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Professeur d’économie à Paris-XIII

Les chantiers de Frédéric Mitterrand à la Culture

De la nomination de Frédéric Mitterrand, on peut attendre quelques beaux discours, un art consommé de la communication, une connaissance de certains pans des activités culturelles, tel le cinéma. Donner un souffle, du panache, à une politique devenue bien terne, il en sera sans nul doute capable. Mais le ministère a changé.

Il requiert deux ordres de compétences, aujourd'hui plus que jamais en tension. D'un côté, imprimer une direction, une hauteur de vue, et de l'autre côté, gérer et régler des dossiers devenus techniques, dont la dimension économique et sociale entre en concurrence avec les aspects politiques et culturels.

Construire l'après Hadopi

Il y a d'abord, bien sûr, l'Internet. Tout est à faire pour accompagner la révolution numérique. La loi Hadopi et son replâtrage n'y suffiront pas. Si les créateurs et les artistes doivent bénéficier des retombées de leurs efforts, la question de leur juste rémunération aura fini par faire presque oublier l'incroyable potentiel que représente Internet pour la diffusion du savoir et de la culture.

Il faut mettre le patrimoine à la disposition du plus grand nombre via les réseaux, permettre la numérisation massive des œuvres de l'esprit, qui lorsqu'elles sont libres de droit, seront en accès libre sur les réseaux numériques. Cela passe par l'invention de nouveaux modèles de rémunération, qui incluront des solutions de taxation en amont, invention pour laquelle trop de temps a déjà été perdu.

Parce que la crise accentuera le report des consommations payantes vers les consommations gratuites -légales et illégales-, elle entraîne déjà la révision parfois douloureuse des modèles économiques qui prévalent dans le monde de la culture. Le nouveau ministre devra accompagner ces changements par des aides appropriées et ciblées, en particulier en direction des petites entreprises indépendantes, les plus fragiles aujourd'hui.

Accompagner la migration du livre vers le numérique

Le livre est en train d'entrer dans la révolution numérique. On a vu que les stratégies sont très prudentes, alliant plans de numérisation, mais aussi mise en place de politiques de prix dissuasives, fixées au plus près des prix pratiqués dans le monde du livre papier.

Une des difficultés réside dans le taux de TVA, de 5,5% le livre papier, et de 19,6% pour le livre numérisé. Cela n'aide pas à bâtir une politique attractive pour ce dernier. Le ministre devra batailler ferme auprès de Bruxelles pour obtenir un alignement du taux de Tva du livre numérisé sur celui du livre papier.

Gérer les dégâts collatéraux de la crise

Troisième grand chantier. Celui que l'on pourrait désigner par la lutte contre la crise et ses dégâts collatéraux sur le secteur culturel. Certes, le mécénat n'a jamais été la source la plus importante des budgets des grands établissements culturels, ni même des petits. Mais il est ce qui permet de lancer certains projets, d'en compléter les financements. Crise oblige, certaines banques et entreprises mécènes se retirent ou détournent leurs largesses au profit des causes sociales et humanitaires. Comment pallier le manque à gagner ? Nombre d'acteurs de la culture se tourneront vers le ministère.

Quatrièmement, la crise rend plus précaire la situation des intermittents du spectacle ; il faudra affronter la question de la croissance de cette population (120.000 intermittents aujourd'hui), de la précarisation de ses contrats de travail (4 jours en moyenne contre 15 ils y a quinze ans à peine), et du déficit qui s'y attache.

Trouver des moyens pour une télévision publique asphyxiée

Cinquième chantier, et non des moindres, celui de la télévision. La suppression partielle de la publicité sur France Télévisions depuis janvier 2009, entre 20 heures et 6 heures, puis totale à la fin de l'année 2011, a entraîné un manque à gagner considérable, puisque le budget de la télévision publique était alimenté à 30% par la publicité.

Pour 2009-2011, le manque à gagner est de 450 millions d'euros par an, une somme qui n'inclut ni les coûts des nouveaux programmes, ni l'effort indispensable de modernisation. La taxe sur le chiffre d'affaires publicitaire des chaînes privées, censée compenser une partie du manque à gagner, rapportera bien moins que prévu, car la situation de ces chaines, et surtout celle de TF1, est plus que difficile. Il faudra trouver le moyen de garantir un budget suffisant au service public en ces temps de crise.

Demeurent encore d'autres chantiers. Celui du patrimoine, certes un peu aidé par le plan de relance (du moins pour les cathédrales), mais dont les besoins sont un puits sans fonds. Mais aussi le chantier de l'éducation aux arts, comme seul véhicule raisonnable et honnête de démocratisation de la culture ; il requiert de la patience, ce qui n'est pas nécessairement compatible avec le tempo présidentiel, il exige des moyens, afin d'instaurer en liaison avec le ministère de l'éducation nationale une vraie politique culturelle dans les écoles, les collèges et les universités.

Redonner un souffle à un Etat culturel bien fatigué

Ajoutons la question du rayonnement culturel de la France en dehors de ses frontières, que Frédéric Mitterrand connaît bien. Ce chantier, traité en commun avec le ministère des Affaires étrangères, ne pourra être mené à bien que s'il va de pair avec le dégagement de moyens, or l'heure est manifestement à l'économie qui renvoie au resserrement des ambitions.

Reste enfin à prolonger la révision des politiques publiques autrement que par le seul prisme de l'économie de moyens. Bref : le nouveau ministre devra proposer une vision, des directions de travail, et mener une politique culturelle qui s'articule d'un côté à la mondialisation, à l'ouverture des échanges culturels, à la construction de l'Europe des cultures, et qui d'un autre côté reconnait la force et l'accomplissement des politiques locales, tandis que l'Etat semble un peu fatigué.

