
« Mon meilleur ennemi » ou la face cachée de Klaus Barbie

Après une remarquable fiction-portrait du dictateur Ougandais Idi Amin Dada qui valut à Forest Whitaker, « Dernier Roi d'Ecosse », l'oscar du meilleur acteur l'année dernière, Kevin MacDonald revient au documentaire. Genre dans lequel il excelle. En ayant déjà réalisé une dizaine autour de personnages marquants, comme Howard Hawks, Mick Jagger, Charlie Chaplin ou d'événements tels que la prise d'otages des Jeux de Munich (« Un jour en septembre », 1999), il s'intéresse cette fois à l'un des pires criminels du XXe siècle, le bourreau nazi Klaus Barbie.
Retraçant succinctement la prime jeunesse et l'incorporation dans l'armée hitlérienne de celui qu'on a surnommé le « Boucher de Lyon », « Mon meilleur ennemi » évoque ses exactions lyonnaises contre la Résistance et Jean Moulin, avant de se focaliser plus longuement sur l'après-guerre et sa reconversion dans les interrogatoires et tortures en Amérique latine, sa terre d'adoption. Jusqu'à son procès pour crimes de guerre, en 1987.
A l'aide de témoignages de victimes, de personnalités telles que Robert Badinter, Jacques Vergès ou encore d'hommes politiques (le ministre bolivien de l'Intérieur de 1983 Gustavo Sanchez), ou d'anciens membres de la CIA, le réalisateur met en lumière un pan d'Histoire resté peu étudié jusqu'alors.
Si le portrait de l'homme se veut plutôt objectif (seuls quelques enregistrements audio du bourreau, deux interviews et le procès) et le traitement de son parcours assez conventionnel, il est toutefois brossé avec minutie et parvient à rendre compte avec justesse des crimes de Klaus Barbie.
Complément parfait au dernier film de Barbet Schroeder sur Vergès, « l'Avocat de la terreur, sorti en juin, le réquisitoire est implacable. Le réalisateur :
“A travers ce portrait, je voulais montrer aux gens à quel point les gouvernements étaient amoraux et pragmatiques. A quel point la propagande sentimentale, qui passe souvent pour de l'Histoire, n'est rien d'autre que de la propagande accommodante.”
Grâce à un rythme de montage autour de cette succession de faits finalement peu connus qui pourrait s'apparenter par moments à celui, plus nerveux, de la fiction et avec l'appui d'une musique efficace par son décalage, la démonstration est d'une indéniable qualité.
► Mon meilleur ennemi de Kevin MacDonald, sorti le 7 novembre (1h30).
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De
13H53 | 07/11/2007 |
C'est sans doute très bien, mais je crois que pour faire de l'histoire rien ne vaut de regarder le procès filmé de Barbie - même s'il ne concerne qu'un aspect de son « oeuvre ».
De paco
14H49 | 07/11/2007 |
Un procès, c'est une vérité, mais la justice n'est pas là pour écrire l'histoire. Alors le procès Barbie est un document historique (un peu plus long à regarder, cependant, que ce documentaire). Ayant vu « le dernier roi d'Ecosse », j'ai un a priori favorable. A confirmer…
De
14H51 | 07/11/2007 |
c'est exactement le contraire de ce qu'il convient de faire !
Comment peut-on comprendre quelque chose d'aussi complexe en n'éclairant qu'un angle ? Comment approcher la vérité si on « oublie » (ou occulte ? ) toute une parie de l'Histoire ?
