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Professeur d’économie à Paris-XIII

Télévision publique et Internet : une concurrence déloyale avec le privé ?

Une note de l'Observatoire européen de l'audiovisuel tente de répondre à la question difficile de la place du numérique pour la télévision publique. A priori, les choses sont simples. Une chaîne de télévision exerçant des missions de service public présente des programmes pluralistes, non commerciaux, et reçoit à cette fin de l'argent public.

Passons sur le débat de l'an passé sur le financement de France Télévisions. Ce qui semble évident, c'est qu'une chaine de service public a vocation naturellement à exploiter pleinement les nouvelles technologies de l'information.

Là où les choses se compliquent, c'est justement lorsqu'il s'agit de savoir si la chaine publique en question peut diffuser ses programmes sur Internet sans exercer une concurrence déloyale à l'encontre des diffuseurs privés du Net.

En effet, les diffuseurs privés protestent en invoquant le fait que des diffuseurs publics proposent des programmes financés par la redevance qui leur font concurrence. Même la presse écrite se rebelle contre la concurrence de l'information télévisuelle sur le Net.

Internet permet une diffusion des programmes à la demande

L'enjeu est crucial, puisqu'une étude datant de 2007 révèle que 45% des utilisateurs européens du haut débit regardent régulièrement la télévision en ligne, sans se soucier de la grille de programmes. Or l'offre sur Internet provient aussi bien des opérateurs historiques que d'une multitude de nouveaux acteurs.

Si l'idée que le service public peut diffuser sur Internet ne fait pas trop question, les protestations se font jour quand la diffusion peut être décalée, délinéarisée, proposée à la demande.

En France, pour l'instant, c'est le statu quo. Le cahier des charges de France télévisions stipule que l'éventail des programmes doit être complété et enrichi dans le cadre des nouveaux services audiovisuels.

Il a été établi que la BBC, quand elle opère sur le Net, doit offrir des programmes complémentaires des offres commerciales existantes. Depuis 2007, une nouvelle instance, le BBC Trust, est en charge de l'évaluation de l'intérêt des programmes pour la collectivité.

Un test, le Public-Value-Test, permet de le vérifier. Il se déroule en trois étapes :

  • évaluation de l'intérêt public de l'offre nouvelle
  • évaluation de l'impact de cette offre sur le marché
  • analyse des opinions et des prises de position du public

Quand le diffuseur doit prouver que son offre Internet relève du service public

Le test a été effectué, par exemple, pour l'offre en ligne et pour les services vidéos à l'échelon local. Dans le premier cas le résultat a été positif, mais pas dans le second. Concrètement, cela signifie que la presse régionale peut se lancer dans l'Internet sans craindre la concurrence de la BBC.

En Allemagne, depuis 2007, les activités commerciales des organismes publics doivent être clairement séparées des autres et s'exercer selon les règles du marché.

Là aussi, un test en trois étapes est exigé pour les offres nouvelles sur Internet : le radiodiffuseur doit démontrer que l'offre relève de sa mission de service public c'est-à-dire qu'elle est conforme aux exigences démocratiques, sociales et culturelles de la société, indiquer dans quelle mesure l'offre constitue un apport et une nouveauté, et quel sera le montant du budget. Il faut aussi en évaluer l'impact sur le marché.

Toutes ces procédures sont supposées servir l'intérêt général. Mais on peut se demander si cela a un sens d'inventer des procédures spécifiques pour l'Internet. L'avenir des télévisions se situe clairement sur les deux marchés, celui de la grille et celui de la télévision hors grille ; les deux marchés se complètent. Traiter de l'Internet comme d'un média à part, c'est une vision déjà périmée, et c'est s'interdire de comprendre le mouvement de l'histoire.

7 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de alaixih

De alaixih

12H43 | 08/11/2009 | Permalien

Ce débat me surprend.
Si on peut regarder une émission en différé sur internet c'était déjà le cas avant avec le magnétoscope. Et c'est aussi le cas avec les disques durs qui servent à enregistrer des programmes sur internet...

