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Professeur d’économie à Paris-XIII

Internet, le gratuit, le payant et la logique du bouquet

Payant, gratuit, qui n'a pas son mot à dire sur le sujet ? Toutes les industries culturelles sont sommées de se positionner sur cette alternative infernale.

Certains ont fait le pari de la presse payante sur le Net. Pari risqué, quand on sait que l'Internet est associé à l'immédiateté, à l'abolition des distances et, dans le cas le plus général, à la gratuité. Le Wall Street Journal ose la consultation payante, mais sa notoriété est suffisamment assise pour que le modèle fasse sens. Et son nouveau propriétaire, Rupert Murdoch, envisage le passage à la gratuité.

Nombreux sont ceux qui ont fait, comme Rue89, le pari de la consultation gratuite, lorsque le format est exclusivement numérique, ou lorsque le journal virtuel est pensé comme le complément d'un format papier. Les formules mixtes foisonnent : gratuité le jour de la parution, paiement pour les archives ; abonnement ouvrant sur des services assez attractifs pour déroger à la tentation du « tout gratuit et tout de suite ».

Certes, la gratuité constitue un leurre -ou du moins un danger- dans la mesure où elle amplifie les questions posées par la mise sous la tutelle de la publicité -déjà existante dans l'univers de la presse papier. On peut lui substituer la générosité de mécènes bien intentionnés, les sociétés d'amis, les soutiens divers. On peut faire, comme Mediapart -qui se lance dans la course cette semaine- l'envisage, le choix du contributeur-lecteur qui accepte de payer. On peut ainsi tenter de s'émanciper de l'emprise de la publicité, en espérant que les abonnements compenseront le besoin de financement généralement couvert par la publicité. C'est le pari gagné du New York Times.

Dans le fond, Internet ne change pas complètement la donne économique : la dépendance à l'égard de la publicité, les pressions qu'elle induit de la part d'entreprises qui se voient parfois mal traitées, on connaissait déjà. L'importance du soutien des comités, clubs de lecteurs, amis, etc., on connaissait aussi. Toutes les institutions culturelles les avaient expérimentées.

Néanmoins, Internet change plusieurs éléments. Le numérique crée de nouvelles concurrences, à travers le foisonnement des sites auxquels on assiste.

Deuxièmement, par sa capacité de diffusion, Internet ouvre la possibilité de multiplier les publics, y compris sur des marchés de niche. Ce serait une sorte de théorie de la longue traine appliquée à la presse (on entend par là le fait qu'Internet, en levant la contrainte de distribution physique des biens culturels, permet de rassembler virtuellement des publics éparpillés et d'atteindre ainsi un seuil critique).

Troisièmement, Internet change les normes de qualité et le sens même de la profession. Faut-il rappeler, par exemple, que l'AFP va diffuser des images d'amateurs avec Citizenside, emboitant le pas de Reuters, qui propose, en association avec Yahoo, une offre appelée You Witness (Vous êtes témoin) ? Dernier point. Internet ouvre le jeu, permet le décloisonnement des offres, brise certaines frontières que l'on croyait étanches. Faut-il croire à la valeur d'une offre isolée ? Ce n'est pas sûr : Internet, c'est l'offre à choix multiples. C'est l'offre plurielle, celle des journaux associés à de la vidéo (le premier groupe de presse américain, Garnett, a formé ses photographes au métier de vidéaste).

La plus-value d'Internet, outre l'interactivité, ses mythes et ses réalités, pourrait résider dans une offre de bouquets de services ou de biens, qui associerait par exemple plusieurs titres de presse, ou bien encore quelques journaux et des livres numérisés, une offre diverse dont les complémentarités permettraient de véritablement faire la différence avec l'achat du coin de la rue.

Internet demeure en quête d'un modèle économique. Un modèle qui n'en finit pas de se chercher, pour la presse, le livre ou la musique. Travailler à une offre de bouquets, un peu à la manière de la télévision payante, est une piste à regarder de près.

