24/04/2010 à 11h27

Le désuet « ramdam » bien parti pour rivaliser avec « buzz »

Yann Guégan | Avec les doigts http://bit.ly/I3TwYm Rue89


Capture d’écran de page « buzz » de Wikipédia

D’accord, les efforts des institutions pour inciter à la francisation de mots anglais passés dans le langage courant prêtent à sourire. La dernière tentative en date, celle d’Alain Joyandet, ne fait pas exception. C’est lui qui a lancé le challenger « ramdam » à l’assaut de l’omniprésent « buzz ».

Le secrétaire d’Etat à la Coopération et à la Francophonie a en effet eu l’idée d’organiser un concours pour inciter de jeunes francophones à inventer des mots destinés à remplacer des anglicismes utilisés couramment.

Eclat de rire général sur le Web, pas vraiment convaincu par le résultat. D’accord, on imagine mal les accros au tuning se mettre à parler du « bolidage » de leur R19 Chamade sur le parking d’Auchan. Ou Julien Martin organiser un chat avec un homme politique en lui demandant : « Dites, vous voudriez pas venir participer à un “eblabla” sur Rue89 ? »

Baladeur a résisté à walkman, ordinateur a écrasé computer

Mais toutes les tentatives de substituer une création bien française à un vocable anglais ne sont pas toujours vouées à l’échec : baladeur a bien résisté à walkman, ordinateur a écrasé computer, planche à voile a tenu bon face à windsurf, et micro-ondes a vite supplanté microwave.

J’ai l’impression que « ramdam » a ses chances. La première vague de moqueries passée, il s’est fait une place sur les blogs, dans les médias web ou à la radio. D’abord comme un clin d’œil un peu lourdingue au concours de Joyandet, avec des formules comme « le buzz, pardon, je devrais dire le ramdam », comme dans ce texte publié sur Planète Campus.

Mais petit à petit, le nouveau venu a fait son nid. Voici par exemple les quatre dernières utilisations de « ramdam » relevées par Google Actualités :

La partie est loin d’être gagnée : à l’heure où j’écris ces lignes, le même moteur de recherche recensait 2 432 occurences pour « buzz » contre seulement 274 pour « ramdam ». (Si vous connaissez des outils de mesure permettant des comparaisons dans le temps, je suis preneur.)

Impossible de dénombrer les sites dédiés au sacro-saint buzz

C’est vrai, « buzz », je m’en sers. Faute de mieux : je n’ai jamais aimé ce petit mot un peu neuneu, devenu en quelques mois une indigeste tarte à la crème. Impossible de dénombrer les sites dédiés au sacro-saint buzz : Chauffeur de buzz, Buzz moi ça ! , I Buzz You, Buzz and people, Nicobuzz, Buzzabeille, Buzz du Net, Buzzactu, Buzznews, My little Buzz, Culture-buzz...

Alors va pour « ramdam », sa fausse symétrie et son parfum désuet ! Ce ne serait pas le premier terme vieilli à retrouver une première jeunesse : les rappeurs français parlent de « daron » pour désigner un père, comme Céline dans « Mort à crédit », et disent parfois la « maille » pour l’argent, comme Balzac dans « Eugénie Grandet ».

Parmi les atouts, sa sonorité, qui vient en renforcer le sens : « ram-dam », c’est un petit roulement de tambour dans la bouche, c’est l’annonciateur d’une nouvelle qui va faire grand bruit. Ce n’est pourtant pas là qu’il faut chercher son origine, selon le Trésor de la langue française informatisé :

« Emprunté avec altération de la consonne finale, sans doute par assimilation à distance, à l’arabe [...] “ramadan”.

Le sens du mot en français vient du fait que l’aspect le plus caractéristique du ramadan, aux yeux de nombreux non-musulmans, soit l’intense et bruyante activité nocturne qui suit les journées de jeûne durant ce mois. »

Pour bouter un mot anglais hors du dictionnaire, le ministre compte donc sur un mot (presque) arabe...

Addendum le 26/4 à 13h08. L’érudite Catherine Ségal m’écrit pour me signaler que, si « LOL » est un film, « Ramdam » était une série télé :

« T’étais à peine né, mais en 1989, il y a eu une (assez calamiteuse) série télé française appelée “La Famille Ramdam”, censée, louable effort, montrer des “minorités visibles” à la téloche. Avec Mehdi (ex-“Belle et Sébastien”) dans le rôle principal, et comme scénariste... un dénommé Azouz Begag. »

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  • A déménagé le 8-10 2
    • Posté à 13h06 le 24/04/2010
    • Internaute 41917
      nc

    Quand le français était au summum (mot latin resté tel quel) du temps de Loulou 14, il francisait les mots étrangers en leur appliquant d’autorité ses propres règles orthographiques : voir boulingrin (de bowling green), redingote (de riding coat) ou ensuite paquebot (de packet boat). Il piétinait allègrement la graphie et le son, ainsi le duc de Buckingham était appelé Bouquinquant.

