14/02/2010 à 17h49

Kintzler : « La gauche de Jaurès, je la cherche toujours »

David Servenay | Ex-Rue89

Il y a au moins trois raisons de trouver Catherine Kintzler pertinente en cette période de confusion conceptuelle :

  • philosophe proche de la gauche, elle a aussi tâté de la politique ;
  • républicaine jusqu’au bout des concepts, elle défend ardemment la liberté individuelle dans les « espaces civils » ;
  • passionnée de musique, elle adore le rugby, le « sport des contraires ».

J’aurais pu ajouter qu’elle s’adresse aux riverains dans des tribunes éclairantes et qu’elle tient un blog éclectique.

Besancenot doit savoir que « le citoyen n’est pas un consommateur »

Premier sujet de réflexion, le débat ouvert par Ilham Moussaïd, cette candidate du NPA vauclusien qui se présente voilée aux prochaines élections régionales. Une nouveauté qui divise jusque dans les rangs de son parti et bien au-delà à gauche.

Pour Catherine Kintzler, ancienne candidate PS (en 1978), féministe et laïque, le NPA s’est enfermé dans une impasse, car « le citoyen n’est pas un consommateur ». (Voir la vidéo)

Deuxième polémique, la fin de la séquence « identité nationale » bouclée lundi 8 février lors d’un séminaire gouvernemental à Matignon. Là aussi, la confusion règne, même si la philosophe reconnaît ne pas avoir participé à un débat « imposé » par le gouvernement, mais sans les « cadres conceptuels » qui aurait dû l’accompagner.

Un mot d’ordre : le français comme langue étrangère

L’échec d’Eric Besson repose d’ailleurs sûrement sur l’incapacité du ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale à embarquer des intellectuels dans les discussions. Or, des « choses à dire sur l’identité », Catherine Kintzler en a lorsqu’elle parle de la langue française apprise à l’école par son père, immigré italien. (Voir la vidéo)

Et de suggérer au passage que le gouvernement aurait mieux fait d’intituler son débat « communauté nationale », même si « le terme ne [lui] plaît pas trop ».

« La gauche de Jaurès, je la cherche toujours »

Le dernier thème de notre entretien est celui qui la touche de plus près. L’ex-professeure d’université en veut beaucoup à la gauche de pouvoir, en particulier celle emmenée par Lionel Jospin. Sans le nommer, elle le désigne comme l’un des grands fossoyeurs de la pensée socialiste.

Ses torts ? N’avoir pas assumé une véritable refondation idéologique que le PS continue à chercher. Dans le même temps, Catherine Kintzler a le mérite de reconnaître que son œuvre de philosophe s’est (quantitativement) beaucoup plus attardée sur des préoccupations esthétiques que politiques. D’où la nécessité d’un véritable travail d’inventaire intellectuel. Alors, la faute à qui l’effondrement de la gauche ? (Voir la vidéo)

  • 13761 visites
  • 111 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Asse42-
    Asse42-
    Royaliste engagé contre le N.O.M (...)
    • Posté à 18h14 le 14/02/2010
    • Internaute 25124
      Royaliste engagé contre le N.O.M (...)

    Et bien bravo pour cette analyse sur le Jospinisme que je considère aussi comme étant le fossoyeur de la pensée socialiste !
    Mais la reconquête républicaine du socialiste est entamée grâce à Ségolène Royal qui n’a pas hésité à réconcilier le socialisme et la république en se réappropriant les symboles que sont le drapeau, la marseillaise. Ce qui lui a beaucoup été reproché. Aussi lorsqu’elle disait que la gauche n’est pas un mouvement de l’assistanat ou bien lorsqu’elle disait qu’il fallait défendre l’émancipation individuelle. Pour une gauche très dogmatique se fût inacceptable.
    Maintenant depuis la nouvelle doxa socialiste s’est adaptée et le socialisme républicain est rentré dans les mœurs même si il est encore combattu en interne.

    Ségolène Royal remet donc le socialisme dans les traces de Jaurés et on peut lui en être gré :
    Lien

  • Christ06
    Christ06
    étudiant
    • Posté à 18h27 le 14/02/2010
    • Internaute 104972
      étudiant

    Alors j’ai bien aimé sa position sur la candidate du NPA, l’argumentation selon laquelle une erreur ne peux pas en justifier une autre, référence au port de la soutane à l’AN.
    La ré-appropriation des quartiers populaire concerne l’ensemble des citoyens et non pas une catégorie bien spécifique !
    Choisir un ou une candidate en fonction de ses considérations religieuse c’est pitoyable....

    Le débat sur l’identité Nationale aurait été bien s’il n’avait pas déraper quelque peu sur la communauté des musulmans ! !
    Ils sont français au même titre que Sarkosy peut l’être ou qu’Eric Besson peut se prétendre de l’être.

    Imposé un débat de ce type est plutôt suicidaire - surtout dans un moment ou l’économie est en berne - appliquer une méthode qui a fait ses preuves dans diverses sociétés à plus ou moins grandes échelles : Diviser pour mieux régner, concept simpliste mais porteur.

    La question de la refonte du PS, à cette importance dans la mesure ou il faut un contre pouvoir suffisamment uni pour pouvoir tenir tête la majorité présidentielle et à l’omniprésidence.
    Mais au fond qu’importe, que ce soit le PS ou un autre parti le tout est de pouvoir s’imposer d’une part sur la scène locale, nationale européenne et internationale.