8 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Infovite

De Infovite

Plébéien. | 21H18 | 10/03/2008 | Permalien

La logique du bouquet virtuel qui ne peut masquer des parfums de liberté bien réels, eux.
L'indépendance de la presse sur le Net loin d'être « gratuite » pourrait bien à terme devenir « payante » pour aboutir in fine à donner un nouvel élan à la démocratie !
http://info-espress.over-blog.com/

Portrait de fanfan40

De fanfan40

Marié | 21H56 | 10/03/2008 | Permalien

Si internet devient payant,pour quelque raison que ce soit,c'est la catastrophe.Beaucoup de gens ne pourront pas suivre et cela entraînera,à terme,une forte diminution de l'internet,voire sa disparition.

A moins,bien sûr ,que le pouvoir d'achat augmente très sensiblement…(rires)

Portrait de C. Creseveur

De C. Creseveur

Ca pourrait bien être ça! | 22H44 | 10/03/2008 | Permalien

Il ne me semble pas qu'internet soit gratuit. Il faut bien que chacun s'acquitte de son droit d'entrée sur le réseau, au départ. ce qui signifie que tous les internautes sont prêts à payer puisqu'ils payent déjà.

Le problème vient plutôt du montant qu'ils sont prêt à y investir en regard de ce qu'on leur propose.

Le plus invraisemblable c'est que le modèle actuel tend à montrer eux-mêmes aux internautes (par le truchement du blog, les présentations de vidéos, etc).

Il en va de même pour l'information où nous prenons maintenant plus de plaisir à lire les commentaires des riverains que le journal lui-même.

Autrement dit au-delà de l'immédiateté il y surtout un phénomène inouï et puissant « d'auto-consommation ». Et donc une auto-consommation payante !
Voilà un formidable paradoxe : nous payons pour nous regarder dans le miroir !

Et entre nous et le miroir il y a des opérateurs qui se gavent, sur un modèle déjà établi par les producteurs de TV américains, concepteurs de « Vidéo gags » : une superbe machine à générer du cash, puisque ce sont les téléspectateurs qui constituent leur programme sans véritable rémunération en contrepartie.

Pour l'instant les opérateurs d'Internet font encore mieux puisque personne à ce jour ne rémunère les contenus.

Portrait de sinclair

De sinclair

23H05 | 10/03/2008 | Permalien

D'abord non internet n'est pas gratuit. Il faut du matériel,(plusieurs centaines d'euros), un abonnement (environ 40€ par mois), le courant (négligeable quoique) un investissement en formation et temps.

Internet est un support venant s'ajouter a d'autres, comme le papier mais aussi radio, télévision. Chacun survit avec publicité et part payante ou les deux le plus souvent. Le support papier est soit payant sans pub cas unique du Canard Enchaine, soit payant avec pub cas général soit gratuit avec pub (métro, 20 minutes etc.)nouveau modèle. Même chose pour la TV . La radio étant toujours gratuite avec pub en général et ou participation de l'état (fausse gratuité).

Ce qui distingue internet est je pense l'immédiateté de l'accès a une multitude d'informations ( a faible crédibilité a priori)et la possibilité de s'exprimer et ou d'échanger dans les mêmes conditions (d'immédiateté et de crédibilité). L'effort de recherche de credibilisation de l'info est plus importante que pour les autres supports mais le résultat en est incomparablement plus enrichissant et complet. De plus bloquer une info est quasi mission impossible (pour l'instant).

Le modèle économique reste donc a déterminer si cela est possible sachant que plusieurs modèles peuvent cohabiter un temps. Internet dans sa forme actuelle est très récent quelques années a peine et il y a de grandes chances qu'il évolue énormement et ce d'ici peu.

Sauf erreur et je me suis beaucoup trompé, le modèle du bouquet ne me parait pas crédible celui de l'image se résume quasiment a une offre d'une société qui le démultiplie en tranche de saucisson, avec un succès limite (merci aux droits de diffusion des sports collectifs comme le foot).