    Il peut très bien continuer à le faire (comme d’ailleurs l’espagnol, qui ne s’est pas gêné pour transformer foot-ball en futebol). C’est pour ça que j’utilise « gougler », « imèle » ou mel (pour éviter l’homonyme parfait « mèle »). Mel car gel, sel, tel, mais pas mél, car en français il n’existe pas de é suivi d’une consonne dans une syllabe finale (élu : oui, pas ét, él, én).

    Le français, pour survivre, doit éviter deux écueils : la momification, qui le figerait en langue morte, l’invasion, qui le ferait disparaître. Et si ça lui arrive (une langue, comme une civilisation comme un être vivant, est mortelle), c’est qu’elle n’aura pas su évoluer intelligemment. Inutile de vous dire que la situation actuelle de son enseignement et de sa pratique ne pousse pas à l’optimisme.

    PS Oui, « souk » est d’origine arabe. Comme « plouc » est d’origine bretonne. Nombre de mots uniquement péjoratifs sont d’origine étrangère ou provinciale. Jacobinisme quand tu nous tiens…

  • Lorraine-sg
    Lorraine-sg
    Chercheuse en informatique
    • Posté à 13h50 le 24/04/2010
    • Internaute 113014
      Chercheuse en informatique

    « Si vous connaissez des outils de mesure permettant des comparaisons dans le temps, je suis preneur. »
    Vous pouvez essayer le Chronologue de Jean Véronis (Lien) ou Google Trends (Lien).

  • neutron
    neutron répond à nanabel
    juriste
    • Posté à 15h57 le 24/04/2010
    • Expert 54951
      juriste

    La capacité d’une langue à inventer de nouveaux mots est paradoxalement un signe de pauvreté de la pensée.

    Je suis ni molière ni Shakespear, mais depuis que je travaille et que j’envoie des consultations juridiques à des clients français et à des clients anglais, je me suis aperçu à quel point ces deux langues fonctionnent différemment.

    On m’avait toujours dit que l’Anglais était (je vais essayer de pas me planter) synthétique alors que le Français était analytique (ou l’inverse).

    J’écoutais ça, un oeil sur ma montre, en attendant la fin du cours. Mais depuis que je pratique professionnellement, c’est une évidence : les Anglais ont un mot pour tout, alors que nous devons combiner ce que nous avons et faire des périphrases pour rendre compte des nuances, des nouveautés.

    A première vue, c’est un avantage pour l’Anglais. Mais je me suis rendu compte à la longue que la « pauvreté », en termes de nombre de mots, en Français nous oblige (quand on fait l’effort) à plus de transparence.

    En combinant comme on peut les éléments qu’on a, on rend malgré soi bien plus de nuances, ou du moins, on s’interroge malgré soi sur elles (pour mieux les cacher).

    Et c’est dans ce travail de construction que les règles complexes de la grammaire française se révèlent une aide indispensable.

    Je donne un exemple. Avec la crise, les Anglais (qui n’ont plus d’argent pour partir en voyage à l’étranger pendant les congés) ont inventé le mot « staycation » pour mélanger « vacation » et « to stay ».

    Et hop, un mot sympa et « trendy » en plus. Mais, si on veut rendre compte de la même chose en Français, comme on invente moins de mots, on est obligé de passer par des périphrases (« vacances à domicile ») qui sont moins attrayants certes, mais qui en même temps remettent les choses à leur place : le staycation c’est tout simplement le « j’ai plus de thunes donc je vais rester dans ma maison pourrie parce que j’ai pas d’autres choix ».

    Pareil, « buzzer », ça permet d’avoir à éviter de préciser si un « bruit » tiens plus de la « rumeur » ou du « scandale ». Bon alibi pour un journaliste qui transmets une info : « la photo qui fait buzzer sur Internet, selon laquelle Nicolas Sarkozy ferait des parties à trois avec Martine AUBRY ».

