
Crise au Monde : le rachat comme fausse solution
La crise du journal Le Monde relève tout à la fois des spécificités du journal et du groupe dans lequel il s'insère, et de considérations plus globales qui renvoient d'un côté à la conjoncture économique et d'un autre côté à la crise des supports imprimés.
Nous l'avons déjà évoqué, la stratégie du groupe Le Monde a consisté en une cascade de rachats destinés à compenser la fragilité structurelle du quotidien national d'information générale par des investissements dans des titres régionaux ou de périodiques. Mais les moyens indispensables à cette politique ont manqué, et il a fallu faire machine arrière en réduisant le périmètre du groupe et en diminuant les moyens du journal principal. J'ajoute, pour ne pas insulter l'avenir, que la mise en œuvre du plan de l'actuel directeur, Eric Fottorino, sera avant tout un art d'exécution.
Assouplir le dispositif anti-concentration de la presse quotidienne
Où va-t-on à présent ? Un rapport de l'Institut Montaigne, qui date d'août 2006, procède à un diagnostic de l'état de la presse en général. Malgré un état des lieux assez peu original (je passe sur le titre du premier chapitre : « La situation est réellement grave », suivie d'un « à l'évidence, le problème est complexe »), le rapport énonce un certain nombre de propositions. Certaines portent sur les conventions collectives, le régime du droit d'auteur, le syndicat du Livre. On n'en attendait pas moins de l'Institut. Mais ce sont celles qui portent sur la concentration qui doivent retenir l'attention.
Le rapport propose d'assouplir le dispositif anti-concentration concernant la presse quotidienne en autorisant tous les groupes européens à posséder, quels que soient leurs autres actifs, un quotidien national payant et un gratuit. Pour la presse quotidienne régionale, déjà caractérisée par des monopoles locaux, il propose de supprimer les seuils anti-concentration.
L'étude se réfère en effet à un rapport précédent sur Les problèmes de concentration dans le domaine des médias, remis au Premier ministre par Alain Lancelot en 2006. Le rapport concluait, au terme d'une analyse comparative de quelques situations dans divers pays d'Europe, que la concentration du paysage médiatique n'a globalement pas atteint un « degré alarmant », et qu'il n'y a pas de lien direct entre concentration et faiblesse du pluralisme. Je cite : « Les liens entre contrôle des concentrations et sauvegarde du pluralisme sont peut-être moins directs dans la réalité que dans l'opinion communément admise ». En d'autres termes, la diversité des structures industrielles et l'indépendance de l'actionnariat ne seraient une condition ni suffisante, ni même nécessaire de l'indépendance éditoriale et de la diversité des contenus.
Vers un actionnariat majoritaire… du groupe Lagardère ?
L'Institut Montaigne va plus loin, en proposant la mesure libérale la plus accomplie : supprimer les dispositifs anti-concentration afin que, comme ailleurs en Europe, des groupes pluri médias se constituent pour pérenniser la production d'information en leur sein. Appliquée au journal Le Monde et à la constellation de titres que le groupe possède, la préconisation reviendrait à suggérer un actionnariat majoritaire -et même plus- d'un grand groupe. On pense bien évidemment au groupe Lagardère. Est-ce souhaitable ? Il me semble que non, et cela pour trois raisons au moins. Premièrement, la proposition de l'institut est peu étayée ; je dirais que l'indépendance actionnariale est une condition nécessaire (certes non suffisante) de l'indépendance éditoriale. Deuxièmement, la crise est ailleurs. Elle réside dans un faisceau de facteurs touchant la distribution, la faiblesse historique du lectorat, les nouvelles concurrences (le gratuit et l'Internet) bien plus que dans le degré de concentration. Troisièmement, la fragilité de la presse quotidienne serait plus grande encore dans un groupe au sein duquel la comparaison ne manquera pas de se faire, tout naturellement, entre les rentabilités respectives de ses différentes activités.
Autrement dit -mais peut-être suis-je trop attachée au Monde tel qu'il a toujours structuré la presse quotidienne en France- je ne suis pas certaine que la logique industrielle d'un groupe de la taille de Lagardère et la notion de presse de référence fassent bon ménage. Plus précisément, si les deux logiques devaient un jour cohabiter, il faudrait souhaiter le respect des règles et des censures qui encadrent les mariages de raison.
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De Lohiel
non-officiel89.forumactif.net | 17H01 | 05/07/2008 |
dans le contexte du mouvement de la pensée actuel, les organes d'information qui acceptent la publicité comme source de revenu sont de fait condamnés
les perfursions et plans sociaux n'y font rien, il plongent inexorablement
les gens, qui cherchent de plus en plus de vraies informations ne sont plus prêts à payer pour un 50/50 info standardisée faussement libre/propagande, donc les lecteurs les lâchent… comme ils ne sont plus rentables, ils vont être aussi tôt ou tard lâchés par le capital
le seul dans ce désastre généralisé qui affiche une insolente bonne santé, c'est le Canard Enchaîné, lequel ne craint absolument pas Internet
http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_canard_encha%C3%AEn%C3%A9#Ind.C3.A9penda…
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 16H41 | 05/07/2008 |
… une insolente bonne santé, maintenue depuis fort longtemps grâce à un actif acquis pour les années maigres, et pas glané de ci de là…
De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 17H32 | 05/07/2008 |
Il est vrai que la Pub , qui n'a aucune valeur autre que son idolégie libérale marchande , est un bien piètre allié pour la presse écrite , qui s'est beaucoup trop appuyé sur elle dans les dernières décennies et en paye aujourd'hui le prix …
à Numerosix
De jissé
Ingé retraité | 18H51 | 05/07/2008 |
N°6
Salut.