  • malpoli
    malpoli
    Homme de paille
    • Posté à 21h18 le 14/02/2010
    • Internaute 37834
      Homme de paille

    Elle a tort de critiquer Jospin qui reste le dernier homme politique de gauche qui a su donner un sens politique à son action : 35 heures, CMU, PACS, gauche plurielle... Le vrai fossoyeur des idées de gauche traditionnelles (cad plus ou moins tirées du marxisme) c’est bien Mitterrand après la période 1981-83 mais n’était-ce pas écrit d’avance ? La seule erreur de Jospin a mes yeux a été sa démission brutale en 2002. Je pense que c’est parcequ’il n’a jamais vraiment été un homme de pouvoir, ce qui faisait également son charme.

  • Catherine Kintzler
    Catherine Kintzler
    Philosophe
    • Posté à 16h21 le 15/02/2010
    • Internaute 81391
      Philosophe

    J’ai déjà répondu plus haut sur la question du communautarisme, de la reconnaissance politique des « identités » particulières et des corps intermédiaires, et sur les rapports d’une telle reconnaissance avec une politique d’extrême droite.
    Mais plutôt que de continuer à répondre ponctuellement à tel ou tel commentaire, je préfère intervenir moins souvent en essayant de rassembler quelques éléments.

    Il me semble que pour le moment ce qui concentre une grande partie des remarques, c’est au fond ce que résume le titre de l’entretien : « où est passée la gauche de Jaurès ? »

    Lorsque je parle de la gauche de Jaurès, il s’agit simplement de la république démocratique en tant qu’elle est indivisible, laïque et sociale : trois caractéristiques que le PS me semble avoir abandonnées, et tout particulièrement - même si je n’ai pas prononcé de nom propre à ce sujet dans l’entretien - la politique du PS telle que Lionel Jospin l’a marquée par ses passages au gouvernement.
    Je prends les 3 caractères un par un avec quelques exemples.

    - Indivisible. La notion de « parité Jospin », même si elle est issue d’un bon sentiment, à consisté à inscrire une différence dans la constitution au prétexte de lutter contre une inégalité, sans obtenir de résultat tangible, alors que certains pays ont obtenu les résultats escomptés (avoir des élus à peu près également répartis entre hommes et femmes) en frappant les partis au portefeuille sans prendre le risque de sacraliser une différence. Cette politique de différenciation ouvre la porte à la revendication de divers quotas et sert de caution à toutes les tentatives de politique de « discrimination positive » chère à la droite. 2e exemple : la politique menée en Corse avec le « processus de Matignon », qui a reçu un démenti cinglant par référendum.

    - Laïque. Permettez-moi de ne pas réexpliquer ici le principe de laïcité, l’ayant étudié dans un livre et exposé dans de nombreux articles accessibles en ligne sur mon espace web Lien. Que se passe-t-il en 1989 : légitimation du port du voile islamique (et donc de tout signe religieux) à l’école publique par le ministre de l’éducation de l’époque L. Jospin ; il a fallu 15 ans pour sortir de cette situation. Sans parler de la promotion d’une « école ouverte sur la vie » dont on voit les effets aujourd’hui.

    - Sociale. Alors là, les exemples d’abandon sont légion. Sans relever des exemples particuliers comme celui de Wilworde (qui est devenu un classique à droite pour justifier les délocalisations), je m’en tiendrai au nombre de privatisations effectuées par une certaine « gauche » au pouvoir, à la bénédiction d’une politique néo-libérale qui s’est poursuivie ensuite - ce qui a été largement confirmé par la campagne du PS pour le oui lors du référendum de 2005. Dans l’entretien vidéo, je parle d’une urgente réurbanisation de ce qu’on appelle « les quartiers » - j’entends par là qu’il faut en priorité rétablir et multiplier les services publics en les renforçant dans ces « quartiers » qui sont abandonnés par l’Etat et qui deviennent de ce fait des quartiers au sens strict du terme, celui que je critique dans l’entretien. Mais cet abandon, cette ghettoïsation qui fait de certains lieux des « zones de non-droit » n’ont pas été seulement le fait de la droite...

    Alors, ringarde et dépassée la référence à Jaurès ? Elle vaut certainement mieux à mes yeux que la référence à Trostki ou à Lénine.

  • Catherine Kintzler
    Catherine Kintzler répond à FranckL
    Philosophe
    • Posté à 18h31 le 15/02/2010
    • Internaute 81391
      Philosophe

    J’ai précisé dans l’entretien que je ne voyais pas de raison d’interdire un affichage religieux à un(e) candidat(e) - tant qu’il s’agit d’un(e) candidat(e) et même si ça ne me plaît pas : rien ne m’oblige à voter pour quelqu’un qui affiche sa religion, quelle qu’elle soit.
    J’ai ajouté que la question est différente lorsqu’il s’agit d’un(e) élu(e) et qu’il faudrait poser la question à cette personne à partir du moment où elle siégerait dans un organe relevant de la puissance publique.

    Et effectivement, un élu, un magistrat, un fonctionnaire, en régime laïque, sont astreints à la réserve en matière de croyances et d’incroyances. Porter une croix, une soutane, une kippa, dans une assemblée quand on y siège, c’est excéder le voeu des électeurs ; cela n’est pas non plus admissible d’un fonctionnaire en service. C’est ce que la gauche a reproché à juste titre à N. Sarkozy pour ses discours de Latran et de Riyad. voir par ex : Lien

    Alors ascèse ? c’est un bien grand mot, un mot moral. Non : il suffit, lorsqu’on est en fonctions dans la sphère qui participe de l’autorité publique, de « glisser sa croix sous sa chemise », c’est tout ce qu’on demande, on ne demande aucune « conversion ». Cela ne s’applique que pendant qu’on est en fonctions, bien sûr. L’exemple du comportement de De Gaulle à cet égard est bien connu, c’est le contraire de celui de Christine Boutin..