    Si on lui demande des comptes, le journaliste dira : « j’ai juste dit que ça buzzait, je n’ai pas dit que c’était vérifié ». Et le simple fait que ça « buzze » devient une info. Un peu trop facile je trouve.

    Bref, la pauvreté de la langue française est, paradoxalement, un atout. Et c’est peut être parce qu’elle oblige à dire les choses, qu’elle est la langue de la diplomatie.

    En plus, cette difficulté à créer de nouveaux mots, elle sert d’alerte quand certains essaient de nous faire passer des messages en douce. En effet, je lève un sourcil quand j’entends parler de « vidéo-protection » au lieu de « vidéo-surveillance », d’ « écocompatible » au lieu d’ « écologique », de « sûreté » en lieu et place de « sécurité » ...

  • brazz
    • Posté à 16h05 le 24/04/2010
    • Internaute 40271

    A mon sens, le problème est qu’au départ, les promoteurs d’une nouvelle technologie sont souvent anglophones ou anglophiles, et ne voient pas l’utilité d’un équivalent français du mot.
    Très souvent aussi -et excusez moi, messieurs les surdiplomés des grandes écoles, c’est à vous que je pense- ils sont, rançon de la spécialisation hative et à outrance, relativement ignares culturellement parlant (au fil du temps j’ai pu faire une assez belle collection de rencontres avec de purs produits des fleurons de nos écoles, me permettant de valider cela).
    Dans ces conditions, la recherche d’un équivalent français pour un mot désignant une nouvelle notion, représente un vrai travail et un effort que peu sont disposés à fournir, ayant bien entendu mieux à faire...
    Enfin, si les soit disant élites culturelles du pays avaient aussi le cul moins coincé et vivaient plus dans leur époque (voir leur attitude vis à vis de Wikipedia qui tranche par rapport à celle d’intellectuels d’autres pays !), donc à ce moment on pourrait peut être arriver à quelque chose.
    Du genre tout de suite assimiler chat et tchatche et tout le monde aurait compris ce mot « nationalisé ».
    Enfin, ce que j’en dis...

  • A déménagé le 6-2
    • Posté à 16h43 le 24/04/2010
    • Internaute 24833

    Buzz est supérieur à ramdam car il évoque le bzzzz de l’abeille, qui correspond tout à fait au sens qui lui est donné

    Ramdam évoque un autre type de bruit

  • A déménagé le 16-01-2012
    • Posté à 20h18 le 24/04/2010
    • Internaute 30191
      non connue

    Languedocienne,mi cévenole depuis 12 générations minimum, deux gds mères et arrières gds mères qui ne parlaient que l’occitan malgrè la défense qui en avait été faite à l’école,des mots jolis continuent à fleurir dans les conversations,lorsque on retrouve nos tantes, nos cousins, les anciens des villages ; et je suis sûre que chaque région a encore ces bulles qui remontent un peu, encore, à la surface ; nous disons ici encore quel boucan(ou boucanas qd on majore le terme) qui vient directement de bukane en grec qui est la trompette,passant ensuite par l’italie où il veut dire tumulte, quel raffut,d’origine gallo romaine,(anciennement ragu)quel estrambord,qques fois quel ramdam mais c’est d’emploi bcp plus récent,quel bruit aussi.tout simplement et je trouverais intéressant de faire des comparaisons avec d’autres régions.Dommage de se priver des mots qui meurent.
    Mais de grâce pas d’arguments sur l’identité nationale, la langue a évolué depuis des siècles, et c’est très sain, avec des mots étrangers revenus en France
    Buzzer =n.m (terme de radio)anglais
    Ramdam = vacarme en arabe
    La noise, qui est aussi du bruit,une querelle, est un mot anglais emprunté au français,mais chez nous n’a survécu que sous la forme chercher noise à qqun.
    Termes cités en 1996 dans le livre passionnant de Henriette Walter,professeur émérite de linguistique à l’université de Rennes : L’aventure des Mots Français venus d’ailleurs.
    Mais il faut nous laisser parler avec nos mots,de quel droit nous imposer un vocabulaire sur mesure ?

  • YoanChen
    YoanChen
    étudiant
    • Posté à 21h13 le 24/04/2010
    • Internaute 112838
      étudiant

    Pourquoi vouloir remplacer un terme qui est deja bien ancré dans le vocabulaire français ?
    quand des termes français affectent des langues étrangères, on content et quand on est « attaqué » par des termes étrangers, on n’est pas content.
    Pourquoi cette guerre des cultures ? de plus, le terme « ramdam “ est difficile à prononcer à première vue.