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Professeur d’économie à Paris-XIII

La mort de Michael Jackson ou les six leçons sur la célébrité

Une fan de Michael Jackson devant le Staples Center à Los Angeles (Mario Anzuoni/Reuters)

Alors qu'une grande cérémonie d'hommage à Michael Jackson a lieu ce mardi à Los Angeles, quelques leçons se dessinent en arrière-plan du décès d'une star, voire d'une méta-star aux habits un peu usés.

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Une star, ça vent encore des disques

La semaine dernière, on ne trouvait plus un disque de Michael Jackson dans les bacs des hypermarchés et des chaines américaines.

Manifestement, le disque de collectionneur a encore de l'avenir. Celui qui a la valeur de l'objet fétiche. Le disque de collection ne se substituera pas au marché de la musique tel qu'il existait, mais il constitue un marché futur non négligeable.

2

Une star, ça se relance grâce aux tournées

La mort du chanteur est survenue juste avant une vaste tournée qui devait lui permettre de couvrir ses dettes et de faire face à son train de vie pharaonique.

Effectivement, comme l'ont montré dès 2003 des chercheurs de l'université de Princeton, les stars gagnent plus avec leurs tournées qu'avec les revenus directs de la musique enregistrée.

3

Une star, c'est une légende autant qu'une musique

Le storytelling, la légende, jouent un rôle aussi important que le talent. De ce point de vue, Jackson séduisait particulièrement : enfance malheureuse, rapport au corps alliant la haine de soi et le narcissisme extrême, sexualité absente ou double selon les commentateurs, etc.

Jackson écrit dans son autobiographie, « Moonwalk », qu'il doit sa gloire à la main de sa mère, conjuguée avec celle … de Dieu. On est loin de l'aveu traditionnel et faussement modeste des vedettes qui mentionnent la chance comme un des ingrédients de leur réussite.

L'histoire est d'ailleurs ancienne : n'est-ce pas Platon, dans son « Apologie de Socrate », qui en appelle au caractère divin du talent de l'artiste ?

« Cette fois encore, il ne me fallut donc pas longtemps pour faire au sujet des poètes la constatation suivante : ce n'est pas en vertu d'un savoir qu'ils composent ce qu'ils composent, mais en vertu d'une disposition naturelle et d'une possession divine, à la manière de ceux qui font des prophéties et de ceux qui rendent des oracles ».

4

Une star, c'est une majesté (ou du moins elle le pense)

Le talent ne suffit pas, la main de Dieu non plus, faut-il encore que l'amour de la gloire s'en mêle. N'est ce pas Picasso, qui, à 19 ans, convaincu de ses talents, dessine un autoportrait dans lequel son front est orné des mots « YO EL REY » (« je suis le roi ») réécrits trois fois ? Jackson aura épousé la fille du roi, du King, Elvis Presley.

5

Une star, c'est une marque

Ou plutôt une sorte de meta-marque, qui permet de vendre d'autres marques. A cela près que l'efficacité des messages dépend de l'adéquation entre l'image de la vedette et le produit.

Si Bill Cosby [la vedette d'une sitcom à succès dans les années 90, « The Cosby Show », de 1984 à 1992] contribua aux ventes de Coca-Cola ou de Kodak, il échoua dans d'autres promotions. George Clooney relance la marque Martini en arrivant chez ses conquêtes les bras chargés de bouteilles, avant de devenir le playboy du café expresso.

Mais il fut mis fin à l'usage de l'image de Michael Jackson pour Pepsi après des révélations sur son amour inconsidéré -disait-on, des enfants.

6

Une star, ça peut durer grâce à d'autres stars

La durée de vie des titres ou des albums qui sont en tête des hits est de plus en plus courte.

Selon l'économiste américain Tyler Cowen, alors que dans les années 60, les titres les plus prisés restaient en moyenne cinquante-quatre semaines en tête des ventes, la moyenne s'est effondrée à moins de six semaines. Michael Jackson aura lui tenu la corde trente-sept semaines en 1983 avec « Thriller ».

Et quand en 1985 la vedette acquiert le catalogue ATV, qui comprend entre autres 250 chansons des Beatles pour près de 50 millions de dollars, on peut dire que la star a voulu s'approprier la célébrité des autres stars. Une sorte de jeu de miroir où la vedette fait un clin d'œil à tous ceux de son espèce.

Et quand l'usure aura commencé à pointer son nez, ce jeu de la reconnaissance lui aura permis de durer.

2 commentaires sélectionnés

Portrait de Simplicius Simplicissimus

De Simplicius Simplicissimus

| 17H37 | 07/07/2009 | Permalien

L'article est très intéressant, mais je trouve qu'il fait l'impasse sur quelque chose qui m'a beaucoup surpris : le fait qu'à la mort de Michael Jackson, on ait finalement plus parlé de ses performances (notamment en termes de ventes de disques ou de chiffre d'affaire) que de ce qui est ou n'est pas son art. De très nombreux articles que j'ai lus, vus ou entendus paraissaient tirer le bilan d'une entreprise liquidée. Et à bien y réfléchir, c'était peut-être un peu le cas.

Portrait de Le Yéti

De Le Yéti

yetiblog.org | 18H05 | 07/07/2009 | Permalien

LE TALENT EN PLUS

7 - Une « star » (quel mot idiot ! ), ça peut aussi avoir du talent, et même plus.

Regardez-ça et dites voir si c'est seulement du business…

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