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Professeur d’économie à Paris-XIII

Le cinéma d'art et essai piégé par la politique des multiplexes

Plus de 500 films nouveaux sortent chaque année sur les écrans de cinéma de notre pays. Avec les reprises, l'offre de films en salles avoisine les 600 films par an. Epatante, cette diversité, même si, ainsi énoncée, elle masque l'extrême inégalité de traitement et de fréquentation des films.

Sur 552 films sortis en 2007, 212 films ont enregistré chacun moins de 20 000 entrées (dont 46 ont réalisé moins de 2 000 entrées chacun). En d'autres termes, 38% des films ont accueilli 1,39 million d'entrées, soit moins de 1% de la fréquentation totale.

En matière de programmation, des engagements sont conclus entre les grands groupements et le CNC. Le médiateur du cinéma, Roch-Olivier Maistre, a remis au CNC à ce sujet un rapport très intéressant.

Des engagements a priori efficaces

Ces engagements ont été mis en place parce que certains films rencontrent des difficultés de diffusion alors que leur public potentiel est important. Au départ, en 1983, les engagements ne concernaient que les groupements et ententes de programmation.

Ils furent étendus en 1997 à tout propriétaire de salles de cinéma ayant atteint un certain seuil de part de marché au niveau national (0,5%). La nécessité en devint plus grande encore avec le développement spectaculaire du parc de multiplexes.

Il s'agissait d'améliorer la diversité de l'offre du point de vue de l'origine géographique des films et leur mode de distribution. On espérait donner une place suffisante aux films européens et permettre, en particulier, une diffusion satisfaisante des films européens des distributeurs « indépendants » des groupements nationaux, des filiales des sociétés de télévision et des « majors » américaines. Il était par exemple demandé de consacrer 40 % des séances de certains établissements aux films européens.

Les entreprises concernées comprenaient huit groupements et ententes de programmation :

  • Agora Cinémas
  • Cinédiffusion
  • EuroPalaces
  • GPCI
  • MC4
  • Micromégas
  • VEO
  • UGC

Ainsi que sept « entreprises-propriétaires » :

  • CGR
  • Ciné-Alpes/Davoine
  • Cinémovida/Font
  • Cap cinéma
  • Kinépolis
  • MK2

A eux tous, ils regroupent le tiers des établissements, et les deux tiers de la fréquentation cinématographique.

Les engagements portent aussi sur la limitation de la multidiffusion d'un même film au sein des multiplexes, en encadrant la pratique dite du « cealsing », consistant à diffuser un même film à partir d'une seule copie sur plusieurs écrans en simultané.

Les multiplexes jouent le jeu… un piège à retardement

Grosso modo, les engagements sont respectés. La place des films européens a progressé. L'engagement relatif à la limitation de la multidiffusion a été respecté, hormis pour les « Chti's » programmés par certains multiplexes sur au moins huit écrans par établissement.

Pour l'année 2007, ni le film ayant fait le plus d'entrées (« Ratatouille » avec 7,6 millions d'entrées) ni le film ayant bénéficié du plus grand nombre de copies (« Harry Potter ») n'ont bénéficié de plus de 30 % des séances hebdomadaires dans un multiplexe.

Les engagements de programmation semblent donc avoir contribué à préserver la diversité de l'offre, même si, par exemple à Paris, UGC et EuroPalaces accueillent, à eux seuls, environ deux tiers des spectateurs ce qui leur donne un pouvoir décisif sur toute sortie de film.

Mais la question intéressante est le paradoxe auquel a conduit le dispositif. Le millier d'établissement « art et essai » se retrouve en concurrence frontale avec les salles généralistes. Les engagements avivent encore la concurrence avec les multiplexes qui représenteraient plus d'un quart des plans de sortie des films « art et essai ».

Comment le comprendre ? Le multiplexe, avec ses nombreuses salles, n'a d'autre choix que jouer la carte de la diversité.

Celle-ci est, comme le note, Roch-Olivier Maistre, un élément de leur stratégie commerciale. C'est ainsi que le double phénomène des multiplexes et des cartes illimitées ont fait de la diversité de l'offre une composante essentielle de la stratégie des grands groupes intégrés, mordant de fait sur ce qui faisait l'originalité du parc des salles programmant des films estampillés art et essai.

