Le livre électronique va-t-il signer la mort du papier?
C’est l’année du livre électronique. Les prototypes sont bien là. Les premiers achats commencent aux Etats-Unis. On se prend à rêver d’emporter avec soi cette bibliothèque nomade, ce petit morceau de savoir et de plaisir.
Pas lourd et plein de promesses, le livre électronique serait le compagnon idéal de celui qui ne veut choisir, qui veut tout et tout de suite, sans doute au risque de se transmuer en zappeur impénitent, et au mépris de la linéarité du texte, du moins du texte de littérature.
Penser le livre électronique, c’est tenter d’inventer un monde transformé, et l’on ne saurait se contenter d’imaginer que ce livre virtuel mais quand même un peu réel prendra sa place à côté du livre traditionnel, dans un univers quasiment inchangé. Le livre électronique ne sera pas le substitut occasionnel du vrai livre. Le livre électronique change la donne. Mais de quelle manière?
Loin de moi la prétention de lire dans le marc de café. Mais traçons quelques pistes. Tout d’abord, du côté du lecteur. Le livre électronique transforme la lecture et la posture du lecteur. Il autorise le vagabondage non seulement dans le texte, comme c’était possible dans le monde « d’autrefois » (qui n’a pas lu les dernières lignes d’un bon roman avant même d’avoir atteint le second chapitre?), mais aussi le passage d’un livre à un autre. Fatigué de Joyce? Qu’à cela ne tienne, un bon policier fera l’affaire…
Que faut-il en attendre? Du pire et un peu de meilleur….
Faut-il en déduire que l’écriture elle-même pourrait évoluer, bousculant le clivage entre le lecteur et l’auteur? Dans le champ de la musique, dont on sait qu’elle a basculé vers le numérique bien plus tôt et plus massivement que l’écrit, des expériences vont dans ce sens. Que faut-il en attendre? Du pire et un peu de meilleur….
Le livre électronique pose plus généralement la question des rythmes de la migration vers le numérique: quels sont les titres dont l’éditeur est appelé à organiser la migration vers le numérique? Deux logiques semblent se profiler: d’une part celle des segments de marché qui ne sollicitent qu’une lecture de consultation, guides, livres pratiques, etc., dont la lecture électronique semble programmée; et d’autre part, celle du roman, dont la lecture électronique demeurera -pour un temps du moins- plus rare, sans doute liée à des moments particuliers, le voyage par exemple.
Mais que va-t-il advenir des documents et des essais, dont certains ressemblent à des livres de circonstance, des livres jetables, et d’autres, par leur format, à des articles de fond, de grande qualité, mais qui s’apparentent à la littérature scientifique qui circule gratuitement sur le Net?
Lorsqu’Eric Vigne s’inquiète de la prolifération du format court, il pointe une tendance lourde dont on peut se demander si elle ne conduit pas l’éditeur à se tirer une balle dans le pied -ou du moins à sonner le glas du livre papier.
La suppression de la distribution traditionnelle va peser sur la rentabilité des groupes
L’expérience de la musique incite aussi à se demander si la montée du livre électronique est susceptible de perturber les structures industrielles. Les promesses de ce format peuvent-elles amener de nouveaux entrants, qui ne viendront pas nécessairement du monde de l’édition, à s’intéresser à ce secteur?
Comment la suppression de la distribution traditionnelle pèsera-t-elle sur la rentabilité des groupes, qui tirent une part de leurs profits de cette activité? Tant que le livre électronique reste marginal, ces questions le sont aussi, mais la rapidité des innovations et le temps requis pour leur appropriation nous restent trop inconnus pour que l’on se permette d’en écarter les effets à venir.
Si l’on ajoute à ces questions l’installation dans le paysage éditorial de nouvelles formes d’intermédiation, via les blogs notamment, devenus pour des prescripteurs et des relais d’information indispensables, on voit bien que nous assistons à un bouleversement de la chaîne du livre, de la lecture et de l’écriture.
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PLACEBO
Bon, je vais vous dire un truc (je travaille dans la « grande » édition depuis une trentaine d’années), le livre électronique qu’on tente de nous promouvoir à grands cris, n’est pas « la mort du livre ». C’est une tentative désespérée, par ceux-là mêmes qui la dirigent, de sauver une industrie du livre bien mal en point.
La littérature, cette cerise médiatique sur le gâteau toujours mise en avant, est la danseuse, bien peu rentable, de l’édition. Jointe à l’erosion progressive des circuits de distribution du livre (fermeture de librairies indépendantes, rayons livres des chaînes comme la FNAC relégués au fond des points de vente…), elle n’a jamais été autant en péril.
Les vaches à lait de l’industrie éditoriale sont également désormais touchées. Les encyclopédies, les guides touristiques, subissent de plein fouet la concurrence d’Internet (phénomène Wikipédia). Le livre scolaire, dernier rempart, s’inquiète des nouvelles pratiques de classes naissantes (sites web d’échanges de documents gratuits entre professeurs, cartables informatiques…)
Le livre électronique ? Un placebo conjoncturel probablement sans lendemain (je mets quiconque au défi de lire régulièrement sur un écran plus de dix pages consécutives.)
Les éditeurs et industriels ont de quoi se frotter les mains : si le livre électronique s’impose, le lecteur devra obligatoirement passer par un appareil de lecture pour accéder au contenu. Enfin ! D’alléchantes perspectives s’ouvrent : incompatibilité des formats, générations d’e-readers sans cesse renouvelés (et rachetés), obsolescence progressive des premiers formats… A son tour, l’industrie de la lecture va pourvoir marcher dans les pas de l’industrie musicale. Avec, très probablement, la même épitaphe finale.
Bonjour
Merci de poser la question. Si on commence à se poser les bonnes questions,on évitera peut-etre les pietinements de la musique et la cata. de la photo!
NOus sommes nombreux à pleurer la photo papier. N’empèche que le numérique, les partages sur internet, quelle ouverture!
Avez-vous lu « l’élégance du hérisson » de Muriel BARBERY?
Qui aurait misé sur un tel succès? Papier, IBOOK?
Le succès aurait-il été différent? pas sur…
Je crois au contraire que cette immense fenetre qu’est internet où tout le monde s’exprime et communique, donne envie à beaucoup de lire et d’ecrire, vous, moi…
Le bon le restera, pour le mauvais, un clic suffira.
J’en profite pour dire encore un grand merci à MR HASKI pour ses papiers (qui n’en sont pas mais néanmoins bien là) d’une grande qualité: j’apprécie vos reportages marqués par le souci d’bjectivité et d’ouverture.