Des multiplexes et de la démocratisation du cinéma

C’est un rapport du Centre national de la cinématographie particulièrement intéressant que celui qui rend compte de la géographie du cinéma. 5364 écrans étaient actifs en France en 2006. Près de 1700 communes sont équipées d’au moins une salle de cinéma en activité. C’est un chiffre élevé, la densité des salles étant bien plus grande que dans les autres pays d’Europe.
Même si demeurent des inégalités d’équipements selon la taille de l’agglomération, la moitié de la population française bénéficie ainsi d’une salle de proximité. Seule une agglomération de plus de 50000 habitants, Armentières (dans le Nord-Pas de Calais), ne dispose pas de salle. Cela donne une jolie moyenne : un fauteuil pour 54 habitants -avec un record pour La Rochelle (un fauteuil pour 19 habitants).
C’est sans doute à cette remarquable densité que l’on doit le fait que la moitié de la population va au cinéma au moins une fois par an, et qu’un peu plus du tiers y va au moins trois fois. A chaque écran correspond une moyenne de 201 fauteuils : si vous n’êtes pas trop pressé, allez donc au cinéma un peu après la sortie des films ; les salles se vident rapidement. Mais prudence : la durée de vie moyenne des films se réduit continûment. Les titres succèdent aux titres, au gré des caprices de la fréquentation et des exigences des exploitants en matière de rentabilité.
Chaque année, se produit un certain nombre de fermetures, que les ouvertures de salles ne compensent qu’en partie. L’allure du parc des salles se transforme, avec de nouveaux multiplexes, qui continuent de récupérer pour une part la clientèle des salles qui cessent leur activité. Le CNC mentionne les cas d’établissements à Amiens, Bayonne, Cergy, Narbonne ou Périgueux qui ont fermé et ont été -de fait- remplacés par des multiplexes. Près du tiers des nouveaux écrans de 2006 appartiennent à des ensembles de 8 écrans et plus.
Quant à la ville de Paris, elle demeure la capitale mondiale du cinéma, avec 379 écrans, 28,1 millions d’entrées (15% de la fréquentation nationale). A Paris comme ailleurs, la structure du parc se polarise entre les 7 mastodontes, qui comptent chacun plus de 10 écrans, et quelques salles encore indépendantes. Notons que parmi les 34 établissements classés Art et Essai, on compte aussi des multiplexes, ce qui témoigne de l’hétérogénéité et de la complexité du paysage des salles.
70,3% des entrées sont réalisées dans les grandes villes –de 100000 habitants-, qui pourtant ne regroupent que 45,2% des Français. Et 15 départements totalisent plus de la moitié des entrées. La fréquentation, fortement concentrée géographiquement, demeure étroitement corrélée au niveau du diplôme et à l’âge. Chaque génération va au cinéma fréquemment dans son jeune âge, puis de moins en moins au fil du temps, avec toutefois un petit rebond pour les 35-40 ans.
Reconnaissons-le. Quoi qu’on en pense et quels que soient les regrets que l’on peut ressentir devant une certaine forme d’industrialisation de l’exploitation, l’implantation de multiplexes, au centre et surtout à la périphérie des grandes villes, a contribué à la stabilisation comme à la démocratisation de la fréquentation. Le CNC en donne une illustration indiscutable : les trois départements dont la fréquentation s’accroît le plus doivent cette hausse à l’implantation de multiplexes. Les 152 multiplexes réalisent 53,6% des entrées avec 33,3% des fauteuils et 32,5% des écrans actifs.
Le multiplexe propose une offre plurielle, non seulement de titres mais aussi commerciale : l’espace d’accueil, le café, le restaurant, la boutique, le parking, etc. Résultat d’une stratégie de différenciation et de rationalisation de la gestion du parc de salles, le multiplexe déporte le sens de la fréquentation du cinéma en offrant un package, une sortie, et non pas simplement un film. Le multiplexe est sans doute le produit d’une certaine modernité, qui allie l’individualisation des pratiques d’un côté et le glissement vers une consommation culturelle dominée par une logique du loisir et de l’entertainment.
Photo : le nouveau cinéma Mélies à Montreuil, (Joseph Melin pour Rue89)
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« le produit d’une certaine modernité … « arghhh, on est pas sortis du "package" multiplex(e) et de son offre »plurielle ».
vous reprenez du pop corn, Françoise ?
Je voulais répondre demain. Mais pareil que vous In Girum. Le film on le prends pas dans un package. Fait chier ce vocabulaire.