De Alain Provist
20H19 | 09/11/2007 |
J'ai vu le film en avant-première et je peux confirmer que c'est un document fort bien fait et très utile car il met en perspective le parcours de Barbie dans sa continuité. On connaissait « le boucher de Lyon » et l'exilé d'Amérique latine (Klaus Altman -osant prendre un nom juif ! ) mais on ignorait qu'il avait été exfiltré et recruté par les Etats-Unis en 1945 (comme beaucoup d'officiers nazis)pour fournir des renseignements contre les russes puis plus tard pour « conseiller » les militaires anti-communistes d'Amérique latine, qu'il projetait même de fonder un 4e reich dans les Andes et qu'il était à la tête d'une compagnie maritime (dans un état n'ayant aucune frontière maritime)… des moments forts dans le film : Barbie en visite à Paris qui va mettre des fleurs au Panthéon sur la tombe de Jean Moulin (quelle impudence ! ), sa fille se plaignant que le surnom de son père « le boucher de Lyon » fait du tort aux… bouchers de Lyon, les arguties rhétoriques nauséabondes de Vergès qui pour se faire remarquer dilue la responsabilité de Barbie dans des parallèles douteux, les témoignages poignants évidemment des témoins au procès Barbie. La mémoire collective, malheureusement s'efface vite. Pour les jeunes générations le nom de Barbie évoque tout autre chose que les enfants d'Ysieu. Il est bon de rappeler les choses et de prendre date pour éviter que… si l'on peut éviter que…
De
14H50 | 07/11/2007 |
Je crois qu'il vaut mieux voilr le documentaire avant de juger …
De
15H46 | 07/11/2007 |
ce cher klaus, je suis heureux de savoir que les usa n'ont pas manquer de lui fournir un boulot au vu des ces competences notoire de la race humaine ! une fois de plus cela prouve que cest ni ni un pb avec le 3 e reich ni avec untel ou untel, de tout temps les bourreaux et les criminels ont servi ces pays,ami un jour, ennemi un autre, quel qu'il soit et cela n'est pas pret de changer …. c'est la race humaine, alors quand j'entends des gens condamner les genocides etc, bien sur il faut le faire mais je n'en voit aucune utilité car cela recommence a chaque fois ! come si l'humain voulait et se devait de ne pas oublier mais bon, ca se reproduit donc l'utilité je dirais est utile tant que ceux qui ont vecus les evenements ensuite ca tombe ds lhistoire les temoins ne sont plus la et la machine matrix reboote et le reloaded se fait a nouveau ! c'est sans espoir !
De
00H09 | 08/11/2007 |
23H46 07/11/2007
Bravo pour votre réponse. Je ne parviens pas à comprendre pourquoi tant de « gauchistes “ idolâtrent
les palestiniens.
J'ai quelques doutes mais aucune certitude…
De
10H17 | 08/11/2007 |
post 00H09
Ca me fatigue de lire que les « gauchistes » idolàtrent » les Palestiniens, je ne suis pas juif, mais j'espère une paix durable pour l'Etat d'Israël ainsi que pour l'Etat de La Palestine ! n'est ce pas votre voeu ?
J'ai des amis Juifs qui votent aussi bien à droite qu'à gauche, et qui ne réduisent pas ce problème très complexe, à des querelles telle que vous l'entendez !
C'est certainement plus difficile de construire la PAIX, que de déclarer la GUERRE ! ! !
PS : à ce sujet, je préfère entendre des propos de Rony Braumann, que d'Alain Finkielkraut !
De
15H48 | 08/11/2007 |
Ma « réponse » est enterrrée…vive la presse. On se croirait…en Palestine. Pardon, je voulais dire…en Tunisie…
Mesdames et Messieurs de Rue89 : C'est pas la peine de plaider pour d'autres causes quand on applique soi même une « politique » de censure.
Qu'est-ce que je perds mon temps donc à donner des opinions qui rapido, disparaissent.
Ma conclusion : je disparais aussi.
De Arnaud Aubron
Rue89 | 18H46 | 08/11/2007 |
Qu'aviez-vous bien pu écrire qui ait mérité censure ? Vous n'en avez pas la moindre idée ? Nous ne supprimons que les commentaires diffamatoires, racistes ou totalement hors-sujet.
De
19H19 | 07/11/2007 |
Pourriez-vous éviter les injures ? N'aimeriez-vous pas penser, plutôt qu'invectiver ? Si le propos que vous incriminez est évidemment faux, en quoi porte-t-il atteinte à la mémoire des américains qui ont libéré la France et l'Europe ? N'avez vous pas entendu parler des nazis « réutilisés » dans les services secrets ocidentaux dans l'immédiat après-guerre ? On peut trouver des références sur ce sujet : en avez vous besoin ?
De
19H33 | 07/11/2007 |
Par Courageux anonyme 19H19 07/11/2007
de dire :
« à savoir que les nazis ont toujours été, depuis le début, et seront toujours, les protégés de ceux qui dirigent les usa ? »
je trouve cette phrase oui, tres insultante pr la memoire des soldats us mort pr la france le monde !
les nazis n'ont ps été depuis l'origine proche des usa ! ce sont plutot les musulmans qui l'ont ete si on veut faire une reference ! le grand mufti a soutenu hitler des le depart et mm staline jusqu'en 41, puisquil voulait se partage avec adolf la pologne notamment, staline a soutenu hitler ! alors arettez vos insultes et regardez aussi le nombre de juifs qui sont parti en camp en russie sous staline ! y a des balles qui se perdent je trouve par l'infamie des propos !
