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Professeur d’économie à Paris-XIII

Des lobbies pas forcément néfastes à la culture

Dans son livre « Les lobbies à l'assaut de l'Europe », Bernard Lecherbonnier résume le travail du lobbyiste par une formule choc : « Hier, il y avait l'art de faire le trottoir. Aujourd'hui, il y a l'art de faire les couloirs. » Pour ce professeur à l'université de Paris XIII, le lobbying n'est ni plus ni moins qu'une « injure (je cite) à la démocratie représentative », qui revient à « substituer l'intérêt particulier des groupes de pression ou idéologiques à l'intérêt général ».

Le jugement est abrupt. Il mérite quelque nuance. Le lobby fait valoir des intérêts catégoriels ou sectoriels. Est-ce toujours inutile ? Est-ce inefficient ? Le lobby met en évidence des besoins, des spécificités de certains secteurs dont le décideur public, qu'il soit à Bruxelles ou bien à Paris, n'est pas nécessairement conscient.

Le travail du lobbyiste peut être indispensable à la bonne santé d'un pan de l'activité économique ; il peut aider à conserver un certain niveau d'emploi. S'il est donc évident que le lobbying existe parce qu'il défend des intérêts catégoriels, tous les intérêts catégoriels ne sont pas nécessairement illégitimes.

Un lobbying efficace : l'exception culturelle

En matière culturelle, les lobbies européens et français sont plus nombreux et actifs qu'on ne le croit. Bien sûr, ils n'agissent qu'à un niveau bien moindre que celui qu'on connaît aux Etats-Unis.

On peut en donner trois exemples. Dans le domaine de la conservation du patrimoine, des associations comme la Demeure historique font un travail de lobbying pour obtenir le renforcement des exemptions fiscales liées à la possession et à la restauration d'un bâtiment classé. Elles obtinrent ainsi il y a quelques années que les frais d'assurance afférents à des bâtiments protégés puissent donner lieu à des avantages fiscaux.

C'est dans le cinéma et l'audiovisuel que le travail du lobbyiste est le plus évident. Pour les uns -les producteurs- il s'agit de défendre les quotas de programmes nationaux et européens sur les chaînes de télévision généralistes. Pour les autres -les chaînes-, il s'agit de freiner la volonté de légiférer.

Pascal Rogard, président de la SACD, société des auteurs compositeurs dramatiques, qui défend les droits des auteurs du spectacle vivant et de l'audiovisuel, sait donner de la voix lorsqu'il juge que les auteurs sont menacés par des évolutions du droit ou par les pratiques illégales de téléchargement sur Internet.

Pascal Rogard fut en son temps le négociateur (faut-il dire le lobbyiste ? ) efficace de l'exception culturelle qui consista à mettre les biens audiovisuels à l'écart des négociations commerciales internationales qui tendaient à libéraliser les échanges.

En matière musicale en revanche, le travail de lobbying –certains diront de persuasion- auprès de Bruxelles n'a jamais réussi à faire entrer les disques dans la liste des biens auxquels les Etats peuvent appliquer des taux réduits de TVA.

Susciter des mouvements d'opinion

Si l'on prend quelque recul, on aperçoit une différence essentielle entre la notion et le travail des lobbies de part et d'autre de l'Atlantique. Tandis qu'aux Etats-Unis, le lobbying a d'une certaine manière pour fonction implicite de pallier l'absence de ministère de la Culture, il tente en France d'infléchir les décisions dudit ministère et de susciter des mouvements de sympathie de la part du public qui puissent accentuer cette pression à peine voilée.

Le lobbying est-il un mal nécessaire ? Difficile de trancher. Il constitue une dépense qui se reporte in fine sur le coût de certains biens culturels. Il oscille entre aide à la décision, véhicule d'informations pour le décideur public, et revendication catégorielle et corporatiste.

2 commentaires sélectionnés

Portrait de sinclair

De sinclair

11H14 | 17/11/2008 | Permalien

La pratique des lobbies est bel et bien une insulte a la démocratie et a la défense de l'intérêt général. Les sociétés de lobbies sont finance par des entités ou personnes disposant soit d'une capacités financières importantes.

Reprenons les choses a l'endroit et pas a la fin. Les élus sont censés défendre les citoyens qui les ont élus (quel qu'ils soient)tout en favorisant l'intérêt général. Les citoyens donnent d'ailleurs via les structures et le financement des élus largement les moyens de prendre leur décision et d'appréhender un problème. Cela nous coute d'ailleurs de plus en plus cher.

Penser que ces lobbies proposent des lois clés en main et arrivent a détricoter une loi qui n'est pas favorable a leur secteur est proprement scandaleux.

Non seulement ces lobbies répercutent nécessairement leur frais sur leurs clients (nous) mais en plus ils utilisent les élus pour au mieux infléchir leurs décisions a leur profit.

Enfin penser qu'il n'y a que conseils éclairés et jamais au grand jamais tentative de corruption sous ou forme ou une autre relève de la plus profonde naïveté et représente une insulte a la capacité de saisir des problèmes pour les élus.

Portrait de Pascal Riché

De Pascal Riché 7

Rue89 | 23H33 | 17/11/2008 | Permalien

Selon Rousseau, la volonté générale (portée par l'Etat) s'oppose forcément aux intérêts particuliers (qu'il doit transcender). Mais la démocratie américaine voit les choses autrement.

Toqueville le résume ainsi :

« Il est clair que, si chaque citoyen, à mesure qu'il devient individuellement plus faible, et par conséquent plus incapable de préserver isolément sa liberté, n'apprenait pas l'art de s'unir à ses semblables pour la défendre, la tyrannie croîtrait nécessairement avec l'égalité ».

Aux Etats-Unis, on ne considère pas comme aberrant que la société civile cherche à influencer le processus de décision politique. Dans l'idée américaine de la démocratie, il est naturel que ceux qui subissent les conséquences des lois puissent faire valoir leurs intérêts auprès du détenteur du pouvoir : qu'ils se tiennent au courant de ce que préparent les élus, et qu'ils les informe le mieux possible de leurs intérêts. Il est également naturel que la société civile se structure à partir de groupes.

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