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Professeur d’économie à Paris-XIII

Jeff Koons, chouchou de Pinault, à Versailles : tout fout l'camp

Jeff Koons, c'est la star du monde de l'art, le chouchou de François Pinault. A Venise au Palazzo Grassi, que l'industriel a choisi plutôt que Boulogne pour montrer sa collection d'art, Koons occupe une place de choix. Un de ses chiens géants décore les bords du Grand Canal afin de marquer la modernité définitive de ce haut lieu de l'art contemporain. Un chien que l'on retrouve à présent à Versailles. Il ronronne aux côtés d'un Véronèse. On le savait, l'art se joue du temps qui passe et n'a pas de frontière…

C'est donc à Versailles que l'artiste s'installe à présent. Exposition choc, qui marque l'ouverture du palais à l'art contemporain et à cet artiste réputé majeur, un qualificatif dont la postérité décidera s'il est pertinent. Notons au passage que Versailles est aujourd'hui présidé par l'ancien ministre de la Culture Jean-Jacques Aillagon, que Pinault avait autrefois chargé de trouver un lieu d'exposition pour sa collection. Après avoir cherché, Aillagon avait élu Venise, pour le plus grand bonheur de son patron d'alors et de son artiste préféré. Devinez qui est le mécène de l'exposition qui se tient à présent à Versailles : François Pinault.

Du Jeff Koons, il y en aura beaucoup : seize pièces en tout, que l'on pourra voir en divers endroits du palais. Le Figaro raconte l'arrivée de Jeff Koons à Versailles, costume impeccable et discours poli, pour ne pas dire ennuyeux. On l'a connu plus irrévérencieux, lorsqu'il posait nu en compagnie de son épouse Iloana Staller, dite la Cicciolina, actrice porno et députée du parti radical italien. Il s'affichait alors en photographie géante avec elle à Manhattan, usant de la provocation comme un des plus sûrs partenaires de la construction de sa notoriété… et, bien sûr, de sa cote.

Il est vrai qu'à présent, la cote a atteint des sommets ahurissants, presque inconvenants. Dernière enchère pour une œuvre de Koons : 21 millions de dollars pour « Hanging Heart » (Magenta/Gold), un cœur rouge de 3 mètres de haut, adjugé le 14 novembre 2007 chez Sotheby's. Selon Art Price, son propriétaire, Adam Lindemann, l'avait tout juste sorti d'un entrepôt sans l'avoir jamais exposé.

Jeff Koons est certes un artiste, mais aussi un talentueux commerçant… Il propose des œuvres de plus petite taille dont il fait effectuer des tirages massifs. Un exemple : on peut trouver des « Ballon Dog » en porcelaine métallisée, édités par l'artiste, pour la modeste somme de 3000 à 5000 euros. Tirage : 2300 exemplaires. Bonne manière de gagner 11,5 millions de dollars sans trop d'efforts, histoire de joindre les deux bouts entre deux grandes expositions. Même tarif et même tirage pour ses « Puppies », petits vases en porcelaine blanche.

La fête de l'art contemporain, ce n'est pas qu'à Versailles. Le Louvre a, depuis longtemps, ouvert la voie, avec sans nul doute plus de doigté et de discrétion. Récemment d'ailleurs, l'invité était Jan Fabre, l'homme qui, en 2005, avait mis Avignon en émoi. Les deux jeunes directeurs du festival avaient fait le pari d'associer l'artiste flamand, non seulement aux spectacles phare de la cour d'honneur, mais aussi à l'élaboration de l'ensemble du programme. Jan Fabre avait proposé des spectacles provocants qui avaient relancé un des arts les plus prisés en Avignon, l'art de la polémique. Rappelez vous ce cri d'une spectatrice exaspérée devant « L'Histoire des Larmes », donnée dans la Cour d'honneur : « Qu'est-ce qu'on vous a fait ? Pourquoi nous faites vous souffrir ainsi depuis des heures ? “ Au Louvre, on retrouve l'arrogance et l'amour de soi de l'artiste. Pour le reste je vous laisse juge.

Devant le spectacle de l'art contemporain dans les plus hauts lieux de l'art, certains seront agacés, d'autres séduits, d'aucuns déserteront, d'autres fêteront le mariage contre-nature de l'art classé et des incertitudes propres à la valeur des œuvres contemporaines. On appréciera ou non cette idylle entre la culture la plus cultivée et le divertissement. En tous cas, moi je vous le dis, décidément, tout fout l'camp.