****que les usa ait pu utiliser des nazis a la fin de la guerre on le sait tres bien, et ceci etait pour lutter contre les russes et la guerre froide, les nazis etait tres bien renseigné ! on sait aussi que cest grace a un nazi « Von Braun » que les usa sont alles sur la lune, va t'on dire que cela n'a jamais rendu service a l'avancee technologique ds le monde, car c'est grace ou a cause d'un nazi qu'on a pu aller sur la lune ? cest sur que c'est pas grace a « mahomet le pedophile » qu'on y est alle en tout cas ! la avec lui on reculte de 2000a minimum ! ************
De
22H18 | 07/11/2007 |
encore un qui a séché les cours d'Histoire et s'est contenté de ce qu'on a bien voulu lui dire.
lisez l'histoire des familles Bush et Kennedy « entre autre » pou comprendre les liens qui existaient entre nationaux socilaistes et Etats-Unis.
De
10H32 | 09/11/2007 |
Vous avez raison de mentionner l'antisémitisme stalinien et le pacte germano-soviétique.
En revanche quand vous parlez de « balles qui se perdent », vos propos ressemblent fort à ceux dont vous dénoncez l'infamie.Même remarque à propos de ce que vous écrivez sur Mahomet : ne trouvez vous pas votre phrase insultante à l'égard des musulmans morts pour la France au cours de la seconde guerre mondiale ?
De
19H52 | 07/11/2007 |
En effet, très bon documentaire.
Le plus hallucinant c'est les anciens des services secrets américains qui disent qu'ils ont travaillé avec lui, qu'il savait bien torturer les communistes…
Sidérant de voir à quel point certains criminels de guerre nazis ont pu être employés par les USA, puis par les dictatures d'extrême droite d'Amérique du Sud (on retrouve des nazis chez Pinochet).
De
22H23 | 07/11/2007 |
n'oubliz pas les soviétiques qui, eux aussi, on récupéré des natinaux socialistes (Grande Bretagne et France dans une moindre mesure en ont fait autant)
De
20H59 | 07/11/2007 |
D'autres employeurs de nazis :
http://165452.aceboard.net/165452-3029-7160-0-Liste-nazis-ayant-travaill…
De
21H08 | 07/11/2007 |
Pas que les USA…
http://aval31.free.fr/texteracines/1967.htm
De paco
23H08 | 07/11/2007 |
merci pour le lien : c'est un excellent exemple d'instrumentalisation et de caricature de l'histoire. Pour ceux qui voudraient une réflexion solide et sérieuse sur les causes du conflit israélo-palestinien, mieux vaut lire « la guerre de 1948 en Palestine », d'Ilan Pappé. Et pour les rapports entre Israël et l'antisémitisme nazi, le livre de Tom Segev, « le septième million », est un grand livre.
De
01H20 | 08/11/2007 |
paco 23H08 07/11/2007
Merci. C'est noté.
Je recommande ce livre :
» Le Croissant et la Croix gammée « , par
Roger Faligot & Rémi Kauffer (Albin Michel).
De Peter Pan
06H32 | 08/11/2007 |
si on se penche bien, il y a forcément des aspects positifs dans l'oeuvre de Barbie, non ?
heureusement pour lui et ses victimes, il n'a pas croisé la route de Dany Baz et de sa bande de vengeurs privés et a pu avoir un procès et être condamné pour crime contre l'Humanité
De François Doutriaux
Juriste et enseignant chercheur | 11H13 | 08/11/2007 |
Quelques petites précisions historiques quant au HS qui se développe dans cette suite de commentaires :
ITT, l'une des principales firmes américaines de l'époque, noue des le 4 août 1933 de fructueux rapports économique avec le régime nazi, et va acquérir en 1938 30% de la Focke Wulf, qui fabrique des bombardiers pour la luftwaffe. Son PDG - Sosthenes Behn - entretiendra des rapports personnels fructueux avec le chancelier Hitler, sans jamais évoquer le sort des employés juifs. Elle obtiendra que ses filiales soient considérées comme allemandes afin d'éviter les mesures relatives aux biens étrangers.
En décembre 1936, l'amabassadeur américain, WIlliam Dodd, signale qu'une « clique d'industriels américains est diablement attirée par la création d'un état fascite qui supplanterait notre démocratie et qui travaillerait étroitement avec les régimes fascistes allemands et italiens […]le dirigeant de l'un de nos plus grand organismes financiers est prêt à installer le fascisme en amérique si le président Roosvelet continue sa politique progressiste, notamment en matière sociale ».
