"Time", du Coréen Kim Ki-duk, ou la saga du bistouri

Time, de Kim Ki-duk (DR).

Fin de l’autisme bohème du cinéaste sud-coréen Kim Ki-duk qui, tel un peintre voué à la solitude, avait jusque-là vécu dans les nuages, refusant obstinément les contingences du monde moderne.

Désormais, des Monsieur et Madame Tout le Monde plutôt très bavards, perdus au sein d’une mégalopole grouillante, assumant pleinement leur désir, leur méchanceté, leur naïveté, leurs travers, s’agacent du temps qui passe, se révoltent et n’attendent plus que le retour de l’être cher, patiemment.

S’il soulève des questions existentielles sur l’amour, le temps qui passe et l’use, sur l’être et le paraître, ce dernier opus de Ki-duk n’apporte cependant pas de réponse acceptable, en ce qu’il se construit autour de paris et de propos presque perdus d’avance : chirurgie esthétique du visage subie par la femme pour reconquérir l’homme qu’elle aime, problèmes d’identité poussés à l’extrême , sadomasochisme absurde… Ainsi se résument les composantes majeures de ce drame conjugal aux élans surnaturels un brin grotesques, de cette esquisse statique et elliptique du monde d’aujourd’hui.

On espère que c’est son statut de "treizième" film sur la liste du prolixe cinéaste qui l’aura desservi et qu’il sera vite oublié grâce à "Souffle", attendu dans les salles cet automne.

Time, un film de Kim Ki-duk, avec Sung Hyun-Ah, Ha Jung-Woo… Sorti mercredi.


En notant les commentaires pour leur pertinence, vous en facilitez la lecture. Les moins bien notés se replient d'eux-même mais peuvent s'ouvrir d'un clic. Pour pouvoir commenter et noter, merci de vous inscrire. Les commentaires sont fermés après sept jours. Pour en savoir plus, lire la charte des commentaires.

 
dominique bourzeix | internaute
17H22 11/08/2007

Sauf le respect du à Ella Marder, cette critique me parait un peu courte. Je ne connais pas bien la filmographie de KKD mais que je sache « Locataires » par exemple affronte avec acuité les »contingences du monde moderne », de même que « the isle » à sa manière.Et quand bien même son univers cinématographique était cela, solitude et nuages, si c’est de « Printemps, été,… » dont il s’agit, j’en redemande.

« Time » est une variation sur cette question qui traverse aussi les films que j’ai cité, à savoir comment aimé et comment être aimé. Egalement présente l’obsession de l’autre, insupportable miroir quand il est là comme quand il ne l’est pas. Il faut approcher ce film pour ce qu’il est, un conte mélodramatique,sans en attendre de réponse particulière (d’ailleurs, les films sont-ils là pour nous apporter des réponses?). On peut ne pas être sensible au climax onirique dont sont empruntes certaines séquences; de même on peut reprocher à KKD de négliger parfois les rôles secondaires. Il n’en reste pas moins que « Time » est un film au ton original, filmé et monté avec rigueur, qui rappelle parfois l’univers de Kitani (hana-bi ou dolls). A noter la séquence de l’accident à la fin du film qui fait écho,à 45 ans de distance, à celle du Mépris.