
« La Visite de la fanfare » : une fable joliment grinçante

C'est par un long plan quasi photographique que s'ouvre le premier film de cinéma d'Eran Kolirin, « La Visite de la fanfare ». Assez immédiatement, on pense aux couleurs brutes et vives des clichés de Martin Parr, l'anglais (socio-documentariste) qui fige ses compatriotes et prochains avec humour et causticité.
Les uniformes bleu pétard en ouverture sont ceux qu'arborent fièrement les musiciens d'une petite fanfare de la police égyptienne, expédiés en Israël pour l'inauguration d'un centre cuturel arabe.
La fixité du plan, ensuite, traduit les drôles de circonstances : personne ne semble finalement être venu accueillir le groupe ; on l'a oublié. Une anecdote véridique, vaguement historique, qui aurait été oubliée si Kolirin ne s'en était saisi pour fabriquer ici une très belle fable comico-humaniste sur les relations naissantes entre Israéliens et Egyptiens.
Un moment d'apesanteur dans un coin du monde en guerre perpétuelle
Comment le modeste petit orchestre égyptien désorienté trouverait-il, sinon une issue, du moins une route dans un pays sinon impénétrable, du moins indéchiffrable ? Comment ne se perdrait-il pas dans une ville oubliée du monde, presque déserte et portant, à une lettre près - la première - le nom de celle où il était attendu ? Comment pourrait-il se retenir de demander, pour apaiser sa faim un peu de pain blanc à la sublime, brune, et généreuse propriétaire du petit café-restaurant, Dina ? Enfin, comment celle-ci ne proposerait-elle pas aux musiciens de les héberger jusqu'au bus du petit matin, quand ils ne leur reste que de la monnaie égyptienne et qu'ils n'ont nulle part où aller ? Pour raconter ce moment d'apesanteur dans un coin du monde en guerre perpétuelle, pour rendre une histoire d'amour entre deux êtres qui n'auraient pas dû se rencontrer, entre deux peuples qui n'auraient pas dû se séparer, le scénario distille habilement la folie douce, le décalage amusé d'un burlesque oriental, souvent proche de celui d'Elia Suleiman.
Mais derrière la beauté des corps qui se meuvent, les paysages sont hostiles. Sous les langueurs, les silences, la fixité, les regards, la sensualité et la sexualité patentes affleure une part plus obscure de ce cinéma de l'absurde, qui problématise, interroge, et grince au-delà du rire.
« Je ne suis pas attirée par des rôles sans grande signification »
Campé par l'électrique actrice Ronit Elkabetz (« Alila » d'Amos Gitaï en 2003, « Prendre Femme » en 2005), le personnage de Dina fait tenir ensemble la petite et la grande Histoire, la cuisine et l'amour, une pièce d'une maison et le monde.
Venue d'Israël et tout aussi passionnée, habitée, exigeante que la Dina qu'elle incarne ici, la comédienne ne peut d'ailleurs pas se résoudre à l'idée d'un cinéma de pur divertissement :
« Je ne suis pas attirée par des rôles sans grande signification. Je n'aime pas jouer pour jouer, mais plutôt trouver des chemins plus mystérieux, plus profonds afin de parler de ce qui me semble important. »
A travers les rôles qu'on lui offre, elle veut raconter « des choses essentielles, être militante ». Parce que ce métier, confie-t-elle, lui a « sauvé la vie » : devenir actrice lui a appris à s'exprimer sans chercher à l'extérieur, à travailler avec ses émotions, ses intuitions, son savoir, et une mémoire collective accumulée, aussi.
Sous les apparences d'une merveilleuse simplicité se dessinent la vision et le parti-pris engagés d'un cinéaste prometteur dont le premier long, champion des festivals (Cannes, Munich, Athènes, Jérusalem, Sarajevo…), fait l'unanimité absolue.
► La Visite de la fanfare, d'Eran Kolirin - avec Roni Elkabetz, Sasson Gabai, Saleh Bakri… - France-Israël - 1h26 - bande annonce.

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De Albin journalier
15H16 | 21/12/2007 |
Paraphrase, antiphrase…
Je suis attiré par des rôles sans grande signification. J'aime jouer pour jouer, sans chercher des chemins mystérieux ou profonds, j'aime parler, j'aime écrire sur ce qui me semble sans importance. »
Albin, http://albertbin.blogspot.com/
De Pooloxanosasdai
16H17 | 21/12/2007 |
Une grande actrice, j'adore Ronit Elkabetz et comme d'habitude elle est grandiose, dans un film qui pour moi est un des meilleurs de l'année. Un film plein d'humour et d'humanité. Un film que j'ai vu au mois de juin et dont je peux me souvenir sans problème ne peux être qu'un bon film. On devrait toujours dire si on a aimé un film seulement quelques mois aprés l'avoir vu, pour vraiment savoir ce qu'on en a pensé, or de toute actualité ou promo…
De STEFFEN Louis
ancien enseignant réformateur | 17H55 | 21/12/2007 |
A Ludres (54. banlieue de Nancy)le ciné-cité (UGC)le plus rentable de France, le film n'est même pas programmé. En revanche on a droit à une avalanche de « comédies » à la Française (beuhrk ! ) et de films « d'action » américains. Vive la politique cinématographique française qui préserve « la qualité ».
à STEFFEN Louis
De Pooloxanosasdai
18H54 | 21/12/2007 |
Il est toujours possible de faire quelques kilomètres et d'aller che Mr Humbert, qui passe le film.
De GASTAUD
photographe | 13H42 | 22/12/2007 |
Il est exact que les cadrages de ce film, sont tres photographiques. En revanche,c'est une erreur de les comparer au travail de Martin PARR. Nous sommes plus proche de stephen SHORE.
Mais « 'La visite de la fanfare' » aurait pu devenir un tres grand film, si le/les scenariste(s) n'avai(en)t pas « 'retenu' » les personnages a une trop grande reserve. ils sont au bord de la piscine, helas ils ne plongent pas !
C'est juste un bon film.
De clomani14
Paris | 16H38 | 25/12/2007 |
En plongeant, on éclabousse… ici, en effet, on se retient… parce qu'on ne connaît pas l'« autre »… il s'agit tout simplement de montrer la pudeur d'une culture face à l'impudeur d'une autre, la difficulté de tout ce que l'on a mis dans la tête de chacun, de chaque côté de la frontière. Pas de frontière visible, dans ce magnifique film… que des points d'interrogation qui représentent cette frontière. Elle est franchie de temps en temps, par les protagonistes, par hasard, parce que ce ne sont que des hommes, ou perdus dans un endroit loin de chez eux, ou perdus dans un bled où il ne se passe rien. Et ils la franchissent en « retenue » justement. Foin des grandes démonstrations dégoulinantes US, foin des ricanements français sur le ridicule. Ici, les silences, les regards, quelques notes de musique parlent. Les hommes et les femmes, eux, essaient de comprendre, de se comprendre.
Excellent film. Je m'en souviendrai… comme de celui d'Elia Suleimann (auquel j'ai pensé souvent en voyant « le voyage de la fanfare »). J'aime ce sens de l'absurde cultivé par les Moyens Orientaux.