
En pleine crise, le marché de l'art rayonnant ou au bord du gouffre ?
A la Fiac, on a affiché sa bonne humeur. Belle tenue. Et des prix qui feraient croire que les bonus et les stock-options ont encore de beaux jours devant eux -ce qui est peut-être vrai-, et que les marchés sont au mieux de leur forme -ce qui est carrément faux.
On y distribuait un état du marché, édité par Artprice, dont les premières lignes appelaient à l'euphorie. Je cite :
« Lors de son précédent rapport, édité à l'occasion de la Fiac 2007, Artprice avait mis en relief l'aspect très spéculatif de ce marché, où art rime avec dollars dans un climat économique encore porteur à l'époque.
Cette année, la donne économique est toute autre, et pourtant le marché de l'art semble épargné. Mieux, il affiche des résultats époustouflants. »
Ça, c'était 2008. Et 2009, alors ? Difficile de se risquer à quelque pronostic. Les œuvres à des prix toujours élevés, très élevés, devront trouver preneur dans un marché dont la demande a rétréci. Les traders de Londres sont à la peine ; et la chute programmée du marché immobilier augure mal de l'avenir.
Les oligarques russes ne soutiendront pas à eux seuls des prix devenus fous
Bien sûr, on nous brandit la théorie de l'art comme « placement refuge ». Sans doute est-ce vrai sur les segments les moins spéculatifs. Mais le contemporain, l'art actuel, se prêtent si naturellement à la spéculation, à la montée artificielle des prix, à l'organisation d'une rareté illusoire, qu'on peine à y voir un placement de père de famille.
Certes, les nouveaux investisseurs de l'art contemporain, venus des pays émergents, devraient nous sauver de l'abîme. Mais les acheteurs chinois aiment surtout acheter des œuvres d'artistes chinois (on trouve d'ailleurs trois artistes chinois dans le top ten 2007, et dix artistes chinois ont vendu des œuvres au-delà du million de dollars) ; et les marchés asiatiques sont en train de plonger à leur tour.
Quant aux oligarques russes, ils ne soutiendront pas à eux seuls des prix devenus fous et un marché qui gagnerait à être un peu plus sage. Six Jeff Koons dans le top ten des enchères 2007/2008, mais ce n'est pas bien sérieux.
Et des prix qui ont grimpé dans le contemporain de 132% entre le 1er juillet 1991 et le 1er juillet 2008, soit cinq fois plus que ce que l'on observait dans les autres secteurs du marché comme la peinture ancienne, l'art du XIX siècle, l'art moderne et l'art d'après guerre : il y a décidément quelque chose qui cloche dans le marché de l'art contemporain.
Un décalage de six mois entre marchés financiers et marché de l'art
Les études économétriques ont montré que les mouvements boursiers se répercutaient sur la conjoncture du marché de l'art avec un décalage de six mois environ. A supposer que le renforcement des interdépendances entre les économies n'ait pas fait rétrécir ce délai, les effets de la crise financière devraient être palpables dans les mois à venir.
Ces effets seront certainement plus forts là où les hausses des prix ont été les plus impressionnantes. Cela dit, les crises sont aussi des moments de régulation, de remise en ordre de marche et de révision des stratégies gagnantes un temps, et suicidaires en d'autres temps.
Les crises ont notamment cet effet de faire disparaître les structures les plus fragiles, de pousser aux concentrations, d'accélérer les déplacements des galeries vers des quartiers moins favorisés et moins chers. Alors, une idée : messieurs et mesdames les galeristes, mesdames et messieurs les commissaires priseurs, et si vous vous prépariez à vous installer dans le 9-3 ?
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De Alexander Doria
étudiant | 20H33 | 27/10/2008 |
Bon article qui présente bien les données du problème.
A contrario cependant il me semble que les périodes où l'art a été le mieux évalué, économiquement parlant, furent aussi celles de déclin économique : par exemple, la période baroque (1600-1630) où l'Italie et l'Espagne stagnent, sont aussi l'apogée de la figuration artistique et du mécénat, ou l'entre-deux guerre, où le milieu de l'art est particulièrement florissant en une période dont on connaît les difficultés.
Bref, il me semble que sur le long terme, la théorie de la valeur refuge peut tenir : l'art offre en effet un capital symbolique, qui peut, le cas échéant, se substituer au capital économique. Notamment à une époque où les biens des très riches, en grande partie virtuels, sont surtout basés sur une reconnaissance sociale (on accordera toujours plus facilement un prêt à un mécène reconnu).