X salles mais combien de films?
chère Françoise, je suis vraiment déçue par votre article en plus illustré d’une photo du Méliès à Montreuil qui sera je l’espère autre chose que les mastodontes qui sont en train de détruire le cinéma comme en Allemagne, Angleterre, Espagne, etc.. Je ne comprends pas votre point de vue. J’ai bien lu? Des supermarchés partout c’est moderne! Qu’importe ce qu’ils vendent, comment ils choisissent et font tourner, disparaître les « produits » dans « une logique du loisir et de l’entertainement ». » Il manque à votre article par exemple la liste des films que diffusent les multiplexes, la durée et la qualité de l’exposition des oeuvres, les animations autour des films et de l’oeuvre des cinéastes, l’effet en terme d’aménagement du territoire et de l’humanité des villes des mastodontes en question…
Il n’y a pas d’autre politique possible comme disait l’autre! « »1984 » tout de suite et tant qu’à faire le plus tôt sera le mieux!
@Edmonde et à celles et ceux qui habitent non loin de la Porte des Lilas,
à Noël dernier, j’avais publié ceci:
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2007/12/1500-nouvelles.html
fruit d’une collaboration intercommunale qui, avec la réélection de Delanoë et le fait que Pierre Mansat, avec qui j’ai eu l’occasion de discuter cet après-midi après le conseil d’arrondissement du 20e :
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2008/03/comment-grer—2.html
ne pourra que s’accélérer.
Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/
Je signe des deux mains. Avec difficulté, pour la gauche, mais quand même.
Pour être aussi montreuillois je suis étonné du choix du Melies pour illustrer votre article, puisque le Melies est justement menacé par UGC et son multiplexe!
Ce que Jean-Pierre Brard, ancien maire, avait dénoncé assez vigoureusement (et une bonne partie de la nouvelle équipe municipale de Dominique Voynet aussi).
Article intéressant ;
Je suis Rochelais, je me lasse pas de tous les records de cette ville magnifique ! D’ailleurs, je comprends maintenant seulement pourquoi lorsque je me déplace, je suis choqué par le manque de salles dans certaines ville.
A La Rochelle, nos « vélib » ont 32 ans, et si le projet de voitures électriques en libre service de Delanoë revêt un aspect futuriste, vu de La Rochelle ça sent le passé…
Cela fait plus de 20 ans qu’on s’en sert !
Et en plus à la Rochelle, vous avez la mer !
C’est vraiment pas juste ..
A chaque fois (rare) que je me rends dans un multiplexe, j’ai l’impression de rentrer dans je ne sais quoi, mais pas vraiment un cinéma…
Trop de lumières, de pubs, d’escalators et tout ça pour finir dans une toute petite salle avec des sieges inconfortables et 3 pelés à l’intérieur…
Normal, car ce sont souvent des films peu médiatisés et peu diffusés qui ne sont pas forcément visibles dans des plus petits cinémas (hors UGaumontC) et que les multiplexes diffusent pour remplir leurs multisalles…
Je ne vous parle même pas lorsque j’en sors….

http://kprodukt.blogspot.com
Très bien, Françoise Benhamou nous expose des chiffres et des faits…
Cependant, j’aimerais plutôt qu’elle nous explique pourquoi le prix des séances dans les petites salles encore en activité avec un guichetier qui distribue les chocolats à l’entracte, et parfois même sans publicité (eh oui…) et 20 à 30% moins cher que dans ces fameux multiplexes qui ressemblent plus à des bowling qu’a des cinémas.
Les multiplex défigures les villes participent à créer des emplois précaires ou smicardisés, offres des services de restauration de qualité médiocre et vendent a peu près tout à des tarifs exagérés…
C’est vrai, que dans nombre d’agglomération il n’y a plus le choix…
La spéculation et le pouvoir financier des majors du cinéma en sont responsables.
Alors pitié n’allons pas dire que les multiplexes participent à la démocratisation de la culture..
Faut arrêter les conneries là.
J’allais rejoindre les commentaires presques unanimes, me disant
« Est-ce bien le professeur qui intervient dans "masse critique" qui écrit cet article tiède ? »
Malgré tout, si Mme Benhamou avait écrit que les multiplexes
avaient défiguré nos périphéries et sont du macdo culturel,
nous aurions peut-être été confortés dans nos opinions, opinions que je partage. Mais nous n’aurions rien appris.
Mais dans le cas actuel, je ne sais pas non plus ce qu’on apprend. Je ne fréquente les grands centres commerciaux-multiplexes que pour aller à brico-dépot, qui est à côté, mais je vois bien qu’il s’agit d’une zone parking-pizza-ciné-entertainement, il suffit d’avoir des lunettes propres.