4 commentaires sélectionnés

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 17H38 | 21/06/2008 | Permalien

« D'autres fêteront le mariage contre-nature de l'art classé et des incertitudes propres à la valeur des œuvres contemporaines. »

Ok, mais il y a autre chose. L'esthétique, en philo, suggère, entre autres choses, qu'un quartier entier peut être une oeuvre d'art à partir du moment où les diverses oeuvres qui la composent sont « compatibles » les unes avec les autres (ex. Venise dans son ensemble, le vieux Rouen, St-Paul de Vence, ou les rivages de l'Ill à Strasbourg, etc.).

Dans le cas de Koons, il y a incompatibilité avec tout, sauf avec l'ego de l'auteur, qui n'est pas appréciable directement, sauf par ceux dont l'ego est au moins de taille égale. En l'espèce, l'ego du mécène est parfaitement adapté à celui de l'artiste : leur sens du marketing est même rigoureusement identique.

A contrario, la pyramide de Pei semble parfaitement « intégrable » à la cour du Louvre.

Cela dit, on peut en discuter à l'infini, et je ne suis pas sorti de l'abîme de la perplexité philosophique.

Portrait de regi

De regi

luthier à Bratislava | 17H39 | 21/06/2008 | Permalien

J'ai le plus grand mal à saisir le point de vue de cet article : Versailles c'est bien, Koons c'est pas du vrai art (doré et kitsch, pourtant il y a de grandes ressemblances) ?
Les artistes n'ont pas le droit de gagner de l'argent ?
Le mélange des genres est contre indiqué ?
Le milieu de l'art c'est que du copinage ?

C'est une drôle de mélasse.

Portrait de asozial

De asozial

aus Berlin | 19H30 | 21/06/2008 | Permalien

il me semble que madame la professeur d'économie à l'université Paris-I et plusieurs commentateurs voudraient regarder le travail d'un artiste comme on regarde le téléfilm du samedi soir : passer un bon moment, émettre peut-être un jugement péremptoire… j'aime, j'aime pas…

le travail de Jeff Koons n'est pourtant pas si complexe qu'on ne peut pas y voir un point de vue sur le jugement de goût, la banalité, le statut marchand de l'art. Cela fait 25 ans qu'il explore ces thèmes avec plus ou moins de succès, son oeuvre a déjà fait date dans l'histoire de l'art contemporain.

Que Koons vende son travail, qui peut lui reprocher ? Personne n'est obligé d'acheter ! Que Pinault l'achète en réduit-il la portée ? En quoi est-ce moins honorable que Versaille, symbole de la monarchie absolue prolongé par la république au baroquisme arrogant de contre-réforme (d'ailleurs qu'est-ce qui fait de Versaille un lieu spécial, sa qualité artistique ou historique ? )

En ces temps de poujadisme intellectuel typique de la droite décomplexée au pouvoir, il serait bon de cesser les attaques démagogiques, systématique et sans fondement contre les artistes, les intellectuels et la culture en général. La critique est intéressante quand elle répond à l'oeuvre pour prolonger un débat, pas dans cet amalgame confus et haineux.

Portrait de Bardamu

De Bardamu

difficile | 12H00 | 22/06/2008 | Permalien

A Asozial

Vous écrivez : « La critique est intéressante quand elle répond à l'oeuvre pour prolonger un débat, pas dans cet amalgame confus et haineux. »

La critique ne peut pas se contenter de « répondre à l'oeuvre », encore faut-il qu'il y ait oeuvre. Son jugement est qualitatif.

La critique est donc fondamentalement hiérarchique (hou le vilain mot ! ) : elle doit désigner ce qui a de la valeur et ce qui n'en a pas.

La « confusion » s'installe quand la lâcheté intellectuelle devient telle que plus personne n'ose émettre de jugement de valeur.

J'aime baucoup Jeff Koons, mais je comprends très bien qu'on puisse le considérer comme un imposteur. C'est là que ça devient intéressant, quand on confronte les points de vue loyalement.

Je sais donc gré à Mme la professeure de nous donner son point de vue sans se cacher derrière de fatigantes banalités comme la « culture en général ».

La culture est un lieu d'affrontement, pas un sanctuaire.

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