En même temps, il est vrai que la spéculation sur l'art, notamment contemporain, rejoint les tendances de la spéculation boursière : en réduisant l'art à un investissement économique, est-ce qu'on ne prend pas le risque de le rattacher aux grandes tendances de l'économie auquel il semblait jusqu'alors s'échapper ?
à Alexander Doria
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 09H16 | 28/10/2008 |
2 constats :
- il y a toujours des investisseurs prets a saisir la bonne occasion
- mais egalement un gros doute sur les grosses cotes (ex un Picasso vient d'etre retire de la vente faute d'atteindre l'objectif)
=> quelques opportunites style contemporain tel que « formatte » par la FIAC cette annee : des debutants a prix casses pour elargir la base des acheteurs et donner de quoi faire joujou aux habitues, le tout en evitant de se prendre de face les cotes d'artistes etablis.
De Francis la menace
| 00H51 | 28/10/2008 |
Il y a déjà plein de galeries dans le 93 et en banlieue, et pour moi certaines des plus intéressantes d'ailleurs.
La Seine Saint Denis est un véritable vivier qui s'organise !
De Albufera
Observateur. | 09H51 | 28/10/2008 |
Les maisons de vente et les galeries ont tout intérêt à prétendre que le marché de l » art se porte bien : comme à la bourse, dire le contraire reviendrait à faire une prophétie auto réalisatrice, ce marché de l » art contemporain étant basé sur la spéculation… mais dans sa partie émergente seulement : D » abord, le marché de l » art ne se résume pas aux « oeuvres » contemporaines de Koons et consorts : il existe beaucoup d » artistes contemporains « achetables », par goût et sur lesquels ont peut même espérer « faire des coups ». Ensuite, le marché de l » art concerne également l » art moderne et ancien qui ne se résume pas à Picasso ou aux vierges romanes qui n » en sont que la partie visible : on peut acheter un christ roman émaillé pour moins de 10000 euros ou un casse-tête océanien pour 1500 euros. Cette crise des ventes spectaculaires d » art contemporain permettra d » épurer le marché de quelques zozos -acheteurs et vendeurs- qui ont finit par faire croire par leur exhibitionnisme -généreusement relayé par la presse- que l » art contemporain étaient n » importe quoi (et le reste de l » art inexistant). PS : un petit tour à la FIAC ce dimanche me confirme dans l » idée que les exposants scient la branche sur laquelle ils sont assis en proposant à la vente n » importe quoi à des prix astronomiques (heureusement, il y avait des dessins de Bellmer : mais bon…) : la médiocrité des matériaux et de la réalisation constituant les pièces exposés -quoi qu » en dise Art Presse et Cie- constitue un indice d » imposture artistique.
De ras-la-patience
11H01 | 28/10/2008 |
rien que le fait de rapprocher les mots « art » et « marché »
me pose problème ;
je n'éprouve aucun respect pour quelqu'un qui achète une œuvre non par amour, mais par intérêt ; et toute cette débauche de sommes astronomiques et de fausses valeurs me dégoute profondément.
à ras-la-patience
De zénon denon 84
Bonne | 09H35 | 31/10/2008 |
Eh oui, tout un chacun
n'est pas le docteur Gachet …
De egide
Littéral | 11H34 | 28/10/2008 |
Ceux qui louent le bon bien que ce soit bon, et qui blâment le mauvais encore que ce soit mauvais. Cette espèce dangereuse a provoqué tout le désordre en matière artistique. Leurs instincts les poussent à toucher le faux, mais délibérément ils touchent le vrai. Ils ont des raisons qui sont situées en dehors du sentiment artistique.
Karl Kraus
Je ne sait plus qui a dit que le seul prix de l'œuvre d'art en donne aussi la valeur esthétique. Le prix de vente en salle de marché fixe donc la véritable cote artistique. Alors que jusqu'à présent des institutions intermédiaires musées, galeries, revues de critique d'arts, universitaires donnaient la dimension propre à l'œuvre elle-même en l'admettant comme œuvre d'art et conférant ainsi au créateur le statut d'artiste contemporain.
Le spéculateur bien conseillé par des experts que les foules haïssent trouvent leur compte mille et trois fois pour leur gouts des jeux d'argent en risquant une part assez faible de leur fortune, pour l'occasion en parfaits amateurs et cela les fait rire, de plus leurs compagnes adorent parader avec des artistes et se montrer auprès des œuvres d'art, enfin leur besoin insatiable de snobisme est hors d'atteinte et leur donne un trait distinctif tellement envié d'être collectionneurs d'art. Pour un peu, on en ferait presque des mécènes (si peu le sont).
