
Service minimum : un sondage qui pose bien la question
L'idée de ce blog vient d'un sondage qui a été publié il y a quelques années à propos du « grand retour » des blouses à l'école. Un chiffre se promenait de journal en journal, parmi les plus sérieux, sur le nombre incroyable de parents d'élèves qui souhaitaient un retour de la blouse à l'école.
En regardant les petites astérisques, on s'apercevait que l'étude venait d'une association de parents d'élèves tendance catholiques, et tendance école privée, étude qu'elle avait menée auprès de ses adhérents ! Parlez d'un échantillon représentatif. Voilà qui s'apparente plus au vote de paille qu'au sondage. Faites-moi penser à vous parler du vote de paille un de ces jours.
Voilà qui nous amène au thème du jour : le biais introduit dans la neutralité d'un sondage par l'information donnée aux personnes interrogées avant de leur poser une question
« Maintenant que tu me le dis, ça me revient »
Commençons donc avec un sujet tout récent et très familier : la grève des transports. Ce que pensent les Français de la mise en place du service minimum le jour de la grève du 22 mai a fait l'objet d'un sondage Ifop pour le journal Métro, annoncé sur la page d'accueil du site de l'Ifop.
Ce sondage nous dit que « 54% des usagers des transports en commun estiment que la première application concrète du service minimum a permis d'améliorer la qualité de services, 33% ne voyant pas de changement par rapport aux autres jours de grèves et 13% un service d'une moins bonne qualité ».
Voyez plutôt la question posée :
| Vous savez que les dispositions de la loi sur le service minimum en cas de grève ont été appliquées hier dans les transports en commun et à la SNCF. Diriez-vous que le service assuré par les transports en commun ou la SNCF lors de cette journée de grève était… ? | |
| De meilleure qualité que lors des autres jours de grève | 54% |
| De moins bonne qualité que lors des autres jours de grève | 13% |
| Vous n'avez pas perçu de changement par rapport aux autres jours de grève | 33% |
La question du changement perçu de la qualité du service est posée juste après l'affirmation « Vous savez que les dispositions etc… » Or, rien ne permet de connaître la proportion de l'échantillon qui était au courant de la mise en application de cette loi. Donc on apporte à certaines personnes, à travers cette affirmation, une information nouvelle qui peut changer leur perception.
Quand bien même une majorité l'aurait su avant l'interview (ce dont je doute), le fait même de lier aussi directement la mise en application du service minimum avec la qualité de service ressentie transforme une simple question de perception (= « j'ai le sentiment que ça roulait mieux, moins bien ou pareil que les autres jours de galère ») en une question politique du genre pour ou contre le service minimum : si je suis pour la loi, j'ai un peu envie de trouver que « oui, finalement on était un peu moins compressés dans le RER, maintenant que tu me le dis, ça me revient ».
Et si je suis contre, ça m'est facile de dire que je n'ai pas perçu de changement. C'est si ténu, un changement. Et puis les grèves ne sont pas toutes pareilles. Donc, je vois à peu près ce que les gens pensent de la disposition service minimum.
Enfin… quand on les plonge dans le souvenir de leur tout récent trajet. Parce que si on leur parlait de leur job à eux, ce serait peut-être encore une autre histoire. Mais comment les voyageurs ont-ils vraiment ressenti leur journée ? Le mystère reste… insondable.
Préfères-tu être riche et bien portant que pauvre et mal foutu ?
Dans le même ordre d'idées, Ipsos nous apprend que trois quarts des internautes sont favorables à la nouvelle loi contre le téléchargement illégal, et que le deuxième avertissement dissuaderait 88% des pirates autoproclamés.
Là encore, la question a été posée en instillant préalablement une information que les sondés ne connaissaient pas forcément : la loi actuelle.
« Aujourd'hui, un internaute qui télécharge illégalement de la musique sur Internet risque une condamnation pénale pouvant aller jusqu'à 3 ans de prison et 300 000 euros d'amende. A la place, un nouveau projet de loi prévoit que l'internaute qui télécharge illégalement recevrait un avertissement par mail dans un premier temps puis un deuxième avertissement par lettre recommandée s'il continue. Enfin, s'il persiste encore, il encourra une suspension temporaire de son abonnement Internet.
“Personnellement, êtes-vous tout à fait, plutôt, plutôt pas ou pas du tout favorable à ce projet de loi ? ‘
Le plus épatant, c'est qu'il y en ait encore 26% qui devant une telle alternative, préfèrent la prison ! J'allais oublier : le client de l'étude, c'est la Société civile des producteurs phonographiques (SCPP)…
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De Ficusforever
10H06 | 05/06/2008 |
Une de mes questions préférées (vécue, évidemment) : « faites-vous confiance à ce gouvernement pour baisser les impôts ? »
Comment peut-on répondre de manière complète et honnête à cette question ?
« oui, je lui fais confiance, il va baisser l'ISF »,
« non, je lui fais pas confiance, il va baisser l'ISF ».
La question à deux questions : c'est l'arme la plus redoutable des sondeurs ; on ignore à laquelle des questions se destine la réponse.
Magique, non ?
à Ficusforever
De Docteur Panel
(auteur)
Sondologue | 19H13 | 05/06/2008 |
Merci Ficusforever, voilà un bel exemple d'entorse caractérisée à la règle de l'univocité de la question !
Parfois c'est de la manipulation, parfois c'est juste de l'incompétence. Arme tout aussi redoutable j'en conviens…
De jlcheche
10H07 | 05/06/2008 |
Il faudrait faire un sondage pour évaluer le nombre de personnes qui, comme moi, n'ont jamais été sondées.
De pauvre caissiere
caissiere supermarche | 15H52 | 05/06/2008 |
jp la question serait plutot ;
etes vous prets tous a travailler le dimanche ? au lieu de venir vous promener dans les magasins et obliger le personnel a travaille comme volontaire designe d office
De raleuse13
idéaliste ? oui ! j'assume ! | 18H13 | 05/06/2008 |
Moi, je voudrais remercier le sondage qui m'a fait connaitre RUE 89 en le citant comme source d'informations possible : -)
Et qu'on explique aux étudiants qu'il ne faut pas dire :
- vous N'auriez PAS une petite pièce, pour que je puisse téléphoner ?
mais :
- auriez vous une pièce, pour que je puisse téléphoner ?
A aspect, tenue, diction égales, la seconde formulation entraine statistiquement beaucoup plus de OUI !
Parce que la ou les négations contenues dans la question entrainent un non, quasiment d'office ; c'est valable aussi dans la vie de tous les jours : -)
De Elleif
19H39 | 05/06/2008 |
C'est en l'attente, vaine, des résultats d'un sondage de l'institut Goebels/Pétain, que le Général de Gaulle s'est risqué, le 18 juin 1940, à lancer un Appel à la Résistance de tous les Français. L'inconscient ! Cet homme ne réussira jamais en politique.