A force de raisonner comme cela on finira par supprimer l'école publique, la santé pour tous, les routes publiques etc etc.... Je trouve ce raisonnement complètement absurde.

C'est pourtant ce qui est le fondement de l'union européenne.
Pour ma part je pense que le public à le droit de choisir.

Traiter de tout comme un unique rapport de concurrence est absurde. C'est tout bonnement la fin de l'état et l'état. La fin de structures publiques.

Pourtant les médias publiques même si en France pour certains médias cela reste discutable, sont les derniers instruments du pluralisme.

Il suffit de regarder les médias privés ( du moins certains ) ou d'écouter certaines radio privées pour savoir que le pluralisme n'est pas présent sur ces chaines. Le service public dans ce cadre permet de forcer les médias privés à une certaine pluralité.

Evincer les télévisions publiques d'internet c'est faire disparaitre cette pression à la pluralité.

Portrait de ALLAIN JULES C@MMUNICATION

à alaixih Portrait de alaixih De ALLAIN JULES C@MMUNICATION

09H41 | 09/11/2009 | Permalien

Tout à fait d'accord avec cette analyse.

Il est grand temps d'arrêter de tirer les uns sur les autres. il y a complémentarité.

http://allainjules.wordpress.com/

Portrait de Pseudo

De Pseudo

Aimer la vie, aimer les fleurs, aim... | 12H54 | 08/11/2009 | Permalien

Je ne regarde quasiment jamais la télé. Et ça n'a rien à voir avec internet. Juste avec le contenu des programmes.

Je lis très peu de presse écrite. Et ça n'a rien à voir avec internet. Juste avec la difficulté de trouver une presse indépendante.

Par contre, je continue à lire beaucoup. Et ça n'a rien à voir non plus avec internet. :-)

Portrait de Dominique Rabeuf

De Dominique Rabeuf

Activiste de la toile. Adepte du XM... | 14H16 | 08/11/2009 | Permalien

La télévision à grille publique ou privée est dans l'état du mur de Berlin il y a un peu plus de 20 ans.

La plupart de nos administrations publiques ou privées sont dans le même état d'esprit que ceux qui administraient le coté est dur mur.

Longtemps nos administrateurs nous ont demandé ceux que nous pouvions faire pour eux.

Bientôt ils vous nous demander, s'il vous plaît, ne nous laissez pas seuls avec nos vieux fantômes.

Portrait de Liger

De Liger

liger.amsud.net | 15H52 | 08/11/2009 | Permalien

Vous soulevez là une très bonne question, d'autant plus que la réponse est pratiquement induite : pousser la logique jusqu'au bout, dans le cas de la "réunification" de la TV et d'internet, consiste tout simplement à traiter le financement de la même façon : redevance, ou encore licence globale élargie.
Cela consiste à faire de la redevance actuelle la source de financement du Net, en basant la redistribution sur la base du taux de connexion de chaque site. C'est d'une grande simplicité, et ça permettrait de financer en partie des sites culturels, d'information, ou encore d'actualités complémentaires (ici, par exemple).
Mais bien sûr, cela suppose aussi que le pouvoir en place perde un peu de son pouvoir d'influence sur les médias de masse. Il semble que ce ne soit pas la tendance, depuis 2,5 années... et que d'autres solutions, techniquement cosmétiques et ubuesques, aient plus la cote.

Portrait de zénon denon 84

De zénon denon 84

Bonne | 17H13 | 08/11/2009 | Permalien

Hors sujet ;
chère Françoise ,
vous qui connaissez bien france -culture ...

Si vous demandiez à la RUE d'enquêter
sur la disparition des antennes du dimanche matin à 11h
d'une voix ,à la table de Philippe Meyer .(esprit public ) et quel ??
Je veux dire que celui-ci à congedié ,sans autre forme
de proces : Yves Michaud .
Etonnant _non ?
Service public ,,,,,,,,,,encore et toujours .
Ah le papous dans leur tête !

Portrait de Wildleech

De Wildleech

éveillé et curieux | 23H01 | 08/11/2009 | Permalien

Quel que soit le problème, c'est toujours plus facile d'accuser les autres que de se remettre en cause.

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