
Vers un marché éditorial pour 1,3 milliard de Chinois ?
En Chine, l'édition n'est plus tout à fait une affaire d'Etat. Comme pour le reste de l'économie, le secteur privé se développe à grands pas, même s'il demeure encore minoritaire : 10% de la production totale (laquelle s'élève à plus de 220 000 titres par an) relèverait du privé, mais bien plus encore, selon Livres Hebdo, si l'on ne prend en compte que la littérature générale, ou les seuls best sellers.
On comptait 573 maisons d'édition publiques en 2006, mais les activités de marketing, promotion, d'achats de droits, de distribution, et même le travail éditorial proprement dit sont de plus en plus souvent assurés par des sociétés privées, désignées par l'expression « second canal ».
Cette montée en puissance de sociétés privées concerne l'ensemble des secteurs culturels, beaux arts, spectacle vivant, livre. Des acteurs étrangers l'ont bien compris, tel le géant allemand Bertelsmann ou HarperCollins, branche livre du groupe américano-australien de Rupert Murdoch qui ont investi le marché.
En 2005, les achats de droits des éditeurs chinois faisaient peu de place à la France. On peut craindre qu'il en soit de même, ou pire encore aujourd'hui, compte tenu de la tension qui règne entre les deux pays.
Quelques auteurs ont percé, parmi lesquels Nathalie Rheims ou Hervé Guibert, mais le pourcentage des achats de droits pour la France est de 3,4%, loin derrière les Etats-Unis (42%), le Royaume-Uni (18%), et à quasi égalité avec l'Allemagne (3,9%).
6,87 milliards de livres auraient été produits en 2002
Le marché est peu concentré en regard de ce que nous connaissons en Europe ou aux Etats-Unis : les trois premiers éditeurs se partagent quelques 10% de parts de marché ; en revanche, il existe des monopoles locaux dans les provinces.
Il y a quelques années, afin de renforcer le secteur, avait été décidée la réunion de plusieurs groupes d'édition dans un même ensemble, le China Publishing Group. Le premier éditeur chinois à figurer dans le classement des plus gros éditeurs mondiaux est néanmoins le Higher Education Press, qui dépend directement du ministère de l'Education, et dont le chiffre d'affaires se monterait à quelques 200 millions d'euros.
Le groupe produit 4 500 titres par an dont 1 500 nouveautés, avec une division revues associée à Springer. On estime à 3 millions le nombre des étudiants qui sortent diplômés d'une université. Un chiffre qui devrait grossir rapidement.
Au-delà de cette population, même avec un taux de lectorat encore faible, les 1,3 milliard d'habitants constituent une potentiel immense de développement de l'édition. Selon le Bief (Bureau international de l'édition française), en 2002 (les statistiques chinoises sont difficiles à rassembler), ont été produits 6,87 milliards de livres, mais les stocks se sont montés à plus de la moitié : 3,7 milliards d'exemplaires.
Un marché parallèle des numéros ISBN, pratique lucrative et malsaine
Tout est à faire : améliorer la qualité, organiser un marché où le prix des livres scolaires est fixé par le gouvernement et où, pour beaucoup d'éditeurs, les autres prix sont tout simplement fixés en fonction du poids.
Il faut savoir que les éditeurs reçoivent chaque année un nombre donné de numéros ISBN ; c'est une des formes de la censure et de la surveillance exercées sur le secteur. Les maisons ne peuvent distribuer que des livres dotés de ce numéro.
Comme certaines maisons n'en ont pas assez et d'autres trop, s'est constitué un marché parallèle des numéros, une activité très lucrative, peu risquée, et tout à fait malsaine. Lors des salons du livre, les numéros ISBN se négocient en sous-main, effet pervers d'un régime demeurant communiste mais accueillant in fine le marché sous une forme pour le moins sauvage.
Il est amusant de noter que parmi les segments éditoriaux recensés par les statistiques officielles, figure encore une rubrique « marxisme » qui comprend 324 titres nouveaux en 2002, un tout petit score en regard de celui de l'économie (12 600 titres) ou de la littérature (11 200 titres).
