choses » mais pour autant, il y avait plein de façons de ne pas agiter le chiffon rouge du report de l'âge légal de départ. Ce très actif retraité de bientôt 80 ans fait valoir que :

« Si on avait négocié, on aurait pu jouer sur la surcote et la décote, sur le taux des cotisations. [...] Il suffit de moduler ces variables-là pour pousser à un retardement spontané moyen sans toucher à l'âge légal. »

« Le PS victime de l'impossibilité de dialogue »

Le plus désolant, c'est que face à ce chiffon rouge de la fin de la retraite à 60 ans, le PS « a foncé comme un taureau », regrette-t-il, au lieu « de préparer la réforme fondamentale, discrètement avec les syndicats ». « Ce n'est pas très subtil », mais au fond, Rocard lui pardonne, car le Parti socialiste « est victime comme toute la France de l'impossibilité de dialogue ». (Voir la vidéo)


Parce qu'il lit dans le cœur des Français et jure qu'il sait qu'il a raison, il propose LA solution : une « retraite à la carte », où ce seraient les citoyens et non l'Etat qui décideraient quand ils se retirent et le montant de leur pension. Une révolution déjà proposée par la fondation progressiste Terra Nova. Mais qui est compliquée, prend du temps et nécessite de toucher aux régimes spéciaux. Autant de paramètres qui ne convenaient pas au gouvernement actuel.

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  • nanabel
    nanabel
    1ère version
    • Posté à 10h19 le 24/06/2010
    • Internaute
      1ère version

    « Si on avait négocié, on aurait pu jouer sur la surcote et la décote, sur le taux des cotisations. […] Il suffit de moduler ces variables-là pour pousser à un retardement spontané moyen sans toucher à l'âge légal. »

    Ha ! Ha ! Je retrouve là ces vieux roublards de la gauche caviar ! Ben tiens ! Il aurait été plus judicieux de monter un bateau aux français, ni vu, ni connu, ils auraient travaillé plus longtemps sans toucher à l'âge légal de départ à la retraite. Une retraite à la carte, mais avec quand même 41 ans de cotisations, faut pas déconner.

    Ce mec avait fait une tellement bonne réforme des retraites quand il était 1er ministre de Mitterand, qu'il a du démissionner sous la pression de la rue.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 10h29 le 24/06/2010
    • Internaute
      non connue

    Une consultation de tous les Français n'a de sens que si l'on accepte l'idée de prélever les pensions de retraites des retraités actuels, parce qu'alors cela concernerait aussi les retraités.
    Si ce n'est pas le cas, alors c'est une consultation des Français qui ne sont pas encore à la retraite qu'il faut faire.

    Car l'opinion est extrêmement différente selon le groupe que l'on interroge.

    Ainsi, à la question « La limite à 60 ans est-elle encore une limite symbolique ? », le dernier sondage IFOP donne 20 points d'écart entre les plus de 65 ans (qui répondent non), et les moins de 65 ans (qui répondent oui)...

    Compte tenu de notre pyramide des ages, tellement déséquilibrée, consulter l'ensemble des Français ne ferait que reproduire l'injustice flagrante qu'il y a entre les générations, du fait du rapport actif / retraité qui a dramatiquement évolué à la baisse.

    Dans cette conjoncture, méfions-nous des « consultations populaires », qui me semblent être une méthode politique d'enfumage pour cacher ce qui ne peut que graver dans le marbre une grosse injustice.

  • anonyme_courageux
    • Posté à 10h53 le 24/06/2010
  • Guy Valte
    Guy Valte
    Parisien abonné au gaz
    • Posté à 11h26 le 24/06/2010
    • Internaute
      Parisien abonné au gaz

    Raffarin, puis Sarko l'ont dit : il faut diriger la France comme une entreprise, En dehors de Lip, vous en connaissez beaucoup des entreprises qui font voter les décisions par leur personnel ? En clair : nous ne sommes plus en démocratie, les institutions sont toujours là, mais elles ne sont plus qu'un décor de théâtre. Les décisions sont prises par le patron, qui exige ensuite de ses cadres, au nom de la solidarité gouvernementale, ou de la solidarité de classe, ou du sens du réseau Gaullien.de ne faire apparaître qu'une seule tête. et pour être sur, on leur fait distribuer des « éléments de langage » pour les inspirer dans le seul chemin acceptable par le patron : le sien. Enfoncez vous ça dans la tête : nous ne sommes plus dans une démocratie.

  • Dominique52
    • Posté à 11h27 le 24/06/2010

    Si le gouvernement n'avait pas le sentiment d'avoir l'accord tacite des « sociaux démocrates » si prompt à se compromettre avec une équipe qui n'a de cesse de détruire ce qui reste de social dans notre société il ne serait peut être pas ainsi « passé en force » ;
    n'est ce pas Michel .... et tu viens à la manif » aujourd'hui protester contre ce manque de dialogue et de concertation ?

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    Le marché autant que possible, (...)
    • Posté à 11h43 le 24/06/2010
    • Internaute
      Le marché autant que possible, (...)

    « En réformant vite et sans négocier, le gouvernement “ n'a pas pu couvrir tout le sujet ”. »

    ► C'est évident,
    « sachant que couvrir tout le sujet » aurait provoqué des mécontentements que la gauche aurait exploité à mort.

    Aussi, le gouvernement a procédé au tour de vis minimal acceptable.. sachant que des tours de vis ultérieurs restent indispensables :

    A gamin ne voulant pas avaler sa potion en une seul fois, on est obligé de la lui présenter en trois fois, et tant pis s'il guérit moins rapidement... un peu de sa faute aussi, et de la démagogioe qui entretient ses rèves de fée magique socialiste et de méchants ogres capitalistes.