Portrait de stephanemot

De stephanemot

Author & Chief AtoZ Officer | 16H15 | 11/03/2008 | Permalien

L'émergence de quotidiens gratuits en print est une forme de réponse à celle du media internet. Etant entendu que ce support, je le paye toujours quelque part (ex par mon attention), et que j'accepte un compromis sur la qualité de service. J'y vois surtout une démonétisation du lien commercial.

Il convient également de citer des modèles plus récents payants… en faveur d'un consommacteur qui contribue lui-même à l'éditorial, se faisant parfois même éditeur par la simple reprise d'un flux RSS ou video.

Je ne suis pas votre raisonnement sur les « bouquets », mais il me parait clair que ce consommacteur 2.0 développe son propre bouquet… de relations complexes avec les media (ex en fonction du contexte : client, fournisseur, partenaire, concurrent, coopétiteur…).

Par expérience, je sais que pour mieux comprendre de nouveaux ou futurs modèles, il suffit de s'interroger sur l'évolution des rôles et des métiers de chacun. Et sur le fond, le 2.0 démocratise l'accès à de nouveaux métiers.

http://mot-bile.blogspot.com

Portrait de el loco

De el loco

éducateur spécialisé | 08H36 | 12/03/2008 | Permalien

d'ailleurs qu'est ce qui fait vivre rue89
très peu de pub et des salaires a payé, de même que les serveurs, ordi , déplacements….
j'aimerais bien que la rédaction de rue89 nous explique comme cela fonctionne

Portrait de michel44

De michel44

19H58 | 16/03/2008 | Permalien

Internet n'est pas gratuit : du fait de contenus de plus en plus riches (lourds ? ) la bande passante nécessaire et la puissance des machines imposent un coût à l'utilisateur mais cela a déjà été écrit.
Coût volontairement surévalué par les FAI : je suis chez Free et je paye 30 € par mois pour internet ADSL plus le téléphone que je n'utilise pas et la TV que je ne regarde pas ! Comme je n'ai personne à appeler en Chine et que je reçois la TNT ces possibilités imposées ne servent à rien. En passant ça me rappelle quelque chose comme un ordinateur vendu avec un certain OS (pour moi c'est enfin fini, je suis sur Linux le royaume de la liberté et de la gratuité).
Mais surtout Françoise Benhamou se cantonne à une lecture purement économique du net. Or pour moi, et de nombreux autres j'en suis sûr, cet outil est bien plus qu'un nouveau canal de distribution de biens marchands. Internet c'est avant tout le partage de l'information sur un mode collaboratif. Exemple : Wikipédia. L'encyclopédie libre et en ligne dont les experts s'acharnent à nous dire qu'elle est nulle parce qu'ils n'y participent pas. Mais pourquoi donc ? Voilà une belle réussite qui met à la portée de presque tous les connaissances de l'humanité. L'idéal de Diderot et des encyclopédistes n'est pas mort.
Internet c'est la possibilité d'échanger même fugacement des opinions et des idées avec d'autres humains de la planète. Comment pourrais-je sans internet et les sites de traduction espérer comprendre ce qu'écrit un internaute polonais ?
Internet c'est savoir ce que cachent les dictatures, c'est s'associer à plusieurs milliers pour une pétition à nos dirigeants…
Internet une fenêtre ouverte sur l'humanité, sur ce qu'elle a parfois de pire mais aussi sur ce qui fait sa grandeur. Non décidément je ne peux penser internet en termes économiques.

Portrait de elarips

De elarips

13H54 | 17/03/2008 | Permalien

pensez vous vraiment que nous sommes sur internet ? ?

j'en doute terriblement …

on est plutôt sur le minitel 2.0 !

comme nous l'explique Benjamin Bayart :

http://www.fdn.fr/minitel.avi

c'est un peu long à charger désolé.

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