
« Cria Cuervos », la jeune fille et la mort dans l'Espagne de Franco

Il y a des scènes dont la poésie et la vraisemblance imprime l'imaginaire d'un sceau indélébile, mélancolique et rassurant. Immobile, assise dans sa chaise roulante, presque éteinte face à la fenêtre du salon de la maison familiale, une vieille femme attend la mort quand sa petite fille déboule : » Pauvre petite, tu dois t'ennuyer, personne ne s'occupe de toi. »
D'un hochement de la tête, la vieille femme acquiesce, à nouveau souriante face à cette enfant plein d'attentions, de perspicacité et de malice. Le souffle d'une vie nouvelle, comme un écho lointain et rassurant entendu sur le chemin du grand départ.
L'atmosphère décadente de la fin du régime franquiste
Célèbre pour la chanson » Porque te vas » et le jeu surprenant de justesse de sa très jeune actrice principale, Ana Torrent, » Cria Cuervos » n« en est pas moins un conte délicieux et amer sur l'enfance et l'opposition avec le monde des adultes. Confronté à la mort de son père après celle de sa mère, Ana s'y enferme dans son imaginaire et cultive la mémoire de sa mère.
Porté par une mise en scène et un montage très modernes, Cria Cuervos a de quoi étonner encore trente ans après sa sortie en salle, par sa capacité à faire naître une ambiance, une époque, à distiller sans en avoir l'air une atmosphère décadente de fin de régime franquiste.
Fausseté et bouffonnerie des adultes
L'omniprésence des uniformes renvoie à l'inanité de leurs occupations ; la tristesse et la volonté de vivre de l'enfance à la bouffonnerie et à la fausseté des expressions sentimentales des grandes personnes, perdues au milieu leurs existences inutiles.
On se glisse avec bonheur dans le jeu de parodie de scène de ménage, jouée de manière si juste par les petites filles, que l'on en vient à se demander qui, de leurs parents ou d'elles, sont à l'origine du drame sentimental qui se joue chaque soir sous leur toit.
Un entretien avec le réalisateur Carlos Saura rehausse encore l'intérêt de cette édition de Cria Cuervos qu'on aurait tort de négliger.
► Cria Cuervos de Carlos Saura - avec Géraldine Chaplin et Ana Torrent - éd. Carlotta films - 1h52 - bande-annonce
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De
21H27 | 28/11/2007 |
ah cria cuervos ! ! ! ! des années et des décennies presque après je remercie encore Madame Bezau, professeur d'espagnol au lycée Voltaire de PAris pour nous avoir emmené voir ce film si beau, si poétique…et si terrible aussi. La faute à fidel sorti l'an passé en est comme le reflet dans le miroir : une enfant, des parents, l'espagne de Franco et le désir de Liberté.
De brogilo
in angulo | 23H16 | 28/11/2007 |
J'ai une expérience assez similaire à la vôtre, cher CA de 21h27. C'est notre professeur de français au Lycée Jeanne d'Arc de Rouen (puisque vous citez le vôtre, je citerai le mien) Monsieur Van Der Malières,un être d'exception passionné par son métier, qui emmena toute notre troupe d'ados turbulents voir « Cria Cuervos » dans un cinéma d'art et d'essai du centre de la ville. C'était jour de sortie. On y allait avec l'idée de faire un petit peu les cons.
Après cinq minutes, saisis par l'atmosphère, on est restés scotchés tout au long.
Trente ans après, il me semble encore voir très bien comment la lumière s'épand sur le visage de Géraldine Chaplin.
PS ; Sinon je voulais remercier, avec un gros décalage mais tant pis, Pierre Puchot pour son article à propos de « Charles mort ou vif ». On a pas toujours trente euros à balancer au moment où sort un article convaincant. J'ai acheté le coffret voici quelques jours : EPATANT.
De Le Yéti
yetiblog.org | 21H58 | 28/11/2007 |
Cria cuervos, ah oui, un formidable film (je viens de me procurer le DVD). Mais, je ne sais pourquoi, il ne parvient pas à me faire oublier le film précédent de Carlos Saura, un pur chef d'oeuvre : La Cousine Angélique.
à Le Yéti
De Pierre Puchot
(auteur)
Journaliste | 19H29 | 30/11/2007 |
La cousine Angélique… en effet, petit bijou, autre ovni dans la carrière il faut bien dire étrange de Carlos Saura. Par contre, je n'ai pas réussi à la trouver en DVD, ce qui est fort dommage : vous retournez le couteau dans la plaie !
De
10H56 | 29/11/2007 |
Fils de réfugié espagnol « Cria Cuervos “ et surtout sa musique
évoque pour moi le souvenir de l'espagne des années 70,
celle qui nous était interdite
la seule musique est une véritable ‘magdalena de proust
c'est à cela que l'on reconnaît un chef d'oeuvre 30 ans après
merci pour ces formidables souvenirs