Je lirai avec un intérêt un article sur le sujet, mais un article de recherche, celui qu’on insère volontiers dans son dossier de HDR puis de candidature à un poste de professeur des universités. Si vous avez un lien vers un article plus complet… merci !
Malheureusement la situation n’est pas si « idéale » que ça. Il faudrait étudier de près le cas de villes où le multiplex se retrouve petit à petit en monopole et prive les spectateurs de films. Imaginez qu’à Clermont-Ferrand, Ciné alpes qui gère le multiplex a fini par reprendre deux cinémas du centre ville, et des films comme Shrek 3 n’étaient pas programmés lors de leur sortie. Aucun échapattoire pour le spectateur. Ciné Alpes a d’ailleurs aussi été condamné pour pression sur les distributeurs pour un autre film pour avoir empêché que des copies soient fournis au rare concurrent restant.
Et je ne parle pas du prix de la séance, des tarifs étudiants refusés, du refus des chèques cinémas du plus gros comité d’établissement de la ville en attendant les autres.
Les villes ont intérêt à organiser la concurrence en créant de nouveaux emplacements, car c’est le spectateur qui trinque au final.
Exactement!
Sous des dehors de résistance du marché (certains disent que le multiplexe a sauvé la fréquentation en salle), il y a une réalité d’entente et de partage du territoire qui a détruit toute forme de concurrence.
dans le vilage 3500 habitants l’hivers ,25000 l’été il y a un cinéma , rénové ,qui ne sert plus à rien (racheté par un distributeur privé ). faut prendre une voiture ,aller à la ville au moultiplex ;sorte de gare de triage ,manque un bouwling ,un supermarché ,et le distributeur de bouffe md pour compléter le tableau …bien sur il y a les films , MAIS ,…
Y’a aussi le cas ou, comme à Brest, le multiplex est, avec le cinéma d’arts et essais (qui vient de s’agrandir malgré le mastodonte), le seul moyen d’accéder à des films en VO, voire des indé ou des films étrangers.
Je ne sais pas si c’est la politique de tous les multi, mais ici ca marche… et pourtant, j’y suis d’abord allé avec un a priori négatif, rechigant à entrer dans ce « temple de la consommation »
je suis d’accord. il y a des mutiplexs qui proposent une très large étendue de films et pas seulement les derniers blockbuster à la mode.
alors si le fait d’être très gros permet de faire profiter le public des oeuvres moins médiatisées, pourquoi pas?
il faut vraiment se placer dans le contexte des petites villes et des campagnes. ce qui compte c’est le résultat: plus large diffusion des films « d’auteur », étranger, indépendants, à petit budget, etc…non?
Le multiplexe, c’est tout simplement l’intégration du cinéma dans le concept de Z.A.C. et, comme souvent dans la pratique, la disparition des centres-ville au profit de ces temples de la consommation. Allez faire un tour dans certaines villes moyennes de province, et vous comprendrez.
Quant à la programmation… « fast brain food ».
Moi, je trouve que le multiplex c’est vachement bien.
Je vais souvent à l’UGC Ciné Cité de Bercy (Paris): 19 salles, une programmation à large spectre, et du confort.
Un point qui mériterait une investigation des professionnels de la sociologie: les abonnements illimités. Pour une vingtaine d’euros par mois (et par personne), on peut voir autant de films que l’on veut dans des réseaux de cinémas et les nombreux indépendants (souvent studios d’art et d’essai) associés. Sur Paris, la carte UGC illimité doit permettre de pénétrer dans 200 salles environ. Y a t il là un avenir pour le cinéma?
Et pour illustrer votre article sur les « bienfaits » des multiplexes, vous avez choisi la photo d’une salle municipale attaquée en justice par les grands groupes industriels de l’exploitation cinématographique !
Quand on vous dit que ces gens sont de grands philanthropes !
« 70,3% des entrées sont réalisées dans les grandes villes –de 100000 habitants-, qui pourtant ne regroupent que 45,2% des Français. »
« Les 152 multiplexes réalisent 53,6% des entrées avec 33,3% des fauteuils et 32,5% des écrans actifs »
chiffres intéressants mais qui résultent peut-être aussi d’une stratégie des multiplexes.
ex: vous habitez non loin d’une grande ville, possédant des petites salles comme des multiplexes. le cinéma du village ne vous suffit plus (s’il existe encore) car les copies des nouveaux films sont trustés par des cinémas qui les diffusent dans plusieurs salles. Ajoutez à cela des commodités d’accès à l’américaines …
Va-t-on dans un multiplexe pour sa programmation?
Un multiplexe peut-il avoir sa propre (en dehors de l’enseigne) identité?