Même les économistes qui liront cette page pourront se demander de quoi donc est fait un pays qui publie plus de titres d'économie que de titres de littérature…
A lire aussi sur Rue89 et sur Eco89
► Le monde changeant de l'édition chinoise à l'heure capitaliste
► « Brothers » de Yu Hua, la Chine, de la Révo Cul » aux dérives capitalistes
Ailleurs sur le Web
► Littérature chinoise et traduction, sur www.univ-provence.fr
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De Infovite
Plébéien. | 15H00 | 31/01/2009 |
Le « prix » de la liberté d » expression a toujours du mal à s'imprimer…
http://info-espress.over-blog.com/
De Yvon
22H30 | 31/01/2009 |
Demandez au Monde et à Bolloré son proprio, d'être un peu plus « démocratiques »….on voit toujours la paille…que la poutre… Quant aux droits de l'homme, lisez ce que pense la commission europénne sur la France. Sinon cherchez dans nos livres…d'écoles…sur la Commune, les mutins de 1914…les évènements d'Algérie ….et aujourd'hui, maintenant LE RWANDA ! ! ! C'est tellement facile de donner des leçons ! Hein !
à Yvon
De Pierre Haski
Rue89 | 23H03 | 31/01/2009 |
Mais qui donne des leçons ? Cette chronique est largement factuelle, mettant le projecteur sur l'activité d'édition dans un pays en pleine mutation. Il n'y a pas que la France dans le monde, et on peut -on doit- s'intéresser à ce qui se passe ailleurs, aussi pour mieux comprendre ce qui se passe chez nous. La France n'est pas le nombril du monde.
à Pierre Haski
De Yvon
23H51 | 03/02/2009 |
Absolument, rencontrer les autres, vivre des civilisations différentes, s'entretenir avec des gens qui ne pensent pas comme nous…c'est non seulement enrichissant mais aussi une façon de vivre et de penser.
Mais subir sans cesse des critiques, des insultes, de fausses informations …à propos de la Chine me dégoûte et me montre à chaque fois comment des « journalistes » peuvent écrire des sujets dictés par leur rédacteur en chef à Paris ! ! ! Ce soir…bonheur sur France 2, un reportage POSITIF ! ! ! sur le Sichuan et l'église catholique de Bansham ? peut-être, montrant des Chinois remplis d'espoir, même un catholique Chinois ! ! ! et une jolie jeune maman avec sa petite fille habillée en lapin. J'en suis resté bouche-bée. Le refus de visiter la France du premier ministre chinois aurait-il fait réfléchir nos dirigeants et la hiérarchie de France 2 ? Alors il faudra beaucoup de « bonnes » émissions car les Chinois sont très en colère après nous Français, peuple qu'ils aimaient tant avant l'inculture de Sarkozy et de Delanoë.
De Aengus
étoile filante | 06H46 | 01/02/2009 |
Avant on parlait d'information et de liberté de la presse, aujourd'hui on parle de « Marché éditorial » … c'est magnifique !
Quand on sera tous en taule, qui vous achètera vos catalogues publicitaires ? euh pardon, vos journaux d'information…
De Chansommairus
bipède | 12H40 | 02/02/2009 |
Depuis que la « culture » est devenu un marché et donc un « objet » de consommation, il ne faut pas s'étonner de voir les éditeurs sombrer dans un système mercantile qui d'une part, remplace la qualité par la quantité et d'autre part pratique un système d'exclusion dans le choix des domaines qui doivent être proposés aux consommateur/lecteur en fonction de « l'importance » réelle ou supposée des domaines en questions ; ainsi l'économie étant jugée plus importante que l'histoire, on trouvera pour 100 livres d'économie contre 3 livres d'histoire.
Il n'est pas étonnant que la Chine connaisse ce phénomène mais il est probablement aggravé par le type de développement que connait ce pays. De plus, le gouvernement chinois a décidé d'accorder à l'anglais une place privilégiée au point qu'il existe même une rumeur qui répand l'idée (étrange) que la chine choisirait cette langue comme langue nationale. Dans ce contexte, il n'est donc pas étonnant que le français ou l'allemand deviennent des langues marginales réservées non pas a une élite mais à une « minorité » terme qui désigne en chine des espaces voués à la disparition, cf. Les Tibétains, Les Ouïgours, les Buyei, les Dai, les Dong, les Kazakhs et autres Kirghizes… sans oublier les LI, les Lhoba…
« de quoi donc est fait un pays qui publie plus de titres d'économie que de titres de littérature… »
Étrange remarque !
La chine est un pays de marchands, comme tous les autres d'ailleurs.
De mick69
11H14 | 03/02/2009 |
La culture chinoise n'intéresse pas France Culture, alors ils parlent de marché éditorial.