14 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de Kereven

De Kereven

18H55 | 27/06/2009 | Permalien

A mon avis, il ne fera que de beaux discours.

Portrait de patrick du 14

De patrick du 14

toujours naze et qui cotises pas | 20H08 | 27/06/2009 | Permalien

Portrait de ZonZon la MouChe

De ZonZon la MouChe

ni dieu ni maître ! | 20H27 | 27/06/2009 | Permalien

Les chantiers de Frédéric Mitterrand à la Culture
J'hésite : maçon ou jardinier ?

Portrait de sinclair

De sinclair

21H27 | 27/06/2009 | Permalien

Autant Frederic Mitterand est indubitablement adapté a la culture classique du milieu du XX° siècle autant il parait décalé pour celle de la diffusion numérique via internet. Et c'est là que votre article est pertinent.

Peu de nos élites se sont aperçues que les choses avaient changées il y a eu plusieurs séismes dans la culture mais le dernier est un séisme majeur a l'égal de l'écrit de l'imprimerie et du film. On pourra donc en ralentir l'effet par la loi mais en définitive il y aura révolution. Aussi sûr que l'écrit a remplacé l'oral et que l'imprimerie a remplacé les copistes. Et cette révolution sera d'autant plus rapide que l'évolution de la technique et des mœurs s'accélère exponentiellement. Patience nous n'en sommes qu'au début.

Ceux incapable de s'adapter sont appelés a disparaitre a terme beaucoup possèdent le pouvoir ce qui leur permet de ralentir l'évolution mais pour peu de temps encore.

Portrait de matrasov

à sinclair Portrait de sinclair De matrasov

19H35 | 29/06/2009 | Permalien

c'est curieux ça me rappelle une machine politique dans les Années Trente ce tonitruant « ceux incapables de s'adapter sont appelés à disparaître »…

Portrait de mick69

De mick69

22H31 | 27/06/2009 | Permalien

Vu l'état de fragilité du secteur du livre, je trouve vraiment super risqué de lancer le livre numérique (et les copies pirates qui vont avec)

Portrait de Brédala

De Brédala

Entraveuse entravée | 07H22 | 28/06/2009 | Permalien

 »…quelques beaux discours, un art consommé de la communication, une connaissance de certains pans des activités culturelles, tel le cinéma. Donner un souffle, du panache, à une politique devenue bien terne… »

Hé bien ça démarre en fanfare…
A propos de la mort de M. Jackson,
1ère phrase du tout nouveau Ministre de la Culture :

« On a tous un peu de Michael Jackson en nous ».

C'est beau comme un camion dis-donc.
A moins que ça ne soit un aveu…

Portrait de Guy Valte

à Brédala Portrait de Brédala De Guy Valte

08H20 | 28/06/2009 | Permalien

« On a tous un peu de Michael Jackson en nous ». , oui, c'est une phrase toute faite, dont le lyrisme est déjà éculé. La « fanfare » nous joue « la Madelon » au moins c'est sans risques. Je crains que ce personnage ne se révèle n'être qu'une autre sorte de BHL, un ministre de la culture des mes deux.

Portrait de colyz

à Brédala Portrait de Brédala De colyz

psy | 17H43 | 28/06/2009 | Permalien

Johnny ministre de la culture ou Eric Cantona, ça aurait été pas mal non plus.

On a tous un peu de Tennessee en nous.

Portrait de colyz

De colyz

psy | 15H55 | 28/06/2009 | Permalien

A chacun son André Malraux !

Portrait de leo s

De leo s

noyaudecondensationdanslanébuleused... | 18H46 | 28/06/2009 | Permalien

« Le livre est en train d'entrer dans la révolution numérique… »

ah bon.

i va yavoir des numéros à la place des lettres ?

Portrait de matrasov

à leo s Portrait de leo s De matrasov

19H37 | 29/06/2009 | Permalien

même pas besoin

Portrait de Audrey64

De Audrey64

Attaché territorial | 11H43 | 29/06/2009 | Permalien

La critique est facile, laissons-lui sa chance tout de même.
Le simple fait de donner un peu d'humanité à ses discours est déjà un beau progrès par rapport à Albanel.

Peut-être n'est-il pas effectivement très représentatif de la génération Internet, mais il faudrait se rappeler que la Culture ça n'est pas uniquement le présent et l'avenir, c'est aussi le passé.
Il est pratiquement impossible de trouver à ce niveau de l'Etat quelqu'un qui manie autant l'Histoire et l'Art que le téléchargement sur YouTube ou le post sur Twitter.
Ce profil-là existera dans une génération, mais d'ici-là Internet aura encore muté. Autant dire que l'adéquation d'un homme politique avec les moeurs de son temps est pratiquement impossible….

Portrait de jean breton

De jean breton

républicain laïque | 19H47 | 30/06/2009 | Permalien

Ce type aurait presque été sympa s'il s'appelait autrement.
On ne lui aurait même pas reproché d'être politiquement borné.
Ou de rêver de princesses à moustaches.
Ni même d'etre un peu snob.

Mais figurez vous que l'on vient de s'apercevoir qu'il s'agissait du même gars qui avait créé l'Entrepot, écrit lettres d'amour en somalie et mis en scène Butterfly.
Comment peut-il se retrouver faire-valoir de seconde zone pour un vulgaire populiste berlusconien (de plus sans moustaches) ?

Mérite même pas son surnom de Mitterrand le petit.
Mérite même pas qu'on soit déçu.
De ma part, mérite rien.

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