8 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Lucien Veran

De Lucien Veran

Professeur Sciences de Gestion | 15H02 | 04/11/2009 | Permalien

Du paradoxe de la diversité forcée.

Bonjour,

Inévitable et prévisible. L'offre la plus diverse se retrouve sur les lieux à plus fortes concentration d'écrans..qui pouvait imaginer le contraire en forçant en plus la main aux multiplex. La similitude est forte avec les obligations de diffusion de certaines télévisions qui viennent ensuite écraser la concurrence des spécialistes autodésignés.
Faut-il maintenant envisager des quotas inversés, une obligation pour les multiplex de se concentrer sur les "blocks" ,
Ce serait un sacré retournement de l'approche de la diversité par l'offre..l'on trouve aussi des traces de cette façon un peu "soviétique" de penser dans le monde de la VOD avec les propositions de must carry appliquées aux opérateurs du téléphone qui siphoneraient ensuite les offres des plateformes indépendantes.

Bonne journée.

Lucien Véran.

Portrait de Emilande

De Emilande

précaire | 17H19 | 04/11/2009 | Permalien

Les complexes n'offrent pas tout le confort aux amateurs de films arts et essais. D'une part, il n'y a pas tout ce que les associations font autour des films : intervenants extérieurs, débats... D'autre part, il y a des films qui ne peuvent pas passer par les complexes, ceux qui ont un format particulier. Je me souviens lors d'un festival qui se déroulait dans un complexe. Pendant que la salle se remplissait pour un film du Tadjistan, le projectionniste faisait des essais. Très vite, nous nous sommes rendus compte qu'il y avait un problème. Un animateur du festival a appelé le projectionniste. J'étais juste à côté et j'ai entendu la conversation. Le projectionniste a simplement dit qu'il n'y pouvait rien, il n'avait pas l'objectif qu'il fallait pour ce format là. Résultat : durant tout le film, toutes les prises en contre plongée, entre autre, avaient la tête coupée. Les complexes, par économie, n'ont que les objectifs pour les formats les plus courants. Exit les vieux films ou de format original.

Portrait de pikasso02

De pikasso02

21H22 | 04/11/2009 | Permalien

Les films d'art et essai n'ont plus de lieux pour eux. Exception pour quelques "fous" passionnés qui réussissent à captiver les derniers cinéphiles s'ils parviennent à trouver une salle. Les cinéphiles se font de plus en plus rares. Le public va voir ce que les artistes font et qui est reconnu par les festivals.Le public n'a jamais aimé les personnes qui parlaient d'un film après sa projection. Trop intellectuel! qu'ils disaient, et continuent de le penser. Les essais n'intéressent personne. Je suis bien placé pour le dire. Le public se contente de ce que les salles multiplex lui offrent. Les pensées meurent comme les fleurs mais ne reviennent pas aux prochains printemps. Que faire devant ce constat? Ah ce n'est pas le constat! Alors je vous prie de m'excuser.

Portrait de Diane67

De Diane67

23H37 | 04/11/2009 | Permalien

si je veux un débat après le film,je vais au ciné club, on en trouve dans toutes les villes, sinon, je vais voir un truc distrayant, sympa en famille et franchemetn j'ai pas envie de me prendre la tête avec des trucs intelectuels; j'ai mon boulot pour ça....

Je me méfie de totu ce qui est estampillé art et essais ou film intelectuel. Je pense notamment au film de BHL il y a quelques années, encencé par la critique, qui était un navet certes intelectuel mais un navet quand même.

Bref si je veux de l'intelectuel, je lis....

Portrait de fran

à Diane67 Portrait de Diane67 De fran

17H36 | 06/11/2009 | Permalien

ça c'est sûr, surtout qu'intellectuel s'écrit comme ça (2 l)

je ne pense pas qu'il y ait des ciné-clubs accessibles dans toutes les villes comme vous dites et on peut aimer un cinéma pas forcément distrayant mais qui fait penser, ou réfléchir ou rêver ou même qui perturbe un peu notre ronron quotidien sans trouver que "ça prend la tête". Parole de cinéphile qui ne se prend pas pour une intellectuelle... quand à BHL il peut passer pour un intello sans être un bon réalisateur, grâce au ciel les deux ne sont pas liés.

