
« Vaudeville » et « La Terre abandonnée », pépites du mois
Ici, l'amant, voltigeur comme il se doit, las de sa condition et du costume d'homme d'un soir. Là, le mari, grincheux et sympathique, qui se complet dans un spleen à l'aube de ses 40 ans, dont vingt passés dans le même lit. Au milieu, la femme, sentimentale mais décidée, élégante sans excès, va et vient dans la vie de ces hommes perdus, semés par leur aspirations sexuelles et carrières miteuses.
Le décor : Paris et ses grands magasins. La recette : des dialogues kitchs et savoureux, caustiques, mais sans ironie. Tout cela filmé comme un film noir américain des années 50, cages d'escaliers et plans-séquences à l'appui.
Vingt-deux ans après sa réalisation, Opening exhume ce petit bijou de Jean Marboeuf, » Vaudeville » . Un film grinçant et léger, prix George Beauregard 1985, où l'existentialisme prend un tour tragi-comique, superbement servi par un Guy Marchand en grande forme.
Autre univers, autre merveille du mois, » La Terre abandonnée » , de Vimukthi Jayasundara. Un premier long métrage, pour une première plongé dans le paysage et la société fantomatique du Sri Lanka. Une demi-douzaine de personnages, une famille, un terre laissée à l'abandon. Des soldats qui s'ennuient, entre deux exactions. Un enfant, qui apprend, seul, au milieu du vide, et trouve ses repères dans les contes d'un vieil homme accueillant.
Caméra d'or à Cannes en 2005, cette œuvre ensorcelante aspire le spectateur comme rarement, lui impose ses codes, sa poésie, sa violence. Parce qu'ils transportent ceux qui se penchent à leur chevet et les façonnent, pour leur laisser une trace permanente, exotique et utile, ces films là sont définitivement précieux.
► Coffret Jean Marboeuf, 3 DVD, éd. Opening.
► La Terre abandonnée de Vimukthi Jayasundara, MK2 éditions.
- 1832 visites
- Version imprimable
Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89
Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)
Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)
En savoir plusAccrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.
123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque



























8
(Pour réagir, connectez-vous)
De
16H33 | 25/09/2007 |
Les films de Marboeuf vivent par leur personnages, toujours très authentiques. c'était autre chose que le cinéma français nombrilique et prétentieux qu'on nous inflige depuis quelques temps (cf La question humaine)
De
08H13 | 26/09/2007 |
nombrilique ? regardez plutôt dans le dictionnaire au lieu de contempler le trou abyssal qui se trouve sur votre ventre.
De
08H06 | 26/09/2007 |
la question humaine est un film extraordinaire, ni nombriliste, ni prétentieux, au contraire, universel, bouleversant, glaçant de vérité sur notre société, la marchandisation industrielle de l'élimination, la sémantique de la déhumanisation de l'individu jusqu'à sa destruction totale, sans nom(s).
les films de marboeuf sont de petits bijoux, (guy marchand est un acteur génial)je ne vois pas qu'on puisse ni les comparer, ni utiliser l'un pour insulter l'autre.
vous me faites peur, vous conduisez le camion, vous n'avez rien vu, ben non. la question humaine ne se pose pas. dormez sur vos deux oreilles les yeux collés par le pus de la non- conscience pendant les travaux continuent.
De Pierre Puchot (auteur)
Journaliste | 10H33 | 26/09/2007 |
Il peut certes paraître assez vain de chercher à comparer deux films aussi dissemblabes. Pour autant, concernant la Question humaine, je m'interroge sur l'enthousiasme qui entoure la sortie de ce film : l'analyse de la déshumanisation du language n'a rien de nouveau (cf Debord et tant d'autres, jusqu'aux livres sur le lepinisation des esprits ou celui d'Eric Hazan), pas plus que la thématique de la responsabilité individuelle, ou le parralèle entre le monde de l'entreprise et la discipline carnassière de l'armée. Fallait-il y ajouter la solution finale pour que le spectateur comprenne vraiment le message ? J'ai peur qu'à trop forcer le trait, on l'est largué en route…
à Pierre Puchot
De
11H59 | 26/09/2007 |
merci de votre réponse, Pierre
Vous avez raison, en fait et … pauvres de nous, rien de tout ceci n'est nouveau … Est ce en raison de la nouveauté de son sujet qu'un film doit être écrit, monté, incarné et montré ? un film tiré d'un livre, donc déjà publié doit il passer à la trappe de la redite ? Debord avait raison, nous le savions en temps réel. ce qui n'empêche nullement une oeuvre de faire son travail, alertez les bébés, ceux qui n'étaient pas nous et que nous sommes encore, oui, dire, montrer, dire encore, mettre des mots, des images et des sons encore sur ce qui ne se dit pas et continue d'exister encore et encore . ce n'est pas cela même la définition de l'art ? ou bien faut-il faire du nouveau dans le spectacle ? j'aimerais bien avoir votre opinion, j'aime infiniment les deux films que vous recommandez.
P/
anonyme à qui vous répondez
De Pierre Puchot (auteur)
Journaliste | 16H02 | 26/09/2007 |
Pour qu'un film soit extraordinaire de mon point de vue, il faut qu'il apporte quelque élement nouveau et très enthousiasmant, soit qu'il présente une synthèse ou un eclairage artistique particulièrement réussis. Cela ne m'a pas frappé concernant « La Question humaine »… Merci par ailleurs de votre fidélité à cette chronique encore balbutiante !
à Pierre Puchot
De
13H02 | 27/09/2007 |
justement la « nouveauté » dans ce film ne se trouve t'elle pas dans sa « forme »,plans, cadrages mise en scène.. qui fait penser à une chorégraphie (… façon de Wong kar Waï )qui donne un rythme particulier, nous permet.. entres autres, de garder une distance un recul par rapport au sujet..
Paradoxalment, Je suis d'accord, la fin détruit tout cet argument…
Ce film malgré ses défauts ne laisse pas indifférent…
De
13H14 | 27/09/2007 |
PS : merci pour les « pépites »… en ce qui me concerne tout particulièrement « Vaudeville ».
… en attente des prochaines.