On cale peu à peu les arts sur le modèle de la production des choses luxueuses. L'art contemporain ressemble de plus en plus à la haute couture. Il fait de plus en plus signe de richesse et ouvre la voie à une énorme quantité de services marchands et d'objets commerciaux productibles en masse pour la masse segmentées en cibles des consommateurs.
Ces technocrates surpuissants sont pourtant parfaitement acculturés, autant que nous. Ils côtoient plus facilement le mauvais gout et cela les rapproche de ce que nous sommes aussi. D'ailleurs, ils en vivent de connaitre aussi intimement nos envies. Mais instinctivement, comme leur optimisme le leur permet, ils choisissent presque sans faillir de collectionner des objets subliminaux et uniques, certifiés réellement estampillés mais avec discrétion. Ils en font un spectacle lucratif et figurent eux-mêmes dans les représentations artistiques, atteignant ainsi ce dont ils rêvent le plus, une renommée quasi-immortelle.
C'est peu dire si le divorce est consommé entre les populations et les artistes contemporains, faute de culture et de savoir. On préfère tellement le savoir-faire du technicien avec ses corpus ésotériques et ses voies complexes de la domination des machines virtuelles. Elles ont besoin de se divertir de la vitesse et de l'intensité de leurs engagements ou bien de la vacuité de leur inoccupation. Il leurs faut du sens et non pas ces énigmes qu'elles conspuent comme autant de canular. Elles plèbicitent le plus mauvais, tant et si bien qu'on trouvent normal maintenant de le piller, c'est tellement subversif, en échangeant les médiocres copies du cabaret des célébrités saltimbanques qui leurs procurent tant de plaisir à voir, à entendre, et à collectionner des gadgets et des traces.
Les seuls places de marché fixeront-elles la valeur esthétique des œouvres ? Diront-elles le bon du mauvais, isoleront-elles les artistes comme le sont les grands couturiers qui se réduisent à une poignée de créateurs mégalomanes ? Ou bien des start-up spécialisées, organisées comme les cabinets d'architecture inventeront-ils l'esthétique du futur en répondant à des concours ?
On parie ?
Pendant la crise, les bureaux d'études fonctionnent toujours et la spéculation la moins hasardeuse fait florès. Pourquoi dès lors ne pas continuer à acquérir des objets d'arts si on croit au futur ? Un peu moins de tapage, c'est tout ce qu'il faut. Et prévoir pour plus tard, des rétrospectives pleines de nostalgie. Les souvenirs provoquent l'émotion sensible à la beauté.
De compte supprimé16
révolté | 08H41 | 29/10/2008 |
Le marché est une chose, la création une autre. Ils ne fonctionnent pas en suivant le même schéma, et c'est heureux.
Si on prend l'exemple de la Grande-Bretagne, l'explosion de l'art contemporain dans les années 90s avec l'émergence des Young British Artists n'est pas seulement le résultat de la conjonction d'efforts de galeristes, d'hommes d'affaires et de directeurs de musée. La dream team Jopling/Saatchi/Serota a surfé sur une génération d'artistes dont beaucoup ont commencé à créer lors des années de crise du thatchérisme dans les années 80s. Bien-sur, chacun est libre d'apprécier ou non le résultat de cette production artistique.
Nous aurons sans doute la chance d'ici une dizaine d'années d'éprouver une nouvelle fois l'effet puissant des crises sur la création artistique. Piètre consolation sans doute pour ceux qui vont payer durement les délires du capitalisme et du libéralisme économique.
Sarkozy aurait fait preuve d'originalité s'il avait annoncé un plan global de soutien à la culture. Dans les temps difficiles, l'activité artistique et culturel distrait mais surtout nous invite ou nous incite à changer de perspective sur notre environnement et sur le monde en général, ce dont nous avons tous besoin pour rebondir et réinventer nos vies malmenées par un système économique barbare. Mais j'oubliais que l'objectif du « maitre 70 » n'est autre que de préserver les intérêts qu'il fait sien de ses nombreux amis riches en capital. Un petit homme méprisant pour une méprisable petite ambition.
De zénon denon 84
Bonne | 09H38 | 31/10/2008 |
Merci Leo :
»
Un petit homme méprisant pour
une méprisable petite ambition … »
ah la culture sous sarko ! tout un poeme !
De cassino
Auteur | 17H13 | 31/10/2008 |
L'art contemporain n'est pas seulement considérée comme une valeur refuge pas la grande bourgeoisie, c'est aussi une arme de la lutte des classes. Le paysan ou l'ouvrier n'y pige en général rien du tout, alors montrer qu'on apprécie et comprend, vous démarque des gueux comme moi. Le problème est que lorsque la valeur marchande repose sur de tels critères, c'est comme la Bourse, un bon coup de vent et tout s'effondre.