Portrait de heinpasdeux

De heinpasdeux

Baballeux | 23H57 | 04/11/2009 | Permalien

Chaque fois que l'on clique sur le lien d'un site traitant du cinema comme Allociné par exemple pour aller voir un film ,on favorise l'étude de la future implantation d'un multiplexe dans le département ou on habite .

Point Barre .
Et voguent les Ciné Club...

Portrait de Les Grands Champs

De Les Grands Champs

Retraité, le doigt là où ça fait m... | 07H14 | 05/11/2009 | Permalien

Il y a des films qui ne sont presque pas distribués, par ex. :
Katyń
Très peu de salles l'ont proposé et en ce moment il n'y en a qu'une où il est visible.
Pourquoi, si ce n'est au non du fric, avoir des films qui peuvent être vu dans plus de 400 ou 500 salles et d'autres même pas 10 ?
Mettons un max de salles où les films sont visibles la même semaine pour donner des chances d'être vu par d'autres films qui n'ont pas les mêmes moyens OU relations de la part des distributeurs. Il y a bien eu des remise mini pour les livres ! (pas moins de 5% de remise pour protéger les libraires et autres)

Portrait de marie 75

De marie 75 3563

15H35 | 05/11/2009 | Permalien

Pour l'auteur :
tu n'étais pas dans la ronde des obstinés?
Je crois te reconnaître

à part ca, la libre belgique
Une extinction

Paris sera un peu moins illuminée que d’habitude ce soir, entre 18 et 19 heures. Comme d’ailleurs sans doute pas mal de villes de France. En effet, toutes les salles obscures de l’Hexagone sont invitées (ici) par la Fédération des cinémas à éteindre pendant une heure leurs enseignes lumineuses extérieures. Pour le coup, c’est une «opération symbolique» et une manifestation de protestation qui vont se voir. Car, on l’oublie trop souvent, avec 2100 cinémas (dont la moitié classés d’art et d’essai) répartis sur l’ensemble de son territoire, la France détient le premier parc européen en la matière et même le quatrième parc mondial après la Chine, les Etats-Unis et l’Inde.

Contre quoi protestent les exploitants du cinéma? Tiens, revoilà… Hadopi, la fameuse loi qui, ces derniers mois, fit tant et tant protester parce qu’elle punit (menace de le faire, en tout cas) de sanctions les internautes qui téléchargent illégalement des contenus culturels sur internet. Dans un des volets de cette loi, qui a été moins débattu, il est prévu de réduire de six à quatre mois le délai entre la sortie des films en salles et leur commercialisation en DVD. Les exploitants de cinéma considèrent qu’ils ne survivront pas à cette nouvelle chronologie des médias réduisant leur durée d’exclusivité d’exploitation.

Ils mettent aussi le doigt sur quelques curiosités fiscales qui ne sont pas sans rappeler celle qui, en matière de TVA, a longtemps pénalisé les restaurants traditionnels par rapport aux fast-food. Ainsi, selon la Fédération des cinémas, «le taux de taxe sur le prix du billet, de 10,72%, est deux fois plus élevé que celui de la taxe appliquée aux chaînes de télévision et cinq fois plus élevé que celui du DVD et de la vidéo à la demande». Et «les salles de cinéma reversent 50% de leur recette aux ayants droit, contre 20% pour la vidéo, 9% pour Canal+ et 3,2% pour les chaînes en clair».

«Si les pouvoirs publics ne prennent pas en compte ce cri d’alarme et n’agissent pas très vite, les salles de cinéma ne pourront survivre», avertissent les exploitants. Qui, par cette extinction de toutes leurs lumières pendant une heure, veulent aussi «montrer ce que seraient nos villes sans nos salles de cinéma». Les organisateurs de l’opération de ce soir exagèrent sans doute un peu lorsqu’ils affirment que les salles de cinéma «sont bien souvent le seul lieu qui reste ouvert 365 jours sur 365 et la seule façade illuminée des centres villes». Mais ils n’ont pas tort lorsqu’ils rappellent que ce secteur constitue «un pôle majeur d’animation culturelle et social» du milieu urbain.

De : cf libre belgique

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