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Professeur d’économie à Paris-XIII

Haute couture : derrière la vitrine chic, une industrie de masse

Triste nouvelle que celle de la mort d'Yves Saint Laurent, qui était à sa manière un idéal type de l'artiste : majesté du talent, tempérament torturé, immensité de la reconnaissance, abîme de la solitude, propension à la provocation.

Saint Laurent se pensait en artiste, et il en était un, s'effaçant devant des arts réputés plus nobles, se faisant modeste, humble même, mais conscient de son pouvoir et de son influence. Laissons-le parler un instant, évoquant ses quarante ans de métier, 81 collections de haute couture et 66 de prêt-à-porter :

« J'ai participé à la transformation de mon époque. Je l'ai fait avec des vêtements, ce qui est sûrement moins important que la musique, l'architecture, la peinture et bien d'autres arts, mais quoiqu'il en soit, je l'ai fait. »

Il travaillera pour le théâtre, le cinéma, il conjuguera le luxe et le prêt à porter.

Pierre Bergé : « Un métier qui n'a plus de haute couture que le nom. »

La haute couture occupe une place originale, à mi-chemin entre un art producteur de biens uniques, dont certains se retrouvent au musée (rappelons que Saint-Laurent eut son exposition au Metropolitan Museum de New-York), et une simple vitrine promotionnelle d'une industrie de masse, l'industrie du parfum et des cosmétiques.

Yves Saint Laurent avait quitté le monde de la haute couture parce que, selon Pierre Bergé, « il se sentait de moins en moins à l'aise dans un métier qui n'a plus de haute couture que le nom ». Le même Pierre Bergé qui annonçait, il y a plus de vingt ans, que la haute couture ne passerait pas le XXe siècle.

La haute couture, celle qui habillait les femmes lorsque le prêt-à-porter n'existait pas, celle que les femmes moins fortunées imitaient dans leurs intérieurs transformés en ateliers de fortune, cette haute couture a disparu.

Certes, quelques femmes de par le monde continuent de hanter les salons des dernières grandes maisons, ou du moins de ce qu'il en reste -puisque l'on est passé en cinquante ans de plus d'une centaine à un peu plus d'une dizaine de maisons-, mais, pour l'essentiel, les défilés extravagants, provocateurs et tape-à-l'œil d'aujourd'hui ne servent que le bruit qu'ils génèrent et l'envie qu'ils suscitent d'acheter un accessoire ou un parfum signé du nom de la maison qu'on appelle encore « de couture ».

Conformisme des goûts d'un côté, diversité et spontanéité de l'autre

Il est vrai que les défilés donnent, de loin en loin, l'esprit de la mode. D'un côté s'affirme le conformisme des goûts, grâce sans doute au goût du conformisme -qui fait du bien-être du consommateur de mode une fonction croissante de la similitude de son « look » avec celui de ses pairs. D'un autre côté, l'heure est à l'affichage de la diversité, à la croyance quasi-incantatoire en un retour de la spontanéité et de la distance vis-à-vis des prescripteurs de mode.

La mode s'inspire de la rue et la rue s'inspire de la mode. La couture repose en effet, tout à la fois, sur l'imitation et sur la volonté de se différencier, deux tendances a priori dissonantes, à l'instar de ce que l'on rencontre pour d'autres consommations culturelles.

Tandis que se consolide une sorte de mondialisation des apparences, on observe un resserrement des rythmes de renouvellement et de différenciation des produits : les industriels ont pu mettre à profit les capacités permises par les nouvelles technologies de travailler au plus près des évolutions de la demande.

Non seulement il est possible de proposer plusieurs collections chaque saison, mais on sait à présent décliner un même produit en différentes versions, avec des changements de couleur ou de petites variations selon les desiderata d'une consommatrice supposée souveraine. Le prêt-à-porter a changé là où la haute couture n'a pu évoluer qu'en perdant son âme, comme le disait tristement le regretté Yves Saint Laurent.

8 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Bigseb

De Bigseb

Blazé | 13H56 | 08/06/2008 | Permalien

Mais que fait Rachida Dati ?

Portrait de Gus

à Bigseb Portrait de Bigseb De Gus

09H12 | 09/06/2008 | Permalien

elle prépare un décret contre la surpopulation dans le milieu de la mode….. arf'

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

alpha-béta | 14H01 | 08/06/2008 | Permalien

Il en est de la haute couture comme de tous les arts.
Quelques rares fulgurances suivies de déclinaisons à l'infini faute d'imagination créatrice.

Yves Saint Laurent, Picasso et autres écoles, André Citroën, des architectes, des étoiles qui naissent en laissant des traces qui alimentent un temps les besogneux.

Portrait de compte supprimé 22 janvier

De compte supprimé 22 janvier

15H04 | 08/06/2008 | Permalien

Eh Oui la haute couture n'est plus ce qu'elle était, dorénavant chacun d'entre nous se fringuer se servir chez Dati Dior.

Portrait de Lechat

De Lechat

esprit critique | 08H01 | 10/06/2008 | Permalien

Il n'en reste plus que sept. Sept maisons qui font encore de Paris la capitale du luxe. Pour elles, les défilés représentent un outil marketing, vecteur de l'image de la marque.

http://www.strategies.fr/archives/1347_2/1347_203401/dossier_trop_haute_…

………..
les maisons gèrent leur budget haute couture comme une dépense MARKTING et un outil de développement qui donne du crédit à la marque. Sydney Toledano, le PDG de Dior Couture, est très clair. « Lorsque John Galliano est arrivé en 1997, l'objectif a surtout été de faire rejaillir sur l'ensemble de la marque l'impact médiatique d'un défilé relayé chaque saison par 180 photographes et caméras »,

Portrait de Lechat

De Lechat

esprit critique | 08H02 | 10/06/2008 | Permalien

marketing

Portrait de manu13

De manu13

11H10 | 10/06/2008 | Permalien

La haute couture a une âme ? Et elle vaut combien ?

http://journalduntraducteur.wordpress.com

Portrait de on est foutu-on mange trop

De on est foutu-on mange trop

marchand de saveurs | 16H33 | 11/06/2008 | Permalien

Sauvons la haute couture française, et installons les ateliers sur le toit des Alpes.La haute couture n'existe qu'à partir de 4000m et alors !
Les chinois eux, ont compris qu'il fallait mieux faire de la basse couture dans les sous-sols des immeubles.

on est foutu, on s'habille trop.

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