Il y a belle lurette (hélas ? ) que je n'achète plus « Le Monde » auquel j'étais « accro ».
Comme maintenant à « Larue ».
Mais entre les principes et la réalité ..
« Larue » serait plutôt pour le maintien de la pub pour l'indépendance … de France-télé.
Sarko non.
Larue est plutot pour le maintien des « 35 heures » …. Mais ils bossent comme des dingues (c'est un coup de chapeau).
Ils sont pour les congés payés. Pourront-ils les prendre ? (contradiction mais coup de chapeau).
Comme les comédiens dans certains spectacles, avant d'actionariser, ils auraient pu « faire passer le chapeau » parmis les riverains.
Jissé
à jissé
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 07H57 | 06/07/2008 |
@ Jissé,
« Comme les comédiens dans certains spectacles, avant d'actionariser, ils auraient pu “faire passer le chapeau” parmis les riverains. »,
bien que sans sous, j'agrée volontiers à ta remarque ! je me serais débrouillé pour trouver 45 € (une cartouche de clopes = 48 €). dans la 2e moitié des années 80, j'avais 10 % (en fait « fictifs », le copain-fondateur me les avait mis à mon nom, car il me devait des sous) des parts d'une société de télématique, qui s'est maintenant beaucoup développée.
mes mille francs d'alors se sont dilués par les augmentations de capital, mais je TIENS par principe (afin d'être tenu au courant du développement de l'entreprise sur tous les niveaux de communication existant désormais) à exister encore, ne serait-ce qu'avec environ 0,01 % des parts. nous sommes quelques « historiques » à en avoir décidé ainsi. deux vivant à Paris et ne se connaissant pas, les autres à la Guadeloupe, tous de la même famille ; ce que l'on appelle notamment dans les faire-parts les « parents, amis et alliés ».
nous n'avons plus rien. pas de minorité de blocage, pas de pouvoir décisionnel, rien ! mais les « big boss » (de grands entrepreneurs locaux à qui avant mon départ j'avais demandé à un ami de se débrouiller pour devenir leur notaire) tiennent compte de nos remarques, ou de nos refus de vote annuels, selon les cas.
• cependant, tu parles de l'indépendance de France-Télé et du fait que l'équipe bosse « comme des dingues ».
Je te demande de lire ceci :
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2008/07/christine-ockre.html
attentivement.
A l'issue du conseil des ministres de mercredi, je les ai prévenu des « mesures d'ordre individuel » dont je fais état (celle que je vise comporte une erreur d'Etat civil, mais c'est bien la bonne). Ils n'en ont pas tenu compte. chacun son point de vue et sa ligne éditoriale, mais il semble qu'il ne faille pas toucher à certains sujets !
@+
PS : je n'ai presque jamais acheté Le Monde, sauf urgence, y étant abonné de droit et à vie… jusqu'aux restrictions budgétaires de 1995 qui ont supprimé les abonnements de tous les travailleurs et anciens, y compris ceux qui avaient commencé comme cycliste ou crieur à l'âge de 14 ans.
De KNAL
retraité | 06H35 | 06/07/2008 |
A la belle epoque ou il etait possible de « relier » algebriquement ,l'opinion publique et les lectorats des journaux dits d'opinion on connaissait les sources de l'argent avec lequel on payait l'encre et la plume.
Aujourd'hui le lecteur est volage .Il prend son vol à la première contrariété editoriale et les comptables de l'opinion publique ne prendront en compte cette defection qu'avec retard.Un lecteur de moins c'est moins grave qu'une suspension de budget publicitaire.
En bonne logique la modique part de subvention du lecteur payant c'est de la « crotte de bique » face à l'influence ( dans l'opinion publique ) des divers appareils de la distribution .
Il faut relire vite , et , tirer profit de tout ce qui a été écrit à propos de « l'agir communicationnel et de l'opinion publique .
De TARPON
12H52 | 07/07/2008 |
Les journalistes du Monde meritent un patron comme Lagardere.
De KNAL
retraité | 08H16 | 08/07/2008 |
A propos des …propos …officiels
On se souvient de cette rumeur circulant sous le manteau au temps de Breijnev selon laquelle un citoyen de l'Urss aurait été condamné et emprisonné pour infraction à la loi sur le secret défense parce qu'il avait fait seulement des déclarations publiques relatives au penchant du chef de l'état pour la boisson. Nous sommes à l'abri de toute aventure semblable car nous avons un chef exemplaire(dans ce domaine), mais quelquefois je ne peux m'empêcher d'imaginer que le secret défense et l'intelligence économique ne peuvent voisiner efficacement qu'en l'absence de déclarations pas toujours opportunes.