James Mooney, vice-président de Général Motors, Thomas Watson, président d'IBM, et CHarles Lindbergh, candidat aux élections présidentielles américaines, sont des amis du reich et seront décoré par Hitler en personne en 1938 de l'ordre allemand de l'aigle. Thomas Watson évoquera dés 1937 que le monde devrait accorder « une compréhension sympathique au peuple allemand et à ses objectifs sous la conduite d'adolf Hitler ». IBM écrira - par le biais de sa filière allemande Dehomag - dans la revue de statistique allemande : « nous nous attaquons actuellement à de nombreux problémes […] de nature idéologique. L'un de ces problémes est celui de la politique raciale, et il a grand besoin d'un éclairage statistique ». C'est ainsi la firme américaine qui effectuera en grande partie le tri statistique entre juifs et non juifs au sein du reich.
Henri Ford accuse les juifs d'avoir délenché la grande guerre et achéte dés 1920 le Dearborn independant, qui lui fournira une tribune contre la « juiverie internationale ». Ford produira 90% des half tracks et 70% ds camions utilisés par la wermarcht au cours de la guerre, ainsi que les moteurs de nombreux avions de combat (notamment les Messerschmidts). Il sera en contact régulier avec le gouvernement nazi, et fêtera en compagnie des diigeants d'IBM, de Général Motors, de Kodak et bien d'autres la victoire de l'allemagne sur la France par un dîner de gala au Waldorf Astoria le 26 juin 1940. Tout ce beau monde s'efforçera pendant des mois d'obliger le gouvernement américain à couper les vivres à l'angleterre.
Entre 1393 et 1945, 8 milliards de dollars de l'époque sont investis (dix fois plus que le budget militaire du réarmement français entre 1936 et 1939 ! ) par les firmes américaines dans l'économie du reich. Ben Smith, opérateur de Wall Street, rencontrera par ailleurs Goering à Vichy et lui versera une somme extrêmement importante pour soutenir l'effort militaire allemand, en provenance d'industriels et de financiers américains sympathisant du reich.
Dés 1934, la Standart Oil américaine fournit au régime nazi l'essence qui lui est indispensable sur le plan militaire et constituera l'un des enjeux majeurs de sa politique expensionniste. Elle va jusqu'à freiner la recherche américaine en matière de caoutchouc synthétique (indispensable notamment pour les trains de roulement des chars et les avions de combats) afin de favoriser sa filiale (IG Farben) allemande. En 1941, elle est attaquée par une comission parlementaire dirigée par le futur président Truman à qui on demandera si les conventions entre la Standart Oil et IG farben relévent de la haute trhasion. Il répondra : « Oui, bien sûr, que voulez-vous que ce soit ? ».
En 1946, ITT sera poursuivie devant la justice américaine, affaire classé sans suite en dépît de nombreux témoignages accablants. Elle obtiendra même en 1967 27 millions de dollars du gouvernement américain pour les dommages subis par ses usines (notamment d'armement ! )du fait des bombardement alliés. Général Motors obtiendra 33 millions de dollars pour les mêmes motifs. Ford 1 millions de dollars et 38 millions de francs du gouvernement français.
En 1947, le chef de l'Economic Warfare Section du ministère de la justice démissionnait en précisant que ce n'étaient pas des hommes d'affaire allemands mais américains qui les avaient tenus en échec au cours du conflit.
Tout cela n'évoque bien entendu pas les complicités politiques, les échanges financiers colossaux via des pays tiers (notamment la suisse), le double jeu des grandes familles et des industriels américains qui vont simultanément fournir armes et équipement à tous les belligérants, la connaissance (et la passivité totale) des autorités américains quant à l'existence de la politique concentrationnaire nazie dés 1942, l'exploitation des nazis et de leurs scientifiques dans le cadre de la guerre froide, etc..
Comme le disait Anatole France à propos du chemin des dames : « on croit mourrir pour la patrie et on meurt pour des industriels ».
Le débat quant à la responsabilité des américains dans le second conflit mondial et aussi vaste que complexe. Il n'intéresse guère les historiens contemporains. Il mérite mieux, cependant, que des prénotions idéologiques.
à François Doutriaux
De
13H02 | 08/11/2007 |
merci infiniment pour ces precisions passionnantes, qui relativisent grandement toutes mes -maigres- connaissances de cette periode.
Il me semble totalement incroyable de n'avoir JAMAIS entendu un mot a ce sujet, ni a l'ecole, ni dans aucun documentaire, je suppose qu'il est tellement plus profitable pour tous les partis de considerer cette guerre comme un conflit bien/mal, et je repense en souriant (jaune) a la reaction outree des etats unis lors de notre refus de participer a la guerre d » Irak « nous vous avons sauve, voila comment vous nous remerciez »…